LETTRES ET I1R60CIATI0NS
rd de Praaoe ^ La pffiiics d6 Tanirts i^ûvtatt qo'en 91^^ le duo la Teille de la bataèfle, il l'avait fait par Taris d'm nuidooin Bapolitaiii, nomme Ângefe Cato» qui en ee mènent servait le due « de bon oomeil », et qui ne manqna pas de prédire diaque fois ses défaites *.
Tel est le récit de CoiuBiMs, nuds il importe de le compléter.
Le prince de Tansnte arait suivi le doc de BoorgogM dans ses guerres de Soiese, espérant la main de sa flUe ; mais Louis XI le gagna, prebaUement par rentreflHse d*Ajigelo Cato, qui qvitta Charles le Hardi vers la mâme époque. Le prince de Tarente, qui commandait le seeottd corps de Tarmée bourguignonne, accemptit sa àétecHon « s'éloignant avec quatre cents chevaux la veiUe de la bataille de Morat ' ; il est vrai qn'il laissait près du duc un chef de condottieri ns4)olitains, nommé Campo-Basso.
L*habile médiation d'Amgelo Oato fut magnifiquement récompensée.
Louis XI décora de la fleur de lys royale un missel d'or qu'il plaça dans Vécu d'Ângelo Cato, en le créant archevêque de Vienne. Il n'eât tenu qu'à Angelo de chercher dans les souvenirs de la Rome païenne quelque antre emblème qui eut rappelé le nom et la vertu de Caton. U aima mieux son missel d'or, et de cette phrase de €!ommines : a Le roi n'eust fiedt par force ce que par intelli- (c gence il avoit eu S » il composa sa devise : Iitgenium
* Mém., t. II, p. 25.
* Âiém., t. II, p. 27.
* GiNGiNS, Dép. des amb. mil.t t. II, p. 291. ♦if<^.,t.U,p. 112,
DG CÔMMIIfES, 139
ifÊpê^ët vifeê, (p^û plaça, à Vkmé, mt xm patais magniflqne» mais ses otiailtes Ytn diassèrent.
Gcmniinesi, qui avait va le jeune coonta de Ohandlaîa om^ mAie^ sur sa destinée le prévdt de WattM et qui, depuis, avait été le témoin des fémurs superstitieuses de Loais XI, araât ea grande estime ces propliëtes de la divinati(Mi et de la Bécromanole ^
Angeio Oato avait annoncé la eouronne de Mi4[»les au prince de Tarente, et celui-ci, à son tear , promit qu'il resiettrait, le jour ou il la ceindrait, qualre mille livres i Gdmmiaies ** Vingt ans devaieftt s'écouler avant qae le prince de Tarente devînt vcà.
OommiMB avait aux bienfaits de Louis XI ém titres aussi considérables qae ceux d'Angelo Cato, et cette fois Tinterventioft du roi, en sa ÛKveur, dans le procès que continuait à soutenir la maison de la Trémoïlle, devait dépasser tout ee qu'on avait vu jusqu'à ce moment. On sait déjà que liows XI faisait reposer la confiscation des biens de la maison de la Trémoïlle sur Tâbsence du consentement royal lors du mariage de Françoise d'Amboise et de Pierre de Bretagne. Or, ce cansentement n'était pas douteux, car il avait été donné par lettres royales. Il en existait un double à Talmcmt, dont Commines avah p« disposer, mais on avait appris qu'il y avait un autre texte original dans les archives du château de Thouars.
* Le dac de Bourgogne honorait, non moins que Louis XI, les astrologues, dont il faisait peut-être aussi ses espions : du moins il y en avait un à Berne au milieu de ses ennemis les Suisses, à qui il faisait une pension. (Mém. smt Thist. de Bourgogne, p. )S60.)
» Mérn.A* II, pp. 26 et 330,
Le 27 octobre 1476, Louis XI, tranchant de son aatorité absolue la question qui se débattait au Parlement, publie une ordonnance où, après avoir rappelé que le'vicomte de Thouars est le plus grand flef du Poitou et qu'il s'étend jusqu'aux îles situées dans l'Océan, il déclare le réunir à la couronne de France, attendu qu'il l'a acheté à Louis d'Âmboise et que le transport qu'il en a fait à sa fille en vue de son mariage, est deyenu nul par suite de la mort du duc de Calabre. Commines figure au nombre des témoins ^
Dans une autre charte, où le premier témoin cité est de nouveau le sire d'Argenton, Louis XI déclare a en faveur ce des grands et recommandables services que lui a faits et a continue chacun jour son amé et féal Louis Tindo, sénéce chai de Thouars, lui accorder droit de justice et de juri- « diction souveraine dans sa seigneurie de la Brosse-Guille- <c gant. * »
Le droit du roi était afSrmé ; le sénéchal de Thouars était gagné. Louis XI chargea Commines d'aller avec le sire de •Bressuire visiter les archives de Thouars. On y trouva les lettres de Charles VU, qui approuvaient le mariage de Françoise d'Amboise. Commines voulait les détruire de suite : on les porta à Louis XI, qui les jeta au feu. Ceci se passait à Cande, et le souvenir de ce bourg auquel se rattachait celui d'une mauvaise action, resta gravé dans l'esprit de Commines. Parlant de son voyage eu Lombardie et de
* Recueil des ordonnances, t. XIII, p. 210.
* Recueil des ordonnances, t. XIII, p. 210. De plus il foi nomme secrétaire du roi et deviiit plus tard premier président du Parlement de Bordeaux. D après M. de la Fontenelle de Vaudoré, Louis Tindo devait tout au sire de la TrëmoïUe et Ten récompensa par la plus noire ingratitude.
la ville de Vigevano où rësidaît un tyran, il se prend tout à coup à penser à Louis XI et à Gande, et il ajoute : ce La ville c( ne vaut point Saint-Martin de Gande qui n*est riens ^ »
Ainsi se terminait par l'intervention violente et brutale de l'autorité absolue du roi, un débat que la magistrature, même sous Louis XI, eût probablement résolu dans un autre sens. Louis de la Trémoïlle forma d'abord, au nom de ses enfants mineurs, opposition, devantle Parlement, contre l'union du vicomte de Thouars au domaine de la couronne, faite par le roi « de son auctorité et puissance. » Mais cette résistance était pleine de périls. Louis de la Trémoïlle comprenait que le roi désirait « moult avoir et acquérir la visce conté d$ Thouars, ensemble la principauté et seigneurie (c de Thalmondais et Berrye. » Louis XI avait chargé le bâtard du Maine de le lui déclarer. Il avait aussi envoyé le seigneur de Bressuire « le presser par grans importunités. » Louis de laTrémoïlle céda, « doubtant », comme il le dit luimême, a encourir son indignation et malveillance, s'il ne (c condescend à son vouloir. » Mais en même temps il déposa chez deux notaires, l'un de Montmorillon, l'autre de Poitiers, une protestation où, dans l'intérêt de ses enfants, il déclarait nul et non avenu tout ce qui se ferait en vertu d'un acte imposé par la violence ou la terreur *.
On ne connaît pas ^e charte où Louis XI, qui venait de proclamer l'annexion irrévocable à la couronne du vicomte de Thouars, en ait disposé en faveur de Gommines. Néanmoins, il paraît y avoir possédé une jouissance de fait, sinon
« if^., t. II, p. 450.
* Protestation an 8 janTier 1476 (v. st.) Archives du château de Thouars, communiquées par M. le duc de la Trémoïlle.
J42 LETTRES £T MEQOCUTIONS
de droit, et dans plu^ieurB documaïute, l& tUre de vicomte de TtiQuars lui e«t attribue.
Quelques mois après, Louis XI, Toiâaat assurer i Gommines une autorité supérieure dans toute la coutnée où s*étaodaîeat ces donaiues dont la légitime propriété était si douteuse entre sas miûns, le créa fiuccdsaiye«iait capitaine de Poitiers et sénéchal àt Poitou ^.
Cornalines allait mériter ces importants bicmfoits par de nouveaux services.
