‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 4)Chapitre 25 sur 30 · M 4 LETTRES ET NEGOCIATIONS · texte numérisé non relu

M 4 LETTRES ET NEGOCIATIONS

INFLUENCE DE C0MMINE8 PENDANT LES DERNIERES ANNEES DU RÈGNE DE LOUIS XI.

Commines, désirant attendre les ambassadeurs ii)ue la Ligue envoyait à Louis XI, passa quelques jours à Lyon; il y était arrivé vers le 1" octobre, et le 6, Lionetto de Rossi S gouverneur de la banque des Médicis dans cette ville, écrivait à Antoine de Médicis à Milan :

Monseigneur d^Argenton s^est arrêté ici cinq ou six jours, attendant les ambassadeurs de la ligue : ne les voyant pas arriver, il a résolu de partir dans deux heures. Il revient aussi content qu'on peut le dire, des illustres seigneurs de Milan et de notre seigneurie de Florence et de notre chef (mazoré)^ et il est fort disposé à s'employer en leur flaveur. Tous les honneurs qu'on lui a rendus, sont bien payés '.

Cependant, Commines ne partit point de Lyon avant d'avoir vu Tambassadeur milanais, André Cagnola, qui lui remit une lettre de la duchesse et lui communiqua ses instructions. Commines, dans sa réponse à la duchesse de Milan, n*hésita pas à l'engager à se rapprocher de ses

' Lionetto de Rossi avait ëpousë une sœur naturelle de Laurent de Mëdicis ; un de ses fils devint cardinal.

' Archives de Milan (trad.).

beaux-frères et même de oe Robert de San-Severino qu'il avait vu à Turin au commencement de son voyage :

A ma tris-redouiUe dame madame la duchesse de MUlan.

Madame, je me recommande très-humblement à votre bonne grâce. J'aj reçeu les lettres qu'il vous a pieu m'escripre par un ambassadeur, lequel s'en va devers le roj, et aussj veu ses instructions, dont je vous mercje, madame, tant qu'il m'est possible, de la grant conâance que vous me monstrez ; et aass[ vous povez estre seure que en toutes choses je me vouldroje employer à vous faire service et à monseigneur votre fils, comme j'aj acoustumé.

Il est vraj, madame, qu'il avoît esté raporté au roy que vous vouliez lesser la ligue que vous avez avec Florentins et vous déclairer contre eulx et mesmement contre la personne de Lorens, son cousin, qui luj eust esté chose bien estrange, veu que ce n'eust esté le bien de vous, ne de votre estât, et aussi l'amour et l'aflfection que vous voïez que le roj leur porte ; et semble bien audit seigneur que vous ne monseigneur votre fils n'avez parent, ne amy au monde à qui vous soiez tant tenus de vouloir complaire comme à luy.

Je croy, madame, que vous avez assez souvenance de la paine en quoy le roy se mist envers vous de remettre le seigneur Robert en vostre bonne grâce, du temps que le différant j estoit ; et pensez que à luy et à tous autres semble chose plus raisonnable que l'auctorité de votre maison soit entre les mains de vos parens que de nulle autre personne, et qu'ils sont mieulx personnaiges pour vous servir et deffendre. Ledit seigneur sera bien joïeulx d^entendre que vos affaires sont en bonne seurté, et ne reste sinon pour bien le contenter, que de continuer la guerre en faveur des Florentins et nommément de la personne de Lorens, sans dissimulation ; car ceulx qui veuUent dire qu'ils ne veulent rien contre Florentins sinon contre luj, vous povez bien entendre qu'il leur semble bien que s'il en estoit dehors, qu'ils ffneroient bien plus

aisément dudemourant. Et gréyeroit bien au roy d'endurer que vous feissiez plus à la requeste de nulle autre personne que de luj ; et vous savez comme il a toucyours travaillé pour la paix jusques icy et pour la trouver honneste pour chacune des parties.

Je vous suplie, madame, qu'il vous plaise tou^'ours me commander vos bons plaisirs pour les accomplir à mon povoir, comme je y suis tenu, en priant à Nostre-Seigneur, madame, qu'il vous doint bonne vie et longue, pour accomplir tout ce que désirez.

Escript à Lyon le ... jour d'octobre.

Votre très-humble serviteur, Philippbs de COMMYNia ^

Robert de San-Severino était en relation avec le roi de France, mais il s*appuyait aussi sur le pape et le roi de Naples. Commines ne pouvait l'ignorer; nous n'oserions affirmer qu'il était bien sincère en se faisant un mérite des révélations qu'il faisait parvenir à cet égard au chancelier Simonelta, dans une lettre adressée à Antoine de Médicis :

Anthoine, ce soir, qui est le XII* de ce mois, ay trouvé ung clerc du segneur Robert qui est françois, qui a prins congé dudit segneur. Toutesfoy, il apporte lettres de luy au roy, en s'excusant de ce qu'il a fait. Ledit clerc m'a monstre le double de deux lettres, l'une du pappe, l'autre du roy Ferrand, qu'ils escrivent à ceuls de Jeunes en les confortant de tocgours demeurer bien d'accord et en leur promettant grant chose.

Ledit clerc m'a dit en secret que le segneur Robert a appointement avec le pappe et le roy Ferrand, et s'appelle lieutenantgénéral, n fait faire gens à deux fils qu'il a, et ne sont pas ceuls qu'il a avec les sacrements, et doit faire jusques au nombre de IIP hommes d'armes ; et m'a dit ledit clerc qu'D a quelque intelligence en Lombardie et qu'il doit partir bref de Jeunes pour y aller.

* Docoment communiqué par M. le baron Pichon.

Monstrez ces lettres à messer Chicqtie et pois les getés au feu. Je seraj demain au lever du roj.

Escript en haste au Pont de Saudre, ce XII* d'octobre.

Le vôtre,

COMMTNES *.

Gommines tenait beaucoup à conserver de bonnes relations avec le chancelier Simonetta. Quelques jours après il lui écrivit directement en ces termes :

Messire Cico, je me recommande à Votre Magnificence tant comme je puis. Xai baillé à Janet Ballerin les doubles des lettres, lesquelles vous seront monstrées en passant à Millan, que les gens da roj qui sont en RoussiUon ont prins sur ung courrier. Le roj les a leues* tout au loug. Vos ambassadeurs seront icj d'icj à deux ou trois jours et croj qu'il ne vint jamais ambassadeurs dTtallie en France, qui feussent plus honnestement recueillis qu'ils seront. Le roj m'a commandé que j'aille au devant d'eulx à Montrichart où il j a dix lieues d'icj, et méneraj avec moj beaucoup plus de gens de bien que je ne suis; et à rentrée de ceste ville, sortira au devant d'eulx monseigneur de

. Beaigeu qui a espousé la fille du roj, et tant de grands personnaiges que messire Lancelot de Macédoine, qui est icj pour

. le roj Ferrand , sera bien empesché à en tenir le compte. Et & Dieu, messire Cico, à qui je prie qu'il vous doint ce que votre cueur désire.

Escript à Tours le premier jour de novembre.

Le plus que tout vôtre,

CoifMTNSS*.

* Collection de M. le chevalier Morbio à Milan. Une tradaction italienne de cette lettre se trouve dans la collection de M. Yoong à Londres. Elle m*a servi pour compléter les lacones du texte original. — Le pont de Sauldre est près de Romorantin, sur la Saaldre qui se jette dans le Cher.

* Archives de Milan. (Document communiqué par M. Benoist.)

Commines, en reparaissant i la oonr de Louis XI, s'y trouva plus puissant et plus influent que jamais : a Je vins, « racontet-îl, vers le roy nostre maîstre qui me feît bonne ce chière et bon recueil , m'entremit de ses affaires plus « qu'il n'avoit faict jamais, moy couchant avec luy, cornet bien que n'en fusse point dign^ et qu'il en avoit assez a d'autres plus ydoines ; mais il estoit si saige que on ne <K povoit faillir avec luy, mais que on luy obëist seulece ment à ce qu'il commandoit, sans y riens adjouster du « sien ^ »

Telle était la confiance dont il jouissait, que le roi lui communiquait les lettres qu'il recevait et le chargeait d'y faire les réponses *.

La duchesse de Milan écrivait elle-même à Commines. Une de ses lettres, datée du 28 novembre 1478, nous a été conservée :

Vu Taffeotion que nous porte Votre Magnificence et colle qus nous lui portons également, et supposant que notre ambassadeur doit être arrivé et avoir déjà été introduit en présence du roi Trèt-Cbrétien, notre père et notre seigneur, nous avons cru à ^*opo8 de saluer Votre Magnificence, en la priant de vouloir bien donner pour Tobjet que vous saves, vos instructions et vos sages et fidèles conseils à notre dit ambassadeur, qui a commitsion expresse de s*entendre aveo Votre Magnificence. Nous ne doutons pas qu'elle ne le fasse de bon cœur, et nous la prions de nous recommander affectueusement à Sa Mtgesté,

* Mém., t. II, p. 205.

* Combien que Je ne fusse point sur le lieu où les choses se fidsoient, si le scaj-Je par ce que on en rapportoit an roy et par les lettres qit*0B Iny rescAproit, lesquelles je véoje, et souvent en fkisoje les responcM par le commandement du roj. Mém.^ t. II, p. 194.

notre dit seigneur, ainsi que nos enfants qui sont aussi les siens. Votre Magniâoenoe ne perdra pas de vue nos intérêts et oeux de la ligue, et si elle entreyoit quelque voie favorable, elle voudra bien prendre soin de mener et de diriger nos affaires conformément aux grandes espérances que nous fondons sur elle; car, jusqu'à ce que nous envoyions lÀ-bas un ambassadeur, qui devra j tenir une résidence fixe, pour s*occuper de nos afiEiûres, nous nous reposerons principalement sur Votre Magnificence ; nous savons qu'elle le fera volontiers pour nous , qu'elle embrassera nos intérêts avec amour et qu'elle usera de tonte la prudence et de toute la diligence que requièrent les circonstances *.

En effet, l'ambassadeur de Milan, André Cagnola, était arrivé à Tours; ce fut de là qu'il adressa à Milan sa pre* raière dépêche :

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs,

Étant en route pour me rendre ici, je fus rejoins à Roanne par le courier Parineto, qui me remit les lettres de Vos Excellences du 14 et du 15 du mois dernier avec la copie incluse du bref du Pape. J'en pris rapidement connaissance, et comme preuve de notre union et de notre bonne intelligence, je fis part du tout à messeigneurs les ambassadeurs qui m'en surent beaucoup de gré. Nous sommes ensuite arrivés ici, comme Vos Excellences le verront par la présente lettre, et nous n'avons encore eu que le temps de faire notre première visite. Sa Migesté Très-Chrétienne ajant un léger refroidissement, nous avons jugé convenable de ne pas l'importuner par une audience trop prolongée. (Test le conseil que nous a donné monseigneur d'Argenton. J'ai eu avec lui une longue conférence sur cet otget ; il m'engage à différer jusqu'à l'audience particulière et se chargera lui-même de faire

' Arcbives de Milan (trad.). La lettre porte pour adresse : Domino Philippe Comines, domino Argentonse, régie consiliario, armorumque, etc.

tout connaître au roi qui, à ce que j'en puis juger, a la plus mauyaise opinion du Pape, à cause de sa conduite qui est tout opposée à son devoir. Quant au fait des lettres interceptées, etc., j*en ai conféré avec monseigneur d'Argenton, qui m'a écouté avec plaisir et qui remercie beaucoup Vos Excellences en observant que la volonté de Sa Migesté Très-Chrétienne est qu'on n'aille pas à Rome sans ses ordres. On a trouvé, aux frontières du royaume, m'a-t-il dit, plusieurs autres personnes qui se rendaient aussi à Rome, malgré les ordres du roi, et on les a arrêtées. SaMigesté, en étant informée, les a châtiées en donnant tous leurs biens à leurs dénonciateurs, et de plus elle les a fait amener ici, pour les punir selon ses ordonnances. Le roi a eu quelques lettres écrites par le roi Ferrand à son ambassadeur auprès du roi d'Espagne, dans lesquelles le premier de ces princes critiquait vivement le roi et engageait aussi le roi d'Espagne à ne pas consentir à la convocation d'un concile, quand même le roi de France l'y exhorterait. Nous avons su depuis, que le roi d'Espagne a répondu au roi Ferrand de manière à lui ôter tout espoir de compter sur lui, comme je crois que Vos Excellences en ont reçu plus ample avis par la copie même des lettres que doit leur avoir envoyée Zanetto, à ce qu'il m'a dit. De Tours, le 6 novembre 1478.

