‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 4)Chapitre 24 sur 30 · COMMINES. — I. U · texte numérisé non relu

COMMINES. — I. U

:eiO LETTRES ET NEGOCIATIONS

Il j a quatre jours , est arrivé ici un évéque de la maiflon de Frégose, qui feignait de ne ];m8 venir ici en qualité d*envojé du Pape. Toutefois, il a fini par montrer son mandat et m*a présenté une lettre que je vous envoie avec la réponse que j'adresse au Pape par le seigneur d'Arpajon et le président de Toulouse *. Ils porteront aussi des lettres aux autres qui m*ont écrit avec ordre de répéter seulement ce que leur dira Laurent et ce qui lui paraîtra utile au bien de la ligue et de tout le monde, de ne lui rien cacher de oe qu'ils pourraient apprendre de la partie adverse, et d'agir pour ses afiaires oonune ils le feraient pour les miennes propres.

Donné à Selommes, le 8 septembre 1478 *.

Lots.

Le mariage du prince de Tarente et d'Anne de Savoie, avait été conclu le !•' septembre 1478, « de rautorité de « Louis XI, » dit Guichenon, et, en effet, c'était sous ses yeux qu'avait été rédigé le contrat où Guillaume de Baacbi est l'un des témoins '.

Il semblait utile à Louis XI, alors même qu'il formait dans le nord de l'Italie une ligue dirigée aussi bien contre le roi de Naples que contre le Pape , de nouer en même temps, dan« le sud, les âls d'une intrigue dont l'instrument était l'un des princes de la maison d'Aragon. Gr✠à cette combinaison, il espérait, quelle que fût la fortune des événements, faire prévaloir, par l'une ou Fautre de ces influences, sa domination en Italie. Gommines encourageait

* Gai d'Arpajon, chambellan de Louis XI, et Antoine deMorihoii, président an parlement de Tonlonse. Voyez Gommines, éd. Len^eC, t. IV, p. I. p. 163.

* ArchiTes de Milan (ti*ad.).

' Louis XI STait d*abord fait espérer au prinoe de Tareate la ma» de sa fille Jeanne.

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peut-être de loin et à an autre point de vue, les projets du roi son maître , car il ne pouvait oublier que le prince de Tarente lui avait promis quatre mille livres de rente , si jamais il ceignait une couronne ^

Il était toutefois difficile de faire comprendre aux puis* sances du nord de l'Italie, ces intrigues avec le âls du roi Ferrand. De là ces détours , ces circonspections destinées à leur faire croire que Louis XI, tout entier aux intérêts de la Ligue, était étranger au mariage du prince de Tarente, dont il rendait responsables la duchesse de Savoie , qui ne vivait plus, et la jeune princesse qui était sa prisonnière.

Les Vénitiens, si habiles, découvrirent aisément la ruse de Louis XI. Ils se méfiaient de lui, mais, à son exemple, ils dissimulaient. Rien de plus explicite, à cet égard, que la lettre suivante de Léonardo Botta :

Messeigneurs, j'ai reçu, avec votre lettre du 29 du mois dernier, la copie de certaines lettres écrites par Sa Mi^esté Très^ Chrétienne à monseigneur d'Argenton, son ambassadeur, concernant le mariage conclu avec don Frédéric, etc. M'étant bâté de prendre connaissance desdites lettres et de la copie qui j était jointe, je me rendis auprès de la Seigneurie, et je lui dis d'abord que Vos Excellences, après mûr examen de la limitation que ce gouvernement croit devoir apporter aux instructions de nos ambassadeurs communs en France, et pour se mettre d*aceord avec ledit gouvernement en toute chose, ont de concert avec les ambassadeurs de Florence et de Ferrare, retranché les deux points que la Seigneurie était d'avis de passer sous silence. Je ne m'étendis pas davantage sur cette instruction, si oe n'est pour clouter que lesdits ambassadeurs avaient ûxé le jour de leur départ et qu'ils avaient commencé à se mettre en route. Nous

' Mém., t. II, p. 330.

avons bien fait de ne pas paiier à la Seigneurie du doute qui avait surgi dans Tesprit de son ambassadeur, au sujet de la demande qu'on voulait adresser au roi de France d^envojer le duc de Calabre, etc., parce que les membres de ces assemblées ne font rien sans consulter leurs collègues, et le moindre article donne lieu à de grands commentaires, de sorte qu'il est préférable que ledit ambassadeur soit entré de lui-même dans les vues de Vos Excellences. Je communiquai aussi à la Seigneurie la copie de la lettre du roi à monseigneur d'Argenton. Après Favoir relue deux fois, la Seigneurie me répondit qu'elle remerciait vivement Vos Altesses d'avoir si bien jugé et secondé les démarches et les avis de ce gouvernement au sujet de Finstruction des ambassadeurs en France. Quant à ce que le roi écrit à monseigneur d'Argenton, qu'il n'avait aucunement connu d'avance la négociation et la conclusion de l'alliance contractée avec don Frédéric, la Seigneurie ne le trouve ni croyable ni vraisemblable, puisque le roi a dû doter sa nièce et que cette alliance a donné lieu à des questions de âefs et d'argent qu'il n'aurait pu traiter sans être au courant de tout et sans sa libre volonté. Après ce discours, la Seigneurie tgouta ces mots : Nous devons accepter pour bon tout ce qui émane de Sa Majesté en faveur de la ligue : pour le reste qui n'est pas aussi favorable à nos desseins, il nous faut dissimuler et avoir égard, comme il convient, à tout ce qui peut intéresser Fhonneur et la réputation de notre illustre ligue, n ne me dit rien de plus, sinon qu'il me demandait avec de grandes instances si Vos Excellences pensaient que les derniers ambassadeurs que Sa Migesté a annoncé vouloir envoyer au Pape, seraient à Milan pendant le cours de ce mois. Je lui répondis que je Fignorais, mais que vraisemblablement ils avaient hâte de se trouver en Italie , vu que le Pape et le roi Ferdinand persisteraient dans leurs censures et dans leurs armements jusqu'à Farrivée desdits ambassadeurs. Je ne ne m'étendis pas davantage, mais je comprends bien qu'on ne prête pas ici grande foi à ce qui vient de France, qu'on craint, que, le mariage fait, le roi de France ne nous paye de belles paroles et ne traîne les choses

en longueur, tandis qu'on désirerait bien que Sa Msgesté intervint activement et sérieusement dans Fapaisement et le règlement des affaires dltalie, par les motifs que j'ai précédemment exposés à Vos Excellences, à qui je me recommande humblement. Saint-Clément, près de Venise, le 5 octobre 1478.

LÉONARD Botta*.

Peu de jours après, une assemblée des grands du duché de Savoie eut lieu à Rumilly ; le comte de Bresse s'y trouvait, et il y fut résolu d'abandonner au roi de France l'administration du pays et la tutelle du jeune duc Philibert, qui n'avait que douze ans.

Louis XI s'empressa de faire usage des droits que lui avait attribués l'assemblée des nobles de Savoie, car il choisit pour tuteur du jeune duc, Philibert de Grolée, seigneur d'Illins en Dauphiné, qui avait des titres incontestables à cette faveur. Le seigneur d'Illins, parent à un degré rapproché de Marguerite de Sassenage, maîtresse de Louis XI, et du seigneur du Bouchage, l'un de ses plus intimes conâdents, s'était signalé lui-même par son habileté et son zèle, en livrant en 1473 le prince d'Orange au roi de France *.

* Archives de Milan (trad.).

* On peut igouter que son père avait épousé en secondes noces une fille du chancelier Hugonet.

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