Quelques jours après la bataille de Morat, le duc de Bourgogne, craignant de voir Tinfluence de Louis XI succéder i la sienne au pied des Alpes, feusait enlever la duchesse de Savoie et donnait Tordre de ia ooftdAire au château de Rouvre. Un gentilhomme piémontais, nommé Riverol, reçut alors de la duchesse un nouveau message plus pressant pour Commines. Celui-ci préseorta Riverol au roi, et cm organisa immédiatement une expédition pour délivrer la duchesse de Savoie, qui se rendit au Plessis et promit d*étre désormais bonne Française. Commines eut la charge de toute cette négociation, et il rédigea les lettres par lesquelles le roi et la duchesse s'engagèrent mutuellement «c à estre bons amys pour le temps adve- « nir *. » Nous ne connaissons que celles où Louis XI promet son appui à sa sœur. Commines j est cité comme témoin '. Il ne faut pas, du reste, au témoignage de Commines lui-même, prendre tr<^ au sérieux ces protestations,
• Par lettres données aa Plessis-lès-Tonrs le 24 novembre 1476. Mém., t. III, pr. p. 60.
• Mém., t. II, p. 38.
• Hiiioire générale de Bûurgogne, t. IV, pr. p. 365 (2 novembre 1476).
DE G0MM1NB8. 143
oar il nous apprend que rameur que le roi portait à sa sœur, était subordonne à l'intérêt qu'il avait à la séparer de Charles le Hardi : « Elle estoit, dit-il en deux mots, a estimée pour le duc *. »
Au mois d'octobre 1476, le duc de l^lan suit l'exemple de la duchesse de Savoie et se rapproche du roi de France •.
A cette époque, le premier ministre du duc de Milan était un Calabrais aussi distingué par son talent que par son amour des lettres, nommé François, ou plutôt, comme on l'appelait communément, Cîeo Simonetta. Lorsqu'il remplaça l'émissaire secret envoyé a Louis XI par François de ï^etrasancta, ambassadeur officiel et d'un rang distingué, il le chargea de réclamer près de Commines les bouB offices qu'il avait prêtés naguère à Jean Blanco. François de Petrasancta craignait un mauvais accueil de la part du roi : Commines le rassura en ces termes, dans une lettre qui semble avoik* été écrite à Paris :
Monsegneur Tambassadeur, je seray bien tost devers lo roy, et y pense estre avant trois jours ou quatre et peut-estre bocoup plus bref, car j'atens d'eure en eure qui me mande. H y a deux ans qœ je ne fus icy * : pour coy il faut que vous me tenés pour esousé, et se voqb sonsyéfi maïs tenés en repous des besongnes de vostremestre ; oar y ne se ferarespons où vostre mestre ait honte, ny douitiage, et ne parlés de vos besongnes iâ personne jusque à ma venue.
De la main du tout vostre
GOMMTNES.
A Francisque de Petrasancta, ambassadeur du duc de Milan «.
* GiNGiNS» Déf, des amh. mil.^ t. Il, p. 384.
' Louis XI s'était rendu à Paris au mois d'octobre 1476. ^ Collection de M. le chevalier Morbio, à Milan (sans date).
Gommines ftit» en effet, fort utile à l'ambassadeur milanais, comme le prouve la lettre suivante de Simonetta :
 fnonseiçneur d'Arçenton.
Nous savons par les lettres de François de Petrasancta, notre secrétaire, et par ce que nous avons éprouvé nous-méme, quelle affection singulière vous portez à nous et à nos affaires, et avec quel zèle vous embrassez nos intérêts auprès de Sa Miyesté Très-Chrétienne. Nous vous en rendons les plus grandes grâces qu*il est possible ; nous vous prions de vouloir j persister, et nous ne doutons pas que vous ne le fassiez. Ledit François vous oflHra de notre part une pièce de drap d*or et une chaîne d*or de ducat, non en présent, mais en témoignage de bienveillance. Daignez les accepter d'aussi bon cœur que nous vous les envoyons, ainsi que vous l'apprendrez par François de Petrasancta *.
Cico •.
Cependant Louis XI , d'accord avec les Mëdicis , continuait à entretenir de nombreux espions au delà les Alpes '. Parmi ceux-ci se trouvait probablement un facteur de la banque de Lyon dirigée par Lionetto de Rossi, qui fut arrêté à Gênes. Commines s'interposa au nom du roi pour que cette mesure rigoureuse ne fût pas maintenue, et François de Petrasancta adressa à ce sujet la lettre suivante au duc de Milan :
Monseigneur d'Argenton m'a dit au nom du Roi qu'il écrit à Votre Seigneurie pour la prier de vouloir bien par amour pour
* On lit au dos : OaUice, 1476, 29 octobre.
* Archives de MUan, (trad.) Document communiqué par M. Baschet. ' Fer multa loca exploratores habebat quoram relatu mala inflnita
etiam insontibus deferebat. Chr, Sah. ap. mon. hist. patr. t. III, p. 655.
lui faire rendre la liberté à un facteur de son compère Lionetto, que Votre Seigneurie a fait mettre en prison à Gènes, car depuis que toutes les affaires sont terminées et que Sa Majesté et Votre Seigneurie sont réconciliées, il doit en éfcre de même de Lionetto et des siens, surtout de Lionetto , qui est très-dévoué à Votre Seigneurie *.
Les mtrigues du roi de France en Italie allaient revêtir le plus grave caractère.
Louis XI, impie dans sa jeunesse, superstitieux plus tard, quand il crut étouffer ses remords et tromper Dieu, offrait le bizarre mélange d'une feinte dévotion et d'un sentiment égoïste qui rapportait tout au développement de sa puissance. Avant de se jeter aux pieds de saint François de Paule pour implorer ses prières et quelques jours de vie, il fait mettre le cardinal Balue dans une cage de fer et menace l'archevêque de Tours d'une inexorable vengeance. En 1476, il forme le projet de réunir tout le nord de lltalie contre le Pape, dont les remontrances gênent son autorité absolue, et pour mieux réussir dans son dessein, il s'arroge le titre pompeux de réformateur de l'Église *.
Le 8 janvier 1475 (v. st.), Commines assiste au conseil où le roi signe des lettres adressées au clergé, au sujet d'un concile qu'il veut assembler à Lyon pour la réforme des simonies et des abus, et où non-seulement il ordonne que les possesseurs de bénéfices ecclésiastiques ne puissent pas quitter le royaume, c'est-à-dire se rendre à Rome, mais
* Archives de Milan (sans date).
'^ Il y eut à Orléans une assemblée du clergë que Louis XI harangua lui-même en Texhortant à préparer la réunion du Concile qui devait siéger à Lyon pour s'occuper de la réforme de FÉglise.
COHMIIICS. — I. 10
146 LETTRES BT NEGOCIATIONS
où il dëfend aussi la pablioation de toutes les bulles de Sixte IV \
Nous n'avons pas de dëtails sur rassemblée du clergé qui eut lieu à Lyon. Nous savons seulement que ce fut dans cette ville, que le 15 juin 1476 Louis XI déclara, en présence de Commines, qu'il voulait que toutes les affaires concernant les bénéfices de France, fussent remises au cardinal de Saint-Pierre ad vincula, et qu'il n'y eût de bulles et provisions apostoliques valables que celles qui auraient passé par ses mains *.
* Ord. XVIII, pp. 167 — 170 (au PleesÎB). On voit par le Recueil des ordonn. XVIII, pp. 184, 185, 1«' et 11 mars 1475 (v. st.), qœ Commines était à cette époque avec Louis XI. Il raccompagna à Valence au mois de mars 1475 (v. st.), tWrf. p. 190.
