‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 3)Chapitre 14 sur 19 · AFFAIRES DE MILAN · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE MILAN

(Août et octobre 1479.)

Un autre ambassadeur milanais, Charles Visconti, était venu rejoindre Jean André Cagnola en France. Il écrit le 2 août 1479 à la duchesse de Milan :

Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneurs,

J'ai déjà écrit à Vos Seigneuries comment Sa Majesté était revenue de Champagne à Nemours et par quels motifs , et comment monseigneur d'Argenton était venu ici, et comment j'y étais retourné moi-même '. Je vous ai écrit aussi que par le conseil et de l'avis dudit seigneur , je m'étais arrêté ici avec les autres ambassadeurs. Il m'a dit sans détour (car cela était ainsi réglé par Sa Majesté) que puisque je n'avais pas de commission et n'étais pressé par aucune nécessité, il ne convenait point que je donnasse au roi d'autres embarras ; qu'au surplus lorsque Jean André serait parti et que j'aurais quelque motif sérieux ou une commission de Vos Excellences, je pourrais alors plus facilement être introduit et m'approcher du roi. Il m'a fait entendre toutefois qu'il est bon de le ménager, nisi quantum cogit nécessitas d'expédier et de communiquer au roi les commissions qui pourront m'être transmises.

Après être demeurée quelques jours à Nemours et dans les environs pour chasser, Sa Majesté a résolu de se rendre à Dijon, afin de prendre possession du duché de Bourgogne et

1 Voyez tome I, p. 270.

d'y recevoir les serments d'obéissance et de fidélité. Il fut ordonné qu'elle y ferait une entrée solennelle ; et afin que d'une solennité on en fît deux, on a mandé en cette ville les ambassadeurs d'Espagne pour jurer publiquement entre ses mains la paix conclue avec leur roi, ut est morts eomm ; car ils ne se contentent pas d'un serment per procuratorem. Don Frédéric est demeuré à Nemours, ainsi que d'autres qui sequuntur regem, parce que Sa Majesté a résolu d'aller à Dijon fort simplement et de ne pas y faire de séjour. Il y a encore une autre raison, c'est que les environs ne sont pas entièrement débarassés de la peste, et pour ce motif peut-être il lui semble préférable d'avoir avec lui le moins de monde possible, sauf seulement sa garde et de plus quelques gens d'armes qu'il n'a pas coutume de prendre avec lui. On pensa que c'est pour leur faire place que Sa Majesté laisse en arrière ceux qui ne lui sont pas aussi nécessaires. Suivant les ordres donnés, tout doit être fait maintenant ', mais nous n'en avons encore aucune information, ni monseigneur d'Argenton non plus, lequel a toujours été ici pour s'occuper des affaires du roi qui ne se confie pas en beaucoup de personnes, et aussi de quelques affaires qui lui sont propres. Il fait entendre qu'il a le projet de partir bientôt, quand il aura reçu des lettres de Sa Majesté.

Le roi ne fera pas de séjour à Dijon, mais se dirigera aussitôt après vers Tours; et dans l'intervalle (telle semble sa résolution) il rejoindra la reine et se tiendra avec elle jusqu'à ce qu'il soit à Tours ou dans le voisinage. Aussi monseigneur d'Argenton a-t-il conseillé aux magnifiques ambassadeurs, dès qu'ils sauront que Sa Majesté s'est embarquée, car elle veut voyager par eau per f, umcn Ligeris, de se mettre eux aussi en route, sans attendre d'autres ordres , car l'envoyé de Venise lui avait dit qu'ils étaient ici par la volonté du roi. Us ont résolu

1 Le 31 juillet 1479 Louis XI prêta à Saint-Bénigne de Dijon le serinent de maintenir les usages, franchises et privilèges du duché de Bourgogin'.

de suivre le conseil du seigneur d'Argenton, et je crois que vers le milieu du mois d'août ils se réuniront à Tours. Si Vos Seigneuries expédient des courriers, elles savent maintenant où les adresser

Monseigneur d'Argenton m'a montré une lettre écrite par le gouverneur de Normandie, qui est chargé de l'expédition contre le duc Maximilien. Cette lettre l'informe que le duc rassemble le plus de monde qu'il peut et qu'il fait de grandes menaces , mais qu'on en tient peu de compte, et pour le lui montrer, on a fait des courses jusqu'aux portes du lieu où il se trouve, qui s'appelle Saint-Omer, et en même temps on a causé de grands dommages atout le pays d'alentour. Il 'écrit aussi qu'il a envoyé à Sa Majesté, en l'exhortant à ne pas être avare de caresses, un comte du duché de Luxembourg, homme de distinction ', qui se fait fort de remettre dans les mains du roi et de réduire à sa volonté environ vingt-quatre châteaux, terres et bonnes places. Il compte beaucoup sur cet homme et espère par son entremise réduire à la volonté du roi tout le duché de Luxembourg comme naguère par monseigneur de Château- Guyon on a obtenu la soumission de la Franche-Comté.

D'après ce que l'on entend, le roi a résolu pour cette année de ne plus tenter la fortune dans cette entreprise de Picardie, car il lui semble qu'elle lui a été assez favorable dans les affaires de Bourgogne. Il préfère se tenir uniquement sur la défensive et empêcher qu'on ne puisse lui nuire, sauf le cas où il se présenterait une occasion favorable de porter quelque bon coup. Il trouve que la victoire de ce côté viendra toujours assez à temps, car il est persuadé qu'il ne peut être vaincu *.

