‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 4)Chapitre 22 sur 30 · LOYS · texte numérisé non relu

LOYS

La clause principale de cette alliance devait être la confirmation par Louis XI, en faveur du jeune duc de Milan, de l'investiture des fiefs si importants de Gênes et de

« Mén,, t. III, pr. p. 327.

DE COMMIÎÏES: 187

Savone, et d'âtiltes pouvoirs conçus dans ce but avaient été adressés le même jour à Commînes :

Loys, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous ceux qui ces préeentes lettres verront, dalat. Comme depuis naguères les duchés, terres et seigneuries de Gennes et de SaVonne soient advenues et escheutes es mains de nostre très-cher et très-amé nepveu Jehan-Galéas-Marie Sfbrce, à présent duc de Milan, par le trespas de feu nostre cousin Galéas Sforce, son père, pour raison desquelles et de leurs appartenances, pour ce qu^elles sont tenues et mouvantes de nous, à cause de noôtre couronne, nostrédict nepveu ou nostre très-chère et très-amée seur et cousine Bonne de Savoie, duchesse de Milan, sa mère, comme ayant le bail, gouvernement et administration de luy, nous soit tenue de faire les foi et hommage ligie en tel cas acoustumés, pour lesquels nous faire en personne ne lui seroit bonnement possible de soy transporter par devers nous, tant pour la grant distance des pays et lieux et les dangers qui, en felisant si loingtains voyages, se peuvent survenir, que pour plusieurs antres grans inconvéniens qui s'en pourroient ensuivre au prendre d'elle et de nostrédict nepveU ; avisé que ces choses elle nous à par plusieurs fois remonstré, et, à ceste cause, pour recevoir ledict hommage d'elle, ou nom que dessus, nous soit besoin de commettre, ordonner, establir ou députer aucuns grans et notables personnages de bonne et grande authorité à nous agréables, seurs et stables : sçavoir faisons que nous, ce que dit ^ est considéré, désirans préserver et garder nostredicte seur des peines^ travaux et inconvéniens dessusdicts, conûans à plein des grans sens, vaillance, loyauté, bonne diligence et grande expérience en toutes grandes matières de nostre amé et féal conseiller et chambellan Philippe de Commines, seigneur d'Argenton, chevalier, nostre séneschal de Poitou, iceluy, pour ces causes et autres à ce nous mouvans, avons commis, ordonné et député, commettons, ordonnons et députons, par ces présentes, pour soy transporter par devers nostre

dicte seur et cousine la duchesse de Milan et son dict fils, et luj avons donné et donnons par ces dictes présentes, plein pouvoir, authorité, commission et mandement espécial de prendre et recevoir, pour et en nostre nom, d'icelle notre seur et cousine, comme ajant le bail, gouvernement et administration de nostre dict nepveu et cousin, son âls, les dicts foj et hommage lige qu'elle nous est tenue de faire, pour raison desdicts duchés, terres et seigneuries de Gennes et de Savonne, leurs dictes appartenances et dépendances, et de ladicte réception lui octrojer, bailler et délivrer ses lettres en forme deue ; lesquelles foj et hommage, et pareillement lesdictes lettres, nous voulons estre de telle valeur et effect qu'elles seroient et pourroient estre, se nostredicte seur et cousine avoit fait ou faisoit de sa personne et en nos mains lesdictes lettres par nous octroyées, et les avons, dès maintenant comme pour lors, authorisées et authorisons de nostre certaine science, grâce spéciale , plaine puissance et authorité rojalle par ces dictes présentes, le duplicata du vidimui desquelles lettres par luy ainsi octroyées , et aussj de ces présentes, il sera tenu de rapporter ou envoyer en la chambre des comptes à Paris, pour la conservation de nos dicts droits. En tesmoing de ce, nous avons signé ces présentes , et icelles fait sceller de nostre scel. Donné et arresté le XIIP jour de juillet. Tan de grâce MCCCCLXXVIII, et de

nostre règne le dix-septiesme.

