I2-,> LETTRES ET NEGOCIATIONS
Cependant les Anglais regrettaient déjà la paix. L'un d'eux envoyé en ambassade vers Louis XI, l'avoua à Cotnmines. Le sire de Narbonne prétendait qu'une pension avait suffi pour les éloigner. L'Anglais répliquait qu'ils avaient imposé un tribut à la France. Le débat s'échauffa, mais Commines « le convertit en moquerie ^ »
Commines était chargé par Louis XI de négocier avec le grand chambellan, lord Hastings, t sage chevalier et honune t de grant sens et vertu * » , qui voyait bien que le roi trompait les Anglais, mais qui c le dissimuloit pour le grant € prouffit qu'il avoit. » C'était Commines qui avait autrefois gagné lord Hastings au parti du duc de Bourgogne, en lui donnant mille écus de pension. Il le ât passer au parti du roi de France en lui offrant le double. Toutefois lord Hastings c se fit prier, » et lorsqu'on lui demanda quittance de sa pension, il répondit : t S'il vous plaist que je le c prengne, vous le me mettrez icy dedans ma mauche, et € n'en aurez aultre lettre, ne tesmoing; car je ne veulx « point que pour moi on die : c Le grant chambellan d'Ant gleterre a été pensionnaire du roy de France, ne que mes € quictances soient trouvées en sa chambre des comptes. » « Le roy fut bien courroucé qu'on n'avoit apporté ladicte a quittance, mais il en loua et estima ledict chambellan plus « que tous les aultres serviteurs du roy d'Angleterre. ' » Avec le grand chambellan d'Angleterre figuraient, parmi les^ pensionnaires de Louis XI, le chancelier, le maître des rôles, le grand écuyer et bien d'autres.
* Mém.,t. I, p. 381.
« Mém., t. I. p. 245, et t. II, p. 166.
' Mém., t. I, p. 169.
Personne ne convenait mieux que Commines < pour c entretenir les Anglais par présens et belles parolles, afin c qu'ils ne s'empeschassent point des affaires de France ^ » Il assistait seul à Taudience que le roi donnait aux envoyés du roi Edouard charges des propositions les plus importantes *. Louis XI paya soixante marcs d'argent à un secrétaire d'Angleterre, pour obtenir deux lettres écrites au nom du duc de Bretagne, lettres qui furent vues par Commines, ici encore l'auteur vraisemblable de ce marché'.
Au-dessus de ces intrigues se place un acte important auquel s'associe le nom de Commines. Le 8 janvier 1475, il intervient dans un traité c touchant le commerce et la c liberté des marchands de France et d'Angleterre, » où l'on trouve cette phrase digne d'être recueillie : t que le « roi de France veut faire traiter les sujets du roi d'Angle^ c terre en aussi grande faveur et douceur que les siens « propres ^. » Nous verrons plus tard, lorsque Commines parlera des républiques de Florence et de Venise, combien il appréciait les richesses dont les relations commerciales sont la source inépuisable pour les États.
Le 10 juin 1475, Commines lit la formule du serment au prince d'Orange *, qui doit tour à tour servir et trahir le
* Afém., t, II, p. 166.
« Mém., 1. 1, p. 390.
' M/m.y t. I, pp. 316 et 317. Depuis 1471, lord Hàstings touchait une pension de 1,200 florins du duc de Bourgogne. Lenglet, t. Il, p. 198.
* Recueil des ordann,, t. XIII, pp. 160 et 166. Commines est cite comme présent au conseil du rai dans plusieurs ordonnances du mois de novembre 1475. Recueil des ordonnances, t. XIII, pp. lAQret 149.
» Lenglet, t. IV, p. 2, p. 141.
roi de France et la maison de Baurgogne. Que vahût une formule de serment dans la bouche de Commmes ?