Votre humble serviteur, Jban-Andrâ Caonola *.

Cette dépêche fut envoyée à Venise. Voici ce qu'écrit à ce sujet Tambassadeur milanais, Leonardo Botta :

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs.

J'ai reçu hier, avec vos lettres du 22, quatre autres lettres et trois bulletins que vous avait adressés Jean-André Cagnola, votre ambassadeur en France , relatant tout ce que lui et ses collègues avaient traité jusqu'au 7 avec Sa Mt^esté Très-Chré-

* Archives de Milan (trad.).

tienne. J'ai reçu aussi la copie de trois autres lettres, dont deux du roi Ferrand à son ambassadeur d^Ëspagne» et la troisième dudit ambassadeur à son maître.

Après avoir relu et mûrement pesé le contenu des dites lettres et copies, selon ce que vous m'avez commandé, je ne jugeai pas qu il fût nécessaire d'en donner lecture au seigneur de cette république , d'autant plus que je tiens de bonne source qu'il avait reçu, la veille dans la soirée, les mêmes communications de son ambassadeur, et surtout parce qu'il se trouve, dans les lettres du roi Ferrand, quelques passages justificatifs dirigés contre le magnifique Laurent, entre autres choses, que s^il ne s'humiliait, le Pape poursuivrait la guerre, etc. Il ne me parut pas à propos de répéter ici ces passages, à cause de la divergence des opinions qui régnent ici. Ce matin, me trouvant avec le prince, je saisis cette occasion pour lui dire que, bien que vous fussiez persuadés que ce gouvernemeut est amplement informé, par le canal de son ambassadeur de France, de tout ce que lui et ses coUègues avaient traité jusqu'au 7 de ce mois avec Sa Majesté Très-Chrétienne , comme aussi des lettres qui ont été vues et des incidents qui se sont produits dans les négociations, il vous avait paru toutefois conforme à la sincère alliance qui vous unit à ce gouvernement, de lui faire part des nouvelles qu'il n'aurait pas encore reçues. Alors j'exposai succintement les honneurs avec lesquels Sa Majesté Très-Chrétienne avait reçu lesdits ambassadeurs, la gracieuse audience qu'elle leur avait accordée, sa réponse affectueuse et les motifs pour lesquels Sa Migesté avait fait rappeler les ambassadeurs déjà en route pour lltalie, enfin, les questions que Sa Majesté avait fait faire aux ambassadeurs communs de la ligue par monseigneur d'Argenton, relativement aux ambassadeurs qu'on renverrait munis d'instructions convenables pour la pacification des troubles actuels de l'Italie, etc. Quand j'eus ainsi repris tous les passages qu'il m'avait paru opportun de citer, la Seigneurie me répondit qu'à la vérité on avait reçu, la veille au soir, exactement les mêmes informations de l'ambassadeur en France , et même les

copies de ce qae le roi Femmd arait ^it, il j a plusieurs jours, à ses euToyés en Espagne ; mais qu*elle n'en remerciait pas moins Vos Excellences d'avoir bien voulu communiquer à ce gouvernement ce qui était venu à leur connaissance à cet égard ; que bien que la Seigneurie se fût , de prime abord, réjouie des bonnes dispositions du Roi Très<?hrétien, la brièveté du temps ne lui avait pas encore permis de faire lire ces avis et ces lettres au Conseil des Prégadi * ; mais qu on examinerait le tout ei qu^une autre fois, on en conférerait avec moi plus Icmguement; qu'on pouvait du moins m'assurer que ce gouvernement avait grand désir de voir Tltalie pacifiée. On ne me dit rien de plus.

Écrit à Venise, le 27 novembre 1478.

LÂONARD Botta •.

Cagnola écrit de nouveau le 28 novembre :

Illustrissimes, excellentissimes et très-espéciaux seigneurs,

Le courrier Lorenzo est arrivé ici dimanche soir, 22 du présent mois , et m'a remis une lettre de Vos Altesses du 7, avec les lettres du seigneur Léonard Botta, et la copie de la lettre écrite par le duc de Ferrare à son amba£»adeur à Milan. Quand j'en eus pris connaissance, j'allai rejoindre nos collègues, à qui, pour me conformer à vos ordres , je communiquai cette correspondance, n leur fut fort agréable de recevoir ces nouvelles : nous sommes tous d'avis qu'il j a là quelque trame du roi Fer-

4 Le conseil des Prégades ou Sénat, devenu définitif en 1290, composé originairement de 60 membres, fut porté snceessÎTemeot après 1343 à 80, à 100 et enfin |i 120 membres. Les Prégades ou Sénateun ne restaient en charge qu'un an. Ils étaient présidés par le Doge assisté de ses conseillers. Ils avaient pour attributions les impéts , la marine, la paix et la guerre, Tenvoi des ambassadeurs, ete.

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rand, ourdie surtout en vue d'abaisser Pautorité du Roi Très- Chrétien. En conséquenoe, nous résolûmes de solliciter une audience de Sa Majesté pour Tinformer de tout et pour lui faire bien sentir dans quelle voie s'engage le roi Ferrand , afin que Sa Mi^sté puisse ainsi mieux s'en garder. Nous dépêchâmes donc sur-le-champ un des ndtres vers monseigneur d'Argenton, pour le prier de nous faire avoir une audience, attendu que nous avions des choses importantes à communiquer au roi. Sa Seigneurie répondit qu'elle ferait tout ce qu'elle pourrait pour que nous fussions reçus ; mais le lendemain, elle nous fit prévenir qu'elle n^avait pas eu l'oocasion d'en parler au roi et que Sa Migasté avait décidé de partir ce jour-lÀ; mais qu'elle irait d'abord à la messe à Saint-Martin, comme elle en a l'usage, avant de quitter la ville, et que si nous voulions nous rendre tous à l'église, elle nous donnerait peut-être audience. Cest ce que nous fimes, et nous nous trouv&mes tous les quatre à Saint- Martin bien longtemps avant l'arrivée de Sa Migesté. Beaucoup de personnages j entrèrent pendant que nous attendions, et finalement on vint, de la part de monseigneur d'Argenton, nous prévenir tous de ne pas dire un mut dans le tnget du roi à l'église, ni jusqu'à, ce qu'il eût oui la messe, parce que tel était l'ordre de Sa Majesté, qui avait fait proclamer que jusqu'à son arrivée à la dite église de Saint-Martin, personne n'eût la témérité de lui adresser la parole, sous peine d'encourir sa disgrâce. Comme nous étions placés dans le chœur , Sa Migesté vint à passer et se rendit à l'autel, vêtue d'un habit de couleur sombre,, fourré de peaux blanches et descendant à mi-jambes , avec un de ces capuchons qu'on porte à cheval, garni des mêmes fourrures, la tête couverte d'un chapeau très-ordinaire, bottée et éperonnée. Nous nous bornâmes à lui faire la révérence, comme si nous avions peine à la reconnaître sous ce costume.

La messe entendue, le roi nous fit venir près de l'autel, et nous dit qu'à cause du froid qu'il éprouvait , il allait passer dans un autre endroit plus chaud ; qu'il ne pouvait nous entendre pour le moment, mais que si nous avions à dire n'importe quoi, nous

pouvions le confier librement & monseigneur d'Argenton, là présent. A ces mots, sans écouter davantage nos discours» il se retira tout-à-coup, nous laissant au milieu d'un tel tumulte de gens et si étonnés de sa manière d^agir, que nous eûmes toute la peine du monde à nous dégager de cette foule. En quittant réglise, Sa Mt^esté se rendit à une taverne près de là, sur le marché, à renseigne de Saint-Martin, où elle déjeuna familièrement. Elle se mit ensuite en route pour un endroit nommé Chinon, à dix lieues d'ici, où son séjour se prolongera, dit-on, quinze ou vingt jours. Quant à nous, nous resterons ici, à moins que Sa Majesté n'en ordonne autrement, car elle ne veut être accompagnée que des personnes inscrites sur sa liste. Nous nuirons pas non plus à Paris, le temps ne s'y prêtant guère et les routes étant fort mauvaises. De plus, le roi n'étant qu'à dix lieues d'ici, il pourrait arriver des dépêches importantes, et il ne nous serait pas aisé, si nous étions trop éloignés, d'obéir aux mandements de Sa Migesté.

Nous nous sommes réunis chez monseigneur d'Argenton, et nous lui avons donné connaissance de ce que vous nous mandez, des copies jointes à votre lettre, et spécialement du projet d'écrire à Asti, etc. Il a paru igouter une grande importance aux démarches du roi de Hongrie', surtout parce que nous lui avions révélé le secret de ces trames, et il a voulu que je lui fisse un résumé du tout, ainsi qu'un mémoire sur le projet d'écrire à Asti, et que je le lui envoyasse avant son départ,

'parce que , disait-il , il ferait tout connaître à Sa Mtgesté et l'engagerait fortement à écrire à Asti, comme le demandent Yos Altesses. Je l'en priai instamment , de même que mes collègues, et nous lui demandâmes de vouloir bien conduire l'un de nous avec lui, pour s'occuper de cette question et nous rendre compte de ce qui serait fait. Nous attendons une réponse d'heure en heure, et dès que nous l'aurons reçue , nous vous en

. ferons part. Le roi a voulu savoir ce qu'écrivait au roi Ferrand Lancelot de Macédoine, son ambassadeur en France, par des lettres qui furent interceptées ces jours derniers à Lyon, comme

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je vous l'ai écrit précédemment. Monseigneur d'Argenton m'a assuré que Sa Migesté en avait été fort troublée, et il nous a dit aussi, à nous tous réunis, qu'on avait résolu de chasser d'ici ledit ambassadeur, qui est plutôt un espion qu'autre chose. Tout cela vient de ce que, dans sa correspondance, il a reproché à Sa Miyesté certaines choses : nous avons cru devoir presser monseigneur d'Argenton d'engager le roi , en notre nom , à bien vouloir n'en rien faire pour le moment, surtout pendant les négociations. Ce serait se rendre suspect au roi Ferrand, déranger tous les projets de Sa Majesté , et même compromettre la ligue, n vaut mieux que Sa Majesté dissimule temporairement. Monseigneur d'Argenton nous a laissé entrevoir que c'est ce que le roi fera et que lui-même croit que c'est le meilleur parti. Le duc de Lorraine nous a aussi adressé des instances pour que nous voulions prier le roi de l'envojer en Italie, disant que si la ligue le réclame, il viendra de lui-même, même sans congé du roi, parce qu'il est l'homme de la ligue et ne reconnaît l'autorité de personne. Il m'a paru urgent de vous faire connaître cette proposition , pour que vous daigniez j réfléchir à loisir : je la crois fort acceptable , car j'ai entendu dire merveilles de sa valeur. Il nous fait aussi cette demande , autant pour en retirer lui-même quelque honneur et quelque avantage, (car si je suis bien informé, les gens qu'on enverrait d'ici, seraient aux dépens de celui qui les recruterait), que parce qu'il désire tenter la fortune, étant lui-même le fils de la fille aînée du roi René '. Mes collègues en écrivent à leurs seigneurs, de sorte que vous pourrez vous conseiller ensemble et aviser comme vous le juge^ rez convenable.

Je me recommande humblement à Vos Altesses.

Tours, le 28 novembre 1478.