Lots *.

Les pouvoirs de Louis XI parvinrent à Commines le 28 juillet, et il adressa aussitôt la lettre suivante à la duchesse de Milan :

A ma très-redovhtée dame madame la duchesêê de MÏUan.

Madame, je me recommande très-humblement à votre bonne grâce. Au départir que je ûs de vous de Millan , j'escripvis au

• Jf^., t. III, pr. p. 321.

roj l'onneur et la bonne chière que Vous m'avez fait , et aussi les bonnes parolles que je trouvay en vous et en vos serviteurs ; et lui escripvis aussi comme je vous avoie dit que j'estoie bien seur qu'il voulloit vostre bien et celui de messieurs vos enfants.

Sour quoj, madame, il m'a fait responce, laquelle je receus hier, par laquelle il me mande qu'il m'avoue de tout ce que je vous en ay dit touchant luy et qu^il est délibéré d'icj en avant de vous tenir pour sa bonne seur et de vous ajmer et favoriser en tout ce qu'il sera possible.

Il m'esoript davantage qu'il est très-content de vos serviteurs, c'est assavoir de ceux qui ont Tautorité de vos affEiires, et lui samble qu'il les ont bien sagement guidées jusques icy et qu'ils y continueront; et vous asseure, madame, que dMcy en avant, vous, ne monseigneur votre fils, ne trouverez pas ung meilleur amy en ce monde. Mais aussi, il fault que toutes pratiques cessent de votre part, tant avec J'Empereur qu'avec le prince d'Orenge. J'en ay asseuré le roy et luy ay mandé tous les biens de vous et de vos gens dont je me ay peu ad viser, pour vous » mettre d'accord; et desjà le roy a dit aux ambassadeurs du roi Ferrand, comme Taccord de vous et de luy estoit fait, et leur monstra la lettre que je lui escripvois.

Madame, je prie à Dieu qu'il vous doint bonne vye et longue et l'acomplissement de tout ce que vous désirez. Escript de Florence, le XXVIIIP jour de juillet.

Votre très-humble et obéissant serviteur,

Phiuppes db Commtnes *.

Le lendemain, il écrivait au secrétaire de la duchesse :

Christofle, je me recommande à vous. J'ay receu les lettres que vous m'avez escriptes , par lesquelles m'avisez de vostre

* Archives de Milan. (Document communiqué par MM. Baschet et Benoist.)

190 LETTRB8 ET NéGCNDIATIONS

malttd^, dont je suûi bieii fort 4e«pl^i£aQt> et ^jmuMwe mieolx

que feuBsiez point bougé de Millan, puisque vous trouvez en

cest e9tat. J'aj espérance que par quelque boat youf ¥ieQ4rez

jusques cy . Voua ser^z bien traioté, et les bonnes cqncli^ians, que

prendront les matières pourquoy vous venez, vous gaiûont.

Et à Diau, mei^sire Cbri^tofle, à quj, je prifi qu'il vouji doiot tout

ce qpe vous désirez, BsoHpt à Florence , le XXIX'' jour de

juillet.

Le tout vôtre,

COMMYNKS.

A M. Chri$tô/$ de BoUoft, êecréMi^ de madame la duehêsse de MiOan *.

Le traité de confédération fat aigné à Florence, le 18 août. On y Usait :

