I. il
(envoyé ici par le magnifique Laurent et arrivé en même temps que nous) pour lui donner son avis sur la réponse qu*il convenait de faire: les lettres de Jean-André Cagnola et les copies qui j sont jointes, vous auront mis au courant de tout cela. Je ne vois pas comment j^eusse pu m'ingérer plus avant, n^ayant pas à invoquer le moindre prétexte de nMmporte quel avis, quel rapport ou quelle commission à présenter de votre part, et ajant reçu, comme tous les autres, Tavis formel que nous ferions plaisir à Sa M^'esté en nous rendant ici. Soyez bien persuadés que je n'ai rien fait sans réflexion et sans conseil ; je sais bien sans doute que mon devoir, conune vous me récrivez, serait de ne pas m'éloigner du roi , si je pouvais le faire sans hisser les autres, etc. Peut-être, étant seul ici , eussé-je pu le suivre de plus près, quoique nous ne soyons jamais bien éloignés de lui ; mais étant tous envoyés ici , j'ai bien dû faire comme les autres. Et même si j'avais été tout seul , je sais fort bien qu'il aurait faUu marcher bien adroitement, les pieds et les mains suspendus en l'air, sans frapper les yeux plus que le besoin ne l'exige et en faisant même semblant de ne pas être là, en se montrant ni trop attentif, ni trop curieux d'apprendre des nouvelles , ni trop pressé de pêcher au fond de l'eau ou de voir plus loin que les autres. Je sais bien que Vos Seigneuries comprennent qu^il ne faut pas faire fondement sur le sable, et on doit simplement croire que vous n'avez ici quelqu'un des vôtres que ad oêUntationem et opinionem aliorum. Si ^praUr spem, Dieu nous envoyait du mieux, id omne dtputandum erU in lucro. Le roi (et c'est chose raisonnable), ayant longtemps été malade, aime à consacrer le temps qui lui reste, à faire ses dévotions et à goûter le plaisir de la chasse ; il cherche la solitude ; il fuit la foule qui fut toigours odieuse aux hommes de bon lieu, quoique pour un prince il soit difficile de se conduire ainsi. Quelquefois aussi il étudie , m'a-t-on dit, et je suis disposé à le croire, car ses discours en font preuve et il cite souvent les meilleures autorités. C'est pour cela, je pense, qu'il évite les ennuis plus que jamais, surtout quand il s'agit de choses qui ne
le regardent pas directement. D'un antre côté on nous prend (et peut-être cette opinion n'est-elle pas tout i^ fait injuste), nous et nos pareils, pour des investigateurs, des espions, des explorateurs et des 4lélateurs de tous les faits et gestes des gens. Certaine lettre qu'on a vue récemment, n'a fait que les confirmer dans cette opinion. Moi-même je recherche en mon espiit les moyens de m'insînuer, de me francUer autant que je le puis par mon costume et par mes manières, afin que non ita horreant eonçressum nostrum : plus tard, quand j'aurai réussi, je pourrai nager sûrement dans cette haute mer. Si je parais trop obséquieux à Vos Excellences, si elles trouvent que je me mets trop le cerveau à la torture pour chercher à mesurer celui des autres, il sufira que vous me récriviez une seule fois. Je croyais agir ainsi le moins mal possible ; il me suffira de n'être pas tenu pour un praceps ou tm temerariuf^ parce que je ne regarde en face que Vos Seigneuries.
Vos Seigneuries auront appris combien elles et nous, nous avons été tout près de recevoir un affront pour rien, c'est-à-dire pour la relation faite par Jean de Lhaya* à monseigneur d'Ulins qui écrivit toute l'affaire au roi. Ce qui le toucha le plus, entre autres choses, c'est que Vos Seigneuries comptaient çaettre fin au différend qu'elles ont avec les Suisses par Tentremise du duc d'Autriche. C^t homme de bien (je parle d'après ceux qui se trouvent ici) arriva la bouche ouverte, et parce qu'on ne la lui remplit pas de ce qu'il méritait et qu'il ne fut pas cultns muneribuê comme il l'aurait voulu, il s'en retourne plein de venin, et d'après tout ce qu'on apprend, il ne peut plus cracher autre chose, mais Dieu le lui fera rentrer dans le corps. Vous jugerez par ce petit échantillon de la mesure qu'il faut garder en tout, puisqu'il ne suffit pas de n'avoir point failli. Quant à ce que vous m'écrivez: qu'il m'appartient spécialement de m'informer de ce qui se passe çà et là, vous avez raison, mais monseigneur d'ÂJgenton et le comte Bofillo communiquent tous les avis, lettres et copies de
* Jean de LejgtiiD.
docoments» écrits ou envojés à Sa Majesté, soit par ordre exprès du roi, soit de leur propre chef, pour se rendre agréables ; car tout le monde aime à chasser la caille lombarde, gibier gras et facile à prendre. On envoie ces documents aux ambassadeurs, et quelquefois à part à Cagnola; ubi major, minor cessai, et je ne répète pas volontiers ce que Cagnola juge assez intéressant pour vous le faire connaître.
Les lettres du roi vous ont appris à quel point en sont les affaires de la Franche-Comté ; il a écrit à toute la ligue. Celles de monseigneur d'Argenton à Cagnola vous en ont encore instruit plus clairement. Aussi je crois qu*il serait oiseux d'en parler davantage. On attend Sa Majesté de jour en jour. Elle doit se rendre à Notre-Dame de la Victoire , à quelques lieues d'ici, où elle a coutume d'aller rendre ses actions de grâces chaque fois qu'il lui arrive de réussir dans une entreprise. On croit que les ambassadeurs pourront lui parler et lui communiquer les nouvelles qu'ils auront reçues.
Donné à Paris le 12 juin 1479.
De Vos Excellences le très-âdèle serviteur, Charles Visconti *.
Huit jours après Charles Visconti écrit de nouveau :
Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneur, Le roi vint loger, le 15 de ce mois, dans un château à deux lieues d'ici , où il demeura deux jours ; le lendemain il alla entendre la messe à Saint-Denis, à environ trois milles italiens de Paris, puis il se rendit immédiatement au Te Deuniy pour rendre grâces à Dieu et à Notre-Dame des bonnes nouvelles qu'il avait reçues de la Franche-Comté, de sorte que les ambassadeurs ne purent le voir , ni lui parler. Monseigneur d'Argenton est arrivé : le roi lui a remis un bref du Pape, une lettre du collège des cardinaux et une lettre du comte Jérôme, closes comme elles étaient arrivées, pour qu'il les ouvrît en notre présence et nous les montrât. Comme je vous en envoie la copie, je n'ai rien à
* Archives de Milan (trad.).
igouter à ce siget. Il nous a aussi montré une lettre des ambassadeurs du roi, qui sont à Rome, annonçant à celui-ci que le Pscpe aurait consenti à remettre le différend entre les mains de Sa Migesté, du roi d'Angleterre et d'un légat a laterey en leur adjoignant, en cas de divergence, l'Empereur et le duc Maximilien ; mais les ambassadeurs de la ligue n'ont pas voulu j consentir, et ils en ont témoigné autant d'étonnement que de chagrin. Je vois clairement, d'après ces lettres, que les ambassadeurs du roi penchent pour le Pape, et je soupçonne, que d'un côté ou d'autre, ils ont été étranglés par des dons ou des promesses. Soit que Sa Majesté sache par quel artifice et dans quelle vue ces lettres sont fabriquées, soit par tout autre motif, elle nous a fait dire par monseigneur d'Argenton, à qui elle avait envoyé tout exprès un secrétaire, porteur des dites lettres , que la guerre lui donnait en ce moment beaucoup d'occupation, et que bien que la plus grande partie de la Franche-Comté fdt en son pouvoir, il lui restait néanmoins beaucoup à faire encore. Ce qui veut dire, à mon sens, que ce qu'il j a de plus difficile à écorcher, c'est toi^ours la queue, et c'est ce qui fait qne le roi ne s'occupe pas de nous. De plus, il semble à monseigneur d'Argenton que ce n'est pas l'intérêt de la ligue; que ses adversaires n'ont pas l'intention de mettre an à leurs discordes, quoi qu'on fasse ; que malgré la grande amitié qui semble régner entre SaMigestéet le roi d'Angleterre, et quoiqu'ils aient envoyé ensemble leurs ambassadeurs, ils ne pourront néanmoins jamais s'accorder sur une question, ce qui se fait pour l'un étant au détriment de l'autre, et Tami de celui-ci étant nécessairement l'ennemi de celui-là. n avertit chacun de nous d'écrire à ses commettants qu'il ne semble pas à Sa Majesté que les différends puissent être remis i l'arbitrage dont il est question ci-dessus; qu'il faudrait, pour cela, envoyer des ambassadeurs en Angleterre et en Allemagne; que ce serait éveiller des soupçons et des défiances qui gâteraient tout et empêcheraient de rien mener à bonne fin ; qu'en envoyer à l'un et pas à l'autre, ce serait tout compromettre. Puis
monseigneur d*ÂTgeirton igouta (mais comme si cela venait de loi), que si Taffàire était remise à Sa Msgesté seulement et qu'on lai a(^oignît le roi d'Angleterre, encore que Sa M^esté ait beaucoup d'entreprises qui Toccupent, elle aurait peut-être accepté cet arbitrage dans l'intérêt de la ligue; mais qu'elle ne pouvait voir d'un bon (eil rintervention d'un légat de l'Empereur et deMaximilien. Il s'ensuit que l'artifice de nos adversaires qui cherchaient à aliéner ainsi à la ligue l'esprit du roi, (surtout s'il avait accepté la coopération de l'Empereur et du duc Maximilieu , ses ennemis déclarés), se trouve déjoué. Il faut convenir aussi que leur point d'appui était bien faible et que tout se réduit à de véritables arguties scolastiques et puériles. Ils se bornent à dire que les ambassadeurs de la ligue, sans le moindre égard pour l'honneur de Sa Majesté, ont refusé d'accepter le compromis ; mais ils reconnaissent eux-mêmes que ceux-ci ont donné l'excuse la plus légitime et la plus péremptoire, à savoir qu'ils n'ont nullement mission de le faire. On a fait valoir tout cela auprès de monseigneur d'Argenton, afin qu'il le fit passer sous les jeux de Sa Mtgesté et lui fit bien comprendre que ce n'est pas parce que les ambassadeurs de la ligue se défient de Sa Msgesté et ne la regardent pas comme leur spécial protecteur, mais uniquement parce qu'ils sont sans pouvoirs pour conclure. Bien qu'il soit aisé de voir où veulent en venir nos adversaires, c'est-À-dirc surtout à la restitution des places conquises, nuUum omnino v^rbwn. Il faut chercher à rester en possession et attendre d'autres circonstances, car si Tafibire est remise, on la mènera comme on voudra. Les ambassadeurs de la ligue ont rendu à Sa Majesté de grandes grâces pour l'affection qu'elle montre envers la ligue , notamment en faisant ouvrir le bref et les lettres en question par eux-mêmes , et ils lui ont fait dire qu'on verra maintenant ce que répondra la ligue, qui montrera, aôirment-ils, la confiance et l'espoir qu'elle a dans Sa Msgesté. It me semble que monseigneur d'Argenton a parfaitement compris le tout, et il s'en va aiyourd'hui trouver Sa Miyesté pour le lui expliquer.
Le courrier du Pape, porteur du bref et des lettres, vint chez monseigneur d'Argenton lui demander une réponse : on lui répondit qu'on n'avait rien à écrire ; puis il demanda une attestation de la remise des pièces, ce qui lui fut accordé.
Il est aussi à remarquer que les ambassadeurs du roi écrivent qu'en cas de divergence, on leur adjoindra, s'il plaît à la ligue, l'Empereur et le duc Maximilien ; que si cela ne lui plait pas, Sa Majesté le roi d'Angleterre et le légat seront seuls en cause. Mais le Pape ne déclare pas , dans le bref, si dans le cas où les arbitres adjoints ne conviennent pas à la ligue , il consent à les exclure : c'est pour faire retomber sur la ligue tous les affronts et toutes les colères qui pourraient venir, du côté du roi, si la ligue accepte, du côté de l'Empereur, si elle n'accepte pas. Cest le seul motif pour lequel le Pape, sans l'exprimer lui-même dans son bref, a fait écrire au roi.