Votre humble serviteur,

JBAN-ANDRi CaONOLA*.

* René II, due de Lorraine, était fils dTolande d'Ai\jou. ' Archivet de Milan (trad.).

226 LETTRES ET NBOOCIÀTIONS

La duchesse de Milaii iStniiLoiiç^ le 8 dàe^o^bfiiB %ii'^ avait choisi pour aiabassadeiir permanent isn Praaise, flou secrétaire, Charles Visconti :

Au Me^ine%r PkUippi, cotnle d'ArçeiUon.

Notre devoir et notre respect envers Sa Majesté Très-Chrétienne exigent que nous entretenions constamment quelqu'un auprès d'elle. En conséquence, nous déléguons aujourd'hui le digne Charles Visconti, notre secrétaire, à qui il est enjoint de se gouverner toujours par vos sages conseils. Nous vous prions de continuer, comme vous avez fait jusqu*ici, à vous intéresser à nos affaires avec la même sollicitude.

Milan , le 8 décembre 1478 * .

Cico Simonetta exprima également toute sa gratitude à Commines, et celui-ci lui répondit en ces termes :

Messer Chèque, je me recommande à Votre Magnificence aotant comme je puis. J'aj receu la lettre qu'il vous a pieu m'eacripre du XXV* novembre, par laquelle [me merdez] de ce que je fais pour les affaires de Madame et encores, etc., etc., que je fais poui' vous. Je vous asseure, messire Chèque, que en tout ce qu'A me seroit possible de faire. Madame soit asseurée que je le feroie d'aussi bon cueur que homme qui vive, sans en point excepter, et m'en rapporteroye bien à votre ambassadeur qui est par deçà, qu'il ne tient pas à moj qu'il ne face toutes les choses comme il les désire. Et en tant que touche votre fait particulièrement , ' vous me pouvez tenir comme votre amy, et aussi suis, et aussi ôdelle que vous en ayez point en ce monde. Je ne vous escrips aucunement des nouvelles de p^r deçà, parce

* ArchiTes de Milan (trad.). G*est le seul document où Ton donne à Commines le titre de comte d'Argenton. Le préambule des ordonnances qa*il si^ait, était ^nsi oooçii : c PhlUpp^ 49 Çopomine^, aliewilier, seigneur d'Argenton et de Thalmont, çpf^e^U^ ^t pl)^n^l^})fn do roy nost^e sire et son sëneschal de Poitou, i (Archives d# Thouars).

DE cqmmines. itan

qt» ié 0çay femi qa« totré tunbavsadeui' vous en «ooript aètec. J'eecrifs lettres à BMadipe Thomms Fortli«nnaird, letequeli^s ii rowi moAstrera. Et à Dieu, meKsire Chèque, à qui je prie que TOUS doint tout oe que vous désirez.

BBoript à Argenton, ce XIIP jour de déoembre.

Le pluô que tôtit rôtrè.

Au même moment, un priaonnier tiommé Donato de Conti t^minait sa vie dans les ténèbres du <^âte&U de MoMa. Donato de Conti arait ëtë, en 1477, le principal agent du complot formé contre Bonne de Milan par les oncles du jeune duc Galéas et Robert de San-Sevèrino, qui se vantaient alors de l'appui du roi de France *. Que Louis XI eût conservé avec lui les mêmes relations qu'avec San-Severino, rien n'est plus probable^ et Commines Ait chargé d'élever en 6a faveur des réolamationB qui furent tardives et inutiles.

La duchesse de Milan écrivait le 14 décembre à Cagnola :

Mêsser Jean André,

Les dernières lettres que nous avons reçues de vous, èont du 19, du 20 et du 21 du mois passé : nous en avons parfaitement saisi le contenu, et nous vous répondons en vous remerciant de votre diligence et de tout ce que vous nous communiquez. Relativement à ce que vous a dit monseigneur d'Argenton, touchant le fait de Donato de Conti, nous vous dirons que nonseulement nous aurions voulu satisfaire le roi dans une chose si insignifiante, mais qu'il n'en est pas de si grande dont nous pussions sortir à notre honneur, qui ne nous parût légère et

' CoUectîon de M. le chevalier Maoni à Milan. • Voyez ci-dessus, p. 168 (note).

aisée à accomplir, si elle pouvait plaire à Sa Majesté ou lui être utile. De même que nous avons dit à Tambassadeur et an secrétaire, envoyés par Sa Majesté pour Taffaire de Robert de San- Severino, que nous reparlerions aussi de celle-ci, nous vous répondons de nouveau et en toute vérité , que Donato de Conti était depuis longtemps, comme vous le savez, atteint d*un mal au flanc et de la goutte, qui, souvent, le faisaient souffrir horriblement. Ayant été mis en prison dans le doigon de Monza, dont robscurité et Thumidité font un séjour très-pernicieux, il essuya de nouvelles et plus fortes attaques de goutte et de son mal au flanc , et Notre-Seigneur Dieu le rappela à lui : telle fut la fin de sa vie. Si Sa Majesté ne veut pas nous croire , elle peut envoyer ici quelqu'un des siens. Nous lui ferons montrer l'endroit où Donato a été enseveli, et on pourra l'exhumer, si on le désire, et l'examiner à loisir. Nous regrettons vivement qu'il ne soit plus en notre pouvoir de satisfaire Sa Migesté; notre dévouement et notre zèle à la servir ont fait sien tout ce que nous possédons; elle a le libre arbitre et la puissance d'en disposer comme de sa chose propre, et nous ne cesserons jamais de le lui prouver, bien plus par des actes que par des paroles, parce qu'il est dans notre caractère, quand nous avons pour quelqu'un le respect et l'amour que nous éprouvons pour Sa Msgesté, de ne lui parler jamais qu'avec la vérité sur les lèvres, et d'agir plutôt que de parler. Nous reconnaissons bien que Donato de Conti était un brave et solide homme d'armes lorsqu'il était en selle : il avait été l'élève de notre illustre beau-père et aïeul le duc François , de glorieuse mémoire ; mais d'un autre côté, c^était un homme sans cervelle et si grossier que la direction de n'importe quelle entreprise eût été dangereuse entre ses mains ; il n^avait ni capacité, ni ordre, et certes il n'eût pas fait l'affaire de Sa Migesté qui se serait vite fatiguée de son intolérable grossièreté, et qui n'eût pu le souffrir longtemps, puisque nous-mêmes, qui avons été élevés avec lui, nous avions toute la peine du monde à le supporter *.

« Archiyes de Milan (trad.).

On lit dans une autre lettre à Cagnola, qui paraît écrite par Simonetta :

Amplement instruit de tout ce que vous me mandez par vos lettres du 18 et du 24 du mois passé, je vous réponds qtie votre diligence et la manière habile dont vous vous acquittez de votre mission dans la légation d*outre-monts, sont louées hautement ici par tout le monde, et je ne pourrais assez vous exprimer, vu Tamour que je vous porte, le plaisir et la joie que j'en éprouve.

Quant au fait de Donato de Conti, vous verrez ce que vous écrit notre illustre dame ; c*est la pure et simple vérité, et je n'j trouve rien à igouter, sinon que je n*ai jamais eu le moindre ressentiment, ni la moindre malveillance envers Donato; au contraire, je Tai tonjours aimé cordialement, parce qu'il a été rélève de François d'illustre mémoire, comme je Tétais moimême avec lui. Pour cette raison et aussi parce qu'il était de sa personne un vaillant homme, je n'ai cessé de l'assister et de le favoriser en toute chose. Si du temps de Fillustre duc Oaléas je ne m'étais toiyours trouvé là pour le guider et le tenir en bride, il lui serait plus d'une fois arrivé malheur. Galéas mort, il crut pouvoir se livrer sans crainte à ses penchants grossiers qni Tentraînèrent à des fautes, et je dois dire, pour être vrai, que peu de personnes en eurent plus de chagrin et de regret que moi, lorsqu'il fut tombé dans de si graves excès que Son Excellence Madame la duchesse dut l'envoyer à Monza. Son Altesse peut me rendre ce témoignage qu'elle le fit à mon insu, car, à dire vrai, je n'eusse pas été fâché que mon frère se fût alors déchai^ de ce soin ; mais mon dit frère, sachant que le devoir d'un bon siget est d'obéir et voulant se conformer à ce devoir, se soumit docilement à la volonté de Son Excellence. Je m'étais même plaint à Son Excellence , la priant de ne pas donner à mon frère, et par conséquent à moi, le soin de retenir Donato captif à Monza, mais de vouloir l'en retirer et le placer ailleurs. Son Excellence me répondit que mon frère devait céder à sa volonté et ne pas penser plus loin; qu'elle savait aussi bien que

230 LETTRES BT NÉGOCIATIONS

peffMHQ» d'«pr^ CQ tw lui «rtitt éik btMi àm tdm mn éfoux d^illastre mémoire, que le doc Philippe, le dua Vnwçom «t Galéas lui-même, quand ils avaient quelques prisonniers d*impoptaace, les avaient tH^our* déienua a» chlÉaaa de. Mmm^ (pn leur semblait plits- sûr que ft'imporWi quel avire lisii ; qar'etta amU la mèw» TokaM et qu'elle désiraîl qn'oi ne lui «b fnéM ph»w Yoi&o» ^ ^vsMflt p«rm0ttpa.d0 me josiâftep aix jeux ia Sa M<UM^ T?軫€fcrétieaae^, eid» lai fehe/foûrmcHi inoDos^oa eoi toirti^la et la part da fespoosabilitè qui m'en rmsvt;. Von ponmpea en dira afitaul à monseigneur é^Âr^tnÉMi ,. ain qie complétemMt iasirvÂI et informé da touèa YatfEwa,. ii pnasa à To^casioii, si le poi OU: dfauires Inâ en» parloni. «i/eoie,. B^panéro en pleme coinaissaac^ dei oaasa \

I^^ni3 ^I na pardonna janmi3 a 1a <l»ahQfim da MUm it à SwoQ^t^ la mort da Pooatcv ^ Coati.

Ce q«i ifiâfaq^ak aussi Loieii3 XI contrai b doehaai» i» Milan, e'était te bruit %ri répandu q9*etl& n^oeiait Bffee l'empereur FYédérie III des alKances qu*auraient confirmées des mariages. D^utre part, le roi d'Angleterre, séduit par la renommée des richesses des Sforza, avait formé le mêmfi projet, et ea oe iwmeut Tliabileti de hom. XI cpni^tait. à i(iaire éetxowi^ \e^ diverse» ooariiÂiE^OB^ ^\^ è^fmatmi autoiur' de hit.

Cette situation sera indiquée d»n» les lettre» èe Qignola des damiers jours de décembre 1478 :

Magnifique eh toès-àoBOvé seigneur €ioe,

Votre Magnificence verra ce que j'écris à nos illustrissimes seigneurs, et notamment la raison pour laquelle le roi voudrait accomplir le mariage avec le roi d'An^eterre, et pour laquelle il fait tout son possible afin d empêcher celui que l^Ëmpereur

i AiffobiveecdeMiliia^ 15 décembre 147d^ (trads).

^éudnft cDAdQM utee m mèmù édàtàt^h, ear il s'efforee' d.*«ttfp&b«rïeiéou1âoa d'un proj^st qui mo^ fetfd fourràii ïu? lËiefMard lôs ÂAgIsata à' âoB. J'en caoseï^ ttveà lô l'oi, ()al a ténïôiglAé Id) désir de m'en parler , et aussi tnvefc mottsefgiieur d'Ar- D^toton, et je d«m*az si Toi ta pks avant. Il me semble qu'en* pré#Nit«ttt le roi comme résolu à entraver ce mariage , on se pvopose> de faire faive un grand pas peut-être (au moins dans Fopinion de monseigneur d'Argenton) au projet de conclure ledit ÉiMtriage( a^-ec notre illustrissime seigneur , comme Votre liag3»l8cenoe m'en a déjà parlé. Cela sera peut-être du goût du «oi pour empêcher le mariage d'Anglet^re, et il aimera mieux que: TEhipereui» s'allie avec nous qu'avec l'Angleterre. Je «te ppopose de mettre cela sur le tapis, comme veûant de moi ; mais jet tafcis que l'Empereur, qui voit qu'il y a grand avantage pour so» ffls 4 s^'unir* avec l'Angleterre , sera peat-étre aujourd'hui fbrt ékrigné db rinclin«tiott qu'A a pu avoir à traiter avec notre cbt seigneur. Snââ, je sonderai et je^ verrai. Thoulft»< le 2S décembre 1478.