Peu après, dans ks premiers jours de juillet 1475, Onu* mines assiste seul i Tinterrogatoire que le roi fait subir à Jaeques de Saint*Poi, frbre du connétable ^
Le comte de Saint-Fol, beau-frère du roi et connétable du royaume, avait poursuivi à travers les plaisirs d'une vie brillante et dissipée, les rêves les plus ambitieux, et il était arrivé à ce résultat que de ses deux puissants voisins, le roi de France et le duc de Bourgogne, l'un comme l'autre se méâait de lui et le haïssait profondément, c C'était, ditOommines, un c homme tr^-sage, qui avoit beaucoup veu '. > Le roi le trouvait trop sage, c II ne veult sinon vivre en c ses dissimulations et entretenir chascun et faire son c proufSt, 1 disait-il de lui '. D'autre part, le duc lui reprochait ses nombreuses tergiversations et se laissait aveugler par la convoitise qui le portait à s'emparer de son argent : t occasion bien petite pour faire une si grant faute\.
c Ainsi se commença à praticquer la manière de deffaire « le connestable; et du costé du roy et du duc furent c ouvertes quelques parolles par gens qui s'adressoient à c ceulx qui estoient ennemys du dict connestable estans au c service da dict duc. Et s'adressoient ceulx du roy à nng « chevalier appelle monseigneur d'Humberoourt, ung des c plus saiges et entendus chevalier que je congneus
« if^.,t. I,p. 333.
• Mém., 1. 1, pp. d07 «4 305.
' JMi., 1. 1, p. 137.
« Mén., 1. 1, p. 403.
DE COMMIMES. 125
c jamais ^ » Cominmes ëtait^il I'hh de c eeulx du royl » La p€rt6 du connëtable était d^à résolue; lorsque le roi et le comte de Saint^-Pol eurent une entrevue. Le roi y arriva un peu tard et envoya avant lui Cèmmities «c pour (C feire excuse audit connétable de ce qu'il Tavoit tant fait (( attendre *. » Commines fut l'un des cinq ou six serviteurs du roi qui assistèrent à cet entretien '. c Toutes choses (C passées sont oubliées, dit Louis XI, et jamais Ton n'en « parlera plus. » Le connétable ayant franchi seul la barrière, le roi songea, si nous comprenons bien Commines, à le faire assassiner, car d'est ainsi que doit s'expliquer cette phrase laconique : <k II fut ce jour en grant dangier ', d et ceci se trouve confirmé par cet autre passage des Mémoires : ce Le connestable se retira en ses places et manda au roy « (et ouy moy-meisraes son homme par le commandement « du roy), qu'il estoit certainement informé qu'il y avoit « deux hommes en l'armée qui avoient prins charge du roy « de le tuer, et dict tant d'enseingnes apparentes qu'il ne (( s'en failloit guèrer qu'il ne fust creu et que l'ung des <c deux ne fust soupeçonné d'avoir dict au connestable c( quelque chose qu'il devoit taire *. »
Le connétable se contenta désormais de traiter par d^s envoyés avec le roi, et ces envoyés se renconiraient à sa cour avec d'autres ambassadeurs chargés par Charles le Hardi de discuter avec plus ou moins d'hésitation les conditions de la ruine du connétable *. L'un de ceux-ci était le
* Mém., 1. 1, p. 297. Of. Mém., 1. 1, p. 126. ■ ifAe.,t. I,p.301.
» Mém., t. II, p. 303.
* Mém., t. I, p. 332.