Sa Majesté doit s'acheminer dans quatre ou cinq jours vers la Bourgogne, à ce que m'a dit monseigneur d'Argenton. Nous cherchons à savoir par lui le bon plaisir de Sa Mcgesté relativement à ce que nous devons faire : rester ou partir. Il nous a promis de nous le faire savoir, pour que nous puissions agir d'un commun accord. Mais depuis, comme je vous l'ai écrit en dernier lieu, afin d'expédier l'envoyé du comte Jérôme qui venait d'exposer une foule de choses à charge du magnifique Laurent, on fit chercher François Gaddi, qui est ici pour le dit Laurent, et, après avoir été entendu, il est venu nous rejoindre et se trouve encore avec nous. S'il arrive que Sa Majesté ait l'intention de tenir ces magnifiques ambassadeurs dans un lieu éloigné d'elle , je verrai , avec le concours et les conseils de monseigneur d'Argenton, si je ne puis me rapprocher sine offensione ejus animi, afin de me conformer à votre désir. J'j réussirai mieux, je pense, quand je serai seul ici, et je pourrai agir plus adroitement, mais pour le moment, le roi nous a fait dire à tous, sans exclure personne, que nous allions d'un côté ou de l'autre. Le roi, comme il en a bien le droit, veut qu'on nous garde à vue ici et qu'on épie non-seulement nos paroles, mais
même nos iu tentions. Chaque joar il devient pins solitaire; il ne yeat voir que qui loi plaît, et bien souvent si vous voulez une chose, il ne la veut pas, et si vous montrez que vous ne la voulez pas, cela suffit pour qu'il la désire ardemment. Comme tous les vieillards qui touchent à leur déclin, il devient de jour en jour maçis obnoxiw iraeundia. J'agirai le plus adroitement que je pourrai, pour éviter le scandale ; et que Votre Seigneurie ne se figure point au moins que je sois heureux de vivre éloigné du roi, et dans une grande ville plutôt que dans une petite, car il n'est aucun lieu qui ne convienne à ma petitesse.
Le comte BofiUo a pris la charge d'insinuer à Sa Migesté que vous pourriez envojer un des vôtres devers l'Empereur pour l'entretenir, etc. Il disait bien qu'il fallait prendre la chose à temps, parce qu'on craignait de remuer la bile de Sa Majesté, en lui en parlant dans un moment peu importun ; mais il n'a jamais pu saisir ce moment convenable, et maintenant il chevauche vers le Luxembourg par ordre du roi. Celui-ci fait mine d'envoyer bon nombre de ses gens d'armes, des canons, des espringales et toute sorte d'artillerie sur cette frontière ; mais je crois i|u'il le fait pour se retourner ensuite contre la ville de Cambraj et la surprendre à l'improviste. Monseigneur d'Argenton est d'avis qu'il faut bien se garder de parler à Sa Majesté d'envojer quelqu'un à l'Empereur en votre nom, car rien ne pourrait lui être plus désagréable. Il conseille, si vous avez quelque chose à faire dire à l'Empereur, soit pour le remercier ou autrement , de le faire par l'entremise de l'ambassadeur vénitien , qui est auprès de l'Empereur.
On dit que don Frédéric est parti de Tours pour n^oindre le roi. J'ai ouï dire que la reine en avait fait autant, mais que le roi l'avait fait retourner. Monseigneur d'Argenton assure que Sa Majesté a dit à don Frédéric que pour rester bien avec elle, il devait aimer ses amis et haïr ses ennemis, et ne pas suivre les traces de son père, auquel Sa Majesté ne veut aucun bien. Don Frédéric doit avoir répondu qu'il était venu dans l'intention d'obéir à Sa Mcgesté en toute chose, quand même
elle lui ordonnerait d'agir en faveur de la ligue ou de qui que ce soit, contre son propre père; et en disant ces mots, il s*agenouiUa. Sa Biigesté le releva en souriant. Les gens sensés sont d^avis que Sa Mcgesté se lassera bientôt de ces cérémonies de don Frédéric et que celui-ci se repentira, avant que Tannée ne soit écoulée, d'être venu dans ces parages , et qu'il n'aura pas non plus toutes les belles choses qu'on lui a promises.
n est arrivé ici des ambassadeurs liégeois, fort effrayés des apprêts que fait Sa Mcgesté sur cette frontière, la supplier de se souvenir qu'ils sont neutras : ils n'ont pas oublié les calamités que leur ville a essuyées pour n'avoir pas su, dans le temps, naviguer entre Charibde et ScyUa. Ils ne sont pas encore expédiés , et on ne sait quelle décision prendra le roi.
Monseigneur d'Argénton dit encore que Sa Mi^esté, lorsqu'elle ât venir monseigneur . de Bresse avec don Branda pour le différend que vous avez avec les Suisses, ordonna au premier d'user de tous les moyens et de toutes les menaces qu'il jugerait à propos pour que l'accord eût lieu. Je crois qu'il se fera plus facilement aigourd'hui que Sa Mtgesté possède la Franche- Comté ou au moins la plus grande partie. Je me recommande humblement à Vos Excellences.
Donné à Paris, le 20 juin 1479.
De Vos Excellences le très-fidèle serviteur, Charles Visconti *.
Cagnola mande le même jour à la duchesse de Milan : Illustrissimes et excellentissimes seigneurs.
Sa Mcgesté Très-Chrétienne est allée en pèlerinage dans un endroit qui s'appelle Notre-Dame de la Victoire , à dix lieues environ d'ici, où elle a coutume de se rendre quand elle a remporté quelque victoire : elle s'y rend cette fois à l'occasion de ses succès en Franche-Comté. Ne pouvant prendre une autre route, elle est passée par ici , mais elle n'entra point en ville, et s'arrêta dans un très-beau château éloigné d'une lieue envi-
* Archives de Milan (trad.).
ron, où elle passa la soirée; le lendemain, elle alla entendre la messe à Saint-Denis, qui est aussi éloigné d'une lieue et demie d'ici, et la messe finie, après avoir diné sans permettre que personne rapprochât, elle se remit en route pour son pèlerinage. Monseigneur d'Argenton logea en ville ainsi que toute la cour : j*eus un entretien avec lui, puis tous les ambassadeurs furent admis ensemble près de lui. Sa Seigneurie était encore ici (où elle est restée trois Jours après le départ du roi), quand arriva un courrier envoyé par le Pape et par les ambassadeurs du roi qui sont à Rome. C'était jeudi, 17 de ce mois : il apportait des lettres du Pape, du Collège des cardinaux et des dits ambassadeurs, adressées au roi. Elles furent remises à monseigneur d'Argenton, qui nous fit immédiatement prévenir, et, en notre présence, il ouvrit les lettres des dits ambassadeurs et nous les fit voir. Ils écrivent à Sa Msgesté touchant la résolution prise par le Pape de remettre les différends d'Italie à Sa Msgesté, au roi d'Angleterre et à un légat à latere qu'on enverra ici. En cas de désaccord, l'Empereur et le duc Maximilien seraient adjoints à ces arbitres. Ils témoignent que cette convention leur plaît beaucoup et ils l'approuvent fortement, faisant un grief aux ambassadeurs de la ligue de ne l'avoir point acceptée. Sa Seigneurie nous pria de vouloir bien n^en point parler, voulant d'abord faire remettre les dites lettres au roi, qui certainement les lui renverrait pour nous les communiquer. C'est en effet ce qu'a fait Sa Majesté , et monseigneur d'Argenton nous a réunis aiyourd'hui pour nous montrer le bref du Pape et la lettre des cardinaux au roi. Ces documents étaient encore scellés, le roi n'ajant pas voulu les ouvrir et désirant que nous le fissions nous-mêmes. Il avait seulement décacheté les dépêches de ses ambassadeurs, qu'il renvoyait également. Les dites lettres lues en présence de monseigneur d'Argenton, celui-ci nous dit que Sa Mflgesté lui avait écrit de nous informer qu'elle avait pris connaissance de ce que lui mandaient ses ambassadeurs à propos de l'arbitrage remis à Sa dite Majesté, au roi d'Angleterre et au légat apostolique, etc., mais qu'elle est en ce moment trop enga-
gee dans les guerres présentée, qui absorbent toutes ee» pensées, pour trouver le mojen et le temps d'examiner les contestations soulevées de oe côté, d'autant plus qu'elle ne voit pas dans cet arbitrage et dans cette charge le profit et Thonneur de la ligue. Monseigneur d'Argenton en conclut que Sa Majesté n'entend en aucune façon accepter cette mission, et il nous recommande d^écrire en ce sens chacun à notre souverain respectif. Nous lui rendîmes grâces , en ce qui touche Sa Msgesté, de la bienveillance qu'elle nous avait témoignée en nous communiquant ces lettres, rassurant que nous en donnerions sur-le-champ avi^t aux illustres princes confédérés. Nous lui fîmes ensuite remarquer la malice de l'auteur de ces lettres, qui ne cherchait qu'à semer la discorde entre Sa Majesté et la ligue, sous prétexte que les ambassadeurs de celle-ci n'avaient pas adhéré à la résolution du Pape, car ils n'ont pu s'occuper de cette nouvelle proposition, puisqu'ils n'ont aucune commission à ce sigét, et, par conséquent, ils ne pouvaient l'accepter. Nous représentâmes que l'adjonction de tant de collaborateurs ne paraissait pas chose bien honorable pour Sa Majesté et que, dans la constitution de l'arbitrage, il n'était point question de la restitution des prises, condition dont la réalisation doit précéder tout accord. Les ambassadeurs ayant donc des motifs plausibles pour hésiter, il n'y avait pas lieu à un grand grief contre eux, {goutâmes-nous, pour ne pas avoir accepté immédiatement; mais il était bien certain que le<« princes confédérés, tant pour montrer leur attachement et leur affection envers Sa Mtgesté qu'à cause de leur éminente sagesse, prendraient à cet égard teUe résolution que semblaient devoir leur inspirer et leur amour de la justice et la malice de leurs adversaires. Nous eûmes le bonheur de voir monseigneur d'Argenton, qui est fort au courant de tout et qui pénètre le mystère de cette résolution aussi bien que nous ; il nous répondit qu'il ne lui paraissait pas honnête de proposer cet arbitrage au roi sans restituer les prises, et qu'il ne fallait pas remettre cette affaire à deux princes éloignés Tun de l'autre par la situation de leurs États et plus encore par leurs senti-
mentSy car toute TafTection qu on suppose, ne règne pas entre eux ; qu'on n*en finirait jamais de notre temps , surtout si le légat pontifical intervenait, puisqu'il prendrait toigours le parti de Sa Sainteté. Autant que nous avons pu en juger par ses discours, nous avons cru comprendre que le roi s'est mis en colère de se voir adjoindre les arbitres prénommés, surtout ceux avec lesquels il est engagé dans une guerre sérieuse. D'après oe que nous a dit monseigneur d' Argenton , le roi craint que l'envoi d'un légat n'ait pour but de susciter quelque nouvelle guerre entre lui et le roi d'Angleterre. Nous avons prié monseigneur d'Argenton de vouloir nous donner copie du bref en question et de la lettre du collège des cardinaux, ce qu'il nous a accordé. Je vous les envoie pour Votre gouverne. On dit que Sa Majesté ne veut pas j répondre davantage, et le courrier qui les, apporta a été congédié avec un simple bulletin constatant qu'il a remis les lettres tel jour. Le Pape envoie aussi la copie d'une réponse faite aux ambassadeurs de la ligue : cette réponse est trèsprolixe et nous l'avons vue. Je ne vous en envoie pas de copie, sachant que vous l'avez reçue de messer Jean Angelo. Nous attendons avec impatience la nouvelle de la résolution que prendra la ligue à ce siget, pour la transmettre à Sa Migesté qui, d'ailleurs, ne fait pas grand compte des lettres dont il s^agit. Il n'y a rien de nouveau pour le moment. Sa Majesté concentre toiyours tous ses efforts sur la Picardie-: elle y envoie la plus belle artillerie qu'on ait jamais vue et une armée innombrable qui s'élèvera bien, dit-on, à cent mille hommes. On ne sait encore quelle direction prendra le roi, et nous sommes dans la même incertitude quant à notre séjour ici. Nous suivrons les ordres de Sa Msgesté, qui se trouve à cette heure éloignée d'ici de vingt lieues. Mardi , elle commencera à se mettre en route dans la direction qu'elle veut suivre. Nous en serons, je pense, informés par monseigneur d'Ai^enton, qui nous Fa promis. Je me recommande humblement à Vos Altesses.