Le président de Toulouse 3 se loue beaucoup des honneurs

4 Je ne sais s'il s'agit du comte de Chimay qui vers cette époque conquit Virton et plusieurs châteaux dans le Luxembourg.

* Cinq jours après la date de cette lettre, l'armée de Louis XI était défaite à Guinegate.

5 Antoine de Morlhon. Voyez tome Ier, pp. 246, 273 combines. — ni. 4

et des marque? d'affection qu'il a dûs à Vos Excellences. Je sais qu'il en a fait le meilleur rapport à Sa Majesté qui s'est fait envoyer l'acte de compromis, le bref du pape et les lettres de plusieurs cardinaux , mais , qui sans vouloir les lire , les adressa à monseigneur d'Argenton pour qu'il les fit ouvrir par les magnifiques ambassadeurs. Vos Seigneuries en auront les copies avec les lettres de Jean André.

Le président est entré dans de longs développements pour se justifier et pour expliquer tout ce qu'il avait fait à Rome juxta tenorem mandatorum régis, etc. Il me fit aussi entendre que Sa Majesté voulait faire une réponse au pape et aux cardinaux, mais qu'elle ne dirait que ce qui semblerait bon aux magnifiques ambassadeurs. Ceux-ci, s'étant retirés à part et ayant délibéré, résolurent de n'y rien mettre du leur ; car , soit qu'on adopte , soit qu'on n'adopte pas les raisons qui les dirigent, ils ne s'en départiront pas. Quant à la conduite du président et de ses collègues, on résolut de mettre de la réserve à recommander le président. Tout en ne blâmant personne, on se bornerait à dire qu'on croyait que tout était comme il l'avait dit, et que par suite on le remerciait de ce qu'il avait fait ; mais l'envoyé de Venise qui était chargé de porter la parole, s'étendit si longuement dans son exorde, que la conclusion qui avait été prise, lui sortit de la mémoire ; il s'appesantit donc beaucoup sur l'éloge de ce qui avait été fait in génère, in communi et in specie, en disant que le président avait commission de faire ainsi, quod CQ/itrarium est, puisque la correspondance de la seigneurie de Venise s'en plaint de tout point. Autant en font Vos Excellences par l'avant-dernier courrier. Il semble toutefois par vos dernières lettres que a temeritate aliorum excipiatur hic prœsidens. On nous avait bien recommandé de ne pas le remercier nomine ligœ, pas même d'une manière spéciale, verbum nuïlum : in quo valde admirât us sum Venetum sapientiam. Ceci s'étant passé en présence de monseigneur d'Argenton, nous croyons que ce président insistera pour qu'il en fasse rapport et par lettres et de bouche. Il me semble que pour lui c'est plus qu'une

demie quittance et l'absolution même de ses fautes s'il lui arrive d'en commettre dans les épreuves que lui réserve l'avenir. Je crois que la chose déplaisait aux collègues de l'envoyé de Venise ; mais, pour ne pas faire de scandale en le contredisant, il leur parut préférable de se taire

Paris, le 2 août 1479.

Charles Viscontx.

Aux illustrissimes princes et eœcellentissimes seigneurs la duchesse et le duc de Milan *.

Charles Visconti, dans sa lettre du 9 septembre 1479, donne quelques détails sur la cour de Louis XI ; mais le passage le plus curieux est celui où il raconte que pour accroître son crédit il adopte les moeurs de France et qu'il se monseigneurise avec Commines. Quelle est la valeur de ce mot ? Ne réclame -t -il point tout un commentaire ?

Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneurs,

Par ma lettre du 31 août datée d'Orléans 2 et remise à un courrier que la seigneurie de Venise a envoyé ici à son ambassadeur, Vos Excellences auront appris tout ce que m'a dit monseigneur d'Argenton au sujet du différend qui existe entre vous et les Suisses, et ce qu'il m'a fait connaître des intentions et des désirs du roi à ce sujet ; item, tout ce que Jean-Baptiste d'Imola, nomine pontijïcis, a exposé à Sa Majesté, et la réponse et le congé qui lui furent donnés. Actuellement il ne me reste rien à vous dire, qui soit digne de vous être mandé, sauf que la reine n'est pas allée trouver le roi à Salomes, comme cela était

' Archives de Milan (trad.).

* Il y a ici probablement un défaut de mémoire chez Charles Visconti, car la lettre à laquelle il fait allusion, porte la date du 1er septembre. Voyez tome Ier. p. 283.

réglé, parce qu'elle a eu, à ce que l'on dit, une légère fièvre tierce ; elle est encore ici et est guérie , c'est-à-dire que la fièvre l'a quittée. Le roi est attendu de jour en jour. Il a envoyé tout le monde ici, hors sa garde et le petit nombre de gens qui ne le quittent jamais. . ■