Sa Mfiyesté Très-Chrétienne, dans sa clémence et sa bonté naturelles, mue par l'amour paternel et la cordiale affection qu'elle porte à l'illustre maison des Visconti , se confiant pleinement en l'autorité et en l'extrême sagesse, comme en l'expérience de très-nobles et très-magnifiques hommes, Laurent de Médicis, patricien de Florence, son cousin, et Philippe de Commines, chevalier, seigneur d'Argenton, conseiller et chambellan dudit roi Très-Chrétien, son sénéchal de Poitou, leur a, de son propre mouvement, donné autorité, mandat, amples et suffisants pouvoirs , comme cela conste des lettres patentes de Sa dite Mfigesté, en date du 13 juillet dernier, afin de conclure, de confim^er et de renouveler au nom de Sa dite Ms^esté, toutes ligues, alliances et mutuols engagements et tous traités entre Sa dite Majesté Royale et les dits illustrissimes ducs ou leurs mandataires légitimes. D'autre part, les dits illustrissimes ducs, aniwés des mêmes sentiments de fidélité et de respect envers Sa dite Majesté Royale que le furent leurs illustres prédéces-

* Arcbiv^s de Milan. (Document cftnM»umq^é pfa- MM. Baschet et Benoist.)

DE G0MMIN6S. 191

Sdurs, voulant^ autant qu'il est en eu^, persévérer avec une inébranlable constance dans toutes les alliances dessus dites, et se confiant pleinement en la sagesse du Révérend Père Philippe SacraQiori et du segneur Jean Angelo de Talentis, les ont constitués leurs mandataires pour conclure les alliances susdites, comme cela conste de leurs lettres doAnées le 13 août 1478, signées :Cico. C'est pourquoi, au nom de Dieu, de qui procède tout bien, les dits magnifiques et nobles ambassadeurs et mandataires de Sa Msgesté, Laurent de Médicis et Philippe de Commines, seigneur d'Argenton, d'une part, et les dits ambassadeurs des dits ducs, Philippç Sacramori et Jean Angelo de Talentis, d'autre part, tous es noms que dessus, ont confirmé et confirment, renouvelé et renouvellent toutes ligues, alliances engagements mutuels, pactes ou traités conclus entre Sa dite Majesté Royale et les dits illustrissimes ducs François et Galéas- Marie, et en tant que de besoin, concluent et contractent de nouveau les ligues, alliances, obligations réciproques et traités, quel qu'en soit l'objet, qui ont été ou sont faits, confirmés et renouvelés avec les dits illustrissimes ducs , sous les mêmes pactes, conditions, promesses, serments, observations, réserves, modes, formes, etc. *

Commiiies quitta, peu de jours après, les rives de TAmo, <c où il avoit esté bien traicté des Florentins et à leurs tt despeQ3), e^ mieulx la denrenier jonr que le premier *. » A son départ, on lai offrit en présent un s;ervice de vaisselle d'argent du poids de cinquante-cinq livres, et voici en quels termes les prieurs de la liberté florentine écrivaient au r«i de France :

Sérénissime prince, roi très-glorieux et très-chrétien, père perpétuel et très-constant protecteur de notre ville et de notre peuple, défenseur de notre État et de notre liberté.

* Mém., t. m, pp. p. 326.

« Mém,, t. II, p. 204.

\9i LETTRES ET NÉGOCIATIONS

Entre les innombrables et immortels bienfaits dont nos personnes, notre ville et la nation tout entière sont redevables à Votre Majesté Très-Chrétienne , ce n'est pas le moindre que de nous avoir envoyé pour ambassadeur le magnifique et trèsillustre seigneur d'Argenton, votre conseiller. Vous avez donné par là une haute marque de Tintérét que vous portez à nos affaires et vous nous avez fait un grand honneur. Monseigneur d'Argenton est, autant que nous avons pu en juger, un homme d'un esprit éminent et d'une rare vertu, bien digne d'être aimé de Votre Majesté et de lui être cher *. Il retourne devers vous, après s'être acquitté auprès de nous de sa mission. Votre Majesté Très-Chrétienne comprendra mieux de sa bouche l'état de nos afi^res que nous ne pourrions l'exposer par écrit.Il ne nous reste rien à ajouter, sinon que toute notre espérance repose dans les faveurs de Votre Majesté. De cruels ennemis s'élèvent contre nous, et ils ont réussi en beaucoup de choses, parce qu'ils nous ont attaqués à i'improviste. Nous recommandons, autant que nous le pouvons, notre ville et notre peuple à Votre très-sacrée et très-chrétienne Mtgesté *.

