‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 4)Chapitre 21 sur 30 · LETTRE8 ET NEGOCIATIONS · texte numérisé non relu

LETTRE8 ET NEGOCIATIONS

gogne, et s'assnrer rallianoe de Florence et de Venise; il fallait de plus qu*il luttât contre le Pupe, dûtJl aller jus-

nam tênUrenl qvam tensl atqne itomm prMperam sdTsraut Eàmm hottes exparti eeseat, quia Italioam rebnr stpenoom este et virik Bosdtvr , quam tergiTersati . fùerant pacem , «qnk ooBditioiiibvi aceepemnt tf nobis et dedernnt, reetaurato in perpetoum foMtore. Verum impendente ea oura, in Genaensem reditam est qnippe Johannet Alojsins Pliecns Hibleti frater qui duo mnnitftsiiima oppida retinebat, collecta montanonim magna manu, ad res noras animam intenderat, 8»pe ad muros usqae orbis iBcardonibas cuneta infeataos. Ad oojiif stadia opprimenda prio8 quam invaletcerent, flrmiasimaa <H>piaa minmu8, a qaibns statim spoliatos eet ipsis <^pidii et seee arbitrio neetro pormittere ooactas; nec tamen illic fortuna quievit, sed velnti repolia et in Ck)rsicam ti*aB8la4a iBTol?ere eam inaolam perturbationibas visa est. Tomasins enim Fregosiiie eo trajiciens, insulanorum animoe in stadia sua conTerterat ut detreotato jugo nostro uniTertoe ooonparet. Qnare jussimus etatlm deportari exeroitum qui Johannem Aioy» sium, ut supra demonstratum eet, ejecerat ex Gennensi. Cujus advento Tomasius prias est oppressus quam eo trajicere, oognoTisset, captivosque ad nos perductus est, et nobis iusnla qoi deoennio seditionibos mutuis vexabatur, nune tota paret, traditis militi noetro ardbas. Parmenses quoque qoi inter se kostilia feoerant, panels damnatii et suppKcio affectis, exemplum quiescendi et obediendi oteteris pqpulis prœbent. Paeatœ ubique res nostr» Tidentur eeae, opes ampl», eqoitatus peditatnsqne firmissimi, socii constantes , fidèles amiei. Secnndior^m cnrsum cuneta aeceperunt; uec est quod majore affeoti videamur calamitate, quamquam consorti et pâtre miserabiliter orbati simus. Amabat ille Majestatem Testram et magnopere oolebat. Mabaturque ejus gloria et rébus bene gestis. Fedsti in eo, serenissisie princeps, magn» bencTolentisB jaoturam. Poteras de ipso caneta tibi polliceri, neque miramur si ejus easum iudoluisfi; sed rogamas silentinm nostrum »gre ne feras, si longius et magis dioturnuBi quam vellee fait, ni depellendis enim periculis qu» supra memoravimns occtipati fuimus et oisi nuper litteras ita poposeisses. Ultro ftustari eramus nt a nobis intelligeres cursum rerum nostranun; sed se tempoi^e quo gratulari potins superatis raalis quam eommisereri nabis

DE C0MMINE8. 171

qu'à provoquer le schisme et devanoer Henri VIII, alors que Luther n*^tait pas encore ne.

Les lettres par lesquelles Louis XI annonce à la République de Florence le choix qu'il a fait de Commines, sont conçues en ces termes :

Très-chiefs et grands amis, nous Tenons d'apprendre le grand et inhumain outrage, Fopprobre et Tinjure récemment faits

poMM, UberaUter opes toas, régna ao denique teipsnm poIlicerU. In boc verlMime te regem prsMtas, qned tiios amai. Optimum prineîpem te profers qnod iis quorum mok$tia et laboribus angens, auxilia promittis, Ba omnia quo optimo proficiseontor aaimo, aeeipimua. Plura in bano aententiam expUcuit Jacobetua Mayuus ^amerarioa notter. Habemus ingentea gratiaa M^jeetatî tu», eamque rogamus et oramua sibi pereuadeat non mcbil copere quain ut iptelUgat qu^^oanque nostra sunt, 8ua etiam eaae, et posae eia ati, quo arbitrio 3uo penculum faciat. Videbit enim duces Mediptani summa erga se voluntate esse ut aliquid egreglum pro ipsa faciant. Et licet paria officia polliceri Mi^^stati vestrse nequeamus, eam saltem in boc sequabimus quod benivolentia et pietate qgn superamur, quœ sibi et nobis diu féliciter valeat. Datnm Mediolani die penultimo septembris m.cccc.lxxvii.

