H<» LETTRES ET NEGOCIATIONS
Écouter Louis XI, c'était renoncer à sa patrie, qu'il avait vue si brillante et si prospère : « Je n'ay cogneu, dit>il, « nulle seigneurie, ne pays tant pour tant, ny de beauce coup plus grant estendue encores, qui fust si habondant a en richesses, en meubles et en ëdifBces, et aussi en « toutes prodigalités, despences, festoyemens, chières, « comme je les ay veus pour le temps que j'y estoye *. » Mais quelques années avaient suflS, ajoute-t-il, « pour consommer toute la force de son pays *. »
Écouter Louis XI, c'était trahir le prince dont il avait été le compagnon d'enfance et dont il était resté l'ami : a A la vérité, dit-il, il avoit de bonnes et vertueuses parties a en luy. Nul prince ne le passa jamais de désirer nourrir « grans gens et les tenir bien reiglés. Ces biensfaicts « n'estoient point fort grans, pour ce qu'il vouloit que « chascun s'en ressentist. Jamais nul plus libérallement ne « donna audience à ses serviteurs et subjects... Il estoit « fort pompeux en babillemens et en toutes aultres choses, « et ung peu trop. Il désiroit grant gloire, qui estoit ce qui « plus le mettoit en ses guerres que imlle aultre chose, et
« Mém, t. II, p. 68.
* Dès 1472, la décadence de la puissance bourguignonne est manifeste. D'une part, le duc rend la libeiié à tout prisonnier qui s'engagera à combattre sotts ses drapeaux « sur promesse de servir Monseigneur en toutes ses armées en personne, sur peine de confisquer sa sa vie I ; d'autre part, il ordonne de pendre les hommes d'armes qui s'éloigneront de son camp. (Compte des exploix du conseil en Flandres, archives du royaume, n® 21841.) Pendant qu'il envahissait la Normandie, 1,600 ou 1,800 hommes d'armes, sortis d'Amiens, livrèrent aux flammes les faubourgs d'Hesdin , après avoir dévasté trente-deux villages. (Comptes des amendes^ exploix et confiscations du grand conseil, archives du royaume, n» 21434.)
ce enst bien youla ressembler à ces anciens princes dont il « a esté tant parle après leur mort : hardy autant qne a homme qui ait rëgnë de son temps ^ » Commines avait passe « sept années de reng en la guerre avec lui , Testé « pour le moins et en aucunes Thjrver et Testé. * » Il l'avait accompagné dans ses voyages qui étaient « bien aspres^. » Il Tavait vu inaccessible à la fatigue et à la peur, mais ce ses pensées et ses conclusions estoient si grandes que nul ce homme ne les sçavoit mettre à fin si Dieu n'y eust adjouté « de sa puissance ^. » S'il dissimulait autant que le roi Louis XI ^y c'était sans fruit ; s'il prenait les armes à grands frais, c'était sans résultat. « Il n'avoit point assez de sens, « ni de malice pour conduire ses entreprinses ^, » et la folle expédition de 1472 était une nouvelle preuve que, subjugué par sa fougue et son imprudence, il succomberait tôt ou tard dans la lutte qu'il avait à soutenir.
De plus, à mesure que se multipliaient ses épreuves et ses contrariétés, le duc était devenu de plus en plus rude dans son langage et plus terrible dans ses volontés. « Gracieuses (c paroles estoient contre sa coustume et sa nature ^... Il
* ir/i»., t. II, p. 66.
» Mém., t. II, p. 497.
^ Jf/M., 1. 1, p. 51.
' Pour en dire mon advis, Je cujde estre certain que ces deux princes y alloient tous deux en intention de tromper chascun son oompaignon... Il est presque impossible que deux grans seigneurs se puissent accorder pour les rapports et suspections qu*ils ont à chacune heure. M/m. 1. 1, p. 279.
* Mém., t. I, p. 229.
' Mém., t. II, p. 13.