Laurent de Médicis, dans une lettre adressée à Louis XI, insistait encore plus sur les services rendus par Gonimines, sur son talent, sur son habileté :

Sire, je me recommande très-humblement à votre bonne grâce, à laquelle plaise savoir que je vous ai écrit ces jours dernier plusieurs lettres, où j'informais Votre Majesté des nou-

* Inter innumera et immortalia bénéficia tuse Christianissim» Majestatis in nos et civitatem omnem et nationem nostram , imprimis est quod ad nos magnificum atque illostrem domianm Argenton» consiliarium tuam , misisti oratorem quœ res rébus nostris multum attalit favoris et dignitatem multum ornavit. Vir est, quautum oognoscere potuimuB, maximœ et rarœ virtutls, et dignus qui ametur à M^estat» Tua et habeator carus.

* Mém.j t. III, pr. p. 338; Desjardins, Néç, entre la France et la Toscane, 1. 1, p. 172 (trad.).

velles de ce pays. Nous sommes toigours en guerre avec nos ennemis qui youdraient nous écraser et nous soumettre. Mais j*ai Fespoir, moyennant Taide de Dieu et de Votre Mi^esté et Texcellence de notre cause, que nous nous défendrons et que nous finirons par en sortir saufs et à notre honneur, ainsi que Votre Majesté en sera informée et avisée par monseigneur d'Argenton, porteur de la présente, auquel seigneur d'Argenton, outre la reconnaissance très-grande et éternelle que je dois à Votre Msgesté, je me tiendrai pour obligé tout le temps de ma vie. Il eût été impossible, en effet, d'user de plus de sagesse et de zèle envers cette Seigneurie et envers ma famille et moi-même en particulier. (Test pourquoi je rends grâce à Votre Mijesté aussi humblement que je le puis, de ce qu'elle a, sans que je le demandasse, par sa volonté spontanée et de son propre mouvement, daigné m'assister dans mes besoins, m'encourager et me soulager dans mes cruels et douloureux revers, et de ce qu'elle a ainsi répandu sur notre État tant de faveurs et d'honneur, que nos ennemis , bien qu'ils nous aient enlevé quelques places peu importantes, n'ont pas osé s'aventurer au-delà et ne pourront pas, je crois, nous faire grand mal cette année. Monseigneur d'Argenton vous dira, de vive voix, ce qui est arrivé et en quel état il a laissé nos affaires. Je vous prie d'ajouter foi à tout ce qu'il vous dira de ma part, comme si c'était moi-même qui vous parlasse. Aigourd'hui et toujours , j'aurai , je crois , besoin de l'aide, de la faveur et de la protection de Votre M^'esté , à qui j'aurai recours avec confiance dans tout ce qui m'arrivera, comme au véritable seigneur, protecteur et patron dans lequel reposent toute mon espérance et mon refuge , ainsi que vous le comprendrez pleinement par monseigneur d'Argenton. Et si nous ne lui avons pas rendu, comme c'eût été notre devoir, tous les honneurs qui lui reviennent, je prie humblement Votre Mi^'esté de nous en vouloir excuser sur ce que les événements inopinés de la guerre ne nous l'ont pas permis.

Je vous recommande avec instance le dit monseigneur d'Arprenton, qui, sans contredit, est un homme* d'un mérite ém in ont,

COOUIBt. — J. 13

doué dôB plus hauteg qualité», bitfa dign^ d'ftre aioié» obéri et tenu en profoide ettime. Quant à moi en partiou^er, j^ b« voudraui pas , (autant que mon appréciation poisse valoir ici») no pas ravoir vu et oonnU; à cause du grand bien qjû art aa lui : je crois qu'il a peu de pareil^, sUl en a même un seul, an Italie et en France, et que Votre Majesté doit la tenir en grande estime et affection ^ Nous avons employé quel^ues-ana de vos blanc-seings dans nos affaires, toqjours en gardant la dignité et rhonneur de la Msgesté Rojale, comme vous Tai^iHPeBdref de monseigneur d'Argenton : il vous dira aussi ce que nous avans fait pour Taf aire de Milan. Pour ne pas importuner davantage Votre Msgesté, je temUnerai cette lettre en me recommandant, de rechef, très-humblement à votre bonne grâce.