* Commines explique avec beaucoup de finesse les malheurs de
l^iù LETTRES ET NEGOCIATIONS
seigneur de Contay, qui avait été fait prisonnier par les hommes d'arme français, mais à qui le roi laissait la liberté, pour qu*il négociât avec son maître un traité tel que le roi le désirait. C'était au sire d*Argenton et au sire du Bouchage que les envoyés du connétable devaient tout d'abord dire leur créance \ et un jour que ceux— ci, pour flatter le roi, se moquaient du duc de Bourgogne, le sire de Contay, caché derrière un paravent avec Commines, ne perdit pas une de leurs paroles qu'il se hâta de rapporter à son maître, certain d'exciter ainsi sa colère et sa vengeance '. Le sire de Contay les exagéra peut-être. Un an plus tard, il se trouvait, il est vrai, aux côtés de Charles le Hardi à la
Saint-Pol, en faisant comprendre que tel est le sort de tous les traîtres qui restent fiers et redoutables. On sent bien, en ce qui le touche, qu'il se fit aussi humble que possible. « Je conseilleroje, dit-il, à nng mien amj, si je l'avoye, qu'il n'eust peine que son maistre Taymast, mais non pas qu*il le craignist... Encore, ajoute-t-il ailleurs, en ce pas me fault alléguer nostre maistre en deux choses, qui une fois me dict parlant de ceulx qui font grant service, et m'en aUégua son acteur de qui il le tenoit, disant que avoir trop bien servy pert aucunes fois les gens, et que le plus souvent les grands services sont récompenses par grant ingratitude; mais qu'il peult aussi bien advenii* par le defifaut de ceulx qui ont faict lesdicts services, qui trop arrogamment veulent parler et user de leur bonne fortune, tant envers leurs maistres que leurs compaignons, comme de la mescong^oissance du prince. Me dict davantaige que, à son advis, pour avoir biens en court, que c'est plus grant heur à nng homme, quant le prince qu'il sert lui a faict quelque grant bien à peu de desserte, pour quoy il lui demeure fort obligé, et qu*il ayme plus naturellement ceulx qui luy sont tenus, qu'il ne faict ceulx à qui il est tenu, i Mém,^ t. I, p. 304. Quel serait le personnage dont Louis XI tenait ce propos? Philippe le Bon parlant des Croy?
* Mém., 1. 1, p. 367.
* Mém., 1. 1, p. 359.
DE COMMINES. l'27
bataille de Nancy, mais ce fut lui qui, le lendemain, alla annoncer à Louis XI sa défaite et sa mort, y
Nous ne sommes encore qu'eu 1475, et nous lisons dans Commines : « Sur l'heure fut despêché le seigneur de « Contay et emporta une lettre de créance du roy et s'en « partit. » Tandis que Commines et le seigneur du Lude entendaient la créance d'un autre envoyé du connétable, nommé Rapine, « à qui le roy fit depuis du bien ^ » , le seigneur de Contay revint vers le roi « de la marchandise contre le connétable, » puis il retourna de nouveau vers son maître. Cette fois, il envoya un agent à qui le sire d' Argenton montra un nouveau projet de convention. Telle est du moins l'interprétation que jious donnons à la lettre suivante adressée au roi et écrite entièrement de la main du duc de Bourgogne :
Monseigneur, en vostre bonne grâce très-humblement me recommande, non pour avoir es matières mué propos, ne voulante, mais pour doute que la copie que le seigneur d' Argenton à rhomme du seigneur de Contay monstra, ne vous heust fet en tout ou aucunes de ces dites matières muer propos, par quoy je heuse peu audit seigneur de Contay dongner impertinente charge. J'ay, jusques à présent, ledit de Contay retegnu ; mes, monseigneur, depuis qu^il m'a aparu par le billet que vous a pieu envoler audit de Contay, que es dites matières n'estes en riens mué, moy qui semblablement ne le suys, le vous renvoyé vous fère et dongner response sur les charges que, après la présentation des lettres que par ly vous a pieu m'avoier, dont humblement vous merchie, il m'a de vostre part et par vostre ordognance exposées. Sy vous supplie, monseigneur, monstrer audit seigneur de Contay playgne foy et crédance, pryant à Dieu qu'il vous doinst bonne vye et longue.
Escript de la main de vostre humble et obéissant,
Charles*.
* iAAn.,t. I, p.381.
* Bibliothèque impériale de Paris, f. fr. 2907, f> 10.