* Ord, XVni, p. 196. Le cardinal de Saint-Pierre ad vincula (Julien de la Rovère) était à cette époque tout dévoué à Louis XI. Celui-ci qui faisait écrire en 1477: c Quant il plaira au roy, ceulx de Flandres ne « lui peuvent escbapper que leurs corps et leurs biens ne soient con- « fisqués envers lui et leurs âmes en danger par les censures de « rÉglise, I chargea en 1478 le cardinal de Saint-Pierre de fulminer llnterdit, et c'est daas une lettre du cardinal de Saint-Pierre à Louis XI que je rencontre les lignes suivantes : Si le courrier que j'aj envojé i en Flandres devers le duc d* Autriche, ne me apporte ma plémëre « réception, je me retireray à Noyon... J'ai envojé à Gand, à Bruges c et autres lieux de Flandres prescher ma venue et la cause d'iceUe... « Je avertiray par mes lettres ceulx de Gand et des autres villes et < communautés de Flandres de la charge que j*ay du Saint-Siège. » Mais Maximilien avait adressé au Pape des représentations qui furent accueillies, et Doyac écrivit au cardinal de Saint-Pierre qu'il était trahi à Rome et l'engagea à recourir à d'autres moyens : « Au regard f de ceulx de Gand , ils haïssent tous ceulx du conseil du duc d'Auc triche, et espéciallement ceulx de Bourgogne, et s'ils envoyent € devers vous et vous les povez gaigner, ils ont bien la puissance de t vous fere recevoir légat malgré le duc d'Autriche et tout son con-
DB COMMINBS. 147
Commises signe enfin, le 3 septembre 1476, d'autres lettres royales qui défendent à tous religieux, sous peine d'expulsion de l'ordre auquel ils appartiennent, de se rendre aux chapitres généraux hors de France ^
Nous verrons phts tard conunent il coopéra à l'exécution des projets dont il avait aidé à jeter les bases.
Au mois d'octobre 1476, le roi de Portugal vint à Tours. Gommines fut chargé par Louis XI de conférer avec les conseillers portugais : négociations restées obscures et inaperçues en présence des grands événements qui s'accomplissaient ailleurs ^.
Tandis que Charles te Hardi assiégeait Nancy, a eom- <c mencërent plusieurs des siens à praticquer » avec le duc de Lorraine et avec les capitaines du roi en Champagne. L'un de ceux qui pratiquaient, étaient Campo- Basso , qui n'avait pas suivi le prince de Tarente en France: « Aux nostres practiquoit plus au vif, car tous- « jours présentoît de tuer ou prendre son maistre '. » Selon Commines , Louis XI eut horreur de cette trahison , et ce fut en présence de Commines qu'il chargea le sire de Contay de tout révéler au duc ^ ; mais celui-ci n'en voulut rien croire, « disant que s'il eust esté vray, le roy ne « luy eust point faict sçavoir K » Ce récit est fort douteux.
« seil. » Bibi. imp. de Parii, f. fr. 2909. Le cardinal Julien de la Rovère ceignit la tiare sons le nom de Jules II, en 1503.
* Or^. XVIII, p. 205.
* if(^«t., t. II,p. 59.
» if/w.,t. II,p. 48.
^ Mém,, t. II, p. 53. « Il machinoit, dit Commines, la mort de .son maistre. • Mém., t. II , p. 47.
» Mém., t. II, p. 54.
Diaprés Commines, le duc de Lorraine et les défenseurs de Nancy connaissaient les projets de Campo-Basso, « et (c n'eussent este les dissimulations du dit conte , ils « n'eussent point tenu jusques lors * » . Campo-Basso, craignant que son complot ne fût découvert ou obéissant à un ordre de Louis XI *, quitta le camp bourguignon, mais il y laissait plusieurs des siens, les uns pour donner le signal de la fuite, les autres pour avoir l'œil sur le duc et le frapper dans le désordre de la retraite. Nous aimons à croire, comme Commines l'assure, que ce n'est pas à cette noire trahison qu'il faut attribuer la mort du duc de Bourgogne; cependant il ne veut point en raconter la manière a pour ce qu'il n'y estoit point. » Ce qu'il en sait, il le doit à des seigneurs bourguignons qui ne purent porter secours à leur maître et parmi lesquels se trouvait le sire de Contay. Il n'hésite pas toutefois à avouer qu'il connaissait deux ou trois de ceux qui étaient demeurés au camp bourguignon pour tuer le duc '.
Charles le Hardi avait péri: ce fut sa honte V Louis XI
* i/;^.,t. II,p. 61.
* Commines nous apprend que le duc de Lorraine avait gagné Campo-Basso et que Louis XI connaissait cette pratique. Ceci donne quelque intérêt à ces lignes d*une lettre du duc de Lorraine du 1"^ septembre 1476, adressée au seigneur du Bouchage. « J'envoie devers la « roy mon bailly d'Allemagne... Javous prie qu*il vous plaise, touchant « les matières dont il vous paillera de ma pai*t, vous employer et taire u ainsi que tousjburs a esté et est en vous. » Bibl, imp. de Paris, f. fr. 2907 f> 9.
» Mém., t. il, p. 63.
^ On lit, dans un manuscrit de la bibl. imp. de Paris, à la suite du traité de Consolation adressé à Marguerite d*Ai^ou par Chastellain , ces lignes relatives au triste dénouement des ambitieuses espérances
DE CX)MMINES. \M)
avait applaudi et vraisemblablement pris part à son infor-
de Charles le Hardi : t II est vray qa^il fut ung doc de Bourgoîgne qni fist de monlt grans entreprinses tant en ce royaume comme en autres pais, et qu*îl soit vraj que lui Tint en fantaisie, par Tennortement d*aucuns seigneurs de son pays et autres, qu'il yiendroit à grosse arm^ au royaume de France , ce qu'il fist. Et tellement Tint, soubs une manière de fedre acroire au peuple, qu*il vint, sans aroir encombrier, jusques à Saint-Denys, et entra dedans, et n'y demoura guères. Après s'en partist et Tint doTant Paris ; de là passa Seine à Saint-Clou , et de là passa oultre et tira Ters Chartres pour aUer à Estampes. Lui estant à Estampes oyt dire que le roy de France Tenoit en bon païs pour chasser et bouter hors le dict Bourgoignon , qui eust esté deetruit se nng ohascun eust tenu bon. Et Tint le dict roy à grant armée aborder le dict Bourguignon. Mais ung des principaux cappitaines du roy, qui aToit la fleur des hommes d'armes du dict roy, tourna le dos au roy et s'enfuyt, par quoy le dict Bourguignon gaigna la bataille. Tout fait et accordé enTiers le roy, s'en retourna en son paJis ; et tantost après mist sus une grosse armée et Tint passer à Péronne, et de là Tint à BeauTais mettre le siège doTant la Tille, mais rien n'acquesta et s'en retourna par le pais de Caulx doTant Rouen, où il ne fist riens. Et lui Toiant que guères ne poToit gaigner, s'en retourna par le pals de Caulx, là où il brusla tous les Tillages par où il passa ; et Tint deTant Ham là où il ne demanda rien, et de là à La Fère, qu'il prinst, et laissa garnison. Et puis s'en retourna, pour l'yrer qui s'approuchoit, en son pais, et de là alla mener guerre en Liège, qu'il destruisist et ardist, comme Daignant (Dinant) et liège et presque tout le paîs. Après s'en alla mettre le siège deTant Nus où il fut moult longuement, et non pourtant il ne gaigna riens et ne sceut oncques entrer dedans, et fallut qu'il s'en roTinst en son pàSs. Et combien que ses gens estoient moult traTaillés de tenir les champs et porter an^as, il s'en partist de son pals et s'en alla en Lorraine pour le gaignev, mais à l'aide du roy le duc de Lorraine loi donna des grans empeschemens, combien que le dict duc de Bourgoigne estoit deTant Nancy allé courre pour conquester aucune chose; mais le duc de Lorraine, accompagné de grans armées. Tint sur lui de si grant courage qu'il desconfist Tarmèe, et fut tué le dict duc de Bourgoigne en la fouUe, et gist à Nancy.
tone et à sa mort ^ : ce fut son honneur, c Ceulx qui € gaignent, en ont tousjours Thonneur,*» dit Commines, et ces mots terminent le récit de la sanglwte jonmëe de Nancy.