BONA ET JoHANNBS-GaLBAS-MaRIA SfORCIA VlCKCOMlTES

DUCES Mediolani.

J. GiCHUS.

< Sereniasimo principi et ezceUentieaimo domino, tanquam patn honorando, domino Eduardo, régi Angliœ. »

(Ma, 434. BibUothèque de TUniveraitë de Gaud, fo 135.)

La bibliothèque de Bourgogne possède deux discours de Philelpbe sur la mort du duc Galëas. Le pi-emier en italien est intitulé :

« Consolatoria de Mario Pbilelfo, doctore , chaTaliere et poeta lauréate, ala illustrissimaet excellentissima dama Bona ducessa di Milano, ooatoaaa Ua PaTÎa, eto., de la morte del suo gia iavicéiaaimo duce et suavissimo marito illustrissimo Galeazio-Maria Sforaa Yiaooate. »

L« second diaooiin est en lativ et perta ponr titre :

i Marii Pbilelfi epitaphium pro invictissimo Insubrium, Ligurumque duce Galeazio-Maria Sphortia Vicecomite, Urbini quidem actum. •

tant à Vos Seigneuries qu*à la personne de nos très-chera et aimés cousins Laurent et Julien de Médicis, ainsi qu*à leurs amis , parents , serviteurs et alliés , par ceux du parti et de Talliance des Paszi ; nous avons appris, en même temps, la mort de notre dit cousin Julien de Médicis. Nous en avons éprouvé et nous en éprouvons autant de chagrin que si la chose nous était arrivée à nous-méme ; et attendu que votre Jbonneur et le nôtre en ont reçu la plus grave offense, que les Médicis sont nos parents, amis et alliés, et que nous regardons cet outrage et la mort de notre dit cousin Julien comme équivalant à des attentats commis contre nous -même, pour tous ces motift, nous tenons les Pazzi pour criminels de lèse-mcgesté. Nous ne voudrions pour rien au monde souffHr que leur crime restât^ impuni, mais nous souhaitons de tout notre cœur quil en soit tiré un châtiment et une punition qui servent à jamais d'exemple. Nous avons donc résolu de dépécher vers Vos Seigneuries notre amé et féal conseiller et chambellan, le seigneur d'Argenton, sénéchal de notre pays de Poitou, un des hommes en qui nous avons la plus grande conûance \ afin de vous faire connaître bien au long notre intention. Il vous communiquera plusieurs choses qui se rapportent à cette matière. Nous vous prions* de vouloir le croire et d'igouter la plus grande foi à tout ce qu'il vous dira de notre part, autant que vous le feriez envers nous-méme, parce que telle est Tintention dans laquelle nous vous l'envoyons, priant Dieu, très-chers et grands amis, qu'O vous ait en sa sainte garde '. »

Commines s'était d'abord rendu à Turin, où il proposa à la duchesse de Savoie le mariage de son flls Charles avec une princesse de Milan.

* Che è oggi une degii uomini che noi abbiamo, nel quale ablûamo maggiore fidanza.

' Dbsjardins, Nég. dipl. entre la France et la Toscane, 1. 1, p. 171,

(trad.).

L'un des plus habiles diplomates milanais, qui se trouvait à Casai , suivait avec attention le voyage du seigneur d'Argenton. 11 écrivait le 16 juin 1478, à la duchesse de Milan pour lui donner sur la mission de Gommines les détails les plus importants :

Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneur,

Je me recommande toi^jours aux bonnes grâces de Vos Altesses. Le marquis * m^a fait mander aigourd'hui et m'a dit que depuis quelque temps déjà le roi de France a nourri constamment le dessein de provoquer un schisme dans TÉglise. Ce qui vient de se passer à Florence, lui parait en offrir un assez bon motif: c'est pourquoi il envoie le seigneur d'Argenton, qui était en Franche-Comté, vers madame la duchesse de Savoie, vers Vos Excellences et à Florence. Il n'ira pas à Venise, le roi étant bien sûr que cette seigneurie fera tout ce qu'il lui demandera par une simple lettre, vu la ligue qui les unit. La substance de sa mission est de se plaindre du Pape, parce qu'il ne songe pas à défendre la foi catholique contre le Turc, et qu'il n'a d'autre souci que d'élever ses parents et de les enrichir,' en tolérant toutes les trahisons et toutes les perfidies qui peuvent contribuer à les enrichir, et qu'il leur permet de faire toutes choses à leur gré, comme cela a eu lieu à Florence. Il voudrait, pour ce motif, que Madame de Savoie,* Vos Altesses et les Vénitiens ne laissassent passer et aller à Rome aucune personne venant d'au delà les monts ; et sans prendre les armes contre Sa Sainteté, il ferait repentir celle-ci de ses erreurs; et ensuite, de jour en jour, il marcheîrait en avant avec prudence, selon^les circonstances et les avis qu'il recevrait. Monseigneur d'Argenton devait rejoindre hier ou aigourd'hui Madame de Savoie, auprès de laquelle il demeurera, je crois, deux jours ; puis il se rendra auprès de Vos Excellences : il a une escorte de vingt-cinq ou vingt-six chevaux. Le marquis veut envoyer son sénéchal et

* Le marquis de Montferrat.

Jean de Lejgojn à Saluoei et à Livourne poar montrer qu'il lui rend honneur à eon paua^.

D*an autre côté, le roi envoie monseigneur de Clermont à Rome pour se plaindre au Pape que celui-ci ne prend aucune mesure contre le Turc, qu'il ne songe qu'à enrichir ses parents et qu'il a prêté son consentement à de si grandes nouveautés contre Florence, qui deviendront plus tard une cause de ruine pour ritalie. Et si Sa Sainteté s^excuse en disant qu'elle ne sait absolument rien et que c*est le comte Jérôme qui s*est laissé entraîner comme un jeune homme , en ce cas, Tenvoyé fera telle remontrance contre ledit comte Jérôme, quil sera clair et manifeste pour tout le monde que le roi est vivement indigné de oettô trahison... J^ai demandé au marquis ce qu*il pense de tout cela; ses discours en témoignèrent tout son mécontentement. Sa Seigneurie m'exposa une foule de raisons pour conclure qu^elle eu avait un grand déplaisir ; qu^il serait contre la foi de provoquer un schisme, comme aussi d'y consentir et de le favoriser ; que suivre ouvertement le roi de France dans cette voie, ce serait peut-être Telposer à mécontenter Vos Altesses , si la fortune voulait .que le roi essuyât quelque revers ou quelque dommage. Il en concluait que cet État ne peut mieux faire que de se tenir bien avec tout le monde , sans prendre parti pour personne ; que, restant neutre , il aura intérêt à bien vivre avec tous et surtout avec ses voisins , et qu'il vaut mieux souffrir quelques petites injures que d'en venir à une rupture. Je lui dis que j^allais lui déclarer ma façon de pensée, ouvertement, en soldat ; que ces ambassades contre le Pape ne me déplaisaient pas, parce qu'elles le forceraient à ménager la ligue et à prendre quelque bonne décision contre le Turc ; que néanmoins il était à croire qu'on n'avait pas l'intention d exciter un schisme dans l'Église. Sa Seigneurie répondit que si Ton ne consentait pas à suivre la volonté du roi sur ce point, les dites ambassades pourraient plutôt servir que nuire. Je vous annoncerai plus tard tout ce que j'aurai appris du voyage de monseigneur d'Argenton.

DE OOMMINES. 175

Hitr 8Mr, !• marquis fut informe que messire Robert * avait £ait un cri ou un ban à Asti : que quiconque devait reoevoir de rargont de lui> allât trouver son càancelier et qu'il serait p^yé. On dit qu'il peut se faire .qu'en apprenant l'arrivée de monseigneur d'Argvnton à Milan, il songe à s'en aller, ne vojant pas comment il pourrait encore st couvrir de TiHubre du roi, puisque, si 8a Aùgeité envoie des ambassadeurs à Milan et aux puissances de la Ligue, il faut y voir le signe d'une alliance réciproque.