Paris, le 20 juin 1479.
Jean-André Cagnola *.
Commines ëcrivait aux ambassadeurs de la Ligue :
Magnifiques ambassadeurs.
Je me recommande à vous autant que je le puis. Je n'ai reçu qu'avant hier un de vos courriers qui apportait une grande quantité de lettres; j'ai compris qu*il apportait les mêmes nouvelles que Sa Majesté a déjà reçues de Rome et que vous me les faisiez savoir incontinent.
Aigourd*hui est arrivé devers Sa Migesté le secrétaire qui était allé à Rome avec les ambassadeurs du roi d* Angleterre, lequel n'a rien apporté de nouveau si ce n'est ce que je vous ai dit moi-même et montré à Paris. Sa Migesté a été fort joyeuse que la ligue n'ait point accepté la commission. Je pense que vous aurez déjà mandé à vos secrétaires que Sa Mcgesté ne s'est point décidée à prendre le parti que le Pape lui proposait, par les motifs que je vous ai expliqués : si vous ne l'aviez pas encore écrit, je vous prie de le faire en toute diligence.
Je n'ai demandé qu'avant hier à Sa Msgesté si elle était contente que vous rendissiez auprès d'elle. Elle m'a chargé ai^ourd'hui de vous faire dire que vous ne quittiez pas Paris avant que Sa Mcgesté vous Tait fait savoir, parce qu'elle n'est pas encore sûre de l'endroit où vous pourrez la rencontrer. Il pourrait se faire que Sa Migesté se rendît dans le duché de Luxembourg ; il pourrait aussi arriver qu'elle allât en Picardie. Mais il règne encore une grande pestilence dans ces contrées, et SaMsgesté ne voudrait pas, à cause de cela, que vous y vinssiez sans 7 être mandés. Toutes les nouvelles que vous recevrez et que vous voudriez lui faire tenir, vous pouvez me les faire savoir par Gianetto ou par François de G^addi : je crois qu'ils resteront ici à demeure et vous pourrez les leur adresser.
J'ai dit au roi, monseigneur l'ambassadeur de Venise, ce que vous m'avez exposé : il m'a répondu que, si ce légat vient de la part du Pape pour parler contre la Seigneurie, Sa Majesté saura lui répondre comme l'exige l'honneur de la dite Seigneurie et
comme le roi voudrait qu*on répondit s'il s'agissait de loi. Hesseigneurs, je prie Dieu qu'il vous accorde tout ce que vous désirez.
Écrità Vitry, le 26 juin.
Le tout vôtre,
Philippe db Cohminbs.
A messeigneu/rs les ambassadewrs de la ligue d'Italie ^
Citons encore quelque dépêches milanaises.
Cagnola écrit le 18 juillet :
Illustrissimes^ excellentissimes et très-espéciaux seigneurs,
Quoique je n^aie rien de bien important à vous mander d'ici, je profite du retour du courrier pour ne pas le laisser partir tout à fait dépourvu do lettres : vous saurez ce que je compte faire. Monseigneur d*Argenton se trouve toi^ours ici, il n'a paa quitté la ville depuis que je vous ai écrit la dernière fois. Sa Migesté Très-Chrétienne lui a envoyé quelques lettres du Pape, du cardinal de Saint-Vital et les instructions données à un messer Raphaël Ballarino, frère de Zanetto, qui est allé *à Rome avec les ambassadeurs de Sa Migesté et en est revenu avec cette commission. Le roi Ta chargé de nous communiquer le tout, le désir de Sa Msgesté étant, à ce que nous a dit monseigneur d'Argenton, que nous sachions tout ce qu'on lui écrit ou tout ce qu'on lui dit, principalement en ce qui concerne la ligue. Sa Seigneurie, ayant examiné le tout, a daigné nous en remettre copie à tous, et je vous envoie la mienne pour que vous sachiez ce qui se passe. Je vous envoie aussi la copie du message écrit communiqué par le dit Raphaël, pour que vous teniez le âl complet de l'histoire. D'après ce que nous dit monseigneur d'Argenton et ce que j'ai appris d'ailleurs. Sa Migesté put à peine lire les lettres de créance. A peine Raphaël eut-il ouvert la bouche et prononcé moins du quart de sa harangue, que le roi fit demander don Frédéric et se mit à parler du Pape
* Archives de Milan (trad.).
et du roi Ferrand, s'étendant beaucoup, m'a-t-on dit, sur ce siyet, en paroles de mala natv/ra, se montrant totgours favorable à la ligue, de manière que don Raphaël ne trouva pas moyen de placer un mot *. Bref, il ne lui répondit rien, sinon que monseigneur d*Argenton lui ferait la réponse de sa harangue. Don Raphaël fut ainsi congédié, de façon qu il eût mieux valu qu'il ne vint pas avec cette commission qu'il a, crojons-nous, sollicitée là-bas. L'ambassadeur de Florence a eu assez de chagrin^ à cause de son frère Zanetto, qui est cependant Thomme du magnifique Laurent. Je crains qu'il n'en éprouve quelque inconvénient. Les écrits et les commissions seront, je suppose, annulés et resteront finalement sans effet. Les ambassadeurs d'Espagne sont encore ici : ils n'ont pas encore eu d'audience et ils attendent de jour en jour que Sa Msgesté les appelle. Leur arrivée ici a un double objet : faire ratifier par Sa Majesté l'alliance et l'accord qu'ils ont fait ensemble et obtenir que le roi jure en personne, comme l'a fait le roi d'Espagne, ce qui est d'usage, parait-il, entre les princes ; en second lieu tâcher d'arriver à un bon appointement concernant les affaires du comté de Roussillon, afin que les princes puissent vivre avec plus de charité et d'amour et que tout levain de discorde disparaisse entre eux. Don Frédéric suit la cour et Sa M«yesté affecte de lui faire grand accueil. Il se passe même peu de jours que le roi, à table surtout, ne revienne sur les actes de son père et ne prenne le parti de la ligue. Quand monseigneur d'Ârgenton est là, c'est lui qui engage l'escarmouche et qui se fait le champion de la ligue. D'après ce que m'a dit ce seigneur, ledit don Frédéric se comporte avec beaucoup de sagesse, et il ne s'avance jamais soit en affirmant, soit en niant ceci ou cela. Jusqu'ici il n'a encore reçu aucune provision, sauf le comté de Valence, comme je vous l'ai écrit précédemment, et il se trouve déçu dans ses calculs.
^ Thomas Basin rappelle cette bizarre habitude de Louîa XI, de parler avec une telle prolixité qu*il ne laissait rien à dire à celui qni le haranguait. {Eût. de Louis XI, t. III, p. 177).
D*aprè8 oe que j*ai oui dire à ses gens, il n*a pas troayé id le cinquantième de ce qu'il comptait j trouver, de sorte qu'il n'est pas extrêmement satisfait. Il a congédié plus du tiers de sa maison : je me rappelle vous avoir écrit dans le temps que les grands feux ne brûlent pas longtemps dans ce pajs ; c'est bien cela et le mot tend de plus en plus à se vérifier. Messer Antonio d'Alexandre, arrivé avec lui, est allé à la cour demander la permission de s'en retourner : je crois que Lancelot de Macédoine, qui a aussi été ici, en fera autant. La guerre de ce côté reste stationnaire. En Picardie, notamment, cbacun reste chez soi, et personne ne prend l'offensive. Toutefois, le roi cherche à compléter la conquête de la Franche-Comté, qui est d'ailleurs réduite à Tobéissance : il ne restait plus que la ville de Besanço*!, où il a rencontré quelque difSculté. Ai^ourd'hui Ton est tombé d'accord : le roi maintiendra les offlciaux, mais ils ne pourront s^assembler et se réunir en conseil qu'avec le congé de ses propres officiers. On croit que Sa Mcgesté se rendra dans ce pajs. A ce que nous a dit monseigneur d'Argenton, elle a été du côté de Montargis il j a quelques jours. Quant à notre séjour, s'il doit se prolonger ici, nous nous conformerons aux ordres de Sa Msgesté, ne pouvant faire autrement, comme je vous l'ai écrit dans le temps. Monseigneur d'Argenton a dit à tous les ambassadeurs de la ligue, que vous eussiez à tenir tous les passages fermés pour empêcher qu'on n'aille à Rome, comme on l'a &it par le passé, et que si Sa Majesté avait quelque chose de particulier à mander à l'un de vous, elle le ferait connaître par des lettres spéciales à vous et aux seigneurs de Florence.
J'ai lu vos lettres du 29 du mois dernier et du 4 de ce mois, ainsi que les copies qui j étaient jointes, en ce qui touche le compromis, la réponse faite aux ambassadeurs français, les lettres de Jacques Guicciardin sur l'heureuse nouvelle de la déroute de l'ennemi à Pérouse. J'ai de suite fait connaître le tout à mes collègues d'abord, puis à monseigneur d^Argenton. On a beaucoup loué le tout , et quant au compromis on approuve surtout la décision prise par la ligue, quoique cela ne fût pas bien néces-
saire, puisque, comme vous Tavez vu par mes dernières lettres, le roi ne veut pas accepter cette commission. Cela n'a pu toutefois être que très-utile, pour que Sa Majesté soit bien convaincue des bonnes dispositions de la ligue. Si nos adversaires voulaient faire un compromis du même genre, je crois que Sa Mtgesté n'accepterait qu'en faveur de la ligue. J'ai remis les lettres des ambassadeurs français à monseigneur d'Argenton, pour qu'il les fasse parvenir à Sa Majesté, et il Ta fait sur le champ. Cependant il les ouvrit auparavant et nous les fit voir. Ils exposent toute la suite de l'affaire, comment le compromis a été fait et ce qu'il renferme ; ils se montrent très-favorables à la ligue, en particulier à Vos Excellences. Nous avons appris avec un extrême plaisir la nouvelle de la déroute : outre le mal fait à l'ennemi, j'en vois résulter un grand bien en faveur de la ligue et une vive défaveur pour ses adversaires et leurs adhérents. Nous avions appris cette heureuse nouvelle quatre jours avant que je reçusse vos lettres, par un courrier florentin expédié en toute hâte, qui se rendit d'abord auprès du roi et lui remit les lettres de monseigneur Laurent à ce si^et. Le même courrier m'a dit que Sa Majesté en manifesta une si vive allégresse qu'on ne saurait l'exprimer, qu'elle s'agenouilla sur le plancher et rendit grâces à Dieu comme c'est sa coutume quand il lui arrive quelque heureuse nouvelle. J'espère que Notre-Seigneur Dieu, qui favorise toutes les causes justes, daignera bénir vos succès.
N'ayant rien de plus à vous mander en ce moment, je me recommande à Vos Altesses.
Donné à Paris, le 18 juillet 1479.
Votre humble serviteur, Jean-André Caqnola.