Ce fut le compatriote de Campo-Basso, Ângelo Cato, qui annonça au roi la victoire du duc de Lorraine. En lui présentant à Saint-Martin de Tours ce symbole de fraternité chrétienne, que la liturgie appelle : la paix, il se borna à lui dire à voix basse : t Sire, vous avez la paix, le duc c de Bourgogne est mort '. »
Ce même jour, Louis XI, éperdu de joie ^, gardaà diner au château du Plessis les bourgeois de Tours à qui il s'était hâté d'apprendre cette grande nouvelle, et Commines, assis â la même table, se borna â regarder si ces bourgeois mangeaient de bon appétit, les soupçonnant de ne pas voir sans tristesse se briser le seul frein imposé aux tyranniques caprices du roi Louis XI t qui estoît fort
Doncques y a grant regart que qui TeuU ùàre gaeire, il doit regarder 86 justement il doit ftûre, et assembler son conseil pour soj informer. Dont ponr le prësent n'en parleray plus et m*en tairay , et feqiy ûu pour le présent. • ^ Molinet accuse Louis XI :
Sar trêves accordées Au père que je plaiiu.
Il prasta les souldëes ^ Pour Tochir sur les plains.
(Ms. 137, Bibl. de Toumay.)
' Selon une autre version, Angelo Cato avait dëjà annonce au prince de Tarente le désastre de Nancy trois jours avant qu'il s'aocompUt.
* c Surprins de joie • dit Commines, Mém.y t. II, p. 71 .
DE COMMTNES. 151
€ craint. * » On ne trouTe , du reste , chez Commiues aucun témoignage d'affliction au sujet de la mort d'un prince qui avait été son ami et son compagnon de jeunesse.
c Âtt lever de table, raconte-t41, le roy se tira à part et c donna à aucuns des terres que avoit possédées le duc de c Bourgogne. » Il est probable que Commises obtint quelque chose, car il fut diargé de se rendre, ainsi que le bâtard de Bourbon, dans les États du duc avec « les € pouvoirs nécessaires pour mettre en son obéissance tous c ceulx qui s'y vouldroient mettre '. » A peine avait-il voyagé une demie journée, qu'il r^icontra des messagers porteurs de lettres d'un médecin portugais et d'un page espagnol du duc de Bourgogne : la triste fin deieur maître était confirmée.
Commines et le bâtard de Bourbon arrivèrent aux faubourgs d'Abbeville. Ils avai^it envoyé avant eux un messager offrir des dons et des pensions aux magistrats de la ville; nàais le peuple ouvrit lui-même les portes, et les magistrats n'eurent rien c pour ce que les places ne furent c point rendues par eulx '. »
D'Abbeville, Commines se dirigea vers Doullens. Ce fut de la qu'il fit s(Hnmer la ville d'Arras c chief d'Artois, c ancien patrimoine des comtes de Flandre, qui de tout c temps avoit acoustumé d'aller à fille comme à fils. » Commines le savait bien. Il invoqua le droit de confiscation et bien plus que ce droit : les menaces de la force contre
* jr^., t.JI,p. 73.
« Mém., t. II, p. 74.
* Nous ayions ce pouvoir da roy. Mém.^ t. II, p. 75.
un pays prive de son seigneur et abandonne sans dëfense. Une entrevue eut lieu à l'abbaye du Mont-Saint-Éloy, entre Commines d'une part, et de l'autre, les sires de Ravestein et de Grëvecœur, qu'accompagnaient pluiseurs bourgeois d'Arras. Ceux-ci alléguaient l'ancienne coutume du pays et la trêve conclue entre le roi et le duc. t Nos paroles ne c furent point trop longues, dit Commines, car nous nous « attendions bien d'avoir ceste responce. Mais la princic palle occasion de mon allée aux dicts lieux, estoitpour « parler à aucuns particuliers de ceulx qui estoient là et t pour les convertir pour le roy. J'en parlay à aucuns, qui t tost après furent bons serviteurs du roy. * » En effet, ce jour là Commines corrompit Philippe de Crëvecœur qui ne tardera pas, lui aussi, à rejoindre Louis XI *, et Commines peut ajouter : « Le tout, en ceste maison de Bourgogne, ^« estoit mort ou tourné des nostres, ou peu s'en faiUoit : ç j'entends de grans personnaiges qui l'eussent sceu con- € seiller et ayder *. »
Commines, étant retourné près du bâtard de Bourbon, apprit que le roi les suivait et qu'il avait fait écrire, tant en son nom qu'au nom de ses serviteurs, plusieurs lettres pour faire venir près de lui ceux à l'aide desquels il espérait réduire ce pays en son obéissance. Louis XI se dirigeait
< Mém,, t. Il, p. 78.
* Mém., t. II, pp. 83 et 236. C'est à la date du 17 juiUet 1477 qu'on rencontre dans les escroes de la maison de Bourgogne la radiation en termes flétrissants du nom de Philippe de Crèvecœur. Le 6 novembre 1477, Antoine de Crèvecœur écrivit à Louis XI que les habitants d'Arras sollicitaient la grâce de devenir ses sTjgats. (Archives de TEmpire à Paris).
» Mém., t. II, p. 236.
vers Përonne, lorsqu'il reçut les lettres les plus touchantes de la jeune et malheureuse orpheline qu'il avait vu nsdtre, alors que, malheureux lui-même, il trouvait un asile à la cour de Bourgogne : « Très-redoubtë seigneur, lui ëcri- (c vait-elle , si humblement que plus povons, nous nous a recommandons à vostre bonne grâce. Nous avons en « ferme crédence que vostre bontë et clémence sera telle <x envers nos désolées personnes, que vous garderez de « toute oppression ceste maison de Bourgogne en laquelle c< vous vous estes volu tenir. Il ne nous porroit cheoir en (c pensée que en voulsissiez estre le persécuteur, meisme- (€ ment de moi Marie à qui vous avez fait tant d'honneur « que m'avez levée des saints fonts de baptesme ^ »
Louis XI refusa d'écouter les porteurs de ce message. Il avait hâte d'arriver à Përonne dont les portes allaient lui être ouvertes par un autre traître, Guillaume de Bische, « homme de fort petit estât, enrichi et eslevë en auctorité « par le duc Charles de Bourgogne *. »
Gomment les capitaines bourguignons eussent-ils pu résister aux séductions de Louis XI ? « S'il y avoit dedans c( quelque forte place ung capitaine qui eust povoir de la « bailler pour argent et qu'il vosist praticquer avec le roy, « il povoit estre seur qu'il avoit trouvé marchant, et ne a Teust-on sceu espoventer à luy demander grant somme, « car libérallement l'accordoit'. »
Commines s'était rendu dans un village près de Përonne ;
* Voyez toute cette lettre si touchante, si pleine d'angoiëse et de détresse, dans les bulletins de TAcadëmie royale de Belgique, t. XXI.
• Mém., t. II, p. 96.
» Mém,, t. II, p. 208.
154 LETTRE» ET WEGOCUTIONS
il j dîoa avec le roi qui hii reprodia de ne rien aToir fait à Arrae et se ranta de ce que son barbier Olivier lui avait promis de lui livrer la ville de Gand. Le sire du Lude, confident intime de la pensée du roi, ajouta quelques raQlerîet qui blessèrent Gommines, et celui-ci se contmta de rendre qu*il doutait fort du succès de la mission de maître Olivier en Flan^.
Deux partis s'étaient &»inés à la cour du roi et sans doute depuis le moment où Louis XI, portant Bon ambition vers la Flandre, avait cru devoir consulter tour à tour deux Flamands qui vivaient près de lui. L'un était Gommines; quel était l'autre? Le barbier Olivier, fils et pditfils de valets investis du monopole des jeux de basait dans quelques villes de Flandre, qui, conmie ses ayeux, portait le surnom caractéristique de Necker .qu'on traduisait par le Diable ou le Mauvais, c'est-à-4ire le Malin ^; mais Louis XI, grand chasseur, l'avait nommé Olivier le Daim en l'anoblissant'. Toutefois, au lieu de lui donner pour écusson des emblèmes empruntés à Tart cynégétique, comme il l'avait fait pour plusieurs de ses favoris ^; il avait cru rendre un hommage plus éclatant à sa sagesse en y plaçant un rameau d'olivier qui devait un jour se dessécher au vent patibulaire de Montfaucon.
* Synonyme de dëmon au moyen âge.
^ Je ne sais quel nom Louis XI donna à un autre transfuge, porté sur la liste de ses pensionnaires aTec cette désignation : c Odet devant dict Dos d'Asne. » Bibl. imp. de Paris, f. fr. 2900.