128 I.ETTRB8 ET NÉGOCIATIONS
Cette lettre renfermait la sentence de mort du comte de Saint-Pol. Il est d'ailleurs difficile de déterminer quelle était cette copie montrée par le sire d'Argenton, qui pouvait faire croire que le roi arait changé d'avis. Nous croyons toutefois pouvoir, avec quelque vrais^nblance, présenter une hypothèse. Charles le Hardi, en sacrifiant le connétable à la haine du roi, put exiger deux choses, la première qu'on le laissât poursuivre librement ses desseins contre les Lorrains et les Suisses, la seconde qu'on lui remît toutes les villes qui formaient au nord le rempart de la royauté française. Sur le premier point, Louis XI n'élevait pas de difficultés; mais sur le second la matière était bien plus grave. Il ne suffisait pas au duc de recevoir les principales forteresses du connétable, Ham, Bohain et Beaurevoir, mais il demandait de plus SaintrQuentin, qui était au roi, et le bruit courait qu'il exigeait aussi Tournay . Les habitants de Touras^ s'en inquiétèrent. Ils crurent ne pouvoir mieux faire que de s'adresser au sire d'Ârgenton, à qui le roi avait accordé, l'année précédente, les francs-fiefs et nouveaux acquêts du Touraésis. Certes, si Tournay avait été remis au duc de Bourgogne, ce don serait devenu nul pour Gommines, et il montra un grand zèle pour conserver à la France la vieille cité qui avait tour à tour résisté à Ârtevelde et répondu à l'appel de Jeanne d'Arc ; en effet, les consaulx consignèrent dans leurs registres l'expression de leur gratitude vis-à-vis du sire d'Argenton, « qui avoit tenu la main au bien de la ce ville en obviant qu'elle ne fust aliénée ^ »
* Les eoBiMix avouent tout oe qui a ^té Mt par M. Sabmon Testelin, qui avait été dëpatë vers le roi pour obvier à ce qu^il né ttt pr^iididé à la ville dans les ItraitéB qui se nëgooiaient entre te roi et k duc de
La ville de Tournay, qui n'avait cessé d*être « fort aflTec- « tionnëe au roy » , resta donc à la France, et Charles le Hardi qui nommait, sans employer aucune expression amëre, Philippe de Commines dans la lettre que nous avons reproduite, écoute peut-être la rancune qu'a fait naître le service rendu par le sire d'Argenton aux Toumaisiens,
Bourgogne. Ils autorisent les chefs et le conseil à faire pour cette cause telle gratuite qu'ils verront appartenir. (Séance du 31 octobre 1475.)
c Les dits chefs, attendu les paroles dites et promises au seigneur d'Argenton, qui avoit tenu la main au bien de la viUe, en obviant qu'elle ne fust aiiënëe par les dites trêves, comme on doubtoit que lea Bourguignons dësiroient, ont ordonne Ij faire présent d'une tapisserie de la valeur de XL livres de gros, de par la ville, affin que aussy, es autres affaires de la ville, il ait iceUe pour recommandée. • M. Gachard a publié cet extrait des registres des cônsaulx dans les BiUleiins de la commission royale d'histoire, t. XI, p. 341.
Conmiines demanda que cette somme fût payée comme décharge à un tapissier de Tournay qui lui avait déjà fourni une tapisserie :
< A Jehan Lebacre, tapisseur, en l'acquit et tant moins de ce que lui doit hault et puissant seigneur messire Philippe de Commines, seigneur d' Argenton , conseiller et chambellan du roy nostre seigneur, pour et à cause de la promesse qui par mesdis seigneurs, les consaux, lui avoit esté faîte, affin qu'il tenist'la main envers le roy nostre dit seigneur, comme il âst au temps des trêves faictes en septembre Tan LXXV entre le roy nostre dit seigneur et monseigneur de Bourgogne, en obviant à ce que ceste dite cité ne fust donnée ou aliénée hors de la couronne, conmie lors il estoit grant bruit que faire se devoit, et y contendoit ledit de Bourgogne, sicomme on disoit, qui eust esté contre les franchises et priviUéges d'icelle ville et à la désolation et desplaisance de tout le peuple d'icelle, pour laquelle cause fut dit et offert donner audit sire d'Argenton une chambre de tapisserie de la valeur de XL livres de gros, laquelle somme ledit seigneur a voulu esti*e délivrée audit Lebacre tant moins d'aucune tapisserie que lui devoit, montant ladite somme à II« IIII" livres. (Compte général de la ville de Tournay, l*' avril comiifES. — I. 9
