H»2 LETTRES ET NÉGOCIATIONS
Une lêrtim du duc d« Ifitu ajoate t^Mlqtm éitaîiB tor le voyage de Commines. Elle est adreftâéd i ten anbaSMt^ deur à Tarin, Jean Bossîo :
. Le magnifique seigneur d^Argenton , ambassadeur de Sa Migesté Très-Chrétienne, qui s^était rendu à Florence, est de retour ici et a confirmé la ligue que nous avions faite avec Sa dite imefté : U omm a iavastis du ief de GêBes le 7 du présent itM&s. H re^artdeoMân matin pour Mtooriàer ches lui, «m passant par vatrn ville, oà amis «ro^fons ^pCîl s^mtMra pen^-étre ^lueK qoas jùura.
À1>EXANDRE ^
Que 'se passait-il en Savoie? Dès qne Loms XI avait
appris la mort de sa sœur, il avait conclu on Iraite secret
avec le comte de Bresse , qui avait pendant longtemps
réobuDe la i^ence. Le comte de Bresse était ce même
priftoe •que Ldûs XI avait autrefois Aiit emprisonner au
chÂteaa de Loches, oè il oomiposa ces vers :
Je ne cnidoie point, feur mon âme, Qne sang rojai densist mentir.
Quoi qu*il «en fôt, il aoœpta une pensioii et des terres de Louis XI, et promit de le servir envers et contre tous *.
Commines put, au prix de semblables largesses, acquérir d*autres dévouements parmi les plus illustres seigneurs de la oour de Turin.
Um lettre de Bosaio rend compte d*une visite qu*il it avec <>>mnfineB auK conseillers du jenm duc de Savoie :
lUustrissimes et excellentissimes seigneurs, En compagnie des principaux de cette cour, le magnifique
* Archives de Milan (trad.).
* GuicBBNON, Hi$t. de la maiion de Savoie, p. 594.
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Seigneur d'Argenrton et noi , nous amoM rctoflu Tinte «n fètit dxto et à B«a coBseil. Moiiseigneur d'Ar^entcm M dit en peu de mots qu», TeveoÊÊMi de Flonnoe pour retoilrnèr «iprèt du roi, il s'itaitfait niideFoir>de hn rendre Tieite pour M aStirsèsi eerrioee, fl'Uis pewBÎBBt Itti être agréaUee, et pour Im préseiiler «ee ooudoléances sur la mort de son exoeUentâssims mère. Je lut riKïMi-^ tai suociatettent, à mon tour, que j^avais assisté «UK bomieiUrs funèbres resnlus à sa feue mère, et que je revecaîs étrem San EiDMllenee, pour n'employer non moins daM sou inÉérét qm dans odut-de Vos Altesses, qui le re^g^d^itoomme un ite eiufl frète bion mimé. Le duc me témoig^na que k coBfteâ me Tojrait avec plaisir, et que kd^-m^sie ^^uvait la joie la plue Tive de ma présence.
Sa Migesté Trèe-^Thrétienne a chargé monsèîgtteur d*Aigou, son camérier et capitaine, Als de monsei^iear de Midans , de conduire de suite, conjointem^it aTec maître Jean OauMOkil, seerétaire, les sœurs dudit duc, près de Sa Ms^jestéqui est irèedisposée' à les marier toutes deux prochainement, à ses propres tirais* Le roi pressant beaucoup ce Tojage, elles pÉurtîroiEt isiu commenoement de la semaine prochaine, et, pour écononiser k dépense. Sa Majesté a décidé qu'elles seraéeut menées d'ici à Grenoble, où des dames et d'autres personnages les attendent pour les conduire au roL Néanmoins, quelques daniffii et quelques courtisans les accompagneront d'ici À k cour : ils iront à ehe^ jusqu'à Roanne, à douze lieues au del& de Lycm, où ils prendront un bateau et remonteront k Loire jusqu'à Tours, où 6Bt la reine.
On donne pour époux à madame Marie, le maréchal de Bourgogne qui, depuis k mort du duo, s'est montré trè»âdiUe au roi. Madame Louise, promise à monseigneur de ChAteaugiron par Mmiame de SaToie, à l'époque de eon séjour en Bourgogne, sera mariée «u comte d'Angouléme, parce que le dit seigneur de Chà-' teaugiron est lennemi du roi, sans tenir compte ni de k promesse &ite, ni de ce «que le dit seigneur est plus riche éi plus noble que k comte d'Angouléme.