Comme je l'ai écrit dans ma correspondance précédente, il a paru à monseigneur d'Argenton que je devais attendre à Orléans les magnifiques ambassadeurs et leur communiquer tout ce qu'il m'avait dit et rester ici avec eux. Il lui semblait que nous étions ainsi assez rapprochés du roi, d'autant plus que par ses ordres toute la cour se rendrait ici, paucis exceptis, jusqu'à ce qu'il me survint quelque nouvelle occasion ou quelque commission de Vos Excellences , qui me permît de me présenter et d'être reçu plus facilement. Je me conformerai à son avis et à son conseil,, non-seulement parce que Vos Excellences me l'ont ordonné dans mes instructions, mais aussi parce qu'il connaît à fond le caractère de Sa Majesté. Je continue à le trouver plein d'affection et de zèle pour les intérêts de Vos Excellences, et par égard et considération pour vous il me caresse et m'honore beaucoup et parfois cogit me à monseigneuriser avec lui ', et je le laisse faire d'autant plus volontiers que je montre ainsi que je n'ai pas d'éloignement pour les mœurs de ce pays et surtout pour sa conversation, laquelle est vraiment très-agréable ', et j'ai la même opinion de tous les seigneurs et gentilshommes de cette cour, bien que primo aspectu d'autres s'en feraient une idée différente, car ils ressemblent peu aux nôtres. S'il arrive que Vos Seigneuries écrivent au seigneur d'Argenton, jugeant que cela est dans leurs intérêts, elles pourront lui faire entendre que vous connaissez toute l'affection qu'il porte aux affaires de Vos Excellences et à leurs serviteurs. Je crois que cela ne peut avoir d'autre effet que de servir à la confirmer dans le même esprit.

1 A monsignore curn luy.

* Laquale in vero e molto gectile.

Voilà déjà plusieurs jours que don Frédéric est ici. J*ai appris par les siens qu'il avait écrit au roi qu'il désirait aller voir Sa Majesté, et que le roi lui avait répondu de l'attendre ici. Il se tient plus à l'écart de la cour qu'il ne faisait auparavant. Quand nous fûmes à Lorris, don Jean André et moi, don Frédéric resta à plus de sept lieues, bien qu'il y eût des logemens plus voisins; et, comme je l'ai appris, durant tout le séjour que le roi fit à Lorris (il y fut onze jours), il n'y vint jamais, sauf le jour que nous y fûmes, lorsque Sa Majesté en partait, et ce Fut pouV cela qu'il y vint. Je ne sais pas s'il l'a fait casu aut consulto, pour ne pas être toujours trop près du feu, ou bien ut absentia auctoritatum tueatur, ou pour quelque autre motif que l'on ne devine pas encore. Monseigneur d'Argenton m'a dit que, bien que le roi l'ait raillé à propos de ses opinions et de cette guerre et de l'échec qu'il a subi , et que par d'autres paroles encore il ait cherché à l'irriter, don Frédéric s'est néanmoins conduit avec beaucoup de patience , de politesse et de prudence, en montrant combien il était étranger à toute ambition et à toute passion dans ces affaires, comme s'il avait renoncé à tout. Aussi a-t-il beaucoup gagné dans l'opinion de tous ceux qui sont ici.

Je me recommande humblement à Vos Seigneuries.

Tours, 9 septembre 1479.

Charles Visconti.

Aux illustrissimes et excellentissimes seigneurs les ducs de Milan x.

On a vu ailleurs que malgré les compliments qu'un défaut de mémoire engagea l'ambassadeur de Venise à présenter au président du parlement de Toulouse, Louis XI lui fit fort mauvais accueil 2.

• Archives de Milan (trad.).

* Tome Ier, p. 274.

Au mois de septembre 1479, le roi de France songeait à envoyer un autre ambassadeur en Italie : c'est ce que Charles Visconti mande à Cecco Simonetta :

Magnifique chevalier et très- honoré seigneur,

Par des lettres collectives de don Jean André et de moi, adressées à nos illustrissimes seigneurs, Votre Seigneurie connaîtra tout ce que- nous a dit monseigneur d'Argenton sur le dessein et la résolution inébranlable qu'a pris le roi d'envoyer un des siens à nos illustrissimes seigneurs à Florence, à Rome, à Naples ' etc. et quelle est la raison qui l'y porte en vérité.

Je tiens de bon lieu qu'on a longuement délibéré sur la question d'envoyer un gouverneur en Piémont et un autre en Savoie. Trois personnages étaient sur les rangs. On a cité monseigneur de Château-Guyon, seigneur de Franche-Comté et ami du roi, qui est maintement ici. On a également nommé don Frédéric, et l'on a parlé aussi de monseigneur d'Argenton . .

Tours, 18 septembre 1479.

Charles Visconti.

Au magnifique chevalier Cecco Simonetta, premier secrétaire du duc et son conseiller '.

Parfois Commines, malgré la confiance que lui montraient les ambassadeurs milanais, les trompait, et c'est ainsi qu'au moment même où il redoublait de protestations de dévouement pour la duchesse de Milan, il préparait une révolution qui devait renverser son autorité et faire expier à Simonetta son refus de rendre la liberté à Donato de Conti. Le 19 septembre , Charles Visconti était encore

' Ici se trouvent trois lignes en chiffres. ■ Archives de Milan (trad.).

plongé dans une fausse sécurité , alors que le parti de Ludovic Sforza avait déjà triomphé .

Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneurs,

Sa Majesté est venue ici le H du mois passé ; elle en est partie le 16, pour aller à Notre-Dame de Behouart. Elle a voulu peu de suite avec elle. Don Frédéric, la chancellerie et nombre de seigneurs sont restés ici, et il en est de même de monseigneur d'Argenton. Il nous a dit de la part du roi, que s'il nous arrivait des nouvelles des progrès de messire Roberto ' ou de tout autre capitaine, nous lui en fassions part, parce qu'il en informera Sa Majesté, qui l'a ainsi décidé. Nous lui avons fait connaître tout ce que Vos Excellences nous ont écrit , à don Jean André et à moi, de cette excursion dans le Tortonèse, etc., et des bonnes mesures prises par Vos Excellences. Il en a été fort satisfait , parce que dans les quatre ou cinq derniers jours étaient arrivées des lettres qui répandaient des bruits fort sinistres. La veille du départ du roi, comme j'étais à la messe dans la chapelle de Sa Majesté, et Sa Majesté dans un lieu attenant à ladite chapelle, garni de fenêtres grillées, d'où elle voit tout le monde, et où, si elle le veut, elle n'est vue de personne, (car il s'y trouve une sortie par laquelle le roi se dérobe à la foule qui l'attend), Sa Majesté, m 'ayant aperçu, appela monseigneur d'Argenton et lui donna, pour qu'il me la montrât, une lettre que venait précisément de lui apporter un messager de Verceil. Elle le chargea aussi de me demander si j'en savais rien, soit par Vos Seigneuries, soit par d'autres, et ce que j'en croyais. Lesdites lettres contenaient ce que Votre Seigneurie nous a écrit à don Jean André et à moi, et beaucoup plus ; elles ajoutaient que Vos Seigneuries considéraient ce qui se trouve au delà du Po comme perdu, qu'elles manifestaient des craintes pour Verceil, et quelles priaient Sa Majesté de bien vouloir porter remède à cette situation. Je sais que Sa

4 Robert de San-Severino. Voyez tome Ier, p. 294.

Majesté regrette beaucoup tout ceci en ce qui regarde Vos Excellences ; mais, pour ce qui concerne Verceil, elle dit que c'est une bagatelle et que vous n'avez pas lieu de vous effrayer. J'ai fait répondre à Sa Majesté par ledit seigneur que je n'avais rien reçu, et qu'il me paraissait certain que les choses n'avaient pas cette importance, pas même la moitié, et que je n'y voyais pas un si grand danger, parce que nous savions quelle est l'armée de messire Roberto et des autres ennemis de Vos Seigneuries, et aussi parce que Vos Excellences peu auparavant nous ont appris que lui et les siens, voyant qu'ils ne pouvaient rien faire dans la position qu'ils occupaient, s'étaient retirés en désespérés et maximis itineribus s'étaient dirigés vers Tortone, et qu'ils avaient des chiens dans les jambes, c'est-à-dire l'armée de Vos Excellences beaucoup plus puissante que la leur. Us ne pouvaient donc, à mon sens, faire grand mal ; et si, grâce à leur célérité, ils s'emparaient de quelque lieu ou de quelque place abondonnée, cela n'en vaudrait que pis pour eux ; car entre ces trois chances ils devraient en choisir une : ou s'enfermer dans une forteresse et faire comme la souris qui va manger le fromage dans la souricère ; ou tenir la campagne et affronter l'armée de Votre Seigneurie qu'elle n'égale nec numéro, negue virtute ; ou continuer à faire ce qu'ils font comme des fugitifs. Quant à Parme, à Plaisance et même à Alexandrie, je dis que ce n'étaient pas des morceaux pour lui, ni pour sa petite troupe. Il me sembla bon de réfuter aussi quelques objections secrètes, par exemple : une trahison. J'exposai que les affaires de la ligue et celles de Vos Seigneuries avaient pour elles le vent de l'opinion et de la fortune, et que lors même qu'il y aurait un ribaud, comme il s'en trouve partout, rien n'était à craindre, parce que Vos Seigneuries sont non-seulement aimées, mais adorées de tous les honnêtes gens , et que je croyais que dans peu l'on verrait que ce n'est qu'un feu de paille l. Le seigneur d'Argenton me dit depuis que ces

' Ludovic Sforza rassembla une armée pour renverser Bonne de

raisons avaient paru fort vraisemblables à Sa Majesté, qu'elle en avait été fort satisfaite et qu'elle se sentait tranquillisée.

Vos Seigneuries apprendront par notre lettre collective les délibérations qui ont eu lieu au sujet de l'envoi de gouverneurs en Piémont et en Savoie. On y a parlé de trois personnes : don Frédéric, monseigneur de Château-Guyon et monseigneur d'Argenton. Peut-être les nouvelles de Tortone feront-elles hâter l'envoi de ces gouverneurs, car le roi y trouvera un prétexte.

Vos Seigneuries sauront aussi que Sa Majesté songe à envoyer un de ses secrétaires en Italie. Je ne saurais me l'expliquer, sinon par ce motif que Sa Majesté s'est repentie d'avoir renvoyé Jean-Baptiste d'Imola si ex abrupto, et que le grand chancelier a peut-être rappelé à sa conscience la position de tous ceux qui ne peuvent aller pour des dispenses à Rome , ce à quoi nous avons pensé trop tard. Hoc non implet aurem meam. J'ai fait comprendre audit seigneur d'Argenton que nos adversaires croiront peut-être que la ligue a réclamé cette mission, comme s'il s'agissait de mendier la paix, et qu'ils en deviendront plus arrogants, et surtout, si Sa Majesté ouvre les voies, ils estimeront que Sa Majesté s'est refroidie envers la ligue. Il me répondit qu'aucune décision n'était encore prise et que peutêtre on changerait d'avis , mais, que si la mission avait lieu, on aurait égard à tout.