Cagnola écrit de nouveau au duc et à la duchesse de Milan, le 1" août :
Illustrissimes, excellentissimes et espéciaux seigneurs. Le président de Toulouse qui a été à Rome comme ambassa-
COIOUlfBS. — I. iS
deiir de Sa MiO^*^ Trè«-Chrétieime , ainsi que vens lé sayei ^ a rejeitit ees jours derniers âa Majesté qui TaocueiUit trèsHnal, mVt-on dit, de sorte que toute l'audience se borna aux plaintes que le roi fit de lui, jusqu'à lui dire qu'il était un fou. En sortant de là, il ne laissa pas de se rendre chei monseigneur d'Albi, qui se trouvait là, et chez monseigneur du Lade, qui exhortèrent si bien 6a Migesté qu'elle finit par l'écouter et qu'il put lui présenter le compromis rédigé par la ligue, en igoutant une foule de choses pour sa justification. Il engageait 8a Migesté à écrire quelque chose au Pape, tant pour l'exhorter à ûure un compromis analogue à celui de la ligue, que pour £aire quelque réponse aux lettres de Sa Sainteté* particulièrement à celles que ledit président remettait au roi eh même t^nps que les lettres du cardinal de Saint-Pierre ad Vineula, (je Vous en envoie la copie) ; il assurait le roi que le Pape ne résisterait pas à ses exhortations et à ses prières* Or, d'après ce que hous a rapporté François Gaddi, qui assistait à l'audience. Sa Migesté semble incliner à accepter le compromis, par déférence surtout envers la ligue, et est résolue à répoudre au Pape; mais elle a déclaré qu'elle voulait qu'on vint conférer avec nous de ces questions, en présence de monseigneur d'Argenton. Le roi voulut aussi que ledit François Gaddi se rendit près de lui. D lui remit toutes lesdites lettres du Pape et du cardinal, encore closes, pour les porter au seigneur d'Argenton, afin qu'il les ouvrit en notre présence et conférât avec nous sur la réponse à faire au Pape. C'est ce que fit ledit Fttmcesco, et voilà cinq jours qu'il est venu ici avec ledit président. Le i^demain de leur arrivée, nous nous sommes réunis avec ledit seigneur d'Argenton, ledit président et François. Les lettres ouvertes et lues, le président s'efforça, dans un long discours, de nous faire comprendre qu'il avait fait là-bas tout le bien du monde, et en Outre il nous dit qu'il lui paraissait utile que Sa Miegesté engageât, par ses lettres, le Pape à faire un compromis dans la même forme que celui qu'avait fait la ligué, et il nous pria de vouloir bien y réfléchir sérieusement. Nous remerciâmes d'abord Sa Mj^esté
d^atoif dai^é nous fiûre part de toutes les affaires arec autant de libéralité qu^elle le fait constamment, et nous déclat'âmes ensuite que « vu l'importance de la chose et faute d'avoir reçu d'autres ordres des seigneurs confédérés , nous n'oserions rien faire dans une autre forme ; mais, que si Sa Msgesté se décidait & écrire dans un sens ou dans un autre, nous la priions de daigner avt>ir la bonté de flaire en sorte que les lettres ou leurs copiés fussent vues à Milan ou à Florence, et qu'elles fussent ou ne fussent pas expédiées, selon ce qui semblerait le meilleur aux seigneurs de la ligue. Nous rappelâmes néanmoins que dans l'intérêt même de Sa Majesté, il vaudrait peut-être mieux temporiser quelque temps, jusqu'à ce que Ton sût à quoi s'est décidé le Pape, relativement à son accession à la formé dudit compromis. Si le Pape l'accepte, Sa Mt^esté pourra écrire ikùeux et plus longuement, tout en en retirant plus d'honneur : ce qui ne serait pas possible si Sa Majesté écrivait en ce moment et que le Pape n'acceptât point la formule. Puis, monseigneur d'Argenton a fait connaître que le roi écrira, comme l'indiquait le président, et que les lettres seront envoyées à Milan ou à Florence, selon notre proposition. La forme de la lettre sera celle-ci , à ce que croit le président : le roi écrira qu'il a eu connaissance de la forme du compromis fait pi^ la ligue ; qu'elle lui parait honnête, puisqu'on n'y tient compte que des controverses actuellement soulevées, depuis le jour qu'a été inauguré le nouveau régime là-bas, comme on peut le voir dans le compromis ; et qu'à cause du désir que Sa Ms^té éprouve de voir Tltalie pacifiée, elle souhaite que Sa Sainteté lasse le même compromis, aûn que toutes ces guerres soi^t désormais oubliées. Telle sera, en somme, la substance des lettres, d'après ce que m'a dit ledit président : je ne sais si Sa Mi^esté j fera quelques changements, mais je pense que vous en serez amplement informés. Je crois bien toutefois que le Pape a arrêté ce qu'il Veut faire, et nous l'attendons avec le désir de le savoir. Ledit président est venu me voir chez moi, en particulier, par respect pour Vos Excellences, et il m'a dit
meireilles des honnears dont il a été comblé, en portant Vos Excellences jusqu'au ciel et en se plaignant beaucoup du peu d'accueil qu'on nous fait ici. Il a, m'a-t-il dit, mis le roi au courant de tout, lors de sa seconde audience, en présence de François Gaddi, qui m'a confirmé la vérité de son récit. Je le remerciai avec force caresses, et je lui dis que, en fils trèsaflTectueux de Sa Mtgesté, vous vous plaisiez à rendre toigours honneur non iolum simili homini mais aussi à tout autre personnage, quel que fût son rang, par respect pour Sa Migesté Très-Chrétienne.
n n'est rien arrivé de nouveau ici , si ce n'est que le duc Haximilien est venu en personne dans une grande ville de Picardie, nommée Saint-Omer, avec un grand nombre de gens. En attendant, il augmente ses forces et menace de faire merveilles. Il n'en est rien résulté jusqu'à présent. Cependant les gens du roi sont toujours là dans les environs, examinant tranquillement ses mouvements, au nombre de deux mille cents lances et d'environ quatorze mille archers. Sa Majesté ne veut pas, dit-on, que ses gens se portent en avant et en viennent aux mains avec l'ennemi, mais elle exige qu'on se tienne simplement sur la défensive. Il lui semble qu'elle fait suffisamment cette année on réduisant la Franche-Comté à -son obéissance. Sa Majesté est allée à Dgon, nous laissant ici monseigneur d'Argenton, qui doit s'acheminer demain matin vers Tours : nous devrons songer encore une fois à faire de même, quand nous apprendrons que Sa Majesté a pris le chemin de cette ville, comme nous en a prévenus monseigneur d'Argenton. Les ambassadeurs d'Espagne suivront Sa Msgesté, qui n'a jamais consenti à les écouter et qui veut qu'ils aillent jusqu'à D\jon, où elle leur a fait promettre qu'elle Jes recevrait : je ne sais ce qui en est résulté. Sa Majesté a aussi craint un peu qu'il n'arrivât du côté de l'Allemagne des secours audit duc Maximilien ; mais elle vient d'apprendre que Tempereur, malgré toutes les instances qu'il a faites aux seigneurs allemands de la Diète, n'en a obtenu pour tout résultat qu'un refus d'intervenir, attendu
que le roi ne revendique que ce qui lui appartient et ce qui est de droit dévolu à la couronne par la mort du duc de Bourgogne; mais si Sa Majesté voulait aller plus loin qu'elle n*en a le droit, ils se déclarent prêts à prendre les armes.
Donné à Paris, le l*' août 1479.
Votre serviteur, Jean-André Cagnola ^
Commines se trouvait auprès de Louis XI quand arriva la nouvelle de la douteuse victoire obtenue le 7 août 1479 par Maximilien à Guinegate. € Le roy en fut très-dolent, car il a n'avoit point à coustume de perdre *. »
Sur un autre champ de bataille où étaient également aux prises le droit et la force, mais où il s'agissait non pas d'intérêts généraux mais d'intérêts particuliers, non pas de la liberté et de la paix des peuples, mais du respect du patrimoine de la famille, et où l'on ne rencontrait, à défaut d'hommes d'armes que des hommes de loi, Louis XI luttait avec une énergie au moins égale ; et tandis qu'il menaçait ses capitaines, s'ils faisaient ce du floquet on du rétif, » de leur ôter la tête de dessus les épaules, il ne traitait guère mieux dans l'arène des démêlés judiciaires, les magistrats qui ne se hâtaient point de sanctionner les usurpations du seigneur d'Argenton.
Le Parlement n'avait jamais cessé de se regarder comme saisi des réclamations de la maison de la Trémoïlle contre Commines, et il maintenait noblement son indépendance et son dévouement à la justice et à l'équité. Il avait fallu l'exiler à Noyon et en expulser trois de ses membres pour obtenir
* Mém., t. II, p. 208.
la condamnation du duc de Nemours; il n'en résistait pas moins aux volontés du roi en ce qui touehait la spoliation des héritiers de la Trémoîlle, lorsqu'au mois de juin 1479, Louis XI, recourant de nouveau à Tintimidation , écrivit aux conseillers qui demandaient la réintégration de leurs collègues ; < Je pensois que veu, que vous estes subjets de « la sainte couronne de France et y devez vostre loyauté, ic que vous ne voulussiez approuver qu'on deost faire si « bon marché de ma peau : par quoy sen^ bon que j« a mette remède à deux choses , la première expurger la a cour de tels gens *. » Le même jour peutrêtre, Louis XI $t i4)peler Jean Chambon, qui avait accompagaé Oommine^ à Tbouars et qui seul sans dout^ (car nous 9e croyons pas qu'il ait été aidé par le seigneur de Bresauir^) avait retiré du feu les lettres détruites plus tard par le roi. Cette fois, il lui donna l'ordre de se rendre au Parlement pour tuiter un arrêt inique : <c Ha I sire , » répondit Jean Chapabop avec un courage dont l'histoire doit lui tenir compte, m vous sçavez bien que c'est grant charge de con- <i science d'avoir bruslé les lettres qui servoient à ceste « matière pour les povres enfai^ts de la TrémoïUe I Cornac ment pourrois-je faire honnestemeflt la poursuite ? » — (€ Allez, allez, ne vous chaille, » répondit LfOuis X{ ^ Cette pression ne produisit que clés résultats incomplets. Le 20 juillet 1479, le conseil de la grande chambre dn Parlement, statuant sur le procès de Louis de la TrémoïUe et de Philippe de Commines dans lequel le procureurgénéral du roi intervenait comme garant du sire de Com-
* Gomminea, ëd. Lenglet, t. III, p. 571.
* Mém., t. III, pr. pp. 109 et 118.
min^s, déoliira approuver et enregistrer les lettres royales dq mois d'octobre 1472 en ce qui touchait les domaines de Talipo^t, de Château-Gonthier et de Berrye, mais il les ipôrma toutefois pour les terreq d'Olouue, d^ Curzon et de ]^ Chaume, données en dot à, Marguerite d'Amboise ^
liQl^8 X1 1 résolu à ne pas qiapquer à ses engagements vi9-i-vis d^ Comipines, fait proposer alors à Louis de la Tré? moïUe de lui céder en échange des terres d'Olonue, de OurzoD et de h Chaume, Vîle de Rhé, les domaines de Marans, de Mauléon et de la Chaise-le^Vioemte, qui Tenaient de la maison de Tl^ouars, et de plus les seigneuries ie Vierzon et d'Issoudun en Berry. Mais Louis de la TrémoïUe refkise, et c'est sans doute d'accord avec lui que ses Qls, à^im une
* Commînes, éd. f^nglet, t. (Y, p. 2, p. 135. Un énidit qm a publié des notcis i^tér68santes 8^^ Cpmmines, M. de la FqntaaeU^ de^ Vi(udoré,*8e livre à jp^ sujet aux réflexions suivantes: < L'arrêt du Parlement qui accordait aux enfants de la Trémoïlle qjuelques bribes de Théritage de leurs auteurs maternels, tout en conservant à Louis XI la vicomte de Thouars et à Comminea la principauté de Talmont, causa encore un vif déplaisir tant au roi qu'à son confident, qui ne voulait absolument rien perdre de ce qu'on lui avait donné. Celui-ci surtout fut piqué au vif. Cette sorte de souveraineté maritime qu'il voulait se créer en Bas-Poitou et qu'il s'était plu à représenter à son maître comme pouvant former par le oommeroe et les dessèchements, une nouvelle Flandre, était de beaucoup réduite. N^avo^r pas €|)onne et la Chaume était se priver de ce port où il comptait attirer t^t de navires et où ils ne tardèrent pas en effet à aiTiver par centaines; perdre Bran et Brandois, ancienne viguerie du moyen âge, citait renoncer à dessécher des marais productifis ; restituer Curzon,. était remettre t^n point qui offrait les deux avantages signalés. La fabrication du sel était encore une industrie dont la part affectée au seigneur offrait de bien grands avantages sur ces divers points. Ce n'était plus, du reste, l'exécution complète et sans équivalent, des promefaeç fi^>tei4« 9^
protestation du 8 mai 1480, déclarent que Thouars, Talmont, nie de Rhé et Marans forment au même titre leur légitime héritage. Ils ajoutent « que de présent, le roy,à la « requeste et poursuite de messire Philippe de Commjnes, « seigneur d'Argenton, et aultres, les veut contraindre à « faire aucun appointement et à renoncer aux droits qui « leur appartiennent et pour ce les faire pourvoir d*un « curateur, combien qu'ils soient en la garde du seigneur « de la Trémoïile leur père... Protestent à l'avance contre « ce qui pourra estre fait^ »
Telle était, en effet, la voie adoptée par le roi pour atteindre le but qu'il se proposait, et ce système fut appliqué avec une audace qu'explique l'autorité absolue qui y avait recours. Robert de la Fouille, frère d'un serviteur de Commines et lieutenant-général du gouverneur d'Orléans, déclara qu'il y avait lieu de nommer aux enfants de la TrémoïUe un curateur, qu'il désigna en même temps. Cétait le bâtard du Maine, à qui le roi avait fait épouser leur sœur et à qui il donnait une pension de quinze cents livres, pour être assuré de ses services. Le bâtard du Maine avait déjà, comme nous l'avons vu ailleurs, poursuivi Louis de la Trémoïile de ses obsessions dans l'intérêt du roi. Dès qu'il fut nommé curateur, il céda au roi la Chaume, Olonne, Gurzon, Bran et Brandois, en échange de quelques domaines déjà cités et notamment des terres de Vierzon et d'Issoudun, dont la remise n'eut jamais lieu. Cet acte fut rédigé par Robert de la Fouille, qui obtint de ce chef un siège au parlement de Paris. De là une autre protestation, dictée par Louis de la Trémoïile, au château de Sully, le 18 mai 1480, où il rap-
* Archives du château de Thouan.
pelle qu*on n'a donné un curateur à ses enfants mineurs que pour passer, immédiatement après, des actes préjudiciables à leurs droits ^ Ce fut le lendemain 19 mai 1480 que Louis XI réitéra le transport qu'il avait déjà octroyé à Philippe de Commines, des domaines de la Chaume, Curzon et Olonne *.