De Votre Magnificence le fils, Jean- André Cagnola *.

CagïK^ ÉLJûtte deux jours après :

filustrissiaies et escellentiÂsimes princes,

Vous aurez appris par ma dernière lettre datée de Thouars, coûïment nous étions tous venus ici, comme devant accompagner le roi , et surtout afin de le réchauffer Un peu en ce qui touche le concile, s'il n'y a pas moyen d'avoir autrement la pâli. ïl me paraît que le roi y va un peu tièdement, et il ne SuiBt pas d^une menace si l'on ne se met en mesure de la mettre à exécution. Nous nous sommes donc attachés tous ensemble aux pas de Sa Mcgesté et nous lui avons fait parler. Sa Majesté consentit à nous entendre le lendemain, et nous nous rendîmes

* AiHâiîv6»de Milan (trad.).

en effet au château de cette ville où nous troayàmes Sa Mêjeéè remplie de bonne volonté» qui nous fit le meilleur accaeil. Devant procéder adroitement, nous feignîmes de n*âtre venus que pour lui rendre visite. U 7 avait là un grand nombre de seigneurs, entre autre le Révérend cardinal de Foix, qui suit la plupart du temps la cour et que nous allâmes ensuite saluer à son logis. Sa Migesté se mit à parler de chasse, causant trës-famUièrement avec nous, disant qu^elle se promettait bien de nous amener un jour à sa chasse. La conversation roula ensuite sur divers sigets, entre autres sur le fait des Turcs : Sa Migesté parut prendre beaucoup d'intérêt à cette question. Elle nous dit que si la paix était faite de ce côté et que lltalie fftt également calmée, eUe se rendrait en personne dans ce pajs pour engager les princes italiens à organiser une expédition contre le Turc, surtout si Ton avait un Pape qui fût ce qu*il devait être. Et le roi se mit alors à dire beaucoup de mal du Pt^f du roi Ferrand et du comte Jérôme ', s'étendant sur ce Bnjei avec une telle prolixité que nous ne fûmes guère ce jour-là que ses auditeurs. Cet entretien dura plus de deux heures. Nous ne jugeâmes pas à propos d'aborder alors d'autres questions ; nous nous bornâmes à annoncer à Sa M^esté que nous tiendrions beaucoup à lui dire quelques mots quand il lui plairait de nous entendre. Elle nous répondit gracieusement qu'elle nous verrait le lendemain, et, en effet, ce jour-là, nous fûmes mandés chez le roi et nous nous j rendîmes. Sa M^esté s'était retirée dans une petite cabane de paysan fort misérable. Elle nous reçut très-affablement, et nous lui exposâmes qu'outre notre désir de lui faire visite, nous étions aussi venus pour nous entretenir avec elle des affaires présentes ; nous lui fîmes connaître alors les moyens dont se servaient tous nos adversaires si hostiles à la paix , tant du côté du Pape qui soulève les Suisses contre vous, que du côté de Gtônes et aussi du côté de Ferrand, lesquels ennemis n'ont cessé et ne cessent encore de nous nuire par tous

< Le comte Jérôme Riario, Tun des principaux ennemis des Médicia.

les moyens possibles, jusqu'à entretenir des intelligences avec le Turo, et je lui parlai de Tambassadeur qui est présentement à Naples et à qui ils font tant d'honneur. Nous nous étendîmes longuement sur les machinations de nos ennemis, lui dévoilant même la trahison récemment découverte à Pistoie, et nous priâmes Sa Migesté, comme membre, père et ami de votre illustre ligue, de vouloir bien prendre toutes ces choses en considération et d'ouvrir les yeux, parce qu'il y va de sa propre réputation, Sa M^'esté étant partout reconnue comme le protecteur de la ligue. Nous lui demandâmes de ne pas rester simple témoin des négociations de la paix, parce qu'il pourrait se faire qu'on l'amusât par des discours jusqu'à ce que les circonstances se modifiassent, et nous resterions dépourvus de toute sauvegarde ; mais qu'il plût à Sa Migesté, sur ces entrefaites, de vouloir presser la célébration du concile en envoyant vers l'Empereur et les autres rois et seigneurs pour les y inyiter, afin que si la paix ne se faisait pas. Sa M^esté eût toigours le concile sous la main ; que sans doute il était urgent de le réunir, car, s'il n'avait pas lieu, on en ferait un grief à Sa Migesté qui Ta fait annoncer par ses lettres et par de nombreuses ambassades. Nous engageâmes ensuite beaucoup Sa M^esté à vouloir bien écrire à ses ambassadeurs à Rome, afin qu'ils fissent savoir au Pape les préparatifs considérables que fait le Turc pour envahir l'Italie, et qu'ils lui exposassent les menées qu^il entretient par Tambassadeur qui est auprès du roi Ferrand, à qui on rend tant d'honneur, etc., et qu'on le priât enfin de ce chef de vouloir se calmer et s'occuper de la pacification de l'Italie. Nous discutâmes encore avec le roi les moyens dont pourrait s'aider la ligue, si la paix ne se faisait pas en Italie, ni de ce côté avec les Flamands ^ 0t aussi dans le cas où Sa Msgesté aurait la paix avec ces derniers, ce à quoi nous engageâmes beaucoup le roi, en l'exhortant au moins à conclure une prorogation de trêve, qui lui permettrait d'assister plus promptement la ligue; car il n'en reviendrait point peu de gloire et d'honneur à Sa Migesté si le monde entier apprenait que le roi

WiMi te ftai €)Bii$BMabto fOê^ja pus (osr e'eiià md qtfâtt^ M isomOèe Ub^choge de fitttor la fûtéU), im Mi^isté At Ai«m (pftl4}ue8^ua8 â«< 100 barons et (RiWMiiidfrf AcHweigfiMf f^rtM^ d^AMbi, le cmatê Boffliio^ osoiuiûgaiQF d*Ar9enloii, môfflfti' gMar Al Boiasfaa^ et qpi tèf i u a(atM#, ai^ iMC^Ageace éigqttd g S» Mi^^eità ^wukft mos répottàrè. BUe Aowditakttyrpa'kii't Malieii Gomme noue e£ entrenélaBt qud)qu^<yi# sojé àkwMSP» Se mot» ktin»^ fs'elto ptenxit céctu» M grmtàe tf^mAàifMm ks afflEures dir Tarer <iu*â kii géniiyiâjt fo^a» pc^ûrt oÉ éft AaiêM loi afftdrw <1& ritali«, 1» dbréliéntê cottraât qû gnad péril, mftoat tf?tio ai» pflp» tel qcio eeluf qui règaev é^^quatotït œUikM ftdsaM «M^grandaipeinet; que da »»i <iotèelle> était bl» diifiiBéê àkne pawmaiiqpuar à ses eûgagamentâ yia-à'tig à^nonmf sxseMA si dile obtaxdt la paix vrec^ les Flamands, oe qu'elle dénntit m&mentvmaîs ce qui ne dépendait pas^ d'elle ; et elle invo^pm-à ee propoe le' témoignage de ceux qui avaient été- députés pour cel ol^elt'tds qnesmoneei^eur d'Albi, le comte BoffiUo, moneeigneop du Bonchagev et de> quelques docteurs* qui se trouvaient 1& : qae ni les FlsmeandïT, ni leurs^ députés ne sa^eat que répondre aax ai^mieat» si raisonnables et si loyaux de 9a Ms^esté^ qui pré^ lewdf : premièrement' que toute la Picardie doit loi aqppafteiir, pavoe qn^eile «, desoncôté^ intégralement satisfait à ce <|u'dle était tenue de ikire envers>le féu duc de Bourgogne ; en second Meu, que la. Bourgogne est à juste titre dévolue à la couronne pav la. mort dudit< duc, décédé s&ns héritiers mâles, comme ayan^ été dennée en. fief par Charles V ou le roi Jean^ son prédéees*' maxtr ài un certain Philippe, son. fils, bisaïeul du duc récemment mort; enânî qu^elle lui revient et par le droit commun ^ en iQrtu;dba coutumes du royaume, les fiefis ne se trammettant pas aaix fiammes.. Sa. Miajesté réclame aussi Lille, Douaj etOrohies^ tvès-belleS'Tdllea situées sur les confins de la Flandre, qui i^partinrent jwfis à 1» Couranne et qui. furent aussi cédées psrledit GhfloâasYou Jean, à son dit fils Philippe.qoand il épousa la fiO^ ds eonute da Flandre, qui n'avait pas d'autres' enâuita,. mojsDh

DE GOMMINES. 235

nanti QtutiDB pac ledit Philippe qu'aprte 1a buntI dudii eomt^ «t piur oonaéiiudiii locsq^uû luinnâmû lui suecéderait as comté d» Flandre, il devrait restituer lesdltes villea : c'est ce qui appert d'un acte authentique signé de la main dudit Philippe que Sa Majesté nous fit voir. Ces trois villes furent données â Philippe parce que le eomte ne voufiedt pas sans eeb consentir au mariage;: c^est sur eet argument qa» Sa Majesté s« fimdapoar rédaniieir bi restituiticA des trois viULea en que^on, qu'il dit être siennes. SaM^gesiténous raconta que pour rester en paix avec les Flamands, elle leur a offert de leur laisser les trois villes dont,il s'agit, qui sont fort importantes et d'un grand revenu, et de garder en échange le comté d'Artois que Sa Majesté occupe en ce moment et qui ne rapporte pas le quart de ee que produnent lee trots villes en IHfge ; mais qu'elle voulait à tevi prix avoir la pair avee les Flamands ponrpouvoir se mettre pliff aisànMnt «é plus proBa^tjsmenti au service de la Ligue ai qui elle fournirait toutes leatroiqhQS dont elle pourrait disposer, sans* restriction, et ses troupes sont fort bien équipées ; mais, elle avouait que si la paix ne se faisait pas, il lui serait fort difficile de vous assister, même s'il j avait une trêve, parce que les populations de la Picardie et métee delà Boulogne étant tout affectionnées aux Plamandcr et à Màdemoisett» die Bboi^ogiie', Sa MigesM était forcée* de teair son amiée^sur pied cononei si Ton était, en guerre,. pour &S( enupêcher de s'insurger. Sa M^gesté ^gouta qu'elle réfléchirait; à tout ce que nous lui avions dit, nous engageant à mettre par écrit nos rapports, parce qu'elle nous ferait donner réponse par les conseillers qu'elle nous enverrait. Tout ce que Sa Ms^esté pourra faire en notre faveur, elle Je fera de bon cœur, et elle nous le fera savoir. Cet entretien terminé après avoir duré assez kttgh temps, nous nous oetirâjuas. Yeus sere? infoinnéi par une* autre lettre de ce que nous aurons appds des (»>nflôillers. Jejue reoommande à Yes Altesses; i>» Thouonr, le 30 décembre 1478.

Votre homMe serviteur,

jRAN-AWDKé CàGNOLA *.

* Arehites^ de MiKta (trad).