Aussitôt après le départ du roi, monseigneur d'Argenton manda François Gaddi, et il lui dit que le roi voulait qu'il suivit son secrétaire pour l'aider dans la besogne. François, ne voyant pas ce qu'il pourrait faire de plus que ce qu'on forait par une lettre ou par ledit secrétaire , et remarquant surtout qu'on

Milan. Il en confia le commandement à Robert de San-Severino. Les portes de Tortone lui furent livrées le 23 août 1479. En un seul jour, dit-on, quarante-deux châteaux arborèrent sa bannière. Le 8 septembre, c'est-à-dire onze jours avant la date de cette lettre, Louis Sforza entrait vainqueur à Milan.

l'avait fait prévenir par ledit seigneur, sans lui en avoir dit un mot tant que Sa Majesté était ici, s'est imaginé que c'était un congé honnête , et il était heureux de s'en retourner, cette résidence ne lui allant guère ; mais le motif ne lui en plaisait pas , car il pensa que c'était parce que ces jours derniers Sa Majesté lui fit une rude réprimande. Il avait parlé au roi peu auparavant, et ayant oublié certaines choses, il voulut revenir près de lui. Mais le roi, soit qu'il voulût parler à un autre, soit qu'il ne voulût plus rien entendre à ce sujet, lui tourna le dos et le renvoya avec un air courroucé et des paroles qui ne l'étaient pas moins. Je crois qu'il avait trompé François ; car parfois il lui avait fait assez bonne chère, par amour pour son beau cousin Laurent. Peut-être avait-il trop d'assurance, et voulaitil trop se familiariser ici. François a dit qu'ensuite il resterait à Florence ; mais le seigneur d'Argenton lui répondit que le roi voulait qu'il revînt de toute façon, mais qu'il devait aller prendre part à la mission. Cependant rien n'est conclu encore, ni quant à lui, ni quant au secrétaire.

L'ambassadeur de Hongrie n'est pas encore expédié. Le roi lui a promis qu'aussitôt après son retour il lui donnerait l'audience de congé.

Charles Visconti.

A ux très-illustres princes et excellenlissimes seigneurs les ducs de Milan *.

Le même jour probablement Charles Visconti apprit la révolution de Milan qui avait démenti toutes ses prévisions. Dans le préambule de sa lettre du lendemain nous ne retrouverons plus le nom de la duchesse de Milan :

Illustrissimes seigneurs,

Par mes lettres d'hier j'ai écrit tout ce que j'avais appris , principalement au sujet de l'envoyé que le roi se proposait d'en-

1 Archives de Milan (trad.).

voyer en Italie avec François Gaddi, etc. Aujourd'hui est arrivé ici le dit envoyé, dont le départ est décidé. Il se nomme Pierre Palmerio , secrétaire , et il semble vouloir se mettre en route demain. J'apprends qu'il a commission de faire pour la ligue tout ce qui sera ordonné, rien de plus. François Gaddi ira jusqu'à Florence, pour faire entendre les motifs de cette mission, et pour disposer la matière, etc. Monseigneur d'Argenton et d'autres encore insinuent que le roi a été prié secrètement par le pape et le roi Ferdinand de leur envoyer un des siens , que la paix se ferait aussitôt, mais qu'il fallait cela pro honore partium etc. Si c'est à cette fin et pour un but si important, il me semble qu'un personnage de plus d'autorité eût été plus convenable. Je m'étais d'abord arrêté à tout ce que je vous ai écrit hier dans ma correspondance , mais actuellement je veux croire que requisitus hoc/ecerit. Vos Seigneuries y verront plus clair.

Sa Majesté, à ce que l'on entend, ira peut-être de Notre-Dame de Behouart jusqu'au Mont-Saint-Michel. On n'en a pas encore la certitude ; mais les gens qui sont au courant de ses affaires, le croient.

L'ambassadeur de Hongrie a paru vouloir aller à Notre-Dame de Behouart pour obtenir in itinere son audience de congé, et afin de pouvoir retourner ad partes suas avant l'entrée de l'hiver. Il lui fut dit de ne pas bouger, car Sa Majesté ne voulait voir que les personnes qu'elle avait désignées. Aegre fert tantam dilationem.

Monseigneur d'Argenton se rend à Chinon, où est sa femme ; il nous a recommandé dj l'informer des nouvelles qui nous arriveraient. Le roi l'a chargé de les lui communiquer immédiatement.

Je me recommande humblement à Vros Excellences.

Tours, 20 septembre 1479.

Charles Visconti.

Aux illustrissimes princes et excellent issimes seigneurs les ducs de Milan '.

' Archives de Milan (trad.).