quand il insère le 13 aeptembt«e 1475, dans la ttkye de Soleuvre, Farticle suivant : « Èadites présentes tràres et « abstinence de guerre, en tant qu'il touche les articles de « communication, hantise, retour «t Joujssance de biens, (c ne seront compris monsieur Baudouin soy-disant bastard « de Bourgongne, le seigneur de Renty, luessire Jean de « Chassa et messire Philippe de Commines, ains en seront « et demeureront de tout forclos et exceptés ^ » Commines assistait au conseil où fut approuvée la trêve de Soleuvre '. <K Les Bourguignons estoient âers ^, » dit- H, «t ceci peut s'appliquer à l'insertion dans cette trêve de l'article qui le concernait. Mais cette trêve, quelle qu'en fût la forme, n'en était pas moins avantageuse à Louis XI, car elle renfermait les articles secrets qu'il avait dictés, et Charles le Hardi, oubliant tout ce qu'il devait à Louis de Saint-Pol, ami et compagnon de son enfance, jurait « que « le premier des deux qui luy pourroit mettre la main « dessus, le feroit mourir dedans huit jours après ou le « baiUeroit à son compaignon pour en faire à son plaisir. » Tandis que Commines, s'empararit, au nom de Louis XI, de la part qui lui revenait, entrait à Saint-Quentin ^, Humbercourt « ennemi et malveillant du connestable \ »
au 30 septembre 1476.) M. Vanden Broncque a bien voulu se livrer à des recherches qui liront pas été stëriles : notre espoir toutefois à été déçu en ce qui touche les lettres de Commines, qui auraient pu aroir ^të conserTées à Tonmay.
* Commines, éd. Lenglet, t. III, p. 412.
« Mém., 1. 1, p. 388.
» MM., t. I, p. 389.
* Mém., 1. 1, p. 394.
» Métn,, 1. 1, p. 897.
dxëeiitait Tordre oa iaterprétait le sUence de son maître en remettant le eoœte de Sawt-Pol au roi de France. Celui-ci, de son c6të, « pressa fort les joges ^ », ei trois mois après la trêve de Solenvre, la tête de Louis de Saint-Pol tombait en place de Grève sous la haobe du bourreau.
Commises, ee préoccupait de ses intérâts persoimels autant que de ceux du royaume, lorsqu'il conservait Tournay à la France : au milieu de ces sanglantes catastrophes, qu'il ^vait aidé à préparer, il ne perdait i^ vue ni ses rente«, ni ses bi^ns. U s'agissait pour }ui, grâce à l'influence du roi, de percevoir dans la villa de Toumay (c qui estoit sienne * », les revenus des francs-Ôefs et des nouveaux acquêts auxquels il ajoutait un si grand prix ou de toucher toutou moins de ije chef quelque jjprosse indemnité *.
* jl/ifw., t.I, p. 400.
* € Dn rapport Jehan Maurre, greffier, retourne de devers le roj, à cause du droit des francs-fiefs et nouveaux acquests que aulcnns commissaires de par le roy avoient voulu lever et prendre sur les bourgois et manans de Tourna^, de leurs fiefs estons au bailliage, nonobstant le procès sur ce pendant en parlement et les privilèges de la ville, afiin qu'il pleust an roy les entretenir en lei^rs franchises, et du contredit que le seigneur d*Argenton y a bailliè , disant ledit droit luy appartenir par don du roy, lequel ne se voelt déporter d'en avoir finance, i (17 septembre 1476.)
« les chiâ/s et conseil sont rechargiés d'aviser qu'il est sur ce de faire et de appeller les dis fief tés pour contribuer à la despense qu'U s'en fera, i
c De la response envoyée par escçipt à monseigneur d'Argenton, contenant que les consaux, veu leurs privilèges et le procès sur ce pendant, ne pooient composer à finance pour les nouveaux acquests dont il dist avoir le droit et qu'il contend lever sur les fiefs des manans, et des lettres que sur ce il a rescriptes, disant quil poursievra son droit par toutes voyes. i (15 octobre 1476.)