Le marquis passa ensuite à un raisonnement si élevé et si profond tf^ je n'en compris pas bien le fondement. Il se mit à me dire que si, dans le cas où la fortune le voudrait ou le rendrait nécessaire, il j avait lieu d'agir contre le roi Ferrand, il serait bon de trouver quelque juste cause de lui susciter beaucoup d'ennemis dans le royaume et que la voie était toute prête, puisque le roi René avait envoyé ces jours derniers ses hommes à Venise et à Florence ; que ce prince était sollicité des deux côtés d'entretenir toujours un envoyé â Venise et un autre à Florence ; qu'il songeait à, le faire et voulait aussi en envoyer ici un troisième auprès du marquis, parce qu'on savait bien que c'est ici que sont la tête et le fondement de tout, c'està-dire qu'on écouterait sa volonté, son avis et ses conseils. D'où il concluait que si l'on venait à faire la guerre au roi Ferrand, ce serait favoriser grandement la Ligue, et que commencer cette guerre , avec l'appui du parti angevin , serait trèsfavorable à Sa Migesté ; car, beaucoup de sigèts du royaume prendraient le parti du roi René et se déclareraient les ennemis du roi Ferrand. Quant aux envoyés à Venise et à Florence, ils ne feraient rien sans l'assentiment de Sa Seigneurie ou du moins à son insu, et il ne se passerait rien dont Vos Altesses ne fussent les premières informées. Mais le marquis voudrait qu'on tint son plan secret et qu'on ne le nommât point. Il me fit voir aussi une lettre du roi René qui lui fait connaître qu'Hector Scalione serait envoyé à Vos Excellences, mais qu'il n'avait pu se

* Robert de San-Severino.

Coogle

rendre près d'elles, étant un peu souffrant de la fièvre ; que toutefois, il partirait sous peu. Après un assez long entretien sur des choses de même nature, je lui dis que le roi René avait cédé tous ses droits sur le royaume de Naples au roi de' France. U me répondit que c'était la vérité, mais que cette cession n'était pas valide pour avoir été faite par crainte. £n somme , pour le contenter, il ne serait pas mauvais , à mon avis, que vous loi répondissiez que Vos Excellences seraient heureuses de l'ambassade d'Hector Scalione, pour être mises au courant des affaires, selon la succession des événements. Je me recommande à Vos Excellences.

De Casai, le lÔ juin 1478.

Votre dévoué serviteur, Antoine d'Applano.

Aux três-ittustres princes et très-ewceUenU et trèe-espéciaux seiçneure la duchesse et le duc de Milan ^

Le lendemain, Antoine de Applano apprit que Gommines se dirigeait de Turin vers Verceîl, c'est-à-dire vers Milan; il écrivit immédiatement à ce sujet la lettre suivante :

Illustrissime dame et excellentissime seigneur. Me recommandant toujours à vos bonnes grâces, je vous écris à cette première heure de la nuit ce que l'illustre seigneur marquis vient de me faire dire à mon logis : que monseigneur d'Argenton ira coucher ce soir à Yerceil. Quoique vous l'ayez peut-être appris d^ailleurs plus rapidement que par moi , je n'ai pas cru devoir laisser de vous en avertir de mon côté en toute hâte. Je me recommande à Vos Seigneuries.

De Casai, le 17 juin 1478, à la jpremière heure de la nuit.

De Vos Excellences le dévoué serviteur, Antoine d' Applano.

* Archives de Milan (trad.)

Aux illustrissimes princes et exceUentissimes seigneurs, mes espidaux seigneurs la duchesse et le duc de Milan. cito, cito, cito, cito.

Nuit et jour sans relâche , par un messager à cheval. Casai, le 17, à la première heure de la nuit *.

Âpplano ajouta dans une autre lettre quelques détails sur le séjour du seigneur d'Argenton à Turin :

Mesaer Roberto a été à Turin pour voir monseigneur d*Argenton, et Ton dit qu'il a fait de grandes instances auprès de cet ambassadeur pour l'engager à parler en sa faveur à Vos Seigneuries. L'ambassadeur lui a répondu qu'il n'outrepasserait pas sa commission d'une syllabe, et qu^il sait aussi bien que lui, à qui il devait sa disgrâce, quoique Jean de Leyguyne ait rapporté audit seigneur, comme le tenant de monseigneur d'Argenton , que si Sa Migesté n'avait pas d'autre guerre , elle favoriserait puissamment messer Roberto. Celui-ci a offert de remettre ses trois ûls entre les mains de Sa dite Majesté, qui pourra les faire mourir comme traîtres, si leur père, étant favorisé et secondé par elle, ne s'emploie pas de telle façon que le prédit roi puisse disposer de Milan à sa guise, tant sont étendues les relations et les intelligence;^ qu'il a dans cette ville : on lui prête beaucoup d'autres propos du même genre.