Nous rencontrons ici une dépêche de Cagnola du 21 septembre 1479. Elle se rapporte aux intrigues dont l'Italie était en ce moment le théâtre, et mentionne la mission donnée par Louis XI à ce Pierre Palmeri à qui Philippe de Commines adressa une lettre déjà publiée ' :

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs,

Vos Altesses auront vu par mes lettres précédentes tout ce que monseigneur d'Argenton m'avait confié de la pensée qu'avait le roi d'envoyer au-delà des monts pour réconcilier la ligue d'Italie avec le pape et le roi Ferdinand, quoique jusqu'à ce moment Sa Majesté n'eût pas une résolution bien arrêtée. J'informe par la présente Vos Excellences que cet envoi est décidé , et la personne choisie par le roi est un de ses secrétaires, nommé Pierre Palmieri*. Il voyagera avec quatre ou cinq chevaux, et François de Gaddi sera, je crois, de sa compagnie. Ils sont partis ce matin. Leurs instructions sont conformes à la teneur des lettres que ces jours derniers Sa Majesté a écrites au pape et aux potentats de l'illustrissime ligue ; je sais que Vos Excellences les ont déjà vues. En somme elles contiennent que Sa Majesté consent à accepter le compromis , intervertie ntibus tribus, c'est-à-dire 1° que l'on cesse les armements et que les gens d'armes rentrent dans leur pays ; 2° qu'on lève les censures fulminées contre les Florentins ; 3° que ablata hinc inde restituantur. L'envoyé du roi est chargé d'engager et d'exhorter le pape et le roi Ferdinand à adhérer à ces conditions, et il fera toutes les instances possibles pour arriver à ce résultat. François Gaddi est envoyé à Laurent 5 pour l'instruire de tout. Le secrétaire voyage avec peu de chevaux pour aller plus vite. Aussi ai-je voulu vous expédier le présent courrier pour

1 Tome Ier, p. 294.

* Ambassadeur du roi Ferdinand. Voyez tome Ier, pp. 208, 272.

5 Laurent de Médicis.

qu'il le devance, afin que Vos Excellences soient immédiatement au courant de la situation des choses : ce qui leur permettra de mieux savoir ce qu'elles ont à répondre. Je crois toutefois, d'après tout ce que j'entends, que le secrétaire devra se régler d'après les résolutions de l'illustrissime ligue. Selon ce que j'ai pu comprendre, je suis porté à croire que cette mission non sit absquefundamento ; car il est venu ici secrètement un messager du roi Ferdinand, qui peut-être aura excité le roi à renouveler ses prières et ses exhortations afin que le pape et le roi Ferdinand, s'ils adhèrent aux conditions, puissent dire qu'ils le font par condescendance pour Sa Majesté et sortir ainsi de ces difficultés en sauvegardant leur honneur. François Gaddi est envoyé dans ce but à Laurent, pour lui faire cette confidence : c'est tout ce que je sais du mystère de cette mission, laquelle, si elle était autre, semblerait à coup sûr plus nuisible qu'avantageuse, C3r on pourrait penser que ces nouvelles exhortations ont été provoquées par l'illustrissime ligue : ce qui aboutirait à l'amoindrissement de sa réputation. Aussi avons-vous signalé cet inconvénient à monseigneur d'Argenton quand il nous parla de cette mission. Il nous dit que l'ambassade aurait un caractère tel qu'elle ne paraîtra point provoquée par les seigneurs de la ligue et qu'elle aura d'heureux résultats. Veuillez ne pas dévoiler ce mystère, que j'ai connu depuis par une autre voie.

Messire Antonio d'Alexandro, comme je l'ai écrit ailleurs, s'était mis en route pour retourner vers son roi ; mais il s'arrêta à Lyon et y est demeuré. J'apprends que, s'il l'a fait, c'est uniquement pour revenir ici, si les événements prévus se réalisent : je le sais non ex levi loco. J'ai voulu en prévenir clairement Vos Excellences, afin qu'elles sachent comment il convient le mieux de délibérer, sans pourtant trop divulguer la chose, tant que vous ne l'aurez pas apprise par d'autres voies , afin d'épargner des désagréments à la personne qui m'en a informé. J'apprends encore que le roi a écrit au pape et au roi Ferdinand qu'il envoie quelqu'un vers eux. Les lettres doivent avoir fait la moitié de la route. Que Vos Excellences veuil-

lent prendre le tout en considération. Je me recommande, etc. Tours, le 21 septembre 1479.

Jean André Cagnola.

Aux illustrissimes pinces et excellentissimes ducs de Milan l.

La lettre suivante, à peine postérieure de quatre jours , est aussi de Cagnola : elle est adressée à un secrétaire de Ludovic Sforza :

Magnifiée tanguam honorifice f rater,

J'ai eu grand plaisir d'apprendre par les lettres de nos illustrissimes seigneurs les événements de là bas. Aussi j'espère que le retour de cet illustrissime seigneur Ludovic erit felix et faustus et salubris au salut et à la prospérité des Etats de nos illustrissimes seigneurs et que les choses continueront toujours ainsi. Puisse Notre Seigneur Dieu exaucer ma prière !

Dans les temps passés j'écrivais assiduement à messer Ciceo, qui me paraissait l'homme qui cuncta gubernavit. Aussi me semblait-il nécessaire de lui dévoiler à l'occasion les mystères des circonstances, afin que comme celui in quo consistehat summa totius illius status, il sût mieux comment diriger les choses. Votre Magnificence l'aura vu par maintes lettres que je lui ai adressées et qui sans doute vous seront venues dans les mains, depuis les derniers événements. Je lui parlais ainsi avec grande soumission de ce qui me concernait en particulier, le jugeant nécessaire pour les mêmes motifs. Je sais que vous, qui savez tout, n'en serez pas surpris.