•i04 LKTTRES ET NEGOCIATIONS
Monneigneur d'Aigou et le secrétaire ont tous deux raconté que le roi vent, en dirigeant et en restreignant les dépenses, faire en sorte que le duc se trouve, dans quelques années, puissant et riche : Sa Majesté a offert de venir en personne à Ljon ou à Grenoble, si les circonstances le requièrent, ce qui ne laisse pas d'inquiéter le gouvernement.
Malgré le mécontentement, les menées , les cris et les paroles fort iigurieuses des dignitaires ecclésiastiques adressées aux laïques en plein conseil, cette légion d'ambassadeurs est partie hier. Bien que je vous aie déjà transmis le sommaire de leurs instructions dans une lettre du 9, que je vous écrivis de Yerceil, je vous Tenvoie néanmoins de nouveau id incluse, pour votre gouverne.
Ces ambassadeurs, avant leur départ, échangèrent ensemble des mots très-graves à propos de leurs préséances. Don Henrichino prétendait qu'il avait été créé chevalier à la bataille de Neuss , un autre, que la dignité de maître d'hôtel était la plus élevée, et chacun se mit à énumérer ainsi ses dignités, de sorte que si don Abram, en sage et bon docteur qu'il est, ne se fât offert à passer le dernier de tous , il aurait peut-être fallu recourir à un nouveau choix. Je vous dis cela pour que vous sachiez bien qu'ils sont remuants au delà de toute expression. Souvent il leur arrive, dans leurs conseils, de laisser échapper des paroles qui ne sont rien moins que convenables. Tout cela vient de la trop grande partialité qui règne parmi les Piémontaîs, et de la haine qu'ils inspirent aux Savoyards : ceux-ci trouvent que les premiers se sont beaucoup trop avancés. Aussi ne vois-je point chez messieurs les gouvernants, cette démonstration de l'unité de volonté que, par votre lettre du 11, vous m'écriviez avoir ailleurs reconnue en eux. Cependant, pour ces rixes verbales qui passent très-rapidement, il ne semble pas que la considération du gouvernement, ni la leur, en soient amoindries. Depuis les temps les plus reculés, ils sont ainsi enclins et accoutumés à la vivacité, comme par nature ; tous témoignent à l'évidence qu'ils sont irès-fidèles et très-dévoués au gouvernement, et qu'ils
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96 soomettent entièrement à la volonté, à Tautorité et aux décisions du roi. Comme j'ai le moyen de savoir tout ce qui se passe, je ne manque ni de bonnes paroles, ni d*offres de services : ils aiment à m'entendre et m'écoutent volontiers. Ils se sont enân aperçus que les démarches que je faisais au nom de Votre Altesse, rehaussaient l'honneur du gouvernement de monseigneur le duc, et que le succès de mes efforts pour maintenir entre eux l'union et la bonne entente, intéressait aussi le profit particulier de chacun d'eux. J'ai entendu dire que Févéque de Verceil et le protonotaire de Givron font des démarches secrètes pour se faire nommer ambassadeurs du duc auprès du roi ; mais ils sont Savoyards, et les Piémontais sont d'avis de choisir un de leurs compatriotes et un Savoyard.
Les ambassadeurs de monseigneur de Bresse sont aussi arrivés : je vous tiendrai au courant de ce qui en résultera.
Vos lettres du 12 et du 16 ne réclament aucune réponse ; mais à l'arrivée de messer Rufin de Mûris, qu'on dit s'être rendu à Milan, d'où il ne reviendra pas avant samedi, je tâcherai d'avoir le mandat et j'exécuterai vos ordres à la lettre. Je ne perdrai pas une minute à vous transmettre ce que vous demandez.
J'ai eu un entretien avec monseigneur d'Illins, dans les termes que j'ai jugés le mieux appropriés à la situation ; il s'estime fort heureux que vous fassiez cas de lui : il a, m'at-il dit, écrit à Sa Msgesté que vous continuez à vous montrer favorables à monseigneur le duc. Je ne me suis pas fait faute d'insister sur la ligue, sur l'investiture et sur toutes les marques singulières de la bienveillance du roi envers vous.