Après avoir fait la part de ce long et triste procès dont nous aurons encore à nous occuper, nous revenons aux documents qui, à côté de questions personnelles où dominent régoïsme et la cupidité, nous montrent dans une sphère plus vaste et plus élevée l'influence prépondérante d'une habileté consacrée de plus en plus par le succès et l'expérience.
Nous rencontrons d'abord une letti^e qui est peut-être d'Angelo Cato, relative au mariage du jeune duc de Savoie, qui était alors revenu en Dauphiné :
Monseigneur d'Argenton,
Je me recomande à vous tant que faire puis, de bon cuer. 11 a esté, [au temps que] feu madame [la duchesse de Savoje vivoit, ensi] que bien Tavez entendu, tracté et conclus par ma dite dame et feu le duc de Millan mariage de monseigneur de Savoye et madamoyselle de Millan, à quoy ont esté promesses
* Archives da château de Thouars.
* Commines, éd. Lenglet, t. IV, p. 2, p. 136; Recueil des ordonn,, t. XXIII, p. 543. Tout ce qui s'était passe, se trouvait étrangement défiguré dans ces lettres royales : < Depuis lequel arrest (celui du parlement) en faisant certain traictié et appoinctement avec quels nos amés et féaulx cousins Loys, Jehan et Jacques de la Trémoïlle, par lauctorité de nostre cher et féal cousin, Loys, bastard du Maine, leur curateur donné par justice, avons entre autres choses recouvert les dites terres d'Aulonne, la Chaume et Curzon . t
et seurtéa amples, ei telles que en tel cas donner et faire se peuyeQt. Despuis, Vune partie et Tautre ont continué longtem^)! en ce propos, et du costé de Millan n*^ prenent point de ffieffiance que ledict mariage ne deyre sortir à effect.
Cependant a estet traicté, comme savez, mariage de Charles monsieur à madamojselle de Montferra, et après bons progrès en ceste matière , refusant monseigneur le marquis de Montf^ra, audict mariage fut esmeu par aucuns là où tractoit pour Charles moi^ieur, comme dit est, la demander pour monseigneur le duc, à quoy madite dame, pour observer ses dictes promesses touchant Millan , ne voulsist oncques condescendre. Toutesfojs après sa mort, la chose a esté mise fort avant : si ont esté envoyés, à ceste cause, lettres et ambassadeurs tant de par le roy, comme monseigneur le cardinal de Foys, vers monseigneur le marquis, lequel en effect contredit y assentir pour les raisons que vous envoyé encloses. Dient néantmoins aucuns que se feroit, pourveu que Ton feist tout ce que vous epvoye par escript avec lesdictes raisons.
Monseigneur d'Argenton, je tiens la chose bonnement pour désespérée. D'autre part, au XII* joq: du moys prochain d'aost, mondit seigneur le duc sera de eage et hors de tutelle, et selon que j'entens, la forme de droit est que passé ledict jour, s'il ne renonce incontinent audict mariage, il luy consent, et à Tadvenir quant bien le vouldroit. ne le pourroit refuser. Ceuli de Millan, comme dit est, ne se mesflent point, et par foys leur ambassadeur, qui est cy résident, m'en parle. En oultre, ceulx du pays de Piémont, failliant audict mariage de Montferra, pour la contingente des segnories et aultres pluseurs raisons, aymeront plustoust le parti de Millan que nul autre, et par ainsi, selon l'oppinion de pluseurs, seroit bien fait de entendre.
Mes, pour ce que la matière est d'importance, touchant laquelle désire fort , comme bien est raisonnable , entendre le vouloir du roy, je vous prie veuillier luy remonstrer toutes les choses desausditen , et sentir sur ycelles son hon plaisir et le moy signifier, afSn cl^e iflççiptipe»t le m^tte àj ç^vution. pt
DE COMMINËS. 283
98 cbos^ youlez que pour vous puisse, la leray de bon vQuloir. NatreTrSeigûeur... qui, ^w»6ig<^eHr <i'Ar««lïVW» VPW 4oi^^t bonuf^ vie et longu^.
Esoript ^ Vieune, le XI? jour de juillet ^•
RetournoQs i^ux dëpêçhes milana^seç.
Charles Visoopti écyit le 1/' sieptemhre 147Ô :
Monseigneur et madame, Vos Seigneuries n^ont pas reçu mes lettres par le dernier courrier, parce que, selon ce que je vous écrivais dans ma dernière lettre, Ca^nola voulant revenir à Paris, je résolus de me rapprocher le plus possible du roi, afin que sMl arrivait que vous eussiez quelque message à me transmettre, je pusse m'en acquitter plus promptement. Je me retirai donc dans une petite ville qui se nomme Châteauneuf, entre Lamotte d*Esgry, pu se rendit le roi en quittant Lorris où nous lui parlâmes, et Orléfips où il était tous les jours sur le point de se rendre. Le grand chancelier et toute la chancellerie, ainsi que plusieurs mepibres du Parlement, se trouvaient dans les environs , la plupart même au lieu où j'étais. Deux jours après, ils reçurent tous Tordre de se rendre à Orléans, ce qui eut lieu. Monseigneur du Lude y vint , ainsi que presque tous les seigneurs de la cour, sauf monseigneur d'Argenton, qui avait rejoint la cour depuis peu. Le lendemain, Sa Miyesté vint à quatre lieues d'Orléans, et ayant appris qu'on avait vu dai^s la campagne un grand sanglier, elle retourna sur ses pas jusqu'à Pluviers, à neuf lieues d'ici, où elle demeura quatre jours. Le roi étant parti , je m'éloignai, ce qui fit que le courrier ne me vit pas et ne me parla point : il n'en avait peut-être pas reçu commission, la chose ne paraissant pas nécessaire.
Sa Msgesté arriva ici le dernier jour du mois, de grand matin, ayant couché la veille à trois lieues d'ici. Elle s'occupa tout ce
* Archives de Mihn. C^tt^ lettre est sans date ^'^u^ée ; mai^ comnie elle ^at écrite pendant la minorité 4u ^ac PhUitiert de @^voie et à TépQqQeoi» il résidait ei^ Di^aitbiaé.il y Bk ]^e^ de croire, qu'elle, e^t de 1479*
jour à expédier les ambassadeurs d'Espagne, auxquels on a fiedt de grandes réceptions et des cadeaux précieux. Monseigneur d'Argenton avait précédé le roi de trois jours. Me trouvant avec lui, je lui expliquai ce qu'il me paraissait convenable et urgent de faire, relativement à ce que nous avions, Jean- André et moi, exposé à Sa Majesté, touchant le démêlé des Suisses : je lui demandai si Sa Majesté avait récemment parlé de cette matière et s'il croyait que quand bien même on ne s'accorderait pas avec les Suisses, qui réclament si malhonnêtement une somme qu'ils devraient payer et non recevoir, Sa Mîyesté s'en inquiéterait beaucoup et en voudrait à Vos Seigneuries. Il me répondit qu'il arrive bien quelquefois à Sa Msgesté de s'exprimer librement sur une question, mais qu'il n'est pas à craindre néanmoins qu'elle change de dispositions à votre égard et qu'elle cesse de vous favoriser de tout £on pouvoir ; que d'ailleurs il sait bien que le roi verrait avec beaucoup de plaisir s'arranger cette affaire ; qu'il était persuadé qu'on calmerait tout avec quarante à cinquante mille florins du Rhin au plus, et que, puisqu'on en avait déjà offert vingt mille, la différence n'était pas si grande. Je répliquai que je croyais savoir que si ce n'avait été pour complaire à Sa Majesté, vous n'auriez pas même eu la condescendance de proposer ces vingt mille florins, que vous seriez fort au regret de payer après avoir été injuriés et insultés de la manière la plus injuste et la plus déshonnête ; que d'ailleurs Vos Seigneuries sont à bout de ressources; qu'elles sont épuisées par tous les frais qu'elles ont déjà eu à supporter, sans compter ceux que les circonstances peuvent encore leur faire subir; que si vos ressources étaient affaiblies, vous pourriez mal soutenir votre Etat. Il me répondit que feu votre illustre père, de glorieuse mémoire, passait pour avoir un immense trésor. Sur quoi je repris qu'il était de moitié moindre que ce qu'on croyait, mais que Son Excellence aimait à entretenir cette opinion, pour maintenir et fortifler le zèle de ses amis, pour exciter le dépit de ses rivaux et pour confondre et épouvanter ses ennemis ; et que je pouvais affirmer en toute
certitude qa*il ne vous en restait rien ou du moins bien peu de chose; que vous connaissez exactement vos dépenses et qu*elles sont deux fois plus grandes qu'on ne le croit en général ; que les revenus ont été diminués de plusieurs milliers de ducats annuellement, par la suppression ou la réduction des gabelles, octroyées à vos peuples et à vos siyets. Je vis bien qu'on pense toujours ici que nos puits sont remplis d'or. Je crus aussi ne pas devoir lui cacher que vous seriez d'autant moins disposés à débourser l'argent, que vous n'avez pas oublié que Sa Majesté vous blâma dans le temps, d'en avoir payé aux Suisses, disant que vous n'aviez fait que leur exciter l'appétit, qu'ils n'auraient que plus soif de votre argent et qu'ils en exigeraient de nouveau un peu plus tard, et que la faute en retomberait sur monseigneur Cicho. J'ajoutai que vous aviez maintenant fait de grands approvisionnements et de grands frais pour leur résister et pour mettre monseigneur Guillaume et d'autres en état de les combattre, de sorte que leurs prévisions pourraient bien se trouver déçues. Monseigneur d'Argenton ne répondit rien quand je lui rappelai ce qu'avait dit le roi naguères, sinon que depuis lors bien des choses ont changé ; que c'était tant mieux si l'on avait pris de bonnes précautions, et que leur réclamation était d'autant plus iiguste que la somme était plUs forte. Il me fit observer aussi de lui-même qu'il ne restait plus qu'un mois ou un peu plus pour faire la guerre. Il me parut vouloir indiquer par là que quand même l'accommodement n'aurait pas lieu et que vous auriez le moyen de leur résister, le roi s'en contenterait plus facilement peut-être qu'il ne veut le laisser voir, afin de calmer et d'entretenir les Suisses et d'en obtenir des hommes, peut-être bien aussi pour les empêcher de se réunir au duc Maximilien, afin de ne point avoir des voisins trop puissants, maintenant qu'il a conquis la Franche-Comté. Il dit encore qu'il n'était pas à craindre que le roi condamnât Vos Excellences à aucune somme déterminée, ni qu'il prononçât contre vous aucune sentence.