Cette fois, il eut à lutter contre les privilèges d'une antique et glorieuse cite, restée presque indépendante dans les grandes luttes des deux derniers siècles. (Tommines ne voulait <c se déporter d'avoir finance. » U déclarait qu*il poursuivrait son droit ce par toutes voyes »; il était résolu <c à contraindre les manans. » Néanmoins « il estoit bien
f Lei ekuifitiU eomeU en sont nekarchiés pow en faire ce qu'Ut adpiseront ettre le meiUenr pour le bien de la viUe. •
« De le remoiutrance des chiefs qui ont entendu que le seignenr d*Argenton, lequel maintient avoir le don du roy touchant les non- ▼eanx acqaests» non content des remonstrances à lui ûdctes des privilèges de la ville et du procès sur ce pendant en parlement, a obtenu nouvelle conunission et fait revenir certains commis par dechà, pour, nonobstant lesdits procès, oppositions et appellations, constraindre les manans de la ville paier ledit droit des fiefa qu'ils possessent. i (19 novembre 1476.)
c les ekiefs et le comeil en sont reckargiés, en appelUmtUs fiefvés pour savoir de combien ils y voront contribuer pour selon en estrefait par le meilleure manière qu'ils verront estre à faire. Sur ce lesdû chiefs ont fait évoquier tous Usais fiefvés à venir en halle par devers eulw, dont ne sont comparus que environ le nombre de XX, lesquels, estans en sy petite cantité, n'ont volu délibérer, ne consentir à faire contribution. •
Le 26 novembre, les consaux décident qn*on assistera les fiëvës par remontrances et requêtes, opposition et autres voies de justice, le mieux qu'il sera possible, sans faire grande dépense pour la ville.
c Le samedi VU* jour du mois de décembre Tan mil IIII*^ LXXVI furent messires les consaulx assamblés en la haUe et à eulx monstrées unes lettres envoyées à messeigneurs les chiefs par maistre Simon Radin, conseiller et solliciteur de la ville de Paris, contenant que audit lieu de Paris estoit venu monsigneur d*Argenton, à présent vicomte de Touars et sénéchal de Poitou, et qu'il avoit amené avec lui aucuns commissaires nouveaulx pour venir par dechà constraindre ceulx de la ville tenans fiefs à payer au roy le droit des frans-fiefs et nouveaulx acquests , nonobstant le procès sur ce pendant entre le roy et ladite
« content entendre à aucun appoinctement et faire avoir à « la ville privilège de la franchise qu'elle prétendoit, moyen- « nant gracieuse finance, se on y voloit entendre. » Sur ces entrefaites, on reçut ce de rigoureuses lettres » de Louis XI. La taxe fut levée par des commissaires, tandis que les bourgeois réitéraient leurs protestations.
ville en parlement, et avec ce oontendoit ledit seignear faire widier ledit procès par ladite coari, à toat le moina sur le recoQTrance ; advertÎBsant oultrepar ledit maistre Simon que ledit seigneur, qai avoit le don du Yoj desdis frans-fiefs, estoit bien content entendre à aucun appointement et faire avoir à la ville privilège de la francise qu^elle prétendoit, moyennant gracieuse finance, se on y voloit entendre. •
Des quatre collèges des consaux, trois (les jures, les ëchevins et les ëwardeurs) consentent à faire contribuer la ville si Ton parvient à une transaction : le quatrième coUège (les doyens et sous-doyens des métiers) s^oppose à toute mesure qui aurait pour but de faire payer la moindre somme par la caisse communale. — Le lendemain 8, les chefs font convoquer les fièvés qui sont au nombre de plus de cent; dix-sept seulement comparaissent et ne veulent point se porter forts pour les autres.
Le 7 janvier 1477, sur la remontrance £ute pai* les nouveaux commissaires de rechef venus en la ville, les consaux, considérant les rigoureuses lettres du roi, déclarent vouloir obéir au souverain et chargent les chefÎB de faire aux commissaires toutes protestations et remontrances pertinentes pour la conservation du droit de la ville et des manans. Les chefs sont en outre chargés de requérir délai de trois jours seulement, afin de pouvoir réunir les fiévés. — Le même jour après-midi, les commissaires accordent le délai sollicité. Le lendemain , les chefs font convoquer les fiévés pour le jour suivant.
Le 9, comparaissent en la halle quatre-vingt trois fiévés qui désignent quelques-uns d*entre eux pour conférer avec les chefs et déterminer la part à payer par chacun d'eux afin d^obtenir privilège conservatif . Le môme jour les chefs et les délégués des fiévés , après mûre délibération, proposent d'offirir mille francs.