' Le chancelier Pierre Doriole portait d'azur à trois voU d'oiseau d'or ; le grand maître de Tartillerie , Tristan THermite , d'argent à une tête de cerf de sable ; Jean du Fou, d'azur à une fleur de lis d'p^ accompagnée de deux éperviers affrontés d'ai^nt. L«tcun ^carteËdt d'une fleur de lis et de quatre lapins courants d'argent.
DE GOIOdlNES. 155
Ciosmiines était d'avis que le roi devait étendre sa puissance fc par bon tiltre ou par mariage \ » par bon titre en accordant à lliéritière de Charles le Hardi une protection dont on réglerait les conditions, ou par mmage en lui ftdsaat épouser quelque prince de la maison de France.
OUvier soutenait en son dur et énergique langage le parti qui allait le mieux à son caractère : celui de la violence fondé sur son orgueil et sa présomption *. Il se croyait appelé à déchirer les vieilles franchises de la cité deToumay *et se flattait de planter sur le Marché du Vendredi, à G^ad, la bannière des leliaerts.
« Mén., t. II, p. 83.
' n y avait à Tournay beaucoup de bourgeois plus faTorables à la maison de Bourgogne qu'an roi de France. Philippe le Bon, aussi bien que Charles le Hardi, avait convoité Tannexion de Tournay. En 1423, le roi d'Angleterre, de Tavis du duc de Bedford, avait cédé an duc de Bourgogne les villies de Tournay, Montdidier, Roye et Péronne ; mais la ville de Tournay resta fidèle à Charles VII et conserva ses vieilles franchises. « Savoir faisons, porte une charte du duc de Bourgogne dn 9 septembre 1423, que pour ce que la dite ville de Tournay n'est pas pour le présent à mondit seigneur (la roi d'Angleterre), nous promettons par la foi et serment de nostre corps et nostre parole de prince, de faire diligence et nostre loyal povoir de réduire et remettre ladite ville de Tournay et les manans et habitans d'iceUe en la bonne obéissance et subjection de mondit seigneur, dedans le premier jour dn mois de juillet prouchainement venant; et s'il advenoit que dedans ledit premier jour d'iceUui mois ne le pourrions faire et il plaisoit à nostre dit seigneur et à nostre dit frère le régent entendre par puissance ou autrement à la réduction de ladicte ville de Tournay, nous promettons loyalement, en bonne foy et parole de prince, de y aidier à notre povoir. » (Archives de l'empire, à Paris, J. 249.) A la fin du xv« siècle, Louis XI n'est plus l'objet du dévouement que Tournay avait montré pour Charles YII. En 1463, à ce que raconte Adrien de
Louis XI croyait son barbier. Il disait tout haat à Commines à quels seigneurs d'Allemagne il donnerait la Hollande et le Brabant ; il ajoutait quels étaient ceux dont il voulait faire des comtes de Hainaut ou de Namur. c C*estoit, assurait-il, la voie la plus utile. » — c Quant c au monde, observa Commines, il j avoit grande appa- « rence en ce que le dit seigneur disoit; mais quant à t la conscience me sembloit le contraire. ' » Cette fois , Louis XI, bien qu'il fût l'un des princes les plus sages et les plus subtils de son temps, se trompait, et la conscience de Commines était mieux servie par son habileté que la conscience du roi. N'y avait-il pas toutefois chez Commines un autre mobile que le devoir? Ne subissait-il pas plutôt quelque sentiment de jalousie, témoin la phrase où il blâme <c la charge donnée par ce saige roi à ce petit person- « naige« inutile à la conduite de si grant matière*? »
Ce fut en vain que Commines essaya de faire prévaloir son influence et ses conseils. Il venait de recevoir un chevalier du Hainaut qui était de ses parents et qui lui apportait des nouvelles de plusieurs autres seigneurs à qui Commines avait écrit pour les engager à entrer au service du roi ^. Il avait même en leur nom c fait ouverture au roi
But, les Toamaisiens lui refusèrent Tentrëe du château. Olivier le Diable les engagea à envoyer des députes à Paris : Louis XI les retint pendant six ans prisonniers à la Bastille.
* Mém., t. II, p. 85.
• Mém., t. II, p. 96.
' Commines avait conservé des relations dans les Etats du duc de Bourgogne. Mém,^ 1. 1, p. 319.
Une dame que Commines connaissait bien (ce sont ses expressions, Mém.^ t. I, p. 326), favorisait les intérêts de Louis XI en Artois.
c en deux mots de bailler les principales villes et places € du pays de Henault. » Le roi fit appeler le chevalier ; mais il l'ëcouta peu et le renvoya au seigneur du Lude, avec lequel il n'entra pas « en grand marchandise ^ » Gomment se seraient-ils entendus? Le sire du Lude lui demandait ce que lui ^donneraient les villes du Hainaut, et le chevalier transfuge, de son côté, n*ëtait venu <c que « pour faire son prouffît et s'enrichir. » Enâu , le roi déclara à Commiues que ceux dont il lui proposait les services, « n'estoient gens tels qu'il lui falloit. » A peine lui permit-il de lui donner par écrit les noms des personnages « qui s'estoient tournés de son parti, » grâce à son intervention^ et qui avaient reçu des promesses de dons et de pensions '. Il avait hâte d'entrer à Péronne, et se penchant a l'oreille du seigneur d'Argenton, il lui donna l'ordre bien sévère et bien inattendu de se rendre en Poitou et aux frontières de Bretagne. Les nouvelles railleries du sire du Lude y ajoutèrent une humiliation de plus. C'était
Commines ne la nomme pas. Il s'agit peut-être de la dame d'Hamières, dont la fiUe épousa Jean de Bische. Philippe d*Humières était petit-fils de Gilles de Nédonchel, qui avait épousé Marie de la Clyte.
* Mém., t. II, p. 88.
' Quels étaient ces parents de Commines? Il serait difficile aujourd'hui d'arriver à quelque certitude. A coup sûr ce n'étaient ni sa cousine, Jeanne de Commines, qui disait, en parlant du dauphin , qu'on 'avait besoin c d'ung homme et non pas d'qn enfant; » ni Jean d'Haie- ^vyn, mari de Jeanne de Commines. Jean d'Halewyn habitait le château de Commines. H était resté fidèle à l'héritière de Charles le Hardi, et pouvait rappeler avec fierté qu'à Gavre il combattait aux côtés de Philippe le Bon avec quarante-quatre chevaliers et écuyers de son nom et de ses armes, et que trois de ses frères étaient morts sous le même drapeau, l'un à Montlhéry, l'auti'e à Nancy, le troisième à Guinegate.
« un homme très-plaisant qui sçaToit bien complaire au c< roy et qui ne craignoit jamais à abuser, ne à tromper « personne \ — « Quoi I dit-il au sire de Commines qui « montait à cheval, tous en allez-vous à Theure que vous « deve2 faire vos besongnes ou jamais, veu les grandes « choses qui tombent entre les mains du roy, dont il peult ce agrandir ceux qu'il ayme? Au regard de moy, je me « attens d'estre gouverneur de Flandres et de m*y faire tout « d*or. ' » Le seigneur du Lude (il mérita ce jour \k son surnom de Maître Jean des Habiletés), riait fort en parlant ainsi, mais Commines n*avait nulle envie de plaisanter, et il se contenta de répondre qu'il espérait que le roi ne l'oublierait point. Triste page dans ce beau livre si plein d'observations profondes, qui a pour litre : les Mémoires de vhêssi/re Philippe de Commines.
Ce fat en effet à Saluy-lea-Péronne, le 2 février 1476, (v. st.) que Louis XI, prenant en considération c les grans € sens, vaillance, loyauté, prudhommie et bonne diUgaice, < ainsi que les continuels, louables et recommandables serc vices du seigneur d'Argenton, » lui accorda la charge de capitaine du château de Poitiers ' : faible prétexte pour voiler une cruelle disgrâce. Pourquoi Louis XI congédiait-il Commines avant d'entrer â Péronne ? C'était parce qu'il y attendait d'autres ambassadeurs de Marie de Boulogne, le chancelier Hugonet et le sire d'Humbercourt, chargés de lui dire « que ce qu'il luy plairoit faire conduire envers elle, c passast par leurs mains ^. » Il voulait négocier avec eux
* Mém., t. II, p. 87.