On a parlé d'un grand nombre d'Allemands qui ont passé les monts. U est très-certain qu'il y en a cinq cents ; ce sont des transfuges de mademoiselle de Bourgogne qui passent au roi de France, qui leur a répondu que c'était la saison de chasser et non celle de lever des troupes. Sa Msgesté a écrit, pour sa décharge , à monseigneur d'Argenton , de leur faire donner la solde comme aux Florentins : ceux-ci sont environ cent trente-
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d«ax. Le magniâque atignevr Lannant de Médk» a 4cnl 6A knr &T«ar» et on lee a enToyéa d^ioî à Ajti pMr ke diriger eninite aiir Florence^ sane leur p on a ettr e de ^ rendre à Milan. Il y a défeaae expreeee é^ta hdmer déien&aia peaeer aucim ; cette éèhnie a été portée en Toe de tous être agréable, comme il fat éont dans le tempi par Madame, de sainte mémoîte. On n*a accordé le passage à ceux-ci qu'à la prière de monseigneur d'ArgentoB. Je vous marque tout cela pour que rien n'échappe à Vos ExceBeiices. Il est arrivé ici un individu qui prétend avoir vu, un peu au delà de Ljon, Fambassadeur du roi Ferrand avec quinie chevaux ; j'ai vouhi mi'enquértr s'il est resté quelqu'un à la eoiir, au nom de oe souverain ; on m'a pa me le dire, mais on pense bien qy'il sera resté quelqu'un.
Jean de Lejguin, gentilhomme piémontaia, est ici l'ambaasadeur du marquis de Montferrat : il y résidera, dit-on ; il laur taii de grandes offres d'hommes et d'argent, et proteste qu^il ne voudrait en rien leur manquer. L'évéque de Oarpentras, frère du marquis de Saluces, l'a introduit, et il se montre très-dévoué à Vos Excellences. Le dit ambassadeur m'est venu voir, rt nous nous sommes rendus ensemble chez monseigneur d'Angenton. Il lui parla beaucoup et lui remit une lettre au nom du marquis. La Gonv«*8atioa fut générale ; quant à la lettre , elle ne contenait tien, sinon que le marquis regrettait que monseigneur d^Argenton ne fût pas venu à Casai. Monseigneur d'Argonton lui fit part de l'intimité qui règne entre le roi et vous, protestant que vous lui êtes trèsHïher et qu'il est prêt à vous donner les preuves les plus spéciales de son affection et de scm appui» «iM eriâ (tput ; toutes choses que Jean a amplement écrites au dit marquis.
Meseîeurs les régents me demandent chaque fois avec instance de leur dire ce 'que je sais de neuf de Florence et de Gênes, et m le due Hereule est allé au camp. Ne sacdiant que répondre, je rougis. Si vous daignies trouver bon de me donner quelquefois des nouvelles, je vois bien qu'on les écouterait ici avec le plus grand plaisir.
Monseigneur d'Argenton partira lundi au plus tard. Le secré-
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teire do roi cria partout que MndflUM d^ 3a^oi« «vaii arrêté œ nariag« avant de mourir, et que o'^at pour cala que le roi oo«* Mut i le lûre. Je tous ai éerit amplement i propœ de Fouole ' daui ma demitef lettre. Je me reoommande i ▼«• bonnes gr^k»e« Turin, k 18 «eptemtm 1478.
Votre tr^^AWie eerriteur, JaiUf->Ai^Ts BoB^ua *.
On répondait de Milan à Bossio :
Noua arona reçu iras lettres dn 14 et du 19 de ce noif, par leequellee voua noua annonee» oe qiii ae piMiae U^Vaa» lea nouvelles qu'on a reçues de France» le mariage qu'on regarde comme arrêté avec don Frédéric, le départ prochain des illustrissimes demoiselles mandées parle Roi Très-Chrétien, et plusieurs choses que vous avaient dites monseigneur d'Ai^enton et les autres.
Nous avons appris tout cela avec plaisir, et nous vous recommandons la diligence et le zèle. Continuez à nous tenir, jour par jour, au courant des événements avec le plus de détail que vous
P^^^- ALKXAin)RE».
Lorsque nous verrons plus tard Commines chargé de se faire livrer la personne du jeune duc de Savoie, nous n6us demanderons ai « & son paasage à Turin, il ne présida pas 4 renlèvement de sea sœurs. Cette fois, Louis XI réalisait , i leur égard , les desseins qu'il n'avait pas réussi à mener à bonne fin vis-à-vis de Marie de Boulogne.
Le 30 septembre, Commines avait quitté Turin, car ce jour-là, la duchesse de Milan écrit 4 Bossio :
Nous avons a^^, par vos dernières lettris, ce qui sest
* Louis XI, onde du jeune duc de SaToie.
* Archives de Milan (trad.).