Le 10, les consaux sont assemblés : les trois premiers coUéges
OommiiM ne tféitit point trompe qvaad il «?ait engagé Louis XI à ne pas s^opposer aux prcjets du doc de Bourgogne 8w rAUèmagne. <c U y en ent^ obserre^t-il, q«el- « qués auHres, miettlx entendàns ce cas et qui atoîent «( plus graat congooissance pour avoir esté sur les lieux, « qui luy dirent qu'il souffirist audict duc mf aller hèur- <c ter contre ces AUemaignes, disans que quant ledict duc (c aura prins une place ou mené à fin une querelle, il « entreprendra une aultre, et n*est pas homme pour jamais « se saouller d'une entreprinse, car plus estoit embrouille « éi plus s'ttiibrouilioit, et que ndeulx ne se pourroit <c venger de Idj qtie de le laisser ftdre ^ » Mèyer , contem-
•oceptent la proposition «C ooinMiitoiit à £Bir« ^ptijer k MH^as par la TiUd; lai doyexU (qaatrièihe «oUé|;6) ne Yeulomt Mte oontribverla viUe qoe p0Qit mille franet. Le mâme jovr après^^ddi, lee cke& offireat aux commissaires la somme do dieux milk franoa, pour éviter toes scandales et tootes texàtiona. Lee oomeussaires n'aoeepteat pas et, après ane nouTelle protestation des chefs , requièrent atoir sergent pour fiiire leur publication ; toutefois, ils accordent délai jasqu*au 12, afin d'avertir les dépotés des fiévés.
Le 12, les fiérés convoqués par letirs délégués ne comparaissent qu*en petit Bombre, ce qui ne permet pas de prendre quelque résolutk». Par suite, les oommlssaires requièrent aux chefii obéissance, lieu et sergent pomr £ure leur publication et procéder à Texécution de leurs lettres. On leur réitère les remontrances des droits de la ville, ^joutant qu*oa veut obéir au roi sans empêcher de fait ladite exécution, ihais on proteste contre eux de toute nullité, de non préjudice et de réparation* N<mobstant ce, les commissaires font fsire ladite publication et procèdent c à cueilHer, prendre et lerer ladite finance • .
Le 4 fiâvrier, les consaux font de nouvelles protestations au sujet de Timpôt que lèvent les commissaires sur ceux qui possèdent des fiefs relevant du prévôt de la oommune.
* tfém., t. If. au
pora^ èe GoiaBikias à quelque» années près, lui attrUwie ce sage conaeil ^
Dtns les premiers jourp de mai 1475 (v. st.), Oommkies aoeompagna le roi dans un pëleriaage à Notre* Dame du Puy ' : ce fitt tà qa'arrÎTa la nouydle de la dé&it» da duc de Bourgogne i Qranson. « Le riû afoit a maints espies par pays, la pluspart despeschés de nia « iDiÂn^i » nous dit Conimines^ et il constate dans son récit « la trës-grant joye » que le rapport de ces espions causa à Louis XI ^
Les alliés du due à» Bourgogne subirent les oonsëqoeiices de la journée de Granson. Soit que Louis XI prQaiît« bonne <ic cbiëre », soit qu'il meaa^t « de pourvoir par force », il fit conduire le roi René près de lui à Lyon. Commines fut présent <c à leurs premières pardes ^ », et le roi René, se remettant entre les mains de Louis XI *, se yit réduit à accepter une pension et à lui abandonner aon cher comté de Provence '.
* Mbybk, Am. Flandria, f> 361 vereQ.
* Recueil des ordonnances, t. XIX, p. 418.
» J/d^.,t. II,p. 11.
^ Quelques jours avant la bataille de Granson^ les ambassadeurs milanais avertirent le due de Bourgogne de menaces sorties de la bouche du roi , qui étaient de nature 4 le remplir de méfiance et de soupçon. OiNGiNS, Dépêches des ambassadeurs milanais, t. I, p. 283.
» Mém., t. II, p. 17.