Ces lettres, comme on vient de le voir, furent écrites à Thouars, où Louis XI s'était rendu près de Commines. H avait amené avec lui Olivier le Diable, peut-être pour le réconcilier avec le seigneur d'Argenton. Jusqu*en 1476, le crédit d'Olivier le Diable n*avait pas été fort grande car il ne touchait que vingt*sept livres dix sous par mois, et les comptes ne le mentionnent que comme a barbier da c< corps du roy ' ; » mais sa faveur avait grandi dès que la bataille de Nancy avait ouvert une plus large carrière aux intrigues du roi en Flandre, et nous le verrons, avant la fin de ce règne, honoré de titres pompeux, car on l'appellera : comte de Meulan, baron de Port-Saint-Pierre, gentilhomme de la chambre, gouverneur de Saint-Quentin, capitaine du château de Vincennes, du pont de Saint-Cloud et de la tour de Loches. Il recevra la châtellenie de Choisy et la forêt de Senart. C'est lui qui sera chargé de faire les honneurs de la capitale aux légats du pape*; c'est à lui seul qu'il appartiendra, soit qu'il en ait reçu le droit, soit qu'il l'usurpe, de prononcer des jugements sans appeP; mais la fortune fera ressortir davantage la perversité et l'infamie de ses mœurs.

« Tu ne possédais qu'un seul talent, celui de raser la chevelure; mais voici qu'introduit à la cour, tu tonds le roi lui-même. Tu es devenu l'égal des princes, presqu'un

« Bibl. imp. de Paria, f. fr. 2806, f» 71.

• Chron. de Louis XI, ap. Lenglet, t. II, p. 159.

' Un de ses serviteurs, nommé Daniel Baert, imitait son maître en rendant des jugements sans appel, c soubs ombre qu'il avoit pouvoir c du roi de juger souverainement, abusant ainsi de la souveraineté c royale pour commettre des iigustices et empescher les parties de se c plaindre des torts et griefis qui leur estoient faits, se rendant même f quelquefois Juge et partie. » Recueil des ordonnances,i. XIX, p. 338.

DE GOMMINES. 237

roi à côté du roi... Plus cruel que les furies de TÉrèbe, tu es, à la fois, le juge, le bourreau et la mort ^ »

Commines reconnaissait qu'Olivier le Diable était capable de montrer a du sens et de la vertu *; » mais il était blessé de yoir éleyer au même rang que lui un valet de chambre des ducs de Bourgogne. Il ne pouvait lui pardonner d'ailleurs d'avoir, en 1477, fait rejeter ses conseils, et il est permis de croire qu'il le reçut assez mal dans ses domaines du Poitou, car Louis XI renvoya brusquement de Thouars à Vincennes son trop célèbre barbier, en le chargeant d'aller chercher des oiseaux pour sa chambre du Plessis et des a connlns ' » pour son parc *.

Pendant l'hiver de 1478 à 1479, le pape Sixte IV avait trouvé à Luceme, chez des populations agrestes mais belliqueuses, un appui inattendu contre le duc de Milan, et les milices helvétiques s'avancèrent jusqu'à Bellinzona. Les Milanais subirent des pertes considérables, et ils eussent été heureux de voir Louis XI intervenir comme médiateur.

Cagnola écrit à ce sujet à la duchesse de Milan :

Illustrissimes, excellentissimes et espéoiaux seigneurs.

J'ai vu la copie de la lettre des Boui^gnons , dont il est fait mention dans ceUe de Luceme : cela me parait un rêve. Mais je croirais plutôjt qu'ils ont écrit cela pour se concilier de la faveur et de Thonneur. Il y a aussi d'autres lettres de Févêque

* Arte una noras radere cœBariem.

Raptus ad excelsam Ladovid principis aalam,

Mox Erebi furias moribae antevenis Et crinem huic tondens, dum suffers lingere ficos , Par ducibns, régi regolus alter eraa..

... Eras judex, Uctor et exitium.

Épigramme citée par Qagwn,

• Mém., t. n, p. 93. — » Lapins.

^ DouBT d*Aboq , Comptée de VMtel â4S rois de France, p. 355.

«88 LETTRH5 CT NÉGOCIATIONS

dé OfoDoble «a loi (il ett de oe pajs) a?eo om lettre d'un d« Ms parenta qui lui maide d%» houf^Um dd là l>at, d*où il résulte que oeux de BeUlnioxia ATaiant demandé un délai de vingt jours. L*auteur de la lettre dit qu'on ne leur en a voulu accorder qu^un de trois heures pour vider TafTaire. Il engage fortement ledit évéque à persuader au roi de vouloir s'interposer pour accommoder les choses, disant que Sa Mi^esté en retirera facilement de rhonneur. J*ai été mis au courant de tous les détails. Sa mjesté ne parait pas disposée k négocier le moindre aoocwuttodement pour aux, à moins qu'ils ne le demandent eux-mêmes, et alors elle le fera dans Fintérét de ros Excellenoes* Cependant Sa M^'esté vous saurait gré d'envoyer ici par écrit toutes vos justifications avec la réfutation des allégations des Lucemois, afin que s'il arrivait qu'ils envoyassent ici un délégué. Sa Mi^esté fût en mesure de répondre à tout, quoique, d'après mes in/brma^ons , cette affaire soit parfaitement connue de monseigneur d'Albi, deBoflllo et de monaeigneur d'Argenton, qui ont été chargés par Sa Af^jesté de conférer avec moi sur cette matière. Sa Mcgesté est fort contente de ce qui est arrivé aux Suisses, et elle voudrait, a-t-elle dit, qu'ils eussent été tous tués. «Tai vu aussi la commission dont vous me chargez dans la lettre que vous avex adressée aux Florentins, qui accompagne celle du 24 : quant au premier point, c'est la même chose que vous m'écrivîtes le 16 du mois passé, et je m'en suis acquitté sur-le-champ. Étant arrivé ici à Chinon, j'ai pu m'assurer que le terrain était d^jà préparé, car l'ambassadeur de Florence s'y était rendu quelques jours auparavant et s'était occupé de la chose parce qu'il avait été prévenu par mes lettres. Dès que j'y fus, nous avons fait dépécher les lettres concernant ce siget et nous les avons fait remettre à Florence entre les mains de Laurent par un de ses agents qui s'est hâté de les porter. Si les ambassadeurs du roi étaient partis, il les leur enverra. Nous avons insisté pour qu'on leur expédie d'ici un courrier; mais on a fait quelque difficulté sous prétexte qu'il n'y en avait aucun disponible en ce moment. Toutefois nous ne cessons de presser l'affaire du concile et Tenvoi des ambassa-

DE COMMSnES. t$9

ienw w^f» l08 iS6igo9ur0 que le roi Tont mTîter & j Mrâter, omjQie yoii« avez pu la r oir par m^ dernière JoHétùs. Ba Majarté a'« jpî^a répondu qui» je AïK^e »uz lettres da roi Forrand. Seulem^t «Ue e'^t ecutretenua arac son ainba3isadaur,et allé a pris le parti de LaiijP^t, ^ je auii bien informé, et même de monBeigneur CÂei». 0A rapporte qu'être autres choses Sa Uzjestè iui a dit que le KÂ Fenraûd e'oœTtpaii phis des affaires d'autnri que c»la 210 ie regardait, notamment de ce qui concerne Laurent et mcn seigneur Cico. Le roi lui raconta qu'il j eut un roi Charles VI, un de ses prédécesseurs^ qui était fou et qui avait épousé une femme sans mœurs \doïxk il s'était déparé^ et il ajouta qu'il ne savait lui-même de qui il était le ÔI3 '. Il dit aussi au même ambassadeur : < Votre « roi tel qu'il est, croyez- vous qu'il soit le filjs du roi Alphonse V • Ce fiit ainsi, m'a-t-on dit, qu'il lui imposa silence. D'après ce que j'ai pu savoir, je ne comprendrais pas que Sa Majesté eût agi autrement et qu'elle eût pu faire plus de cas desdites lettres. Quand oes dernières me forent communiquées, je le compris e»ePf e moins. £Ue «ignala aussi la fidélité de monseigneur Cioo, si attaché Â votre illustre maison^ qui porte plus d'intérêt au bien et au salut de votre État qu'à ses propres affaires. Voilà comment on congédia l'ambassadeur du roi Ferrand. J'ai voulu informer Vos Altesses de tout et leur envoyer les copies des lettres : Tune de celles-ci est écrite de ma propre main, parce que la chpse était urgente, l'original n'ayant été mis à notre disposition que pendant deux heures et l'ambassadeur le réclamant parce qu'il craignait peut-être qu'on n'en prît copie. Vos Excellences me paï*donneront, j'espère, cette lettre écrite à la hâte.

Quand le dit ambassadeur reçut lesdites lettres , qui étaient écrites en italien, il les fit traduire en français, pour qu'on pût les lire et les comprendre plus parfaitement ; moi et l'ambassadeur de Florence, avec Jean Ballarino, nous les avons traduites de nouveau en italien.

* L^xpres^ion dont se servait Louis XI, était bien plus énergique.

' Loms XI, en qui Charles VII trouya un si mauvais fils, insultait à rhonnenr de sa mère si vertueuse, si patiente. Voyes Téloge qu'en &it ChastellaÎD, t. IV, p. 364.

Nous n'entendons plus parler de Farrivée de don FrAdéric;il n'en est plus question. Cependant Sa Migesté ne cesse de nom répéter qu'elle ne laissera pas de favoriser la ligue et chacun de vous en particulier, et si elle ne Fa pas fait, c'est pour parvenir à un de ses desseins, qui est, comme vos Excellences Font appris maintes fois, de terminer d'abord FafTaire de Perpignan. N'ayant rien de plus à vous mander, il ne me reste qu'à me recommander à Yos Altesses.

De Chinon, le 13 janvier 1479.

Votre serviteur,

jBAN-ANDRd CaONOLA. ^

Louis XI, qui promettait beaucoup aux ambassadeurs milanais et qui n*en ménageait pas moins les Suisses, songeait à la même époque à se faire remettre la personne du duc de Savoie. C'était quelque chose d^avoir entre les mains les engagements des seigneurs de ce duché qui l'avaient choisi pour protecteur ; mais leur opinion pouvait changer, et il désirait un gage que personne ne pût lui enlever. C'est au duc de Savoie que se rapporte, selon nous^ la lettre suivante, sans date d'année, écrite dans le langage énigmatique et familier qui plaisait au roi de France :

Monsieur du Bouchage, j'aj tous les contrats de nostre mariage et la ratification , et m'ennuje horriblement que je n'ay nostre femme. Et pour ce, je vous prie que pour m'oster de ceste peine, vous l'allez quérir là où elle est et Famenez à Montrichart, là où vous trouverez les vieilles, et la recommandez à madamo Dévore. Qu'elle me la rende bien vive et à bon point, et m'en venez incontinent dire des nouvelles. Je vous prie, monsieur du Bouchage, mon amj, que faictes dilligence, et adieu.

Escript au Plessis du Parc, le XXIl* jour de mars.

Lots*.

• Bibl. imp. de Paris, f. fr. 2907 f>» 7.