« Mém., t. II, p. 87.
» Mém. III, pr. p. 63.
* 3£/m. Il, p. 114.
DE COMMINBS. 150
seuls, et Commines l'eût gêoë. Hogonet et Hnmberconrt étaient c de notables et sages personnages/ » dit Commines. Le roi mit grand peine à les gagner. Ils prêtaient l'oreille à ses offres et promettaient de le servir dans le sens indiqué par Commines, c'est-à-dire en ce qui touchait le mariage de Marie de Bourgogne ^ ; mais cela ne suffisait pas à Louis XI. Ce n'était pas assez que Hugonet et Hnmbercourt eussent consenti à ce qu'on lut lirràt la cité d'Arras, qui commandait la viBe : a il se meecontentoit d'eux parce que € dès lors ils ne demouroient en son service; » il voulait les forcer à venir, eux aussi a l'exemple de Commines, briguer ses largesses comme prix d'une trahison déclarée ; et pour atteindre ce but, n*ayant point d'argent à faire saisir chez Jean de Beaune, il révéla aux députés des communes de Flandre, les négociations secrètes entamées avec eux et la part qu'ils avaient prise à la reddition de la cité d'Arras. Il espérait conduire ainsi avec moins d'hésitation Hugonet et Humb^rcourt dans son camp ob Guillaume de Bische, autre traître, les attendait : il ne devait que préparer leur supplice, et la jeune princesse, indignée et bien résolue à ne
* c Ung des plus laiges chevaliers et des plus entendus que je oon- « gneus jaman, » dit Commines en pariant d^Hombereourt. Jfém., t. I, p. 125. Hogonat ètsàt en relation avec Jean Vanden Driessche, qni rendait compte de tout à Loois XI. Duclos, pr. p. 387.
* Louis XI demandait aux communes Aamandes qu'elles remissent mademoiselle de Bourgogne c en sa garde et tutelle. » Pour atteindre ce but, il âatta pendant quelque tempe leurs ambassadeurs. Tantôt il buvait c à ses bons sujès de Gand ; » tantôt il disait quMl avait pleine ecmfiance en eox, qu'il entrerait volontiers dans leur ville avec une escorte de six chavaax, qu'il était bien résolu à procéder i par dou- « oenr et non par rigueur. • Vojex l'intéressante relation que J'ai publiée. Histoire de Flandre, t. V, p. 515.
pas reprendre les négociations relatiTes à son mariage en France \ écrivit à Maximilien d'Autriche pour lui offrir sa main et réclamer son appui *.
Le séjour de Commines au Poitou ne fut pas de longue durée.
Lorsque Olivier le Diable eut échoué dans sa mission à Gand et que l'échafaud eut été rougi du sang d'Hugonet et d*Humbercourt, Louis XI céda aisément au désir d'utiliser en Bourgogne l'habileté et les talents de Commines qu'il avait dédaignés dans les affaires de Flandre. Pour lui faire oublier sa disgrâce, il lui céda une part des dépouilles sanglantes du duc de Nemours, c'eslrà-dire tous les biens que celui-ci possédait dans le bailliage de Toumay '. Quelques mois plus tard, il lui donna une mission moitié politique, moitié militaire, et l'envoya en Bourgogne à la tête des pensionnaires de sa maison pour maintenir l'ordre dans cette province à peine conquise. Presque aussitôt après, afin de témoigner hautement que Commines avait recouvré toute la faveur dont il jouissait naguère, il lui envoya le
« Mém., t. II, p. 175.
' JToM. Hahsh. (1477). Commines est peu favorable à cette alliance. « Les Allemans sont fort rades et vivent rudement i . Mém.^i, II, p. 181 .
' Ce don fait à Arras au mois de septembre I4T7, comprenait 262 livres 10 sous II deniers de rente annueUe, hypothéquée sur des biens dans le Toumésis provenant du duc de Nemours. Mém., t. III, pr. p.^ 67. Cette fois encore, il y eut opposition au Parlement, et la lettre royale fut enregistrée i de expresse mandate régis et iteratis • vicibus facto, i Mém., t. III, pr. p. 73.
Le 8 décembre 1479, dans une charte où Commines figure comme témoin , Louis XI permit aux bourgeois de Toumay de fabriquer des gros d'argent semblables à ceux de Paris. Recueil des mUmnanceSy t. XVIII, p. 310.
DE COMMINËS. 161
collier de son ordre que Lescun avait reçu dès 1472. On lit en effet dans un compte de cette époque : a Un « collier d'or* de Tordre, envoyé par messire Poncet de « Rivière à messire Philippe de Gommines en Bourgogne. » (janvier 1477, v. st.). Poncet de Rivière, qui était chargé de remettre ces insignes de l'honneur comme prix de la trahison, était lui-même un traître qui avait abandonné tour à tour le roi de France pour le duc de Bourgogne et le duc de Bourgogne pour le roi de France ^
Le seigneur de Graon, nommé gouverneur de Bourgogne par Louis XI, était, comme le roi Edouard IV, « un homme « fort gras *... Il faisoit très-bien ses besongnes. * » Trop bien sans doute, car Gommines ajoute: <c Les grans pilleries « qu'il avoit faites audict pays estoient, à la vérité, trop € excessives ^. » Le sire de Chaumont,qui le remplaça, était <c un très-vaillant homme sage et diligent ^, » qui s'occupait de pratiquer non-seulement les Allemands et les Suisses ^, mais aussi les seigneurs qui défendaient Dôle : ce .qui ne l'empêchait pas de faire lui-même ses besognes non moins bien que le sire de Graon : c Ung prince doigt bien « avoir l'œil quels gouverneurs il met en ung pays nou- « vellement joinct à sa seigneurie ^. »
* Mém., t. 111, pr. p. 189. Lisez 1477 au lieu de 1476. En 147(> (v. st.), les Français n'occup^ent pas la Bourgogne, et Conuniiies se trouvait aiUeurs.
» Mém., i. Il, p. 191.
» M(ffH., t. I, p. 195.
» iV<^.,t. Il, p. 191.
* if/w.,.t. II. p. 191.
' Mém., t. II, p. 3.
COHMINES. — I. Il
Digitizêd by
Dans les premiers temps, les envoyés du roi affectèrent de se présenter en Bourgogne en amis plutôt qu'en conquérants, et Ton respecta les privilèges des villes, mais cela ne dura guères. Le 3 mai 1478, le maire de Dyon, ayant assemblé le conseil, fit connaître que les seigneurs de Bressoire et d'Argenton, alléguant rintérét de la sûreté de la ville, en réclamaient les clés. Il fallut bien céder. On fit faire de nouvelles clés qu*on remit aux envoyés du roi et qui leur ouvraient l'entrée non-seulement de la ville, mais aussi des tours où se trouvait Tartillerie. Quatre jours après, le conseil fit offrir au sire de Gommines deux muids de vin et une émine d*avoine ^ Ce présent assee modeste fnt41 le seul? Comment les habitants de Dijon se concilièrent^ils la protêt^ tion de Gommines ? Noms l'ignorons, et Gommines n'indique que vaguement les motifs qui abrégèrent son séjour en Bourgogne : t Le roy, dit^il, m'en feit partir pour quelque lettre c qu'on luy escripvit que j'espargnoye aucuns bourgeois de « Dyon, touchant le logis des gens d'armes. Gela, avec < quelque autre petite suspection, fat cause de m'envoyer « très-soubdainement à Florence '. »
* Registre du conseil de la Tille de D^jou, 1478, f» 18. (Conuoiinication do M. Beaune.) « Mém., t. II. p. 197.
DE (;0MMINB8. WS
AMBASSA^DB DE C0MMINE8 A FLORENCE.
Oommînes porte fort haut rhabllétë des négociateurs qu'employait Louis XI, et qui, selon son expression, étaient € de sa nourriture '. »
Quel est, selon Commines, le rôle des ambassadeurs? Ce sont eux qui pratiquent les marchés et qui cherchent à leur donner € quelque bonne couleur et ung peu iqftparente ^. »
Quels hommes faut-il employer comme ambassadeurs? t Ceulx qui ont receu quelque grâce ou bienfait, mais « surtout saiges gens ^. »
« Mém.,Ul,p. 267.