De Casai, le 18 juin 1478.

De vos Excellences le dévoué serviteur, Antoine d' Applano. ,

Aux iUuitres seigneurs le duc et la duchesse de Miian «.

Ce messer Roberto était Robert de San-Severino qui avait dû quitter le Milanais pour avoir pris part à un complot;

' Archives de Milan (trad.).

* Archives de Milan (trad.).

comuiis. — I. 12

178 LETTRES ET NÉQOCUTIONS

Commines ne lui avait vien promis, mais il n*ejt avait pas moins encouragé une intrigue dirigée contre la dodieate de Milan, que deux jours après il devait flatter et entraîner dans le parti de la France.

Commines admira fort la richesse de la contrée qui se déroulait sous ses yeux. Le Milanais» chargé de peu d'impôts par les empereurs, offrait le spectacle d'un pays aussi prospère que fertile. Presque les imes à côté des autres, on rencontrait neuf ou dix grosses cités, et les campagnes étaient couvertes de blés et de vignobles : « C'est Tun des « beaux et bons pays du monde et des plus habondants*. » Mais chaque fois que Commines parle, soit de ses terres (( fortes et molles, » soit de ses chemins bordés de fossés, il ne peut s'empêcher de comparer la Lombardie à la Flandre, et c'est entourée des bienûùts de la paix et du travail, que se présente à lui au delà des Alpes, l'image de la patrie trahie et délaissée '. D'autres souvenirs qui eussent dû l'émouvoir non moins vivement, purent se réveiller dans son cœur, quand on lui montra à Milan l'anneau du duc de Bourgogne, qut avait été vendu deux ducats, après \k bataille de Nancy, peut-être par quelque Italien de la suite de Campo-Basso; mais rien ue révèle son émotion, et il se borne à ajouter avec une froide ironie : « Celluy qui lui « osta, lui fut mauvais varlet de chambre ^. »

Louis XI nourrissait depuis fort longtemps une vive sympathie pour les Sforza, ces tyrans astucieux et cruels qui

* Afém., t. Il, pp. 308, 508. « Je ne veis jamais, dit CoimninM, plus belle pièce de terre, ne de plus grande valeur. »

• Mem., t. II, pp. 459, 513.

' ^fém., t. II, p. 65.

s'ët^eut élevés rapideEqent d'ime condition fort humble à la plus haute puissance. Il Tayait surtout témoigné au duc François « dont la vertu et bonté, dit Gommines, estoit « bien à estimer S » quoiqu'il se fût rendu coupable de certains crimes perpétrés <c sans grâce, ne miséricorde *. » Il avait reçu de lui un secours d'hommes d'armes lors de la bataille de Montlhérj, et en cas de revers, il songeait à se retirer près de ce prince, « qu'il réputoit son grand amj ^. » Il avait même proclamé dans \me de ses ordonnances ses qualités éminentes, morales et physiques, et la sublime supériorité de son esprit invincible *. Plus tard Louis XI avait accordé, moyennant cinquante mille ducats, le fief de Gênes au duc Galéas, et bien qu'à diverses reprises, le duc de Bo^rgogne eût^ trouvé de zélés alliés à Milan, des traités avaient été conclus entre des ambassadeurs milanais et le roi de France en 1463, en 1468 et en 1474. Le moment était venu de les renouveler et de les confirmer.

A Milan, Gommines fit connaître les intentions de Louis XI sur la résistance qu'il voulait opposer à l'autorité pontificale.

La duchesse de Milan écriya^t le 18 j^in à Laurent de Médicis, tant en son nom qu'au nom de son fils :

A ZaurpfU dt Médim.

Monseigneur d'Argenton, ambassadeur du roi de France, est arrivé ce soir : notre entretien avec lui a eu pour objet nos

« Jtfém., t. II, p. 320.

* Mém., t. II, pp. 376, 377.

» Mém., 1. 1, p. 73.