Maintenant que j'apprends quod summa hujus provinciae ad te delata est, j'en ferai autant, et je ne cesserai de me confier à vous tout le temps que je serai dans ce pays. Je vous parlerai donc beaucoup plus franchement que je ne le ferai dans les

1 Archives de Milan (trad.).

lettres ducales, que d'habitude on lit in conspectu multorum, où souvent on ne garde pas la discrétion qu'on devrait, ce qui aboutit quelquefois au détriment de celui qui écrit.

Or ce changement, ut intelligatis otnnia, a été interprété ici in malam partent, pour trois motifs : d'abord parce qu'on estime quomnis illi status sit et esse debeat ad omnimodam devotionem régis Ferrandi ; a quo inferunt que la ligue restera rompue et que le roi Ferdinand pro lïbito, n'ayant plus contre lui l'État de Milan, changera aussi l'Etat de Florence ad libitum. Si cela arrivait, rien ne pourrait être plus désagréable à ce seigneur roi, lequel, à ce que je sais, aussitôt qu'il reçut ces nouvelles, manda l'ambassadeur de Florence et parut prendre ombrage de ce changement, principaliter pour ce motif ; car Sa Majesté porte grande affection au magnifique Laurent, et elle m'a fait dire par monseigneur d'Argenton qu'elle écrirait à Madame ' de ne se séparer de la ligue d'aucune manière, qu'autrement elle ferait connaître, etc. Elle agit ainsi par méfiance du roi Ferdinand, à qui elle ne témoigne pas une grande sympathie. En second lieu, Sa Majesté craint que les seigneurs Vénitiens n'agissent pas à l'égard de nos illustrissimes seigneurs sincère, nec ,fideliter , imo, qu'ils ne portent leurs vues plus loin ; et in specie le roi craint le seigneur Robert, dont il connaît parfaitement le caractère, à ce qu'il dit. Et quoad tertium, dubitat ne propter dissensions quae forte oriri possent, et par suite de quelques désordres, cet Etat ne tombe aux mains des Vénitiens.

J'ai voulu transmettre toutes ces informations à Votre Magnificence pour que vous en fassiez l'usage qui vous semblera convenable, et pour que vous les communiquiez à qui cela vous paraîtra être utile et ne pas nuire, surtout à moi. Je vous les adresse comme fidèle serviteur de nos illustrissimes seigneurs, et non par aucune autre considération ; car je tiens pour constant

1 Bonne de Milan resta à Milan jusqu'au 2 novembre 1479, entouré des vaines et mensongères protestations de respect de Ludovic Sforza.

que du côté de ces seigneurs de France on ne trouve que bonté et sincérité d'âme et les meilleures dispositions envers nos dits seigneurs, ce que je ne cesse de faire entendre là où il est besoin. Cependant je n'ose pas écrire publiquement ce que je vous mande, parce que cela serait peut-être mal interprété, et je ne sais encore avec qui me mettre en relation, si ce n'est avec Votre Magnificence, que depuis longtemps j'honore comme un frère très-fidèle

Tours, 25 septembre 1479.

Jean André Cagnola.

Au magnifique BartlUlemi Calcho, secrétaire ducal '.

Le lendemain, les deux ambassadeurs milanais, Cagnola et Visconti adressèrent à Milan une lettre par laquelle ils s'inclinaient devant la révolution qui venait de s'y accomplir.

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs,

Jeudi dernier 23 de ce mois, nous reçûmes les lettres de Vos Excellences en date du 10, par lesquelles vous nous faisiez connaître la mesure que vous avez prise pour le salut, la tranquillité et le repos de vos États, de faire arrêter messire Cicco, son frère, Orpheo, etc., et vous nous chargiez de le notifier au roi Très-Chrétien, en lui présentant etiam les lettres que Vos Excellences lui adressent. Nous n'avons d'autre réponse à y faire, que comme fidèles sujets et serviteurs de Vos Excellences, nous sommes très-satisfaits d'apprendre que Vos Excellences ont pris des mesures destinées à éloigner toute occasion de désordres et de scandales, de telle sorte que vous pourrez vivre l'esprit tranquille et joyeux, et que la paix et la sécurité de vos États se trouveront assurées. Nous savons que Vos Excellences ont tout fait avec sagesse et fraehahito maturo consiïio.

1 Archives île Milan (trad.).

Aussi faut-il espérer que vous obtiendrez les résultats désirés. Nous avons tout fait connaître à Sa Majesté, et nous lui avons fait remettre les lettres que Vos Excellences lui écrivent, parce que Sa Majesté est actuellement aux Forges près de Chinon, à une journée d'ici ; et nous avons ordre de Sa Majesté d'adresser tout ce qui arrive à monseigneur d'Argenton, qui le lui fait passer ensuite. Sa Majesté vous répond, illustrissime dame ', comme vous le verrez par la lettre incluse. Le roi craint un peu que Vos Excellences ne se détachent de la ligue et que le roi Ferdinand n'ait maintenant assez d'autorité près de vous pour vous entraîner dans ses voies et vous faire abandonner Laurent de Médicis. Aussi nous a-t-il chargés par monseigneur d'Argenton d'écrire à Vos Excellences de ne le faire à aucun prix ; car, s'il en était autrement, il se brouillerait avec vous. Nous vous l'écrivons afin que vous sachiez mieux quelle conduite il y a lieu de tenir.