' Archives de Milan, 20 septembre 1478 (trad.).
paM6 là où vous êtes, c^est-àrdire le départ de monseignear d* Argenton , celui de monseignenr de Bregae et de monaeigneur de Oenève ; nous avons reçu aussi , avec d'autres nouvelles , les lettres adressées à Antoine de Médiois, que monseigneur d*ATgenton lui-même vous chargea d*enyojer ici. Nous avons appris tout cela avec plaisir, et, pour toute réponse, nous ne pouvons que vous recommander encore le zèle et la diligence, en vous prévenant que les dites lettres ont été de suite remises au dit Ajtitoine de Médicis ^
Avant de quitter Turin, Gommines fit parvenir à la duchesse de Milan la copie d*une longue lettre que venait de lui adresser le roi de France :
Les envoyés du roi Ferrand, Fun nommé don Ajitonio d*AJexandro, et l'autre messer Lancelot, et un de ceux du prince, nommé Jean-Baptiste, sont venus devers moi à Arras, amenant avec eux Montfaucon, pour Madame de Savoie ; tous les trois me dirent que Madame de Savoie avait envoyé Fabbé de Casanova vers le roi Ferrand, pour conclure le mariage du prince de Tarente et de ma nièce, dont je m'étais déjà occupé, comme vous le savez; mais le roi don Ferrand ne voulait pas s'y prêter pour le moment. Les susdits délégués me priaient, au nom de Madame , de vouloir bien y consentir et de lui payer ce que je lui devais pour le mariage de ma sœur, ce qui montut à 100,000 écus, plus la somme prêtée par Tenvoyé de Savoie, qui s'élevait à 76,000 écus. Je leur répondis que j'enverrais monseigneur de Saint-Pierre à Madame de Savoie pour satisfaire à ce que je devais ; mais que je ne pouvais m'occuper du mariage à cause de la guerre qu'on avait commencée à Gênes, d'une part, par respect pour les obligations de la ligue, d'autre part, à cause du âef et de Tbommage. Mais, j'sgoutais que si Madame de Savoie voulait s'en mêler elle-même, sa fille était à ses ordres et qu^eUe pouvait en faire ce que bon lui semblerait. Ils ont paru très-
^ Archive!» de Milan (trad.)
satisfaits de cette réponse. Depuis, ils ont cherché à me sonder, pour voir s'ils ne parviendraient pas à me faire renoncer à protéger rÉtat de Milan et celui de Florence, mais voyant qu'ils ne gagnaient rien, ils se décidèrent à partir : ce qu'ils auraient fait six jours plus tôt, s'ils n'avaient dû attendre l'argenterie que j'avais chargé le trésorier de Nîmes de trouver pour la donner au docteur. Sur ces entrefaites, survint la nouvelle de la mort de Madame de Savoie. Ils me déclarèrent incontinent que le mariage venait d'être conclu verbalement ; que l'abbé de Casanova était allé à Naples et avait arrangé Taffaire; et que le roi Ferrand, se méûant du dit abbé parce qu*il le connaissait, avait envoyé Jean-Baptiste devers Madame pour savoir si c'était la vérité, et dans le cas où c'aurait été la vérité, pour conclure sur-le-champ ledit mariage par promesses. Dès qu'il fut arrivé. Madame conclut en effet ledit mariage verbalement , et envoya prendre la ratification par Montfaucon,qui s'en était allé quatre ou cinq jours après être venu devers moi, et qui, sans m'en rien dire, s'était rendu auprès de ma nièce dont il avait rapporté la ratification signée de sa propre main.
Voyant cela, je chargeai la reine de s'enquérir auprès de ma nièce si le fait était vrai ; c'est pourquoi ma nièce elle-même m'envoya le fils de sa gouvernante nommée Huoye, qui portait beaucoup de zèle à cette affaire, lequel m'assura que c'était la vérité, comme ma nièce elle-même me l'écrivit de sa propre main, s'excusant sur ce qu'elle ne croyait pas mal faire, puisque sa mère le lui avait ordonné.
Les ambassadeurs ont demandé à la voir, ils l'ont vue et sont partis sans me dire quand ils la feraient prendre, ni ce qu'ils en voulaient faire. Prévenez Laurent de toutes ces choses qui sont l'exacte vérité : dites -lui que je ne laisserai pas pour cela de faire pour eux tout ce que je dois, comme aussi pour ceux de Milan. Prévenez-en aussi les Vénitiens et ceux que vous croirez devoir en avertir, et dites-leur bien de n'avoir pas la moindre arrière-pensée qu'il doive leur arriver aucun désagrément à cause de ce mariage. '