^ Prœstantissimas animi et corporis dotes... pro incomparabili invicti animi sui Rublimitate. Recueil des ordonnances, t. XVI, p. 57.

relations avec Sa Majesté Très-Chrétienne , le renouvellement du âef de Gènes et de Savone, en faveur de Jean Galéas, et la conârmation de la ligue entre Sa dite Majesté et nous. Monseigneur d*Argenton nous avait écrit de Rezo qu'il avait reçu des lettres de Sa dite Migesté, témoignant qu'elle serait satisfaite que nos affaires fussent terminées par son entremise. Nous avons dit que Madame de Savoie , après la mort de l'illustre duc Galéas, notre époux et père, a constamment insisté pour servir elle-même d^intermédiaire entre Sa dite Majesté et nous, que nous lui avons toujours répondu d'une manière évasive, mais amicale, sans nous engager, que nous avons agi ainsi par diverses raisons graves, parce que nous n avons pas voulu traiter avec le roi par sa médiation. Au contraire, notre intention a toigours été d'user de l'entremise de monseigneur d'Argenton, pour la bonne opinion que nous avions de lui, sachant combien il avait d'attachement et de bienveillance pour. feu notre illustre époux et père, et combien il en avait toigours témoignés envers nousmêmes. Ces motifs nous portent à croire que ses sentiments envers nous ne feront que s'améliorer encore à l'avenir, et c'est pourquoi nous vous engageons à l'entretenir amplement de nosdites affaires. La conclusion que nous voulons obtenir et que vous voudrez bien lui exposer dans les termes les plus convenables que vous jugerez à propos , est celle-ci : Monseigneur d'Argenton ayant dit qu'il est nécessaire que nous priions et suppliions le roi, vous lui ferez savoir que nous l'avons fait, et qu'immédiatement après la mort de notre illustre époux et père, nous lui avons envoyé Marco Trotto , notre secrétaire, pour demander au roi le renouvellement du ffef et la confirmation de la ligue ; notre ambassadeur se recommanda à Sa Migesté avec le plus profond respect, mais il fut maj accueilli et congédié en mauvais termes par Sa Majesté. Nous envoyâmes ensuite un autre ambassadeur , Christophe de Castiglione , à qui Sa Migesté tint un langage bienveillant , mais banal , qui ne fût suivi d'aucun effet. Sa Majesté finit toutefois par promettre qu'elle nous enverrait un ambassadeur. Nous avons attendu longtemps cette

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ambassade, quoique nous pensions bien que ce fût une fin de non recevoir. Cependant, ne voulant point en rester là, et résolus à honorer Sa Megesté et à lui témoigner notre foi, notre dévouement et notre zèle à la servir, nous lui envoyâmes trois ambassadeurs , hommes dignes et honorables , qui ne rapportèrent d'autre fruit de leur message que cette déclaration que nous devions tout restituer à monseigneur Robert. Vous savez si elle était honorable pour le roi et pour nous : il n*aurait pas dû nous demander cela, mais agir comme le doit fiedre un bon père envers ses enfants et ses serviteurs, à cause de notre service, de notre parenté et de notre ligue ; il aurait dû faire, en faveur de monseigneur Robert, ce que nous n'avions pu faire nous-mêmes, celui-ci s' étant enfui. Aussi ne nous semble-t-il pas que notre honneur comporte tant de prières et de supplications réitérées envers Sa Mîgesté, car nous avons déjà fait plus que nous ne devions, en maintes circonstances, comme il est dit ci-dessus. Cependant, si Sa Majesté veut amener cette réconciliation, qu'elle le fasse librement et avec bienveillance, comme nous ne doutons pas qu elle le fera. Si. Sa Migesté ne le veut point, nous ne voulons pas non plus rien faire contre sa volonté , et quant au fief de Gènes, nous vous informons que nous y avons encore droit pour un terme de cinq ans. Nous avons maintenu la ligue et nous entendons la maintenir de notre côté, même si Sa Migesté en prenait quelque déplaisir : nous faisons grand cas de nos alliés en Italie et nous ne faisons de ceux du dehors que Testime qu'ils font de nous. Si la réconciliation se réalise, il y a deux choses sur lesqueUes il convient de garder le silence, et qui seront exclues et mises en dehors des conventions : ce qui concerne monseigneur Robert, et, en second lieu, qu'il ne soit pas question de réclamer de l'argent pour lui.

En résumé, si la réconciliation peut se faire, ce sera de cette façon : que monseigneur d'Argenton écrive en hâte à Sa M^'esté de lui envoyer les pouvoirs et les moyens suffisants pour traiter lui-même de la réconciliation et de la confirmation de la ligue et du fief, de sorte qu'à son retour ici, il trouve le

courrier porteur de pleins pouvoirs pour faire tout ce qui est dit. De notre côté, nous userons de tant de discrétion et de reconnaissance envers monseigneur d'Argenton, qu'A sera bien content de nous à son départ ^

Nous verrous plus loin que les choses se passèrent comme le désirait la duchesse de Milan, et sans doute Commines, avant de la quitter, écrivit à Louis XI au sujet de la confirmation du fief de Gênes.