Paris pour hâter la conclusion des arrangements relatifs au mariage du dauphin et d'Elisabeth, ftlle d'Edouard IV. Cagnola écrit à ce pujet à Milan :

lU^çtrisçimçil pri^ce^ ^t ei^jçlj^tiajiîne» i^^^^î^

X^es ap[iha^s^dQurs 4' Angleterre partirp^^t d^ dfipQ d^u^. o^ trois jours, {^près ayoir r^mpU leur ii^isoion, pa^f p^i^ f^tisfîutfji. D'abord, relati veinent à leur dem^d^ d^ç^on^ti^uer ui^e dçi| à la allé de leur SQuv^raiu, p^^oi^ise à P9usejgne\ir. )ç p{kup}4^, comme je Yous l'ai éc<*it ailleurs, lej Roi Trè^Çbré^i^n e^ ï^livfty^ ce poiut à ^n conseil pour avis^ fmi4 JW^Ha ^^ Vipj^^i^çç^ ^e la queatiou. On a fiui par décida que S^ M^*e^^ n*e|^ pag obligée ft lui conatituer une dot ppur \ei pré^^^? ^ V % (|té répçndu en e^ ^ens aui^ a^b^st^d^u^s, Il e^t Yra; 9U*on )e^ e^ a dédouma^és peg:* Ufûlle beiUes pa,rple£i d'efpérauçe^ , %\ç. Cep^dant, d'après tout ce. que j'^y^preud^, Ji'iu^tion ]de^ ^Jh meU^ du rqi Ç3^ qu^ le ui^iage n'ait pas lieu ; m^i^ jl t^i^pr^ jusqu'à ce qu'i} soit arrivé d; ^e^ fin?. Qu^nt i^ la d^if^apde ^ majfiage de yotrQ fille %\ sœur, ^ M^J^^té. fi j'^pondu ftfl'i^ enverrait ^u roi d'Angleterre u» des siens, peur s'infpf n^r d§ c^ qu'il aura, décidé ^ur ee point, Spit <i\(\\ ^<mge 4 (Jeinau^er d'ftb9J?4 combieu eUe voudr^t de dpt, spit qu'il yeuille ^^m^ tput ^vpiir des renseiguements sur la beauté dp ]9i dempi^lp, 3^P <^ W9(^ aussi, il a fait au roi d'Angleterre les pluçi beUpç pçpij^eif^^^i^ mais avec l'intention, me disent ici sps ami^, de p'j donner aucune suite, comptant bien que quelques difficultés surgiront pendant les négociations pour en empêcher TefTet. Les distances sont longues, et l'on perdra beaucoup de temps à échanger les correspondances : il faut bien que le roi vienne à bout de ses projet?, Ij^ principale diflpulté, disput ceui d'ipi, c'est quft le roi d'Angleterre exigera de Vos Excellpnpes U|iâ grosse somuia d'an» gent pour la dot et pour les cadeaux, saeh^i ^«e vous aves un coniiiiBs. — 1. i6

grand trésor, et il se propose d*en ol>tenir, par ce moyen, une bonne part, en homme qui ne cherche qu'à thésauriser '. On pense bien que Vos Excellences ne condescendront pas à satisfaire son avidité, ce qui fournira une occasion de grandes difficultés, de sorte que la question finira par être abandonnée. On dit, en effet, que le roi d'Angleterre n'a d'autre but, en recherchant cette alliance, que de vous prendre une grande quantité d'argent, et que c^est aussi pour cela qu'il porte si fort ombrage au roi de France, qui connaît sa passion d'amasser de l'argent, ce qui pourrait finir par tourner à son grand préjudice. Monseigneur d'Argenton m^a mis au courant de tout cela, et j'ai cru devoir en avertir Vos Excellences pour qu'elles soient sur leurs gardes. Je me trouvai, ces jours passés, avec ces ambassadeurs d^ Angleterre, et ils me parlèrent de cette alliance en me demandant, Madame, quelles étaient, à cet égard, vos dispositions. Je leur répondis que j'ignorais la volonté de Vos Excellences à ce siget , et que je n'en avais en aucune manière reçu la charge ; mais que je savais bien, qu'en fille affectionnée et soumise de Sa Mcgesté Très-Chrétienne, vous ne manqueriez pas, dans tous vos projets, de prendre ses conseils. Je m'en tirai par ces banalités, ce qui fit grand plaisir à monseigneur d'Argenton et au comte Bofillo qui se trouvaient présents et qui m'avaient prié, de la part de Sa Majesté, de parler de la sorte. Vos Excellences sont averties, et je sais qu'elles sauront conduire les choses avec adresse et prudence, tout en ayant soin de ne pas contrarier le roi dans ses desseins : ce qui me parait fort nécessaire, surtout par le temps qui court.

Tours, le 17 avril 1479.

Votre humble serviteur, Jban-Andrâ Caonola *.

« Commines, dans ses Mémoires, insiste avec non moins de yinéU sur Pavarice du roi d'Angleterre.

* ArohiTM de Milan (trad.).

Commines, dans ses Mémoires, rëpëte ce qu'il disait aux ambassadeurs milanais du dessein bien arrête du roi de ne pas marier le dauphin à une princesse anglaise : <c Le roi a n*eut jamais vouloir d'accomplir ce mariaige... Sur ces « dissimulations, ung mois ou deux de terme gaignë en a allant et en venant, estoit rompu à son ennemy une « saison de luy mal faire ^ »

C'est évidemment à cette réunion du conseil, où l'on décidera si la remise de la dot doit précéder de si loin le mariage, que se réfère la lettre suivante, qui nous apprend qu'au mois de mars 1479 le roi envoya Commines vers le chancelier pour lui expliquer ce qu'il aurait à dire aux ambassadeurs anglais. La question est importante, car on prend l'avis « de bons docteurs. »

Monsieur le chancelier, nonobstant que ce n'est pas la coustume, je vous prye que vous aillez visiter Tambassade d'Angleterre , ainsi que vous dira le séneschal de Poitou, et envoyiez quérir tous les bons docteurs que vous aviez menés avecques vous à Sainct-Quentin pour le fait d* Angleterre, car nous en avons bien besoing. Et à Dieu.

Escript aux Forges, le XI* jour de mars.

. Lots *.

A peine la lettre de Cagnola, du 16 avril 1479, était-elle expédiée, qu'un courrier lui arriva de Milan, et il écrivit le même jour une seconde lettre ainsi conçue :

* Mém., t. II, p. 172.

• Mém.9 1. m, pp. p. 191. C'est par erreur qu'on lit 1477 (v. st.) dans rëdition de M^^* Dupont. Louis XI résida aux Forges près de Chinon depuis le mois de janvier 1478 (v. st.) jusqu'au mois de mars.

Très-illiutres princes , très-exoeOents et très-espédaox seigneurs,

Aigourd'hui» vers la XY* heure S est arrivé ici Martin de Sexto, votre courrier, lequel m'a remis vos lettres du 30 du mois passé et du 1^ de ce mois. «Ta! tout bien compris et bien médité. Je suis d^abord resté confondu en voyant par les lettres de Léonard Botta, les menées qu'on a voulu pratiquer avec TEmpereur, pour le roi de Hongrie, et j'ai fait la réflexion que leur auteur fait preuve d'une bien grande ingratitude, qu'il tient bien peu à son honneur et qu'il n'écoute que ses appétits désordonnés. Je ne puis croire que Dieu, aux jeux de qui l'ingratitude est le plus grand des vices, puisse supporter longtemps ces insolences. J'ai premièrement communiqué le tout à mes collègues, qui ne s'en étonnent pas moins que moi et qui concluent que si le fait est vrai, on a agi fort à la légère et bien inconsidérément. Il leur semble que lors même qu'on eût accordé l'investiture demandée, les cent mille ducats qu'aurait déboursés le roi Ferrand, auraient été perdus, car pour atteindre le but, il hxh drait en dépenser encore plus de deux cents mille autres, et ce serait toigours à recommencer. Monseigneur d' Argenton se trouvant ici légèrement indisposé, nous sommes allés le visiter tous ensemble; je lui ai lu la lettre en question, et il est exactement de notre avis. Il alla même plus loin et dit qu'il ne lui paraissait pas vraisemblable que le roi Ferrand, non plus que le roi de Hongrie, ait pu solliciter cette investiture pour eux, ce que la plupart d'entre nous pensent également. Cependant, ce n'est pas chose qu'il faille négliger. Monseigneur d' Argenton approu?e que nous mettions le Roi au courant de ce qui se passe. Sa Mfyesté, croit-il, sera bien aise d'apprendre cela et les autres nouvelles contenues dans les mêmes lettres. Il pense aussi que Sa M^'esté serait contente que vous puissiez faire remercier l'Empereur, pour entretenir ses bonnes dispositions, comme

* Oagnola soit, dans le calenl des beurst, l^isage d'Italie.

tbcmm. Bre£^je otoSb que nons Mutuis sous peu une amlknoe. On nous Ta promise» et je tatei Uen adroitement oon- Bsitre le tout à Sa Migesté. Je vous donnerai immédia^aient ayis da 06 qm en réaaltera. L'Empereur a écrit an rd et au «omte palatin du Rhin ; je tous euToîe la ooi^e de ces lettres, pour que vous n'ignoriez rien. Sa Mi^té lui a répondu en bonne forme, comme tous pourrez le voir par la copie que je tous transmets. On croit que ces lettres ont été proToquées par le Pape. Sa llajesié a tooIu que les ambassadeurs dictassent la réponse. L'arrÎTée de don Frédéric aura lieu sous peu : on sait ici qu'il est à Aigues-Mortes, et une partie des siens est à Montpelliet. D'après ce que je tiens de monseigneur d'Argenton et de monseigneur Bofillo, le roi est mécontent de cette arriTée et plus encore de ralliance qui s'est faite. Cependant ces seigneurs nous assurent que le roi le recevra avec beaucoup d'honneurs, mais que s'il n'apporte pas l'assurance que le roi son père Teut faire la paix avec la ligue, Sa Mi^sté est bien décidée à ne pas donner suite «u mariage et À laisser les choses aller à la dMTe. S'il en était «inn, nous pensons que oe serait un motif pour amener Je roi F^srrand à faire le bon plaisir d^ Sa Majesté. Je ne sais ce^ui va s'ensuivre» cardans ce pajs duodecim €WU hora diHj et je ne dirai rien de plus. Je vous écris ce que j'en sais. Je me tiendrai toigours aux aguets pour connaître les progrès de Taffaire et je vous informerai sur-le-champ de tout ce qui me reviendra. Le nouvel ambassadeur envoyé ici par le roi Ferrand a été congédié à peu près de la manière qui nous semblait la meilleure, comme je vous Tai écrit antérieurement. J'ai demandé aigourd'hui s'il part pour rejoindre son souverain. Je n'ai pas en le loisir de parler à Sa Mcgesté qui se montre de Xdus en plus difficile pour accorder des audiences. Aussi ai-je eu l'idée de lui faire remettre un extrait des dépêches chiffrées, par monseigneur d'Argenton, qui s'en est chargé, comme je vous l'ai écrit auparavant. Sa Majesté les eut et nous adressa sa réponse par monseigneur d'Argenton ; je vous l'ai transmise et vous l'aurez reçue en même temps que ces lettres. Il me semble en

résulter qu6 Sa Sfa^asté a donné à rambassadeor du roi Ferrand Tordre formel de partir et de dire à son maître de rappeler à tout prix Lancelot qui ne lui plaît d'aucune façon et qu'elle ne yeut pas garder près d'elle. Cependant, si je le retrouve ici, je tâcherai de le faire recevoir, ce qui me semble difficile lorsqu'on connaît sa façon d'agir comme je la connais.

Je me recommande humblement à Vos Altesses,

Tours, le 16 avril 1479.

Votre serviteur,

jBAN-ANDRli CAONOLA^

Tout justifie la prudente indécision du roi de France, car la force et l'union de la Ligue s'afiaiblissent. Le roi de Hongrie, longtemps ennemi de l'Empereur, semble se rapprocher de lui, aussi bien que le roi de Naples. Les ambassadeurs de Louis XI, Gui d'Ârpajon et Antoine de Morlhon, sont à Rome; ils y parlent très-haut, mais tout se résume dans un projet d'arbitrage attribué aux rois de France et d'Angleterre. En même temps, le second fils du roi de Naples, le prince de Tarente, arrive en France, et Louis XI, malgré toutes ses protestations en présence des ambassadeurs milanais, poursuit à côté d'eux et contre eux le cours de ses mystérieuses intrigues.