* Lorsque le duc de Bourgogne apprit Tarrivée du roi René à Lyon, il dit à Tambassadeur de Milan que c'était un homme perdu, que le roi abrégerait sa vie ou ne le laisserait pas retourner eh Provence. Gingins, Dépêches difs ambassadeurs milanais, t. II, p. 129.
^ Le duc Charles de Calabre, neveu du roi René, protesta contre cet acte de spoliation. Archives de Tempire à Paris, J, 257, 92.
Il ne resta au bon roi Renë qu'à se plaindre de ce qu*on ne lui donnait pas même ce qu'on lui avait promis, un peu d'argent pour se vêtir, du blë pour lui et de l'avoine pour ses^ chevaux. A qui s'adressaient ces tristes réclamations ? Non pas au roi, mais au sire d'Argenton, qui paraît de nouveau avoir reçu la charge principale de cette odieuse spoliation ^
Commines restait investi de la confiance la plus complète du roi.
Vers le mois d'avril 1476, le duc de Milan, Galëas Sforza, envoya un boui^eois de Milan, homme de peu d'apparence, traiter avec Louis XI *. Il s'adressa à Commines et lui remit des lettres du duo de Milan. Commines raconta au roi tout ce que portait son message et fit obtenir au bourgeois de Milan une audience à laquelle il assista'. Ce bourgeois de Milan, à qui le roi fit un gracieux accueil ^, s'appelait Jean Blanco. Commines rapporte qu'il offrit au roi cent mille ëcus comptant s'il s'engageait à ne pas traiter avec le duc de Bourgogne et que le roi répondit qu'il ne voulait pas de son argent^: ce qui n'empêche pas Commines de rapporter ailleurs que Galéas remit cinquante mille ducats à Louis XI et qu'il en reçut lui-même trente mille c en don du « dict roy à qui Dieu face pardon. • •
* Archives de Tempire à Paris, J. 257, 90.
* Au mois de Janvier 1475 (v. st.) le duc de Milan avait conclu une nouvelle alliance avec le duc de Bourgogne. (Histoire généraU de Bourgogne^ t. IV, pr. p. 355.) La bataille de Granson, survenue peu après, avait refroidi le zèle du duc de Milan.
» Mém,, t. II, p. 15.
* Lettre du ]•' avril 1476. Gingins, Dép. des amb.niil.,t. II, p. 19. » Mém., t. II, p. 15.
* Mém., t. II, p. 314.
Des documents officiels nous apprennent qne ces nëgociations présentaient un caractère bien plus grave et qu*il ne s'agissait de rien moins que de réunir les hommes d'armes de France et de Milan pour surprendre et détruire le duc de Bourgogne dans les vallées de la Suisse ^ Mais ces pourparlers restèrent sans résultat, et Galéas qui, peu de jours après, disait à un envoyé de Venise beaucoup de mal du roi de France *, se rapprocha du duc de Bourgogne en le voyant s'allier à l'empereur, et alla même jusqu'à traiter avec lui d'une ligue contre la France •.
La duchesse de Savoie qui, bien que sœur du roi, s'était toujours montrée l'alliée âdèle du duc de Bourgogne, avait aussi hésité un instant si elle ne l'abandonnerait pas. Après la journée de Granson, elle envoya un messager secret qui s'adressa à Gommines. « Elle estoit très-saige et vraye sœur « dou roy nostre maistre et ne joingnit point franchement (€ à se séparer dudict duc, ne de son amytié, et sembloit « que volsist temporiser ^ » Le roi lui fit faire par Gommines « toutes bonnes réponses. »
Au mois de juin 1476, Gommines sut le premier, avec le seigneur du Bouchage, la défaite de Gharles le Hardi à Morat, et reçut à cette occasion un don de 200 marcs d'argent *.
Gommines apprit d'autres détails da la bataille de Morat, lorsque le prince de Tarente en fit en sa présence le récit au
* Lettre du duc de Milan, 1" avril 1476, Gingins, t. II, jp. 20.
* Letti-e du 27 novembre 1476, Gingins, t. II. p. 384.
* Voyez la lettre de Panigàrola, 28 mai 1476. Gingins, Dépêchée des ambassadeurs milanais, t. II, p. 193.
* Mém., t. II, p. 19.
» Mém., t. III, pr. p. 186.