« Méu., t. I, p. 20a.
' Gomminés ajoute : i C« n'Mt pM ehoce trop leare de tant d*Allé«8 « et tenaea d^ambauades, car bien aouTent ae traitent de manTaises t ck)aoo> (Méu.^ t. I, p. 264.) TeUea aaaemWea et oonmaBicatioDs i aont blés dangerensea , par espécîal pour oeUuj qui est en plus • grande apparenoe de okeoir. i (Mém,^ 1. 1, p. 82.)
Dn reste, le defoir dea roia eet de choisir des ambasaadeurs capablee de aervir avec aèk le«ra intérêts, et ils ont à se garder avec le mdflie soin de ce«K qu'on lear envoie : c'est oe q«e Commines explique avec qa^ques dëveloppements :
« Ceulx qni Tiennent des ?rajs amys et où il n'y a point de matières « de suspection» je seroye d'avis qu'on le«r feit bonne chière... Si Us « ambassadeurs secrets ou publics tiennent de par princes où la « hajne soit telle comme je l'aj veue continuelle entre tous ces sei>
Quelles seroiït leurs qualités? c En telles chose fault « gens complaisans et qui passent toutes choses et toutes « parolles pour venir à la fin de leur matière ^ »
« Tels ambassadeurs vouloit nostre roy, » observe Commines, qui, entre tous les ambassadeurs de Louis XI, fut le plus illustre et le plus habile.
Les députes des États d'Italie jouissaient à juste titre d'une haute réputation : leur envoyer un négociateur comme Commines, c'était, tout en servant l'intérêt de la France, leur rendre un éclatant hommage.
Louis XI avait entendu raconter que Florence devait ses lois à Charlemagne, et il se plaisait à le rappeler. C'était à
« gneura dont j'ay parle icy devant , en nul temps il n*j a grant
• senreté, selon mon advis. On les doibt bien traicter et honnorable- « ment recueillir : comme envoyer au devant d*ealx et les faire bien « logier et ordonner gens seurs et saiges pour les accompaigner, qui
< est chose honneste et seure ; car par là on sait ceulx qui vont vers
• eulz et garde-Fon gens lëgiers et mécontens de leur porter non-
• velles. Je les vouldroje tost oujr et despescher, car ce me semble
< très-mauvaisâ chose que de tenir ses ennemys chez soy : de lea foire
< festoyer, deffrayer, faire présens, cela n'est que honneste. Et me
< semble qu'on doibt oayr tous messaiges et faire itâre bon guet quels c gens iroient parler à eubc, tant de jour que de nuit, mais le plus c secrettement que Ton pealt. Et pour ung ambassadeur qu'ils m'eni voyeroient, je leur en envoyeroye deux, car vous ne scauriez envoyer
• espie si bonne, ne si seure... Si vos gens sont deux on trois, il n'est « possible qu'on se soeust si bien donner garde que l'ung ou l'aultre i n'ait quelques parolles à quelqu'un. Ung saige prince mettousjours
< peine d'avoir quelque amy avec partie adverse... On pourra dire que « vostre ennemy en sera plus orgueiUeux. Il ne m'en chault. Aussi « scauray-je plus de ses nouvelles, car, à la fin du compte, qui en aura
• le jirouffit, en aura l'honneur. En ces cas-icy les plus saiges gagnent
< tousjours. j» (Mht.j 1. 1, p. 264.) * Mém., t. 1, p. 267.
lui que Donato Acciaiuoli avait fait hommage de son histoire de l'immortel empereur des Francs. Il recevait tête nue les ambassadeurs florentins, qui lui parlaient couverts et à qui il disait : « Vous êtes mes meilleurs (( amis ^ » Un autre jour, il chargea le seigneur du Bouchage de faire venir auprès de lui un jeune Florentin, afin de bien connaître les coutumes de son pays et de pouvoir donner meilleur ordre au fait de la justice et de la police en France *. Pour mieux montrer son aflection aux Mëdi* cis aussi bien qu'aux Sforza, il leur avait permis d'ajouter à leur écu trois fleurs de lis *.
Louis XI avait, pendant quelque temps, montré moins de sympathie pour les Vénitiens, car, à plusieurs reprises, il avait mis obstacle au développement de leurs relations commerciales ^. Cependant, il avait conclu le 9 janvier 1477 (v. st.) un traité d'alliance et d'amitié avec la République de Venise, qui avait prorais de n'aider aucun ennemi de la
* Voyez la relation si intéressante de Tambassade de Philippe de Mëdicis en France, en 1461, pnbliëe par M. Milanesi dans VArchiino ttorico Italiano. Les envoyés florentins eurent quelque peine à reconnaître le roi, tant ses vâtements étaient simples. L'un d'eux, Pierre de Pazzi, fut armé cbevalier de la main de Louis XI , et presque tons reçurent, outre divers présents, le titre de conseiUer ou de chambeUan. Donato Acdàuoli partagea les mêmes honneurs : son hommage avait été accueilli fort gracieusement, con bwme parole.
* DucLos, Eùtoire de Zowis XI, pr. p. 449.
' Commines, éd. Lenglet, t. II, pp. 556 et 639.
* Les Vénitiens, de leur côté, aimaient peu Louis XI : t Les Vénitiens, écrit Leonardo Botta au duc de Milan, redoutent Tesprit remuant et entreprenant du duc de Bourgogne, mais ila craignent encore bien plus le roi de France, qu'ils tiennent pour ambitieux et méchant (el quale baptizano per inquieto et maHgno). » Ginoins, Dépêches mUanaUes, 1. 1, p. 281 .
16e LETTRES ET NEGOCIATIONS
France, sauf ses engagements arec le duc de Milan et la seigneurie de Florence. Gommines, qui se préparait alors à partir pour la Bourgogne, fut Ton des témoins de cet acte important ^ Quelques années encore s'écouleront avant qu*il représente Charles VIII à Venise. Bn 1478, il ne sera que l'ambassadeur de Louis XI à Florence.
La situation de TltaHe n^avait jamais été plus grave.
Le 26 décembre 1478, Galéas Sforaa avait été assassiné à Milan par Jean Lampugnani *. Julien de Médicis l'avait été le 26 avril 1478 à Florence par les Pazd.
* RôimHldm fim^micm, i. XIII, p. 3M.
' La «ituation ^e V\UM% est nett^mf nt reiraoée daoa U Ifttr9 raivante, adressée par Simouetta an nom de la dnchesse de Milan an roi d'Angleterre :
i SerenlBsfme prinoeps et excellentissime domine tanqnam pater benorande. Usn aobis venit qood lis qui nanfhigiô in mari fticto correpta aliqna tabula évaseront in Mttus, oiox respi<»eBt6s quaatom periculum sint emensi, obstnpescunt se eo looo pervenisse quo non oisi diyino ope euatar* poieraat. Nam, enm animo repetimus iUastrissimum coisûrtem ao patrem aostnim animo invioto, vegeto iagmiie et ad oainîa eommodo, valetediM iBoflbnsa, eorpore robnsto, «tate fion^ tissima, in ï^êù fortana seonado strepita, inter, stîpatores suos, in oooUs popnli, drcamfusa nobiUtate, deaiqua ia tenple ante aras, inter sacrifioia, a tribus perditissimis homiaibns in qvibns mnlta bénéficia coUôoavorat, impie simnl et erudeliter faisse oonfeseum,' trepidamus profecto ac pêne anime def cimos. fit qnamqaam gladins ille animani nostram pertransivit, fditque qn^d vehenenter rebos nostris ne roerent, metneremus, quia improvisnm erat malom et in ipains prinoipis epiritu vivéhamna, tamen iaeredibiUs populomm ides et eoneordia ad snbeundum potius qoasque maiime eitrema paratonim, quam res novas tentari patareotar, |»os oonsolata est, et aliictis, prostratîsqae animis lavanien baud médiocre attolit. Nam, mox ni de eiede andltma est, «BtHqae legati droamfbere, omqia popnlariter pelKeeri, ei at animum confirmaremas, l'ogare cœpemat. gecnt» smat ex lola Ha|ia
DE COMMlNES. 16T
Au milieu de ces sanglants dëchirements, Sixte IV voulait fonder Tunité de l'Italie sur la puiseance du pouvoir pontifical.