Florence, le XXIIP août.

Votre très-humble et obéissant serviteur, Laurent de Mi^dicis '•

Comminea quitta Florence le 24 août ', et il se dirigea, avec une célérité remarquable, vers Turin. Il était arrivé à Âsti le 28, quand on lui annonça la mort de la duchesse de Savoie, qui avait, disait-on, rendu le dernier * 309pir le 27 ^ à Monte-Capra, près de Verceil. II écrivit aaaai-

^ Rachomandovi strettamente dette monsignor d*Argentona qot, sanza fallo , e huomo excellente et oompiuto d'ogni baona parte da doverlo amare et tenere charo, et da fare grandîssima stima; et io in specialta non vorrei, par tanto quanto vale la mia ciuanza, non Favere Tisto o oonosciuto , lispetto al gran bene que e in lui , parendomi qae de simili a lui si truovi pochi o nessuno in Italia o in Prancia, et que V. M. debba stimorlo et teneHo charo.

• M^., t. m, pr. p. 336. (trad.).

^ Les deux lettres que nous Tenons de reproduire, furent remîtes probablement à Comminee à son départ; celle de la République perte la date du 24 août.

* Cest la date donnée par Ouiehenon , ffist, de BreêU, p. 88. Je

DE COMMINBS. 195

tdt la lettre suivante à un parent de Laurent de MMicis, qui habitait Milan : v

 Messire AntAùine de Médecis^ à MiUan.

AathoiAe , je aer^j end < joj et mercredi 4 Miibm. U eat venu yçj ung homme qui m'a dit que madame de Savoie eat morte , dont je suis bien esbahj et fort desplaisant. Je vous prie, renvoyés-moj ung homme bâtant au devant de moy, qui m'en sache à dire la vérité , et à Dieu.

Escript à Hasti, à mi de nuit, à vendredi XXVIIP d*08t • Le vôtre,

COMMTNEB •.

Deux jours après Commines, se dirigeant vers Milan» passe à Pavie. De là il adresse une autre lettre à Antoine de Médicis :

A wMsire Anihoine de Médicis, â MUlan.

Antboine, j'esçris des lettres au roy et vous prie que vous les envoyés à Lion, et le plus tost que vous pourrés, en cas que vous sôyés seur de la mort de madame de Savoie, et autrement non. Et à Dieu, Anthoine mon amy.

A Pavie, le XXX* d'aost.

Le vôtre,

COMMTNBS ».

Enfin, Gonunines arrive à Milan le 3 septembre, et, quatre jours aprte, il y reçoit, au nom du roi, de la dueheiae

la trottTe aussi dans la chronique de Savoie, Hitt, patr. seripi.^ t. 1, p. 658.

* Endemain, selon M. Bendst.

* Benoist, Les lettres de Comynes a%x arekives de PUrenee, p. 9.

* Benoist, Les lettres de Comynes aux archives de Florence, p. 10.

lur, LETTRES ET NROOCÎATÎONS

régente agissant pour son fils, Thommage du fief de Qénes et de Savone *.