Quand Jean- André et moi nous comparons tous nos souvenirs, nous sommes tentés de croire en effet que le roi ne nous a fait
286 LETTRES ET NltooCÎATIONS
nh à6èi2«il pè« àfibà^lë, â dbn ^èAÈ-Undi^ et à ttoi, lofiriqfQe fi^d loi pariâmes, que pour Oàtter les Sttiise». Je vous écriris alors 4u*à« moinetit oè le roi sortit pour mènter à oheral, afin de partir pour la Motte d'Esgrj, quelque^ Suisses, sur le point de retourtaet" dans leur pajs, se précipitèrent au derant de lui. Le roi leur fit la meilleure mine du monde, montrant bien qu'il savait ^tre aimable quand il roulait. Oô spectacle blessa mes rogards, comme Je Vous réeriris alors. Eut partis, nous qui nous trouTions là depuis le grand matin, nous attendîmes jusqu'à une heure ^Mrt arancée, ne sachant où nous retirer, parce que tout était rempy. Il n^j avait plus moyen de didérer davantage : au k*etour de lia messe , nous voulûmes parler an roi. n nous fit dire d'aller à son logis, où nous attendîmes encore longtemps avant et après son diner ; nous priâmes monseigneur du Lude de vouloir rappeler au roi que ))eus étions là et U nous promit de le faire, mak nous ne savons point s'il Uni parole. Enfin, nous ne flïmes point i^us et on nous laissa toujours à la porte, bien qu'il entrât plusieurs personnes, en petit nombre à la vérité, parce que le logis n'était pas grand, de telle sorte que nous fumes oMigés de rester là fort serrés tout le temps, bien que Sa Mi^esté eût fait faire ùh peu de plac^. Elle croyait sans doute se conci- Imr TaffiefcUon des Suisëes en ne nous faisant pas trop d'accueil, comptant bien qu'ils iraient répéter à Lucerne et à Berne, où Os fetoumaient, que le roi favorisait leareause. Je me suis efforcé de vous mettre autant que posdble sous les yeux ce dont j'avais été témoin et oe que j'avais ouï dire, idn que dans le cas où vous auriez pu vous laisser entraîner par les démonstrations du roi, Vous changiez d'avis, maintenant que vous êtes édifiés sur tout, et afin que vous puissies mieui peser ce que j'ai recueilli de monseigneur d'Ârgenton^ qui agit pour vous.
J'ai appris par ledit monseigneur d' Argenton que Jean-Bi^tiste d'Imola a été renvoyé par le Pape et le comte Jérôme, avec un bref et des lettres de créance, auprès de sadite Migesté qui ne voulut pas retttradre et k renvoya à monseigneur d'Argenton. Ledit Jean-Baptiste répliqua qu'il avait charge de ne remettre
M COMMINfâ. 287
ma nMBBag« qu'à Sa M%jèBt4 ^k-mMe. MonBei^âr d^Al^ft- Mk loi répondit qu'il safflsait qu'il lui fît con&aître ce dont il était chai^ ; que s'il le jugeait à propos» il pourait le lui dire, et que s'il ne le voulut pas, il était libre de retourher à Rome'quand bon lui semblerait. Enfin, il finit par exposer son miBSSage en présence de don Frédéric, qui se trouTait là par hasard : il portait en substance que le Pape n'avait pas voulu ratifier le coitiprottiis parce qu'il n'embrassait pas tous les différends en gpénéral, et ne s'appliquait qu'à ceux qui avaient su^i depuis ie 2Q avril 1478 ', bien qu'ils eussent leur source et se ^ssent développés dans la période antérieure ; qu'il exigeait en eoûséquence que lé tempromis f&t général et remontât plus haut. Pendant qu'il exposait ceci, monseigneur d'Argenton parut l'approuver tacitement. 11 reconnaissait formellemeiit qu'on avait eu coniiaissance des meurtres et des nouveautés advenus à Florence^ que cette atroce machination avait été ourdie par d'autres que par l'archevêque de Pise, don Jacobo et don Francisco de PaMi et que cette guerre n'avait pas eu pour cause la détention du cardinal *, comme on s'était efforcé de le îeÂre croire. Le message portait aussi que si l'on restituait les terres qu'on avait prises, ce serait porter une sentence contre soi-même et confesser qu'on a soulevé une guerre iiguste, mais que les arbitres, la cause bien éclaircie, pourraient rendre telle décision qui leur semblerait conforme à la raison. Quant aux affaires de Gênes^ le Pape ne voulait, ni ne pouvait s'en mêler. Jean-Baptiste d'Imola en prit occasion pour débiter une foule de choses contre le magnifique Laurent, à propos de la ville de Castello, du comte Charles de Montone et du reste. On lui demanda s'il était venu pour autre chose que pour justifier le Pape : il répondit que, hiê non ùi^tdfnHbus, le Pape était content que le roi seul, à l'eiduBion du roi d'Angleterre, fût juge avec le légat, que les terres conquises fassent remises entre les mains de Sa Mi^té, et qu'on lèverait les cenéu^es^ mais que le Pape ne voyait pas comment on pourrait retirer les gens
* Date dn complot des Pazzi.
' Le cardinal Riario , arrêté comme favorable anx Pazzi.
d'armes, parce que les Siennois resteraient abandonnés et an pouvoir des nôtres ; que cependant on v aviserait de quelque façon. Ces choses ayant été rapportées au roi, il fit appeler François Gaddi pour Tinstruire de tout et voir ce qu'il j avait à faire : c'est ce qui eut lieu. Don Frédéric prit la parole et expliqua tout ce qui précède. François répondit que comme la question embrassait, outre le cas particulier du magnifique Laurent, plusieurs affaires qui intéressaient la ligue, il lui paraissait urgent de mander aussi les ambassadeurs de celle-ci et de prendre leur opinion. On transmit cet avis au roi, qui fit immédiatement écrire par un de ses courriers auxdits ambassadeurs qu'ils voulussent se transporter à Orléans, où ils le trouveraient et pourraient expédier toute l'affaire. On enjoignit au courrier d'avoir à remettre les lettres avant jeudi dernier, ce qui se fit : c'était le 26, et ils avaient assez de temps devant eux pour se rendre ici, car on j vient très-facilement de Paris en un jour et demi ou deux jours. Sur ces entrefaites, le roi crut ne pas devoir attendre les ambassadeurs, et s'éloigna même avant l'arrivée de Jean-Baptiste d'Imola, disant que celui-ci lui paraissait être venu ici plutôt en espion et en explorateur que pour tout autre motif, et que lorsqu'il était venu naguère d'Espagne, fl avait sondé le cardinal et d'autres sur bien des choses , et qu'il sait qu^il revient encore avec la même pensée; que le Pape et le comte Jérôme prouvent bien le peu de cas qu'il font de sa personne et de la matière en question, en lui envoyant un homme semblable, aussi dépourvu d'usage du monde que de cervelle ; que le Pape cherchait à semer la discorde entre lui et le roi d'Angleterre, en voulant exclure celui-ci et le faire seul juge do confiit; qu'il voulait qu'on expédiât Jean-Baptiste d'Imola en se bornant à répondre que le roi n'entendait rien changer à ce qu'il avait écrit ces jours derniers, savoir : que les censures devaient être levées, les gens d'armes retirés, les domaines restitués, et que, dans ce cas, il accepterait pour sa part ce qu'on proposait, espérant qu'il n'en serait plus question après. On renvoya ainsi Jean-Baptiste d'Imola, de sorte que les ambassadeurs n'au-
DE COMMINBS. 'HB^
raient pa arrîyer à temps pour cette aflSûre, le congé ayant été donné avant qae le roi Tint ici, ce qui eut lieu, comme je tous Tai dit, le dernier jouir du mois passé. Monseigneur d'Argenton me demanda à deux reprises s*ils étaient arrlTés. Je ne sais si Ton aTait besoin d'eux , je ne le pense pas, et peut-être était-on bien aise qu'ils ne fussent pas intenrenus dans le congé de Tambassadeur d'Espagne tanquam teiUs faderum, mais monseigneur d'Argenton ne m'en dît mot : il me dit seulement que ces Espagnols aTaiént la tête dure, qu'ils voulaient notamment qu'on réglât les pirateries exercées par Colomb' et d'autres affaires non moins importantes, et qu'ils rêvaient des choses impossibles. Je sais toutefois qu'ils Unirent par s'en aller satisfaits de leur congé et plus encore de leurs cadeaux. Je me présentai à Sa Majesté le matin et le soir quand elle montait à cheval , afin qu'elle pût me déclarer ou m'ordonner ce qu'elle jugerait à propos : elle ne dit rien , mais elle parut me voir avec plaisir lui présenter mes hommages. Le roi nous Ût meilleure mine qu'il ne l'avait fait à Lorris : ce qui me confirme de plus en plus dans l'opinion qu'il n'a été si froid alors que pour laisser entrevoir, par ses actes sinon par ses discours, à ces grossiers pajsans suisses, qu'il penchait de leur côté ; mais, comme je vous l'ai dit, il comprend qu'il n'y a plus à temporiser.
Sa Msgesté s'est rendue à Notre-Dame de Cléry, à quatre lieues d'ici : elle fera quelques chasses dans les environs et partira de là pour Selomes , à dix lieues de Tours , un peu en dehors du chemin direct, de trois lieues peut-être. Le roi y fait venir la reine et y passera quelques jours. Je demandai à monseigneur d'Argenton s'il ne croyait pas que je dusse le
* De 1468 à 1485 un pirate qui s'appelait Colomb, parcourut TOcéan, en causant de grands * dommages au commerce vénitien. M. Rawdon Brown croit reconnaître paimi ceux qui partagèrent ses aventures, un jeune homme du même nom , immortalisé quelques ann<^es plus tard par la découverte du Nouveau-Monde.
COMHIIIRS. — I. 19
Me LETTRB8 IT BfAoOCUTIONS
suivra 0i m'arrMer aox efmronM àe Çàhiom t û wêû àhifÊê T0UP8 ou Bk)if 6n éiaient fort proûhea, et que le roi, ne ronkai pas s'occuper d'aflleûrea pendant qoelqaee joors, afail àofoé Tordre à Fambassadeur de Hongrie de rester à Bkûs , p«îs qi'il TaTait fait enrojer 4 Tours, am«i qae le grand chaTslier, les conseillers et le gros de la oour. Il s'j rendra Inirmême sous peu pour expédier ledit ambassadeur et pour reœvoir nos ambassadeur! auxquels monseigneur d!Argenton a oommu* nique ce que je vous ai dit plus haut , et o'est à Jean^Andri qu'il a dit oe qui concerne les Suisses. Lesdits ambaseadenurt ont jugé à propos de demander directement à OMOseignenr d'Argenton oe qu'ils ont à faire, n'ayant pu se rendre ici avant le départ du roi ; il les engage à se rendre aussi à Btois ou à Tours. François Gaddi, que le roi a fait mander, comme Je voof l'ai dit f et qui a assisté à l'audience de Jean<»Baptiste d'Imoia, a dit la même chose et raconte comment il fut congédié sans réponse : on expédia de la même manière Raphaël fiakrino, frère de Zanetto, envoyé apostolique. Le président de Toulouse a dit, au nom du roi, que Sa Mi^té se mettra en possession des domaines conquis et fera tout oe qui paraîtra convenahk aux intérêts de la ligne.