Aussitôt qu'arrivèrent les nouvelles de Milan, Sa Majesté manda l'ambassadeur florentin, avec lequel elle s'entretint longtemps. Cet ambassadeur nous répéta que Sa Majesté ressentirait un grand déplaisir si Vos Excellences se détachaient de la ligue, et il s'est longuement étendu à ce sujet. Bien que nous croyions qu'il a mis plus de chaleur dans les sentiments qu'il attribue au roi, qu'il n'y en a en réalité, vu le zèle que l'envoyé florentin porte à sa cause, nous avons voulu toutefois informer de tout Vos Excellences, afin que vous jugiez mieux ce qu'il y a lieu de faire. Nous ne doutons point qu'avec l'avis de votre sage conseil vous ne sachiez si bien vous conduire que toutes vos résolutions seront pleines de prudence et immutics ah omni reprehensioue. Il n'y a pas d'autre nouvelle. i

1 II faut ne pas oublier que la duchesse de Milan était, au moins nominalement, maintenue en ce moment par Ludovic Sforza dans le gouvernement du duché de Milan.

1 Les historiens italiens semblent trompés d'un jour en fixant au 11 septembre 1479 l'arrestation de Simonetta, dont il est parlé à la page précédente.

COMMINES. — III. j

Je continue à me recommander humblement à Vos Excellences.

Tours, le 26 septembre 1479. •

Jean-André Cagnola ; Charles Visconti '.

Dans la lettre suivante , les mêmes ambassadeurs font connaître que Louis XI a appris avec plaisir les événements de Milan.

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs,

Nous avons vu tout ce que Vos Excellences nous écrivent par leurs lettres du 14 du mois dernier, où elles nous apprennent l'heureux retour de l'illustre seigneur messire Robert de San- Severino et le grand contentement qu'en reçoivent Vos Excellences. Nous vous sommes très-reconnaissants de ce que vous voulez bien nous faire part de cet heureux événement. Il nous cause un plaisir singulier , et nous y prenons une vive satisfaction ; car il nous semble que tout tournera à la gloire et à la prospérité des États de Vos Excellences. Nous nous sommes empressés d'apprendre le tout au roi Très-Chrétien qui prend un très-grand plaisir à tout le bien et à tout le contentement qui arrivent à Vos Excellences. Sa Majesté nous a fait entendre qu'elle s'en tiendra pour fort satisfaite, pourvu que du côté de Vos Excellences on observe surtout deux points : l'un, qu'elles ne se détachent point de la ligue et n'abandonnent pas les Florentins et le magnifique Laurent ; l'autre, que Vos Excellences ne fassent pas plus de cas du roi Ferdinand que de Sa Majesté , laquelle me charge de vous dire qu'étant unie comme elle l'est par les liens du sang à Vos Excellences, elle croit ne pas devoir avoir moins d'autorité près de vous que d'autres. Nous avons jugé devoir en donner avis à Vos Excellences, afin que, connaissant la pensée du roi, vous sachiez mieux ce qu'il faut faire.

' Archives de Milan (tracL).

Vous aurez vu tout ce que Sa Majesté vous écrit au suj^t du mémoire des Florentins et de Laurent, qui était contenu dans des lettres expédiées par un courrier spécial à l'ambassadeur florentin. Celui-ci a aussi reçu des lettres du 15 du mois dernier, qui lui apprennent les événements survenus en Toscane depuis la déroute, etc., item les événemens de Milan. Bien que les Florentins pensent que Vos Excellences persévéreront dans la ligue et dans l'alliance avec eux, néanmoins ad abundantem cautelam ils voulaient que l'on priât le roi de vous envoyer une ambassade ou des lettres pour vous fortifier dans vos bonnes dispositions, et c'est ainsi que la chose fut faite à la requête de l'ambassadeur florentin. Actuellement Sa Majesté envoie monseigneur d'Argenton avec deux cents archers de sa garde ' vers l'illustrissime duc de Savoie, pour l'accompagner en Savoie jusqu'à Chambéry : il montre aussi une commission de réunir dans le Dauphiné des gens d'armes et d'y faire venir, s'il le juge à propos , une partie de l'armée qui se trouve en Bourgogne. Tout cela, dit-il, il le fait pour donner encouragement et faveur aux Florentins, si jamais Vos Excellences entraient dans les voies du roi Ferdinand et lui faisaient la guerre, parce que dans ce cas, ajoute-t-il, sa commission porte qu'il doit les employer pour protéger les Florentins, selon ce qui semblera bon à Sa Majesté. Il dit encore que madame d'Orléans 2, ayant appris les nouvelles d'Italie et croyant que Vos Excellences vont se détacher de la ligue et suivre en tout le parti du roi Ferdinand , ne cesse , par ses lettres , de solliciter Sa Majesté d'aider son fils le due d'Orléans à prendre possession de Milan avec l'appui etiam des Florentins et des Vénitiens. Il nous apprit aussi que bien que Sa Majesté eût d'abord résolu de confier à don Frédéric cette entreprise qui concerne le duc de Savoie, néanmoins, après les événemens survenus chez vous, elle a changé d'avis pour le moment, se méfiant du roi son père

1 Voyez tome Ier, p. 297.

1 Marie de Clèves. veuve du duc Charles d'Orléans.

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