Ce fut, sans contredit, Tune des plus mémorables journées de la carrière politique de Commines. Introduit solennellement au palais qu*on appelait , dans les actes publics, le palais de la Porte de Jupiter, et conduit dans la chambre a coucher de la duchesse , il lui donna , au nom de Louis XI rinvestiture par le baiser *; puis la duchesse, après avoir touché le livre des Saints Évangiles , plaça sa main entre les siennes et jura, pour son fils, qu*il serait le fidèle vassal du roi de France, qu'il aurait les mêmes amis et les mêmes ennemis , et qu'il se conformerait à ses volontés en faisant la paix ou la guerre '. Ceci se passait en présence de Cico Simonetta et du marquis Palavicini : l'envoyé de Louis XI avait avec lui Perron de Baschi, frère ou parent de Cifron de Baschi, l'un des sinistres acteurs du drame de Nancy. L'acte de l'hommage rendu au magnifique seigneur Philippe de Commines , seigneur d'Ârgenton , sénéchal de Poitou, chambellan et ambassadeur du roi Louis XI, fut dressé le 7 septembre 1478, et l'on ratifia en même

* Mém., t. II, pp. 204 et 313.

* Tel ëtait aaBsi Tusage en Zëlande , et lorsqu'il fat qnettkm d'j proclamer marquise (et non comtesse) Timpëratrice Marguerite de Hainaut, on la pressa Tivement d'y déroger : Quod domina nostra impera^ trix possit homines suos utriusque sexus infeodare verbis dumtaxat et manibus, sed non per osculum sicut ibidem morîs est. Nam, si infeodabit onmes vetuloe et vetulas per osculum, labia ejus forte d^Tenirent ita tenuia et gracilia quod dentés apparerent extra cutem , quod absit (ArchiTes de Lille).

' Tractabunt amicos dicti régis pro amids et inimioos pro inimids, cum quibus beUum et pacem faciunt et habebunt prout Suae libnerit et placuerit Majestati.

temps le traite de confédération qui unissait le duché de Milan à la France ^

Le jeune duc de Milan écrit à ce sujet à Louis XI :

Le magnifique seigneur d^Argenton , ambassadeur de Votre Miyesté» a, pendant qu'il était à Florence et selon les pouvoirs qui lui avaient été accordés, renouvelé, de concert avec Laurent de Médicis, le traité qui nous unit à Votre Majesté. A son retour, nous Favons ratifié, et il nous a réinvesti, au nom de de Votre Mi^esté, du fief de Gènes et de Savone, ce qui a été pour nous une cause de joie au delà de toute expression, car, en en exceptant Dieu , il n*est rien que nous honorions plus que Votre Migesté ; et c'est en elle , plus qu'en personne , que nous avons toujours placé notre plus grand espoir. C'est pourquoi, persuadés que nous ne pouvons être déçus dans notre opinion, nous sommes pénétrés d'une grande joie ; mais ce qui nous a aussi fait le plus grand plaisir, c'est que le seigneur d'Argenton nous a si bien fait connaître les bonnes intentions de Votre Msgesté envers nous, qu'on peut, à juste titre, l'appeler dans le monde entier son véritable élève et le meilleur ministre de sa volonté. Il est remarquable par son talent, plein de sagesse, doué d'un noble esprit, et s'il ne s'était pas, dès son enfance, consacré aux affaires de Votre Msgesté, il eût pu assurément prétendre aux positions les plus élevées *. Nous adressons donc de profondes actions de grâces à Votre Msgesté de ce qu'elle a daigné, avec tant de bonté, renouveler l'alliance et le fief avec ses serviteurs , et nous la supplions de nous conserver toigours les sentiments qu'elle porte à ceux qui , avec un cœur sincère , se

* DuMONT, Corpi diplom. t. III, p. 2, p. 41.

* Ipie dominas Argentonie adeo animum Mi^estatis Vestrse erga DOS dedaraifit, nt ejnt veniB alumnns ao volantatis raie optimus minister in toto orbe merito posait appellari. Conspicua», sapiens, nobili aniino pmditos , et nisi jam fera a pnero negotîa Vestna MajestatÎB pertractasset, optandos profecto ad omnem splendidissimum locum.

sont remis «otis «em patroni^ et ta protectioïk. Noos ae lui offrons point ce qui nous appartient, car d^à tout est à elle et déjà tout est placé dans sa main. Nous ne négligerons aucun effort pour recouvrer Gènes, afin d'atteindre, de quelque manière que ce.soit^ le but que nous poursuivons. Quant à ce qui se passe en Italie, Tambassadeur de Votre Majesté retourne vers elle, parfaitement instruit à cet égard , et il pourra faire connaître toutes choses à Votre Migesté , à laquelle nous nous recommandons humblement *.

