G8 LETTRES ET NÉGOCIATIONS
Elle a donc décidé actuellement d'y envoyer monseigneur d'Argenton '. Quoique nous pensions que ce sont plutôt des épouvantails pour obliger Vos Excellences à plus de ménagements dans l'affaire des Florentins, nous avons cru toutefois devoir tenir Vos Excellences au courant de tout, parce que ce ne sont pas des choses à négliger entièrement et afin que vous sachiez mieux comment vous diriger. Ledit seigneur d'Argenton nous dit d'ailleurs que, dévoué comme il Test à Vos Excellences, il fera tout ce qui dépendra de lui pour votre service et le bien de vos Etats, d'autant plus qu'il compte que vous ferez ce qu'il espère de vous, c'est-à-dire que vous ne vous écarterez pas de la volonté de Sa Majesté, surtout quant aux deux points susmentionnés. Si Vos Excellences lui envoyaient un des leurs, il lui expliquerait ad plénum quelle est la volonté du roi et comment vous devez vous conduire avec Sa Majesté de sorte que tout réussisse et prenne une bonne tournure. Il assure encore que si Vos Excellences ou quelques-unes de vos illustres seigneuries ont à s'adresser au roi, il est bon qu'il le sache d'abord, parce que, grâce à la manière dont il écrira au roi, les choses seront exposées avec une telle habileté que ces lettres auront d'heureux résultats et porteront de bons fruits. Le séjour du seigneur d'Argenton, à ce qu'il nous dit, sera fort court en Savoie , surtout si les choses de là-bas réussissent selon la volonté du roi ; car il s'agit uniquement de faire recevoir par le duc le serment de fidélité et d'hommage au nom de ses pays. Il nou ; annonça touteibis que si les choses prenaient une autre tournure, il demeurerait plus de temps pour exécuter tout ce qui a été résolu. Nous avons remercié Sa Seigneurie de tout ceci et principalement des bonnes dispositions qu'elle manifeste envers Vos Excellences et vos Etats, et nous lui fîmes entendre que nous pensions que vous verriez sa mission près du duc de Savoie avec plus de plaisir que celle d'aucun autre ambassadeur. Nous ajoutâmes que nous ne doutions pas
' Voyez la lettre de Louis XI, du 8 octobre 1479, tome I"', p. 296.
du reste que Vos Excellences, en fils très-affectionnés de Sa Majesté, ne s'efforçassent toujours de se conformer à sa volonté le plus qu'elles le pourraient, et que nous étions convaincus que l'autorité de Sa Majesté serait toujours considérable près de Vos Excellences, comme celle d'un père sur ses enfants, d'autant plus que Sa Majesté vous témoigne des marques réelles d'affection paternelle. Il ne serait pas mauvais que Vos Excellences envoyassent vers le seigneur d'Argenton un des leurs, bien au courant de vos dispositions, pour lui rendre visite et pour lui faire honneur. Nous croyons que cela ne peut qu'être avantageux, et nous nous en référons du reste au jugement éclairé de Vos Excellences.
Le seigneur d'Argenton a résolu de se faire remplacer près du roi par le comte Boffilo et monseigneur du Bouchage , auxquels , durante ejus alsentia , on s'adresserait pour les affaires qui se présenteraient ; car on ne peut avoir audience de Sa Majesté qu'autant qu'elle le veut bien, et c'est très-rare. Nous suivrons donc ses recommandations. Ici rien de nouveau. Seulement, il vient d'arriver une ambassade du roi d'Angleterre. Quelle est sa mission ? nous ne le savons pas ; mais l'on dit que ce prince veut s'entremettre dans les différends qui existent entre le roi et le duc Maximilien et qu'il espère les apaiser. Cela nous paraît difficile à croire parce qu'il ne convient pas au roi d'Angleterre que ces guerres aient un terme, et lorsque une autre fois il fit la même demande , elle fut repoussée parce qu'on y avait donné une mauvaise interprétation, comme je sais que Jean André Fa écrit à Vos Excellences. Cependant, si nous recevons d'autres informations, nous en instruirons Vos Excellences, auxquelles nous nous recommandons humblement.
Tours, le 4 octobre 1479.
Jean André Cagnola ;
Charles Visconti.
Aux ducs de Milan '.
Le 5 octobre 1479 Cagnola adresse à Ludovic Sforza la copie d'une lettre de Commines à Pierre Palmeri. C'est celle que nous avons publiée ailleurs ' d'après la traduction même de l'ambassadeur milanais :
Illustre, puissant et très-honoré seigneur,
J'ai obtenu adroitement la copie d'une lettre adressée par monseigneur d'Argenton à ce messire Pierre Palmeri que le seigneur roi a envoyé en Italie, comme Votre Seigneurie l'aura su. Par là vous apprendrez plusieurs choses, et surtout les pratiques que Sa Majesté entretenait relativement à messire Cicco et celles qu'il entretient avec le roi Ferdinand, qui ont commencé par la mission de Pierre Palmeri. Je n'en avais rien découvert, sinon depuis quinze jours, bien que je susse que Sa Majesté lui voulait un mal mortel 2, principalement à cause de Donato del Conti.
Je vous envoie donc la copie ci-jointe , avec celle d'une courte lettre que don Frédéric adresse à Palmeri. Votre Seigneurie sera ainsi parfaitement au courant de tout. J'approuve de toute manière votre dessein d'envoyer quelqu'un à monseigneur d'Argenton , quand il sera en Savoie , et de lui écrire également parce que je crois que cela ne pourra qu'être avantageux.
Je me recommande à Votre Seigneurie. Je la prie de vouloir faire en sorte que je puisse venir à Milan, parce que je désire voir Votre Seigneurie et parce que mes affaires privées l'exigent. Je prie surtout Votre Seigneurie de vouloir bien m'envoyer des fonds pour le voyage, tout au moins les deux mois de gages qui me seront dûs à la fin de ce mois.
• Tome I", p. 20-1.
' Gli voleva maie da morte.
Je me recommande humblement à Votre Seigneurie. Tours, 5 octobre 1479.
Jean André Cagnola.
Au très-illustre et très -excellent seigneur Ludovic Sforza *. * Archives de Milan (trad).