Quinze jours après, la duchesse de Milan mandait à .ses ambassadeurs à Rome :

Monseigneur d'Ârgenton , ambassadeur de Sa Migesté Très- Chrétienne le roi de France, nous quitte aujourd'hui pour se rendre à Florence; il a été en Savoie. Il est venu ici pour continuer son vojage et est chargé d'engager tous nos potentats à se soustraire à Tobédience du Pape, Sa Majesté jugeant nécessaire, pour le bien public, d'assembler un concile de toute la chrétienté, aussitôt que les esprits y seront favorablement disposés. Dès ce moment , Sa Majesté va le convoquer dans son royaume et dans ses États '.

Commines se trompait s'il espérait prévenir la sentence d'excommunication du Pape contre les Florentins, car elle fut fulminée le jour même où il quitta Milan. Il arriva aux bords de TAmo au moment où les Florentins venaient, selon un ancien nsage, d'élire les dëcemvirs de la guerre, et proposa aussitôt â la république de menacer le Pape de prononcer la soustraction d'obédience, s'il ne cessait ses hostilités. Il offrait en même temps, au nom du roi de France, le secours de ses hommes d'armes qui seraient

* Archives de Milan (trad.).

* Archives de Milan, 22 juin 1478 (trad.).

appelés, si le Pape poursuivait ses armements, à paciâer l'Italie. * La seigneurie de Florence adjoignit à Commines Guîdo Vespuccio, et sans tarder, il poursuivit son voyage. Une chronique contemfioraine porte qu'il passa à Përouse le 9 juillet 1478 : il se rendait à Rome. Quelques jours après, le cardinal de Pavie, qui résidait à Sienne, écrivit à Sixte IV: « J'ai appris que le roi de France envoie vers nous un ambas- « sadeur d'une grande réputation dans les Gaules, chargé « d'un message très-altier *. Si les censures lancées contre « les Florentins ne sont pas révoquées, si l'on ne punit pas « ceux qui ont pris part au meurtre de Julien de Médicis <c ou qui en ont aidé les auteurs, si la paix n'est pas rétac< blie, il n'hésitera pas à prononcer la soustraction d'obé- « dience et à en appeler au concile. Il sera soutenu dans « cette démonstration par les ambassadeurs de Venise et (c de Milan '. » Il est assez probable que ce fut Commines qui déclara au Pape que le roi de France était héritier de Charlemagne, et qu'à ce titre les successeurs de Léon III, qui avait entonné le Benedictus qui venit in nomine Domini, étaient tenus de voir en Louis XI l'envoyé du Seigneur; inais le seigneur d'Argenton se souvenait bien plus de Philippe le Bel et de Nogaret que de Charlemagne, quand il revendiquait pour le roi le droit de déférer à un concile les attentats ambitieux que l'on reprochait à la tiare. « N'y « jugera-t-on pas aussi, répondit Sixte IV, ceux qui de nos a jours ont couvert de honte le sceptre des rois? »

* Ammirato, Stor, Fior,

* Gertior factus an m venire ad nos a rege Francorum oratorem malt» eatimationis in Oalliis et superba admodum mandata afferre.

' Bzovius, Ann. eccl. post Baron. XVIII, 6.

Commines a cru devoir passer complëtement sous silence cette mission à Rome, qui ne réussit point. Certes, il est peu favorable à Sixte IV qui osa résister à Louis XI, mais il reconnaît que les papes sont sages et bien conseillés, et que sans les discordes des Colonna et des Orsini, <c la terre de « l'Église seroit la plus heureuse habitation pour les sub- « jects qui soit en tout le monde, car ils ne paient ne « tailles, ne guëres aultres choses ^ »

Commines ne fit sans doute qu'un court séjour à Rome, et nous croyons qu'il était revenu à Florence lorsque les Florentins convoquèrent un concile des prélats toscans pour protester contre l'interdit et adressèrent eux-mêmes au Pape une lettre portant la date du 21 juillet 1478, fort élégante, fort habile, qui fut peut-être dictée par le seigneur d'Argenton. D'autre part, le secours de trois cents hommes d'armes qu'il avait obtenus à Turin et de trois cents autres hommes d'armes que lui avait donnés la duchesse de Milan, ne lui permettait pas de fortifier Ja république florentine « autant qu'il l'eût voulu, car il n'avoit armée pour l'ay- « der *. » Mais il releva le courage des Florentins en visitant leur camp et en leur donnant par sa présence un témoignage éclatant de l'appui du roi de France *. Aussi était-il entouré à Florence de marques extérieures de respect, égales à l'importance de sa mission. '

< Mém., t. II, p. 367.

