‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 3)Chapitre 13 sur 19 · AFFAIRES DE SAVOIE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE SAVOIE

(Juillet et août 1479.)

Parmi les plus vives préoccupations de Louis XI figurait en ce moment le mariage du jeune duc Philibert de Savoie, que le seigneur d'Illins avait conduit en Dauphiné.

J'ai reproduit ailleurs l une lettre dont l'auteur (je l'ai attribuée à Angelo Cato, mais il faut la restituer au seigneur d'Illins) se vante de la fausse confiance qu'il a su inspirer à un ambassadeur milanais qui se trouvait en ce moment à Vienne. Cet ambassadeur était Aloys Bechetto, et nous verrons par la lettre suivante qu'il était plus habile et mieux instruit qu'on ne le supposait :

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs,

Depuis la lettre que je vous adressai le 6 de ce mois de Saint- Marcellin, l'illustrissime seigneur duc est arrivé dans cette ville de Vienne , sur les limites du Dauphiné et du royaume de France. Par des moyens adroits, j'ai appris que monseigneur d'Illins venait d'expédier un de ses neveux à monseigneur d'Argenton à qui il envoie la réponse donnée par le marquis de Montferrat au sujet du mariage. J'ai fait parvenir à Vos Altesses la copie de cette réponse avec ma précédente lettre *, et ce que monseigneur d'Illins écrit à ce sujet, vous le verrez

1 Tome I, p. 281.

■ Voyez tome I, p. 282.

par la copie ci-jointe, que j'ai obtenue par une bonne voie l. Cela sera utile pour s'éclairer sur les projets du roi Très-Chrétien, mieux que par le rapport de Rivarolo, à qui je n'ajoute pas foi. Monseigneur d'IUins ne m'a point parlé de l'envoi de sa lettre, et je n'ai pas laissé voir que je l'eusse appris d'ailleurs ; et, si je l'avais connue avant qu'elle fût expédiée, j'aurais tâché qu'elle fût mieux justifiée et moins froide en ce qui touche Vos Excellences. Quoi qu'il en soit, on ne peut faire des hommes plus qu'ils ne veulent. Cependant, ayant appris ces jours-ci que Vos Altesses avaient communiqué cette affaire à messire Jean André Cagnola, pour l'avertir in omnem eventum et afin qu'il soit prévenu à temps de tout ce qui se passe, j'ai pensé qu'il n'y avait pas de mal à lui envoyer les copies de la lettre et de la réponse. Il pourra ainsi au besoin , d'après ce que Vos Altesses lui ont déjà mandé , faire usage de cet avis en ce qui lui semblera utile. J'ai tout fait pour le mieux ; il me semblait que cela, loin de nuire, pouvait servir. Je lui envoie donc ces lettres par un des courriers que j'ai avec moi, et pour que Vos Seigneuries soient mieux au courant de tout, je vous adresse également aujourd'hui la copie de ce que j'ai écrit à messire Jean André

Vienne, le 13 juillet 1479.

Aloys Bossius.

Aux illustrissimes et excellentissimes ducs de Milan

Le courrier expédié de Vienne par Bechetto remit en effet à Cagnola la réponse du marquis de Montferrat et la lettre du seigneur d'IUins.

Cagnola écrit à ce sujet à la duchesse de Milan :

1 C'est sans aucun doute la lettre que j'ai publiée pp. 281-283, d'après cette copie conservée à Milan.

* Archives de Milan (trad.).

DE COMMÎNES. 45

Ces jours passés, j'ai été averti par un courrier spécial que m'envoya Aloys Bechetto, qui réside au nom de Vos Excellences près de l'illustrissime duc de Savoie, que monseigneur d'Illins s'était décidé à écrire à monseigneur d'Argenton afin de savoir ce qu'avait résolu Sa Majesté au sujet du mariage de la fille et sœur de Vos Excellences avec ledit duc, ou si elle jugeait à propos de faire quelque protestation, parce que Sa Seigneurie, le 12 du présent* mois, erit inaetate, et rien ne pourra plus se faire, si l'on ne proteste pas, etc. ' : ce dont Vos Excellences sont, je crois, informées ad plénum par ses lettres. J'ai été fort content de recevoir ces nouvelles, et surtout de voir la copie des lettres qu'écrivait monseigneur d'Illins , dans une traduction italienne, et de connaître les raisons qu'allègue le seigneur marquis de Montferrat pour ne point s'allier audit duc. Toutes ces lettres m'ont été en diligence envoyées par Aloys, comme je crois etiam qu'il les aura fait parvenir à Vos Excellences.

Je m'empressai de me rendre chez notre monseigneur d'Argenton, et je lui communiquai aussitôt le tout, en insistant fortement sur cette matière. Monseigneur d'Argenton me répondit qu'il n'avait pas encore les lettres originales de monseigneur d'Illins , mais il n'en est pas surpris, dit-il, parce qu'il croit que le messager qui les porte, sera allé directement à la cour, pensant l'y trouver. De son côté, il fera pour Vos Excellences tout ce qu'il ferait pour son propre seigneur. Il ajoute qu'il croit que Sa Majesté ne prendra pas d'autres dispositions, mais qu'elle laissera les choses dans les termes où elles sont, parce que Sa Majesté sait bien que le mariage est conforme aux intérêts dudit duc. Ledit seigneur d'Argenton a été aussi fort content de connaître l'autre information que me donne Aloys, relativement au sauf-conduit que 1« roi Ferdinand demande au duc de Savoie pour Prosper Adorno, afin qu'il puisse demeurer dans le port de Nice avec des galères et de l'infanterie, etc. Aussi dépêcha -t-il

• Voyez tome Ier, p. 282.

immédiatement un courrier à Sa Majesté pour l'avertir de ces pratiques et pour la prier etiam, au nom de tous nos ambassadeurs, de ne pas vouloir y prêter l'oreille si elle en était requise, parce que nous avons la conviction que tout cela tend à de mauvaises fins.

Il ne me reste plus qu'à me recommander iterum à Vos Excellences.

Jean André Cagnoi.a K

Nous verrons bientôt le dénouement des intrigues de Louis XI en Savoie.

' Archives de Milan (trad.).

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