Cette situation était indiquée dans un message de Milan, auquel Gagnola répondit immédiatement :

J'ai eu ici une longue conférence avec monseigneur d'Argenton ; nous avons causé d'une foule de choses et principalement de ce que vous désirez envoyer vers l'Empereur, etc. Sa Seigneurie m'a dit qu'elle ne vous engage en aucune façon à insister auprès du roi sur ce point, pour le moment. Monseigneur

< Archives de Milan (trad.).

d'Argenton craint que Sa Mi^esté, étant en un si grand débat avec TEmpereur , à cause de son fils , n^en prenne quelque ombrage, d'autant plus qu'il ne peut croire en aucune façon que ces négociations soient sincères, puisque don Frédéric a tout à fait tourné du côté du roi. Monseigneur d'Argenton jugerait bon toutefois, si vous vouliez faire exposer quelque chose au roi, que, par exemple, vous le fissiez dire par l'ambassadeur vénitien, qui se trouve ici, en tâchant de temporiser jusqu^à nouvel ordre, et c'est aussi mon avis. Il ne voudrait pas qu'on démolît d'une main ce qu'on bâtit de l'autre ; mais je ne fais que rapporter exactement ce que je sais et je m'en remets entièrement à la haute sagesse de Vos Altesses. Du reste, il ne me dit rien des affaires de don Frédéric, que je ne vous aie écrit dans mes lettres précédentes, si ce n'est qu'il affirme que SaMsgesté est mieux disposée que jamais en faveur de la ligue : c'est ce qu'il avait d^à dit à tous les ambassadeurs réunis, les assurant que pour l'arrivée de don Frédéric, Sa Majesté n'a nullement changé, mais qu'elle lui a toujours déclaré que s'il veut être dans ses bonnes grâces, il doit vouloir du bien aux amis de Sa Majesté et du mal à ceux qui sont dans son inimitié, fût-ce même son propre père. On dit que don Frédéric a ^Nrotesté solennellement que telle était bien sa volonté. Celui-ci n'a pas encore rejoint le roi, mais on l'attend sous peu. Il me dit aussi que les affaires des Suisses prendraient, à ce qu'il croyait, une bonne tournure, et que Sa Majesté en avait très-expressément chargé monseigneur de Bresse ; qu'il pait aussi que les Suisses désirent beaucoup la paix, aujourd'hui surtout que la conquête de la Franche-Cîomté par le roi leur donne un voisin qui les empêchera de regimber contre l'éperon, comme ils en sont assez coutumiers. N'ayant rien de plus à vous mander pour le moment, je me recommande humblement à Vos Altesses.

Votre serviteur, Jean- André *

* Archives de Milan (trad.).

Ali ttflfe& de (3èë ft^iVdë âé|et>ciHti&M àt«ë lèèttMMM- -àefuri cb M9an, GomminBs né perdait pas dé Vttd celte? qtiH avait si habilement conduites à Florence.

ïl écrivait le 11 ma):s 1470 à Laurent de ^edicis :

tSé^éét Laorefts, je édê rasommAHidé à Vous, tout ixmske je puië. Tôud «avee qM âèiNilè^etmits laoy ^Mtafti à PliAtttèe, W^h \ini h<jfAtûi&^ lequel apporta kfttra ^ roy 0t de mooMj^aeAl^ dé Boui^l)on ^ de ptademi aultrolB fnM «elfMM «t idûlâQi dé FVaaeô) &a VOM réoottuneiidaiit tafti «I «i aAMiidu- «lettèftt qàe leii^r èsMt posiMMé^ in% oemmé BeBsire Grégoih^ \toiieti', «îheValieis seigneur de ConrUsoUes ; i^ vous le reoomttftndè^ aâtty que le toy et les auttres seij^aen^ et dames ^crf^lé^^ et de prése&t est venu ung des geas d«dlt seigneur detei^ le t6y^ 'et ad ee que j'entehs ^ c'est p&at pluÉfteufs grans «iMres 'da 1*0:^^ dont ié toy Éi'a obargé p^ trois ou quatre lois vous fésorire 4e sa part, qui vous rèquieK et ^i4e que vMi vous rmàhû% tellètnetot emploier ^nve^ la Seigieuri^ que ledit ein- TMier a^ quelque hom et feonhourafole parti, s^oa TeMat d'un tel «eigtevr, et aivsy de son èousin momhïè Vallev<a»l>, lequel 4e téj a Murry, et les Itjitte fèrt tous deUx ; et luj feree img tt^t-Mikigutier ei aggréable plaisir, ainsy que soet voilée boonc Jati^ Ballérin^ qui est de par desà. Seigneur Lorens, de iin "pafti, comme votre bon âls et espécial amj, Je vous coumUc et ^ftotif6H)e,et prie que tes veuliiez ftiire recepVoir à vos soûlées, ^a&tje sçay bien q«è feree grant i^aiiiir m roj et encoie biau«ep plas ^mât ^«e je «e voirs en eseripë^ car )e ro$r vèaH et hii commanda que se tirast devers veua^ et amy Vous astite que avez ung trèSHfiotaMe chevalier en votre service, et aux parties de Inglekene ^ de ^ar desà est merveilleusement renommé. Si ne vous escrips aultre chose , sinon que se j vous plaist riens que je puisse de par desà, je raoomj^lirfty de tit^-bdh ^îôeur.

▲« fkiA 40 Di6ii,46ig&eur LaiarQtÉi^ VBafpBÛ gè pm«qlie tous dolnt oe que désiroB.

Esoript à CUnoiii le ^« jour de mars.

Le plus que tout vôtre,

COMMTNBÔ «.

Quelques jours après, un ambassadew florentin anîyaità Paris^ et Gommines écriTit de nouveau à Laurent de Médicis :

Au seignmr Lorma de M$SUk.

Seigneur Lorens, j'ai resu unes lettres de vous par Fransisco Oaiy, qui m^a dit sa créance bien au Ions ; ossy le roy ly a djStiù^ bônûe audience et privée, et Vk trouvé ung très-sage et entendu homme , et en est bien fort content. Ledit Fransisco VK>U3 escrîpt Stlr le tout bien... Je vous prie que vous plèse le crôîre comme à moy-mesmeé, ce vous escripvois ou diâôis... Et à Dieu, seig'netir Loreîiâ, à qui je prie que tbuâ doinst tout Se que Vous désirez ; au plélsir.

Du. . . le XXV« de mars, de la main du

!Prus que tout tôti^,

ObMMYNiÈS *.

Francis Oaddi «tait, parait-il, un liomnie d'une reniarqMUe hal^ileii^ et il eut ses libres -entrëoB bu ofaâteâa 4u Pli06«i«) en v«rtli d'ttike Mtorfs^ion ëcHtè de là ttHdn mette de Comàrines.

Messieurs les gardes des portes, lessez passer Frfuioesco

Gadi S .porteur de cesles, toutes lee f&jB qu'il vouldra paaser

pour venir devers le rqy et devers moy^ A Dieu*

Ssery>tà.v... Jour de.— '.

Le vôtre,

COMMTNSS ^.

« BBNoist, La ktitet de Cofhfiiêè, p. 12.

* B»i«ei«^, Leelet^méè Vemfmè, ^, U.

' Le iMÉi m^tëi(nnatté,val8Hert aMdi6i««Mita«ftre:U4M^ lattroe Qêtdé.

* Collection de M. Oiraud de Savine.

Si Louis XI cherchait en ce moment à apaiser pour quelque temps les discordes qui agitaient Tltalie, c'est que la guerre allait recommencer sur les frontières du Nord. En même temps, il envahissait la Franche-Gomtë et s'efforçait de réconcilier les Suisses, non-seulement avec les Français, mais aussi avec les Milanais.

Tout ceci se trouve expose dans une lettre d'André Gagnola, du 11 mai 1479.

Illustrissimes, excellentissimes et très-espéciaux seigneurs. Vos Altesses verront, par la pièce ci-jointe, ce que nous, tous les ambassadeurs, avons écrit conjointement et uniformément, relativement à ce qae vous mande Sa Magesté Très-Chrétienne, dont nous adressons les lettres à Vos Excellences en les traduisant en italien. On en peut facilement conclure que la guerre est imminente, et Ton fait ici, dans cette éventualité, de trèsgrands préparatifs. Le roi attend totgours, dans ces quartiers, que Taffaire de la Franche-Comté soit résolue à son gré, ce sut quoi il compte d'après les nouvelles qu'il a reçues de monseigneur d'Albi, et ce qui contribuerait beaucoup à sa gloire. On attend totgours l'arrivée de don Frédéric : je pense qu'il ne tardera plus longtemps, car on a reçu des nouvelles du 6 de ce mois annonçant qu'il est à Ljon. Sa Majesté , à ce que noas a dit le comte BofiUo, a résolu de tenir tout ce qu'elle lui a promis et de faire en sorte que le mariage ait lieu, quoique, ces jours derniers , il nous ait tenu un autre langage, ainsi que je vous l'ai écrit. Il a dit, depuis, qu'il lui parlera des affaires de la ligue, et il veut que nous soyons aussi mis au courant de tout. Cest pourquoi Sa M^'esté a résolu que nous irions à Paris, avec toute notre maison, pour être plus près de lui quand il nous fera mander ; c'est ce que nous ferons, et je donnerai, sur le champ, avis à Vos Excellences de ce que nous aurons appris à ce siget. Je tiens de bonne source que don Frédéric monts^ beaucoup de condescendance pour la volonté du roi, jusqu'à

dire que si c'était l6 bon plaisir de Sa Mi^*esté, il agirait oontre son propre père : oe qoi a paru fort agréable à Sa Migesté. Cela n'empêche pas le roi de déclarer constamment qu'il n'entend pas abandonner la ligue; au contraire, il fera plus pour elle qu'il n'a jamais fait, tout en craignant qu'elle ne prenne ombrage de ce qui se passe. Nous ne pouvons qu'attendre les événements. J'envoie aussi à Vos Excellences la copie des lettres écrites à Sa Migesté par le Pape , par les cardinaux de Saint-Pierre ad Vinoula et de Saint-Vital, par le comte Jérôme et même par ses ambassadeurs à Rome, lesquelles lettres, comme Vos Excellences pourront le voir, sont remplies d'adulations. Aussi, pour que Sa M^esté sache le vrai motif pour lequel le Pape a fait des levées et lancé des censures, j'ai mis au courant de toute la suite de l'affaire monseigneur d'Argenton et monseigneur de Castres, suivant les ordres du roi , et je leur ai montré les lettres de notre collègue Jean Angelo, avec la copie des fiefs, de sorte qu'ils sont demeurés convaincus à l'évidence que le Pape n'a pas agi seulement pour plaire au roi, mais qu'il a voulu aussi plaire à d'autres. Le roi fait difficulté d'accepter l'arbitrage du fait des Suisses, disant qu'il est lié des deux côtés. Néanmoins, nous tous ensemble, nous l'avons fait engager foi^tement à l'accepter et à garder la chose pour lui, ce qui servira à la fois Sa Majesté, puisqu'elle aura les hommes qu'on lui a promis , et Vos Excellences , parce qu'il n'y aura pas de prétexte pour faire la guerre, tout au moins jusqu'à ce qu'on sache si la paix se fera ou non de ce côté. J'ignore quel parti prendra Sa Migesté. Les siens disent que monseigneur de Bresse n'avait pas de commission du roi pour faire remettre ce différend à Sa Migesté, mais seulement pour négocier la paix que le roi désire au plus haut point. Je crois qu'il agit surtout pour son avantage, c'est-à-dire pour avoir les hommes qu'on lui a promis '.

J'ai de plus reçu les lettres de Vos Excellences du 22 de ce mois, avec la copie de la réponse faite par la Ligue à la demande du pape, et les autres copies des lettres de messer Jean Angelo :

* Il 8*agit des Suisses que voulait enrôler Lonis'XI.

f&i tômmtudqné le iMrt & xtttn t&oHreft côA^ims, <iii Mt M fort iMtrenx d'apprendre ces ttduveUes ei^ tous ont faontanuÉ loté lesdites réponeee qa*ib ont trou^r^es on ne pooÉ plv ng« et fort bien juitiflées ; j*en ai âtiMi donné coBUnnaioalien i moMeigneur d'Argen%on ot à monneîgmnr de Caatree. fTajait rien de plus à mander à Vos Bteettenoei pour le aoawnt» jerne reeonunande à leurs bonnea grâcee.

Montargid, le 11 mai 1479.