La duchesse de Milan s*empresse d'annoncer cet événement important à ses principaux alliés.

Elle ^crit au aom de son flls au marquis de MairUue :

Persuadés que Votre Seigneurie accueillera avec autant de joie que nous-mêmes toutes les nouvelles favorables à notre prospérité et à celle de FÉtat, nous lui faisons savoir que monseigneur d'Argenton, ambassadeur magnifique de Sa Mijesté Très-Chrétienne de France et le magnifique Laurent de Médieis« au nom de Sa dite Majesté, viennent de renouveler solennellement, à Florence, la ligue qui nous unissait à Sa dite Mig'esté Très-Chrétienne , les dits ambassadeurs ayant reçu de Sa M^esté Très-Chrétienne mandat pertinent et ample commission à cet effet , et traitant avec nos propres ambassadeurs, munis aussi des pouvoirs les plus explicites. Monseigneur d'Argenton s*étant lui-même rendu ici, nous avons, le 7 de ce mois, ratifié solennellement entre ses mains le dit renouvellement de la ligue. De son côté, monseigneur d^Argenton, au nom de Sa iiisgesté Très-Chrétienne, dont il a reçu, à cet effet, plein pouvoir et charge spéciale, nous a solennellement réinvestis du fief de Gènes et de Savone, avec les dépendances ; il nous a prodigué, de la part du dit roi , les paroles les plus affectueuses et toutes sortes d*offres de faveur et de protection, que nous avons

* Archivée de Milan (trad.).

DE COMMÏNES. 199

aoo»ptée9 avec rocoâUtdwâAoe «i Mfipeot. Daas toutes ses dédiarckM et dans toutes ses démonstFations , fia dite Migesté Très-Chritieane témoigne la plus grande bîeaT^illance enrers notre peraobne et notre État, comme a^^ssi envers toute notre ligue. Nous avons voulu vous £aire part de toutes ces choses, à oaose de la concordé et de la bienveillanoe qui nous unissent et qui vous 7 feront trouver une grande consolation.

AXBXAWBRÉ S

Les ambassadeurs de Milan près de diverses cours, recurent d'autres lettres sur le même sujet. Nous reproduirons d'alx^ celle qm fot adressée à Léonardd Botta, ambassadeur à Venise :

Seigneur Léonard ,

Sa Migesté Très-Chrétienne le roi de France, voulant montrer manifestonent à chacan son amour paternel et sa cordiale affeôtîon envers nous, a, de son propre mouvement, adressé et remis à monseigaieur d'Argenton, son magnifique ambassacteur» procuration authentique, mandat et amjde commission pour renouveler avec nous la ligue et nous réinvestir de fiefs deOtees et de Savoiie, avec toutes leurs terres et dépendaficea, «te. En conséquence, le dit monseigneur d*Argenton, qui se trouvait ici depuis deux jours, s'est aujourd'hui présenté devant nous, pour dresser avec nous, au nom du Dieu étemel, Faote solennel du renouvellement de la dite ligue et de la reinvettttare des dits fiefs de Gènes et Savone, avec leurs terres et dépendances, etc. Il nous a fait les promesses les plus affectueuses «t les plus paternelles qui se puissent dire, pour la protection de notre personne et de notre État, en nous assurant que Sa cBte Msjesté Tràs-Chrétienne était on ne peut plus disposée à faire tout son possible pour notre prospérité et pour

* ArchÎTes de Milan (trad.).