Il se confirme par diverses voies et par diverses persofties que le combat de Thérouanne a coûté au roi environ doux mille francs archers et une soixantaine d'hommes d'armes. Le duc Maximilien a perdu plus de six mille hommes, et les gens du roi, pendant la bataille et après, ont fait un grand nombre de prisonniers, dont six cents à rançon, parmi lesquels il j avait quelques hommes de la noblesse. La bataille dura deux jours. Le samedi, à la nuit tombante, les gens du roi perdirent, dit- on , leurs tentes et aussi leur artillerie : ils la reprirent le dimanche, car ils la trouvèrent enterrée, et forcèrent les ennemis à lever leur camp de Thérouanne. On dit qu'ils sont revenus et ont été rejoints par une foule de gens peu propres à la guerre. Les capitaines du roi écrivaient que Sa Majesté ne devait pas douter qu'une nouvelle attaque ne la couvrît de gloire; mais
DB C0MMIKE8. Ml
k rcv tfMrm que e'«st atin, «t qnU Bmnt fie la i Texigo, o» ne doit phM attftqaer cette anaée. Je me reeommaiide tambienent à Ves BsoeUenoee. OrléeiMif l*' se{il8mbre«
De voe Excellenees le Me-fldèle mrtHsar, CiARLEe Yucovn ^
Cagnola écrit le même jour :
Uloetiiseittee, erceUetttmiiiies e4 eepéckuK seigiie«ri«
Jeudi dernier, nous trouvant tous ensemble à Paris , nous reçûmes des lettres de monseigneur d*Argenton ; il nous prévenait que , Jean-Baptiste d*Imola venant d*arriver auprès de Sa Majesté , chargé par le Pape de quelque message relatif à la paix, nous voulussions nous rendre ici à Orléans pour quH fût plus à portée de communiquer avec nous, relativement à i^ambassade dudit Imola. Il nous informât aussi que Sa Majesté se dirigeait sur Tours. Visis litterU, nous résolûmes de nous rendre ici et, nos malles faites, nous partîmes, en effet, et nous venons d'j arriver aiyourdTiui; mais, en arrivant, nous avons appris qne le roi avait quitté la ville pour se rendre à Clérj, à quatre lieues d'ici, et de là à Tours. Nous avons trouvé François de Gaddi qui nous mit au courant de toute l'ambassade dudit Jean-Baptiste dlmola et aussi du congé que Sa Mfgesté lui a donné. Les lettres de créance pontificales dont Fambassadeur est porteur, déclarent que le Pape nô veut pas accepter la forme du compromis fait à Milan avec Sa Msgesté, parce qu'il ne lui parait pas pouvoir le faire à l'honneur du Saint-Siège, et surtout parce qu'il ne semble pas convenable que ce compromis soit aussi restreint qtfil Test. La principale cause de la guerre, j dit-on, se rattache à des causes antérieures, et on énumère les affaires de Castello, de Faenza, et jusqu'aux faits particuliers au magnifique Laui'ent, en en
« Amhim Ue Milaa (tred.).
concluant qu'il deyait paraître préférable à Sa Sainteté que le compromis fût plas étendu et plus général. En second lieu, si Sa Sainteté consentait à restituer d^abord les places prises de part et d'autre, et en particulier du côté du Pape, ce serait se condamner soi-même, car ce serait donner à entendre au monde entier qu'on a provoqué une guerre iiguste. Mais Jean- Baptiste dlmola a déclaré néanmoins que le Pape est content de s'en référer pour cette question à Sa Migesté seule et de remettre lesdites places entre ses mains. Quant à la proposition d'éloigner les gens d'armes, il dit que Sa Sainteté ne ferait pas beaucoup de difficultés, pourvu qu'elle obtînt quelques sûretés en ce qui touche les Siennois, qui seraient fort exposés si, toutes les troupes sortant de leur pays, celles 'du roi Ferrand pour rentrer dans son royaume et celles du Pape pour retourner dans le territoire de l'Église, les troupes florentines devaient seules rester à leurs frontières. On trouvera peut-être quelque moyen de trancher la difficulté. Relativement aux affaires de Gênes, aussi mentionnées dans le compromis, l'ambassadeur était chargé de dire que le Pape ne pourrait s'en tirer à son honneur, parce qu'il s'agissait des intérêts des Génois dont il ne pouvait disposer qu'avec leur consentement. Cependant, le Pape consent à remettre ce différend à Sa Majesté seule, par un compromis étendu et général dans la forme susdite. Jean-Baptiste d'Imola n'a pas exposé son message au roi, mais il lui a seulement présenté ses lettres de créance. Sa M^'esté voulut que don Frédéric et monseigneur d'Argenton l'entendissent et conférassent ensuite de tout avec François Gaddi, ce qui eut lieu. On fit rapport du tout à Sa M^esté, qui ne fut pas peu courroucée, à ce que nous a raconté Gaddi, que le Pape lui eût envoyé un personnage si léger pour un message aussi grave. Le roi est disposé à croire que ce Jean-Baptiste est venu ici en espion plutôt qu'autrement, d'autant plus que, comme je vous l'ai écrit déjà, il arrive d'Espagne avec des communications générales et vagues. Sa Migesté prend fort ombrage de ce que le^Pape veut remettre à elle seule le diffé-
rend ; il craint que ce ne soit un piège pour semer la discorde entre lui et le roi d'Angleterre, qui pourrait^se croire exclu des n^ociations par Tinâuence du roi. Aussi , sans attendre notre arrivée, le roi s'est décidé à congédier ledit Jean-Baptiste et à le renvoyer, ce qui se fit avec cette seule conclusion que Sa Msgeste a fait connaître ses intentions au Saint-Père par ses dernières lettres, relativement à cette matière, et qu'elle y persiste. On renvoya donc Jean-Baptiste d'Imola avec cette commission, sans aucune réponse écrite, et samedi passé il partit d'ici. Quant à nous, nous ne pouvions y être encore arrivés, n'ayant reçu que le jeudi les lettres de monseigneur d'Argenton , par lesquelles il nous mandait de venir , et Sa Migesté ayant congédié Jean -Baptiste dlmola le vendredi suivant et étant aussi partie le samedi. Voilà toute Thistoire des lettres que le roi a écrites au Pape en dernier lieu. Je ne vous en dis pas davantage, sachant que vous en êtes instruits par les copies jointes à ma dernière lettre. Tous ces détails nous ont été fournis par François Gaddi , qui a assisté à toute l'affaire, qui a tout entendu et a été chargé de nous le répéter. Il est bien vrai, comme je vous l'ai écrit ailleurs, qu'il s'est trouvé ici un autre personnage du Dauphiné avec des lettres de créance du Pape très-banales et très-vagues, lequel a été congédié sans façon, parce qu'on sait que ce message avait été mendié par cet individu, afin de pouvoir s'introduire ici poui» ses affaires particulières. Les ambassadeurs d'Espagne ont été congédiés par Sa Migesté avec une bonne conclusion pour la ratification du traité, comme je vous l'ai écrit ; aussi sont-Us bien contents et fort choyés.
Donné à Orléans, le 1*' septembre 1479.
Votre serviteur, Jean-Andrj Caonola ^
Âpres tant de négociations confuses, après tant de men- ' Archives de Milan (trad.).
•i9i LETTRES BT NEGOCIATIONS
fiongèr«9affijruftationftS boqs srritoiis bmaqttenm à Teiph^ 8160 des hitrtgaêfl dont nous arons fisdt entreroir latmDe. Le principal r4Ie est ëchn à Robert de San-Serertno, ce condottiere aux sinistres allures, avec lequel Commines est depuis longtemps en relation. San-Severino a pour i^pui à Milan^ un aotre Olivier le Diablit un valet de chambre, Bomm^ Tafliini» eicelHi-ci, par on ne Mtti qoeb honteux me yiBB yperwiade i ht ducheme de nippder ses beaax-frères et de jeter en prison Cico Simonetta qui lui Mese pour adieux ces prophétiques paroles r « Votre Mbfesse vous « coûtera le pouvoir et à moi la vie. d Commines se borne i dire que Tassini était un homme de petite lignée» et il lyottte que la duchesse n'était c guère sage, » qu'elle était « feoMiie de peu de sens, » qu'elle agissait « par sottise '. » Le roi de France mnii à œtte époqve m envoyé en ItàTw nommé Pierre Palmeri. CTest à lui qu"eet adreeeée une lettre fort importante de Commines, oh se révèfe, mitigée par une sympathie persévérante pour Florence, la perfidie de Louis XI vis-à-vis du sage conseiller de Bonne de Milan:
Pierre, je me recommande à vous. Depuis votre départ, est advenu à Milan ce que vous avez appris. Il est nécessaire que vous vous rendiez en toute diligence vers le roi Ferrand, parce
' Qui bien j penseroit, c^est mitëraMe vie que fa nostre, dé Uni prendre de peine et âe travail pour ft*abréger la tie, en dfsant et eacripTanI tant de chàëee, presque oppositet à leurs pensées. liém»^
* Bonne de Milan conserva un instant Fapparence de Tantoritë, |wW on la rUèfpiui. à AbUaH^-Orasso. I^ 1 1 mai 1482, elU écrivait à son ami du Bouchage (amico nostro de Bociagie) pour suppUer Louis XI de la déUvrer de sa prison. Moumi, Ikc* 1. 1 ^p« 16.
DB C0MMINE6. 206
00 toiil d^vend de )ui« et que tous lui appreniez quelle egi Tin-
mtk>D du roi en ce qui touche ce que le prince son âls lui a fait
«voir. L'un des points était de mettre messire Cico hors du
luvernement qu'il avait entre les mains, et d y rétablir ceux
li j sont aigourd'hui. Ce poin{ est accompli. Mds pour rien au
^nde le roî ne voudrait souffrir la destruction des Florentins,
} éellé de la pétsonhé de Laurent de Médicis; et si à Milan, on
■vlfte de kul* faiM la guerre, le roi est résolu à aider par tous
« moyen» les Florentins et Laorent, oar il a en ce moment en
France bien huit oents hommes d'armes de plus qu'il n'en a
besoin pour la garde de ses États, et il m'envoie moi-même en
Dauphiné et en Savoie pour faire mettre tout en ordre s'il en
est besoin. Toutefois, le roi désire la paix si elle est possible, et il
est résolu, comme je l'ai déjà écrit, à fal^e tout ce que lé pritice
lui a dit sans y manquer en quoi que ce soit, et en donnant suite
à ce qui est dit ci-dessusi Votui elposefds tôutoêd ad roi Ferrand
qui peut bien penser et connaître que si le contraire de ce qui a
eu lieu était arrivé, le roi n'aurait pas moins recherché la paix
qu'il ne le fait ai^ourd'hui.
Écrit au Plessis du Parc près de Tours, ce 3 octobre 1479.
PhILIPPBS de Ck)MMTNBS.
A cette lettre étaient jointes les lignes suivantes du prince de Tarenie :
Pierre, monseigneur d^Argenton vous mande bien au long la
volonté du roi : il ne me reste donc rien à j igouter, mais si vous
voyez celui que j'ai envoyé par delài répélez4ui qu'il n'y a rien
de changé à ce que je lui ai dit.
Don Frédéric d'Aragon *.
Peu de jours apr^s, Cico Simonetta qui avait noblement refusé de sauver ses jours en les rachetant de ses deniers et de son honneur, eut la tête tranchée au château de Pavie.
« Archives de Milan (trad.).
Qn'estril resté dans les Mémoires de Commines des protestations d*affection et de dévouement qu'il avait réitérées à Simonetta? Il mentionne à peine et non sans dédain c ung <c appelé messireCico, secrétaire qui conduisoit la duchesse», et il loue Robert de San-Severino, « vaillant capitaine. »
Quel sera le personnage rusé et habile qui, dans ces graves circonstances, sera chargé par Louis XI de se rapprocher de ritalie pour nouer de nouvelles intrigues, pour préparer de nouvelles violences ? Louis XI, on vient de le voir , a désigné le seigneur d* Argenton , et c*est dans une lettre adressée au fils de Dunois (autre honte) qu'il annonce le choix qu'il a fait entre tous ses conseillers :
A num frère, momieur de DwmU,
Mon frère, mon amy, j'aj veu ce que m'avez escript, vous avez fait le mieulx du monde jusques ici ; et ne scaj comment je vous en sauray remercier. Il est force, puisque vous avez encommencé, que vous achevez, car vous ne me faites pas peu de plaisir. Le prince de Tarente ne fera point ce voyage pour ceste mutation qui est venue à Millan. Monseigneur d*Ai^nton ira et partira assez tost ; mais je Tay ung peu empeschié ici pour mes affaires. Par lui serez averti de toutes choses ; mais fl est force que vous menez ceste espousée au moustier. Et adieu, mon frère.
Escript au Plessis du Parc, le VHP jour d'octobre.
Lots*.
Quelle était cette « espousée ? » Probablement celle dont Louis XI parlait six mois auparavant dans sa lettre du 22 mars, et qui jusque là n'avait été menée, ni à Montri-
« Mém^, t. II, p. 221 (note).
chart, ni <c au monstier. » Si nous ne trompons, a i'esponsée » ëtait le jeune duc de Savoie , et « le moustîer » était le donjon du Plessis.