* Je ne sais pan si c^est là ce que Commines appeUe son train : < Je n'avoye armëe pour les ayder (les Florentins), mais seuUement avoje mon train. » Mém., t. II, p. 205.

' D'après Ammirato, un envoyé du roi René (l'un de ceux dont avait parlé le marquis de Montferrat?) avait accompagné Commines, et le bruit se répandit que le roi de France avait chargé le duc de Calabre, fils de Charles d'Anjou, de conduire cinq cents lances à Florence.

Les ambassadeurs milanais à Florence, écrivaient le 24 juillet:

Illustrissimes princes, excellents et espéciaux seigneurs,

Nous avons communiqué les avis de Gènes que nous ont transmis Vos Excellences, aux Dix et au seigneur Laurent, ainsi qu à monseigneur d'Argenton : celui-ci en témoigne un contentement extrême, et il- remercie Vos Seigneuries dans les meilleurs termes.

Nous ne manquerons pas de lui faire escorte et de lui témoigner notre respect comme Vos Seigneuries nous Font prescrit. De Florence, le 24 juillet 1478.

Vos très-humbles serviteurs,

J. Angélus, , Philippe Sacramorus *.

Cependant des nouvelles importantes arrivèrent de France. Dès que Louis XI avait reçu les lettres de Commines écrites de Milan, il lui avait donné de pleins pouvoirs pour conclure, de concert avec Laurent de Médicis, un traité de confédération avec la duchesse de Milan :

€ Loys, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous ceulx qui ces présentes verront, salut. Conflans à plain des grans sens , vaillance, loyauté, bonne diligence et grande expérience en toutes grandes matières de nostre très-chier et amé cousin Laurent de Médicis et de nostre amé et féal conseiller et chambellan Philippe de Commines, chevalier, seigneur d*Argenton, nostre séneschal de Poitou, iceux, pour ces causes et autres à ce nous mouvans, avons commis, ordonné et député, commettons, ordonnons et députons par ces présentes, pour eux trans-

* Archives de Milan (trad.).

porter par devers nôstre dicte seur et coasine la duchesse de Milan et son dict âls, à îceux avons donné plein pouvoir, alltborite et commission et mandement espéeial de ratifier, approuver et confirmer, pour nous et en nostre nom, avec nostre dicte seur et neveu, les dictes alliances et confédérations en la forme et manière qu'elles estoient entre nous, nos royaumes, pays et stgets, d'une part, et nostre dict feu frère et cousin le duc de Milan, dernier trespassé, et ses pays et sigets, d'autre part, les prendre , accepter et conclure de nouvel, se mestier est, et en prendre et recueillir de nos dicts seur et neveu, en nom que dessus, telles lettres seures et vallables que Testât le requerra, et leur en bailler et octroyer pareillement leurs lettres par tels qu'il appartiendra, et généralement de faire et besogner en ladicte matière et es d^endancés d^icelle, tout ce qu'Us verront estre à faire pour le bien de nous, nos dicts royaumes, pays et sigets, et Pentretenement desdictes confédérations et alliances, et tout ainsi que nous-mesmes ferions et faire pourrions, se présens y estions en personne , posé qu'il y ait chose qui requist mandement plus espéeial, promettans de bonne foy, en parolle de roy, avoir agréable, ferme et estable tout ce que par nostre dict cousin Laurent de Médicis et nostre conseiller et chambellan ledict d'Argenton, sera faict et besogné en cette partie, et le ratifier, confirmer et approuver par nos lettres patentes, se mestier est et que requis en sommes. En tesmoing de ce, nous avons signé ces présentes de nostre main , et icelles feit sceller de nostre scel. Donné le XIII* jour de juillet, l'an de grâce M€CCCLXXVin et de nostre règne le dix-septième.

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