legationes ut mœrorem nostrnm oratione sua lenirent, demoiifitrarenique casnm nostrom sibi esse oommanem. Sodi quoqiie et foodere astrfeti, opes, arma, equos, nostro pmsidio paratas pollieeri ; et ree quse non sceleratissimos paricidas quonim nuUus erasit, déterrait, anÎTerBOs quibas tantum fadnut ounciatura est , continao in lacrimas, miserationemque impalit. Non latet nos, serenissime princeps, qnod ubi illndad te prolatum est, snmmi doloris indicinm dedisti, utingentis doloris quem ex rébus nostris capiebas, fidèles tui tibi testes essent. Regalis quidem ea mansnetndo est et sotema memoria apud cnnotos mortales digna, quasi calamitas nostra magna ex parte ad te speetaret. Verum, cum jam de quiète bene speraremus, alind malon exeepit. Johannes Baptiste Varcus, nobili génère natus, ingenio len et pt^aTo, accepta a aobis ejus inopiam miseratis, ut se, familiamqne suam alere -posset, pecunia, in vallem Polcereram urbi nostr» Genuas adjaeeniem confestim advolat, agrestinmque animos ad res noTas sollicitât. Hibletns quoqne Fliscus qui Rom» erat, abjurata pontifids ilde, navigium clanculum ingressus, Oenuam advectus. Et sub idem temptis Paulus Fregosius ai*cbiepiscopns e Maatna quo relegatus complures annos erat, mutata veste, illuc penetrarat. Tumultibus omnia repleverunt, quos civitatis defectio Treni consecuta est. Hibletus ergo intra urbem receptus, se populi capitaneum et prsefectum déclarât, libertatem omnibus asserere velle dictitans, abjeeto Jugo nostro , Utteras per Italiam conscribere, multa inaniter poilioeri, prineipatum nottnim prostratum , fluxumque esse Jaotitans. Nos vero, snmma oeleritate , conscripto valide exercitu et in rebelles feetinare Jnsso, ante portam atque etiam in cacumine montis quod urbi imminens, ut nostris iter olauderent, occuparant, adversariis profligatis, Genuam infra xxyii"^ diem a quo rebellaverat, recepimus. Civibas omnibus parei jassimus atque fldem eorum quam sanguinem maluimus, ut beneioio noetro, etiam qui noUent, viverent. Robertus vero Sanseverinas, oujos dnetu gerebatm* bellum, prœlio non interfuit. Oeeupare enim urbes nostras per tjrannidem jam meditabatur, et qua sibi via coneiliare Hibletum pesset, quserebat, nec ei diAcUe id fhit. Subdoli enim uterque animi et ad
Louis XI s'efforçait, au contraire, de former dans le nord de la péninsule une ligue placée sous le protectorat de la
no^andai res intenti sine negotio, statim in oommunem* sententiam conoeMerunt. Redaetis igitnr ad obedientiam Oenuensibnt, quamTÎf belli reliquias peraequi in animo easet, quoniam cminia oppida Fliscii adimere oonatitadramus ne ampUua oontra res noatraa aliquid mdiri poaaenl , Robertus, inyitato in colloqniam Hibleto» quam ut se nobis permitteret, bortaretar, effecit ut accepta fide publica in conspectum noetrum veniret. Nos vero qui rectorum exercitus fidem fallere nolebamus, eum adversati non fumas ; aed hilariter Buscepimos ut in bono malum vinceremni. Quem etiam liberaUtate proaecuti aumut, promis- Bis in unum qnemque annum mille ac ducentis aureia. Gogitabamus etiam illum Jurare ad noTam dignitatem, nam cardinaUtum petebat a Bummo pontifice; aed perfidia nuUo benefido vind potest. Sanseverinas ergo, noyis quotidie blandimentis Hibletum deliniens et iUustrisBimoB leTiroB ac patruoa nostros juvenes invictiBsimi patria splendore ad gloriam spectantes , maximis promiasis modo oneratos, objurgatos modo quod nimis ad eripienda prindpatus noBtri gubernacula segnes forent, in conjurationem traxit. Itaque diem sibi destinant ad patrandum facinus atque eodem tempore quo plus negotii nobis exhiberetur et ipsi facilius efficerent quod cogitabant, perturbare omnia constituunt. Hibletus in (}enuensi primas tumultnandi sibi partes snmit. Sanseverinaa ex Florentia quo solvendi voti gratia se iturum dmulabat, cum pecunia rediens, coactis copiis suis, Parmam primum, dein Placentiam occupare decreverat. Leviri autem et patrui nostri, a^jecto sibi Donato de Comité, peditatus prsefecto, quasi ad depeUendum Sanse- ▼erinatem contenderent , se ilU oonjuncturos pacti erant. Traducto deinceps cis Padum exerdtu, rerum potiri facile sperabant, velut œtas et sexus noster ad iojuriam proferendam obnoxii forent. Verum Deus tantum scelus detestatus julias eam conjurationem in lucem aute kalendas, produxit. Nam Donatus animo elatuB, cum petulantius qusedam a nobis postularet, quasi legem esset prsescripturus, nos in cogitationem impulit cavendi ne qnid periculi inferretur hominis temeritate, statimque eum in vincnla conjici jussimus. Erat forte dies iUe festus et celeber, Sanseverinasque et Hibletus cum leTiris et patruis nostris una cœnabant. Ad quos ubi perlatum est Donatem in custodia teneri,
France. Pour parvenir à ce but» il fallait dominer la Savoie et la Lombardie longtemps favorable à la maison de Bour-
difljectis mensis, ad capienda arma oonTolast, et novis in populum jactatis vocibns, nniTersos ordines in Beditionem ooncitant. Concorritnr undiqne, sed plebs, quamqoam Tisendi erat copida , ubi eam fabam in caput nostram cndi intellexit, eos desernit. Occapaverant unam ex portia hajoa urbis, ibique praesidium imposuerant. Tota ea nocte non vicatim eolum sed etiam hosUatim ad sollicitandos civium animes discorrerunt. Fidelis tamen populus eos aspematas in officie permansit. Nobilitas vero primo tumultu sanguinem suum e£^ndere prompta, ad nos in arcem conflnxit. Postridie ergo ejus diei, cum spes conjuratores frustrata esset, Sanseverinas et Hibletus, ut>i illimt, fngam arripiunt. Quos statim manus nostrorum miiitum levis armatur» persécuta, alterum retraxit in vincula, alterum vero equi velocitas periculo subduzit. Nam Sanseverinas continue cursu urbem Hastam perfugit, ubi cum aliquot dies substitisset, consilii inops et metu fractns, neque in Italia consistendi amplius locum cemeret, quamquam nichil intentatum i^liquit, in Galliam opinionis errore contendit , quasi cbristianissimum Francorum regem qui nos omni cbaritate fovet, ad bellnm nobis inferendum suis suasionibus esset impulsurus, borne nicbil minus quam ad aliquam glorîam natus. Hœc sunt ejus prseclarœ res gestœ, hsec gratia nobis ab eo relata. Ex milite ab illustrissime consorte et pâtre imperator omnium copiarum erat factus , oppidis donatus et omni dignitate auctus atque fortuna. Leviros ipsos et patruos, etsi capitis rei essent, œtati eorum pepercimus (servare enim quam effundere sanguinem nostrum maluimus) et in diversa Italise loca relegavimus ut emendatiores fiant. Heec, dum demi ac pêne in visceribus agerentur, Helvetii, extremi Germanise populi, qui Alpes Italise proximas incolunt, snperatis Burgundionibus, eorumque duce Carolo in acie cœso, in superbiam elati, invasuros se fines nostros, contempto et abrupto fbedere, aperte interminabantur. Ad quos deliniendos , ut veterem benevolentiam nobiscum servarent licet legatos misissemus, omnes honestas conditiones aspemabantnr. Quam ob rem coacti fuimus praesidium adversus eos mittere ad arcendam injuriam si quam inferre tentarent, et loca omnia munire per quse aditus ipsis foret in Italiam. Quod obi senserunt, ne totiens fortn-