i>«>0 LETTRES ET NÉGOCIATIONS

rabaissement de tous nos ennemis, et quelle ne manquermit pas, en tonte occasion, d*étendr6 la même protection sur notre illustre ligue. Nous avons accepté le tout avec respect et reconnaissance, en remerciant vivement Sa Migesté 7?rès-0hrétîemie et en rengageant , dans les termes les plus pressants , à réaliser bientôt ce que nous attendons de son auguste bienveillance. Monseigneur d'Argenton lui-même parait certain que tout ira à notre gré. Vous communiquerez le tout à rillustrissime seigneurie ^

Lëonardo Botta répondit en ces termes :

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs,

J'ai reçu hier les nouvelles lettres de Vos Seigneuries du 7 de ce mois, qui m'ont fait connaître le manifeste et paternel amour dont Sa Msgesté Très-Chrétienne vient de faire spontanément preuve envers vous, lorsque, par Fentremise de monseigneur d'Argonton, son ambassadeur, elle vous a octroyé le renouvellement authentique de la ligue et la réinvestiture des fiefs de Gènes et de Savone , etc. Pour me soumettre aux instructions de Vos Altesses, je me suis donc présenté à la Seigneurie, et, de la part de Vos Altesses, je lui ai donné communication des démonstrations amicales du roi et du renouvellement de la ligue et des fiefs. Pour lui marquer plus sensiblement votre bienveillance, je lui lus la lettre même que Vos Excellences m'ont écrite à ce propos. Ladite Seigneurie m'a répondu qu'elle était on ne peut plus heureuse des marques de paternelle affection et d'honneur que vous prodigue, à si juste titre. Sa Majesté Très-Chrétienne ; que non seulement elle regardait comme un grand honneur et un grand bien que la possession de ce fief passât entre vos mains, mais qu'il lui semblait aussi que ces démonstrations multipliées étaient la preuve la plus évidente et la plus sûre confirmation des excellentes dispositions de Sa Majesté à l'égard de la ligue. Elle me témoigna également beaucoup de plaisir de la commu-

nication que je lui faisais et en remercia Vos Exoellenoes dans les termes les plus aflectueuz.

De Saint-Clément, près de Venise, le 11 septembre 1478.

LEONARD Botta ^

Nous reproduirons aussi la dëpéche de la duchesse de Milan, adressée à ses ambassadeurs à Florence :

Ai\jourd*hui , monseigneur d*Argenton , ambassadeur de Sa Majesté Très-Chrétienne le roi de France, en vertu du mandat et des pouvoirs que lui a conférés Sa dite Migesté , nous a, au nom du Dieu Tout-Puissant , solennellement réinvestis du fief de nos villes de Gènes et de Savone : il nous a témoigné, de la part de Sa Majesté, tant d*affection et de bienveillance que nous ne saurions Texprimer. Nous savons qu*il s'est tout particulièrement intéressé à nous et à nos affaires. Nous en ressentons une indicible consolation, et nous nous reconnaissons perpétuellement obligés envers Sa Msgesté, comme envers notre protecteur et notre bienfaiteur singulier. Nous savons que la Seigneurie et le magnifique Laurent prendront la même part à notre joie, et vous leur transmettrez immédiatement cette nouvelle, comme il convient ■.

A cette dépêche fut faite la réponse suivante :

Illustrissimes princes et seigneurs.

Nous avons fait connaître ici les bonnes nouvelles que nous ont transmises Vos Seigneuries , et qui notifient le renouvellement du fief de Oénes et de Savone par monseigneur d'Argenton, au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne , ainsi que les sentiments d'affection, d'amour et de bienveillance qu'elle témoigne à votre ville et à vos affaires. Ces nouvelles ont paru faire ici grand plaisir.

Florence, le 13 septembre 1478.

SiMONBTTA BT SaCRAMORUS *.

* ArchiTet de Milan (trad.).

* ArchiTes de Milaa (trad.).

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