8n et f|ûitouhekeSÉiieeB^ n'ai pas Appris qu'on ait enoo» député personne «nprès de Sa Mugeeté, à Focoasion du di^rend reaûs entre oee mains. Si j'en entends parler^ Je vous on prétâendrai 4«r le champ ^

A cette lettre était jointe la copie de celle de l'ambassadeur de Venise, dont la rédaction était l'œuvre commune de tous les envoyés de la ligue :

Illustrissime prince^ je vous écrivis l'autre jour, par le èourricr de Milan tout ce que j'avais à vous dire : tous les ambassadeurs sont arrivés Mer en ce lieu de Montargis, où se trouvait Sa Migesté depuis six jours. Sachant qu'elle allait en partir, nous nous y rendîmes tous hier matin auprès du roi, afin d'assister à la déclaration de ce que les seigneurs de Milan avaient écrit à leur ambassadeur, à savoir de ce qui s'était passé à Rome lors de la levée des censures avec la copie des brefs émanés de Sa Sainteté, comme aussi de ce qu'avait résolu toute la ligue concernant la réponse à faire au Pape, sur les articles que Sa Sainteté avait publiés à Rome relativement au traité de paix. Ces nouvelles étaient arrivées hier. Ayant appris que Sa Majesté avait l'intention de monter à cheval hier après-dîner, nous résolûmes de nous rendre nous-mêmes à cheval au château où réside Sa M^esté, et par bonlieur nous la rencontrâmes au

* Archives deMâMi(trad,).

DE G0MMINE8. 353

moment oi, elto allait & la messe. Noub fftmea pràsentés i Sa Majesté qui ik>u8 fit trèa-bon accueil et nous fit conduire dans sea appartements afin que nous y demeurions avec monseigneur BofiUo et monseigneur d'Argenton, pendant qu'elle assisterait it la messe, après laquelle elle nous donnerait audience. Cest œ que nous fîmes, et bientôt après on Tint nous remettre uj^ lettre de Sa Migeaté dont je vous envoie ci-joint la copie. Ck>mme tous le verrez par cette lettre » on a pris & Sa Ms^esté ce qu*elle possédait dans la ville de Cambra^, et les Bourguignons lui ont de plus enlevé un bon château près de Cambra^» nommé Oiaj^ qui était un Uen très-fort : ce qui a vivement contrarié Sa M^esté. Lorsque la roi eut entendu la messe, il rentra pour diner et nous fit prier de prei^dre patience, parce qu'il avait quelque dévotion i faire , igoutant que nous lui ferions plaisir en nous rendant 4 Paris; que s*il arrivait quelque événement, il nous en ferait part sur le champ ou nous manderait auprès de lui, surtout si don Frédéric arrivait ; que d'ailleurs il était résolu k faire ce qu'il lui avait promis, o'est^-dire à lui donner sa nièce, parce que ledit don Frédéric avait déclaré vouloir être son fidèle vassal, disposé j^ exécuter tout ce que Sa Majesté lui confierait, et, s'il lui plaisait, prêt à réaliser tous ses desseins ; qu'il voulait lui faire service et honneur, mais que s'il agissait autrement, il ferait peu de cas de lui, bien qu'il lui eût donné sa nièce ; que tout ce qu'il déclarerait aux quatre ambassadeurs du roi Ferrand qui accompagnent le prince il nous le ferait savoir et ne prendrait aucune décision sans nous en informer. Le dit don Frédéric arriva à Lyon le 6 de oe mois : il devait se rendre le 8 à Bourges en Berry, & trois journées de là, et y attendre que Sa M^'esté lui eût fixé jour. Il est arrivé avec cent chevaux. Nous avons décidé, pour exécuter l'ordre du roi, de nous rendre à Paris dans trois jours et d'y attendre ce qu'on aura décidé; et si Vos Seigneuries nous ehargeaient de quelque message, nous irions trouver Sa Majesté, quoiqu'on Ignore absolument en quel endroit elle doit se rendre. Le bruit court toutefois qu*à cause des événements survenus en Picardie , elle prendra le chemin de cette

province, éloignée de Paris d'une joarnée et demie. Voyant que Sa Migesté n*avait pu nous donner audience, nous nous sommet rendus près de monseigneur d'Argenton et de monseigneur de Castres, qui sont demeurés ici, et nous leur avons exposé le tout, ce qui leur a causé un extrême contentement. Ils nous ont demandé la copie de ce qui les intéresse , principalement des brefs du Pape, où il appelle le duc Maximilien, duc de Bourgogne, ce que Sa Majesté n*entend tolérer à aucun prix, parce qu'il n'est pas duc de Bourgogne. On nous a dit que Sa Majesté serait informée incontinent de ce que nous avions rapporté; on nous a aussi demandé la copie de la résolution prise par les députés milanais et suisses, de remettre tous leurs différends à Sa M^'esté. Monseigneur d'Argenton doit se rendre demain dans une viUe à dix milles d'ici , où se trouve le grand chancelier avec le conseil, à qui Sa Majesté a donné charge de rechercher et d'examiner ce que mérite le duc Maximilien, pour avoir manqué à sa parole dans l'affaire de Cambraj et de ce château. A ce que l'on rapporte, Sa Majesté est au courant de certaines pratiques faites par lui en Franche-Comté, dans l'espérance d'atteindre le même but. Vous serez informé, par ma correspondance, de ce qui en résultera : voici huit jours que Sa Majesté a reçu des lettres de Rome, de ses ambassadeurs, du Pape, des deux cardinaux, du comte Jérôme, toutes authentiques : il nous manda de suite à Orléans, pour nous les communiquer, comme Votre Altesse le verra par les copies incluses *.

Quel était ce comte Boffilo, associé à Commines dans les négociations qui se rapportaient aux affaires d*Italie? Son véritable nom était Boffalo del Giudice. C'était un ancien compagnon de Gampo-Basso. Créé comte de Castres en obtenant les biens confisqués lors du supplice du duc de Nemours, il s'était fait remettre l'aîné de ses fils qui ne

* Archives de Milan (trad.).

vécut guères : il s'enorgueillissait de ses richesses, et son crédit était au niyeau de sa fortune.

Charles Visconti adresse de Paris la lettre suivante à la duchesse de Milan :

Très-illustres seigneurs»

Le seigneur Jean-André est de retour. Monseigneur d' Argenton est d^avis, m'a-t-il dit, que j'attende ici le roi» surtout s'il ne m^arrive aucun message qui réclame célérité, parce que Sa Migesté est tellement retirée avec ces messieurs des finances, qu'elle ne veut recevoir aucune autre personne. Bien que le roi eût mandé Jean-André pour les lettres des Suisses, il n'a pas voulu néanmoins parler à celui-ci, mais il l'a fait expédier par monseigneur d'Argenton et par BofiUo. Je crois que Vos Seigneuries apprendront, par les lettres de Jean-André, comment Sa dite Msgesté a fait fabriquer un grand nombre de cbausse-trappes très-pointues , qu'elle a fait semer tout le long des chemins qui aboutissent à sa retraite ,. sauf une route très-étroite et fort incommode où se tiennent ses gardes , afin que personne ne puisse s'approcher. Je vous dis cela afin que Vos Excellences ne s'étonnent pas, si je tarde beaucoup à me présenter à Sa Migesté.

Charles Visconti *.

Bizarre procédé pour éloigner les ambassadeurs, qui était en même temps Taveu d'une tyrannie détestée.

Louis XI s'abstenait avec soin de tout ce qui pouvait conduire à quelque résultat et paraître efiScace ou utile. Il ne se montrait généreux que de vaines piuroles. Peu lui importait d'affirmer solennellement qu'il tenait pour sincère et inébranlable l'amitié qu'il portait à la Ligue : il fit rédi-

* Archives de Milan (trad.).

2flô LETTRES KT NB«0(»ATIONS

ger UM iio»?6ll« dëclaraiioB i ee wjet, ai Comminea écrivit aux envoyés milanais :

Messieurs, le roy a commandé à maistre Estiewe Petit, 9011 secrétaire, la lettre telle qu*il la faut pour pouvoir se nommer allié de Madame de Millan et de Monsie9r 80^ âls» et reult bien c[ue chascun sache qu'il est allié et bienveillant de celle maison. Et je me reoommi^de à vous, et à Dieu, Messieurs. Bsoript à Bellesbât, le XXVIII^ JQur de may.

Pour la madère à TroïUe \ vous lui en parlere», mais qw^D soit prts 4e Paris.

ï^twitvto>^

A Messieurs 1^ ambassadeurs i^ MiUdik*.

Quelques jour? après» nous renqontrons une nouvelle lettre de Charles Visconti. Elle offre un tableau yif et coloré dç la cour ie, Louis XI çt du triste rôle qv'y JQUîwent les amba38Adeurs italiças :

Illustrissimes et excellentissipiei; dame et soldeur,

On m'a remis une lettre de Vos Excellences du 26 du mois passé, m'annonçant que vous avez reçu d'ici des lettres du 11 par lesquelles vous ayez appris que S^ Majesté ^t partie pour le camp contre les Flamands. ESles ne sont point contentes que nous ne nous trouvions auprès de Sa Migesté, ni le seigneur Jean- André Cagnpla, ni moi, et elles m'enjoignent enân de le quitter le mpips posiâble, ^^ Je réponds en vous assurant que c^est hien ce que nous avons fait, et pour que vous sachiez le tout, je yçm Teicpliquerai. Ouftud 3a M^jçflté partit de Tours pav v^wdana

* Trollo, condottiere italien, allié ani Sforza, qui avait aidé Olivier de la Marche à enlever la duchesse de Savoie.

* Archives de Milan (document communiqué par M. Bendst).

ce pays, lieu fort convenable qui lui permettait de se diriger ou vers la Picardie ou vers la Bourgogne, selon l'urgence des circonstances, nous fîmes demander à Sa Majesté par Tentremise du comte BofiUo et de monseigneur d'Argenton, où il lui plaisait que nous nous rendissions, Sa Migesté ayant presque toujours chassé dans des viUages où elle n^était accompagnée que de sa garde et de quelques personnes, en petit nombre, dont elle désirait la société. Le roi nous fit dire de nous rendre à Orléans, où nous serions toigours à une journée de lui. Nos ambassadeurs ayant reçu depuis des lettres concernant les affaires de Pltalie, nous fîmes savoir à Sa Majesté que, moyennant son bon plaisir, nous désirions aller lui parler. Le roi s'était alors retiré à Montargis, bourg assez important; il nous ât dire de nous y rendre; nous y arrivâmes de grand matin, et apprenant qu'il était sur le point de se lever, nous nous rendîmes tout bottés et tout mouillés à l'endroit où logeait Sa Migesté qui nous reçut et nous ât bon accueil , disant qu'elle allait à la messe et que nous voulussions l'attendre dans une chambre où elle nous donnerait immédiatement audience. Le roi entendit la messe, puis il alla dîner et nous ât dire ensuite qu'il devait monter à cheval, mais que nous pouvions tout dire à monseigneur d'Argenton et au comte BoâUo : ce qui se ât. Nous leur demandâmes où le roi comptait se rendre : monseigneur d'Argenton nous dit que Sa Majesté allait faire ses dévotions à environ quarante lieues d'ici et qu'elle serait de retour dans quelques jours ; qu'en attendant nous lui ferions plaisir, (ce que le roi verrait de bon œil), si nous allions tous à Paris, où nous sommes, parce que dès que don Frédéric serait arrivé, le roi nous convoquerait pour assister à tout, selon son désir. Je crois qu'on n'a plus songé à le faire, ni à nous convoquer. De toute manière, le roi devait revenir à Paris, et en effet il a toujours été aux environs d'ici , à une journée. Vint ensuite devers Sa Migesté un certain Jean-Baptiste dlmola, envoyé du comte Jérôme, qui retournait d'Espagne. Sa Migesté ât connaître aux ambassadeurs tout ce que cet envoyé lui avait exposé et ordonna d'appeler François Gaddi

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