Commines, après Du Bouchage et Dunois» allait recevoir la même mission, et afin qu'elle fût à la fois entourée de plus de puissance et de plus d*éclat , il amenait avec lui deux cents archers de la garde du roi ^ Le 24 octobre, il était déjà à Lyon, comme nous l'apprend une lettre de Petrasancta :
Illustrissimes et excellentissimes princes, '
Afin que Vos Seigneuries soient au courant de toutes mes démarches, je les informe que je suis arrivé ici, à Lyon, hier au soir, et ayant appris que monseigneur d*Argenton s'y trouvait, je lui fis Immédiatement part de mon arrivée. J*ai eu ce matin avec lui un long entretien qui peut se résumer en substance comme suit : Sa Msgesté était fort étonnée que Vos Seigneurieis ne lui eussent fait conntutre que d'une manière générale un changement aussi considérable que celui qui vient de se produire dans vos aflfaires. SaM^'esté qui ne désire que votre bien et celui de votre pays, apprendra avec le plus grand plaisir vos bons succès et la réussite de Theureux changement survenu chez vous. Je lui ai répondu que Vos Seigneuries partagent sans nul doute la même opinion, et qu'immédiatement après que le nouvel état de choses se fût fondé et se fût consolidé, elles s'étaient empressées de me dépécher vers Sa M^jesté et qu'elles ne s'étaient pas occupées de lui envoyer une ambassade solennelle, pour que je pusse me rendre avec plus de célérité auprès d'elle. U m'a répondu
* A Jacques de Silly, grenetier de Lizieui, pour la dépence qu^U luy conviendra faire pour mener au pays de Savoye en la compagnie du seigneur d' Argenton les 200 archers françois de la garde du roy , 300 livres. Bibl. imp. de Paris, Fonds Gaignières 772 «, fol. 706>
296 LBTTRB8 KT MÉGOCUTIONS
qm looi wt biea «4 ^«'U atpàr» que Sk Uàj/mbà im iratra av^
plaisir. Il n'y a rien de nooreaa dam cette ville; j*7 s^'oomerai aqjoard'hui pour me transporter avec toute la diligence possible à Tours, où la cour, me dit-on, se trouve en ce moment. Je me recommande humblement à Vos Seigneuries.
0e Lyon, le S4 octobre 1479.
De Vos AltésâSê lè sertflMr, itA^frmtm pBtKAJiAftovA '.
Tandis que Petrasancta se rendait à Tours, an autre diplomate lombard que nous connaissons aussi depuis longtemps, Antoine d'Apptâno ^tait émùjé p^ du dut de Savoie. On lui avait remis les instructions suivantes :
Antôind, désfrant persév^r oonstammetrt dan» TmitU ei raltiÂUce qtiô nôûs avons contractées avee ffllustr* seigneur le doc de S^avoie, notre gendre et <^dsifi, et continuer sutftnt que possible i en resserrer les tiens, nons. voulons qne tons vous transportiôz aupris de Sél Seigntntié et que rous y restisf jfisqil*à cô que nous vous écrhrJons de rerettff , pour f étftwtenîr de nos Affaires dont vtms récévreis avis Jour pAr Jotir. Vous nous infWméreî de ce qu*U plaira à Sa iSeigneurié noutf &irë savoir ou icÉ choèes qui vous sembleront dignes do notis être eommnni* qdées. Dès votre arrivée, vous saluerot et oomtdimentèrét sièo^ tuéusement Sa Seigneurie de notre p&rt ot de la psri de son illustre épouso notre flUe et scmrr, dont vous lui têtéA mt* naftre fétat dans les termes les plus convensUos qu'il vous èéfs possible.
Dé pitfs, comme notfs avottâ appris que lé msgniflqdé Séigtiétif ^ÂrgéûiM, conséaier de Sa Majesté Ti^ë^iiMeiitte le itrf 4e France, est envoyé vers le dit duc de Savoie, vous visiterez de ÉitÂTe pari 8a Ifagniâosnee qui motm porte «A amour singulier el qai itmt loit)ours monlréei en ne ttt plas lntorM» «4 phis
* ANliiv«idelfiiaa(tnid.)
DE CULMINES. 209
affaoiioiinAe à nos intéréts^et vous Ventretiendrex amplement des affedres de notre gouvernement, en hii faisant bien entendre que notw n'aTona rien plus à cœur que de plaire au roi de France dans toii^eg les chosea où noua pouvons lui être agréaUes» et partiouLik^ement en ce qui intéresse le salut et la gloire des seigneurs florentins et de Laurent de Médicis^ comme nous Tavons d*ailleurs témoigné à Sa Majesté par nos lettres et par Torgane de nos ambassadeurs et comme Sa M%|esté a pu le concevoir d^elle-meme.
Enfin» vous prierez Sa Magnificence de notre part, qu'il lui plaise, TU la mutuelle et singulière bienveillance qu'elle nous porte, de noua instruire toigours de ce que nous avons à faire, poor nous conduire de la manière la plus convenable avec Sa Mi^esté, et nous désirons mettre toigours son bon plaisir et sa volonté au dessus de tout ce que nous pourrions vouloir ou désirer nous-mêmes. Nous ne doutons pas que monseigneur d'Axgenton, s'intéressant comme il le fait à notre prospérité, ne nous conseille amicaUment avec la plus éminente sagesse, et vous nous aviserez sur le cbamp des jugements et des bons avis de Sa Magnificence, à laquelle noua ne laisserons échapper aucune oeeasion de nous rendre agréables *.
Le jeune duc de Savoie continuait à résider en Dauphiné où il vivait sous la garde de Dunois et du seigneur d'IIlins. Appiano arriva le 16 novembre à Valence» Deux jours aprie, il aorivit la tottre que nous allons r^oduira :
Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneur,
ie mm recommande tai^ours à vos bonnes gracear Mardi seér, Ms-tard, (c'étail W 16 du présent mois), j'arrivai ici à Vaienee. Immédiatement je fis prévenir de mon arrivée monseigneujr le général de Savo/eiy lUâ^ de Mûris, etje le fit prier de se rendre le Isadenain matin à rhdteUerie dea Troia Kois, où je suis logé. Cesteeqa'il fit II me mit au courant dea cbeses do Ueouri des
« Archives dé Milsti (trad.).
termes qu'on y observe et des personnes qui s'y trouvent. En somme, tous ceux pour qui j'ai des lettres de créance, sont ici, sauf monseigneur d' Argenton, qui n'avait pas quitté Lyon U y a quelques jours, mais qu'on attendait hier soir on ai\|ourd'hai. Cependant il n'est pas encore arrivé. Le général se rendit à la cour et annonça mon arrivée à l'illustre seigneur duc, le prévenant que j'irais après le diner faire visite à Sa Seigneurie, si elle le permettait. Le duc parut très-satisfait de mon arrivée, d'après ce que me rapporta le général , de même que ceux du conseil qui sont ici, mais en petit nombre en ce moment. Après le dîner, le duc envoya deux gentilshommes pour m'accompagner à la cour; je me présentai devant le duc, je le saluai et le complimentai de votre part. Il m'interrompit tout à coup et me demanda : c Gomc ment est ma femme? » Je lui dis qu'elle allait bien et se recommandait à lui de tout son pouvoir. Ensuite , je lui fis mon discours comme j'en avais commission. Monseigneur d'Dlins répondit : — c Antoine, soyez le bien venu. Monseigneur le duc c vous a fait chercher parce qu'il avait envie de vous voir: c demain le conseil sera ici et, s'il vous plait, vous lui répéterez 1 ce discours, auquel il sera répondu. » — Je répondis que je le répéterais très-volontiers, et après quelques paroles banales je fus reconduit à mon logis. Ce matin, après avoir assisté à la messe, je me trouvais encore à l'église, quand le général et un autre gentilhomme vinrent m'y prendre pour me mener à la cour où nous trouvâmes monseigneur de Dunois, monseigneur d'IUins, le grand chancelier, et nn petit nombre de membres du conseil, dans une salle avec le duc; je ne m'approchai que de monseigneur de Dunois et lui donnai la main. Je répétai ensuite le discours dont vos seigneuries m'ont chargé. Ensuite iesdits seigneurs se retirèrent ensemble pour conférer entre eux, et enfin monseigneur le duc prit la parole : — c Ajitoine, dit-il, vous êtes € le bien venu. Nous vous accueillons avec plaisir et nous avons € entendu de très-bon cœur les salutations et les compliments € de madame notre tante et de notre £rère, et vous voudrez bien € de notre part les remercier de leur bienveillance, i — Mon-
seigneur le chancelier dit ^isuite : c Antoine, monseigneur le € duc et nous tous, nous tous ayons tu arriver avec un grand € plaisir, pour Famour des illustres seigneurs qui tous ont € enyojé, et parce que nous pouyons vous regarder comme de € la Maison de Sayoje, puisque vous Tavez servie si longtemps c et toujours si. bien. Votre séjour ici sera fort agréable à Sa € Seigneurie, et monseigneur le duc sera bien aise d'apprendre € des nouvelles des illustres seigneurs de Milan et de ces pays.
< Sa Seigneurie, de son côté, vous en apprendra dMci, car il est
< bien raisonnable que Tune et Fautre seigneurie échangent c entre elles des relations , vu la bonne amitié , Talliance et c Paffinité qui existent entre elles, ce qu'elles feront très-volonc tiers. » — Ceux qui se trouvaient dans la salle dirent ensuite quelques politesses, suivant Tusage, et nous nous rendîmes enfin à la messe. Monseigneur le duc étant rentré dans ses appartements, monseigneur de Dunois prit congé de moi. Je lui dis que j'irais lui parler dans Taprès-dinée, et il me répondit que je lui ferais toi\jours plaisir en l'allant voir. Je m'y rendis donc; je le complimentai de la part de Vos Ëxoellences et je lui témoignai dans les termes les plus flatteurs que vous étiez fort satisfait de ses bons offices auprès du duc; que grâce à sa bienveillance et à sa sagesse et à l'intimité qui le lie à vos seigneuries, personne au monde ne pouvait s'employer avec plus de succès que lui à maintenir entre les deux Etats et entre vos seigneuries cette amitié, cette alliance, cette union et cette affinité qui existent déjà entre vous. Il me répondit qu'il remerciait Vos Excellences de leurs salutations et de leurs civilités ; que, quant à lui, dans le rang et l'emploi qu'il occupe ici, il ne cessera jamais d'agir envers les deux Maisons de Savoie et de Milan comme son devoir le lui impose; que de son côté il s'emploiera totgours avec le plus grand zèle à entretenir l'affinité contractée avec le duc, et qu'il s'empressera to^jours de faire tout ce qui lui sera possible pour le bien et le profit de Vos Excellences.
Il m'entretint f.lors des nouvelles et s'informa de Florence. Je lui répondis q'^e le duc de Calabre et le duc d'Urbin campaient à
Deux jours après, Applano ëcrit de nouveau :
Illostrissiiiies et excelleutissimes dame et seigneur» Je me recommande toujours aux bonnes grâces de Vos Excellences. Aigourd^hui, après midi, est arrivé ici monseigneur d'Argenton avec monseigneur de la Chambre. Il a diné arec monseigneur de Duaois. Ce soir, je suis allé lui faire visite et le saluer de la part de Vos Excellences, et je lui ai remis votre message. U m'a répcmdu qu'il vous remercie de votre salutation, et que, comme il a toujours fait par le passé tout ce qu'il a pu pour votre honneur et votre profit, il continuera à le faire à Pavenir. Passant ensuite aux particularités du message, il dit que le roi son maître n'a pas été mécontent que messer Cico ait été démis du gouvernement qu'il détenait entre ses mains et que les illustres seigneurs Louis et Robert l'y aient remplacé, ces deux seigneurs devant s'en acquitter mieux que messer Cico ne l'avait fait; que ce sont des hommes d'une bien autre valeur, qui, pour une foule de raisons, sauront mieux gouverner que Itu n'aurait jamais su, ni pu le faire. Pourvu que vous ti'abandonnies pas les seigneurs florentins, que vous les aidiez, au contraire, et que vous les favorisiez ainsi que le magnifique Laurent et les autres amis du roi son maître, et que vous ne cherchiez pas à complaire au roi Ferrand en favorisant quelques personnes recommandées par les dits seigneurs Louis et Robert, Sa M^esté se contentera très-bien du gouvernement actuel, l'État ^^nt goavemé directement par Vos Excellences et se montrant toiyours favorable aux amis de Sa Majesté, tels que les seigneurs de Florence et surtout le dit Laurent. Mais si vous abandonniez les dits seigneurs fiorentins et le magnifique Laurent, et si vous âtvmîaiez le roi Ferrand, comme quelques-uns veulent l'induire de l'affaire des fils et de la suite du seigneiur Robert, qui se sont rendus en Romagne, Sa Migesté ne le tolérerait jamais. Je répliquai en répétant ma première justification^ c'est-àrdiro qu'on n'avait pu trouver aucun mojen, ni aucun prétexte pour les retenir honnêtement, qu'on ne pouvait naturellement recourir à la violence, ni
à la force pour les forcer à rester; que le seigneur Robert n*j aurait jamais consenti, étant engagé envers le Pape et le roi Ferrand jusqu'au 18 juin prochain. Il prit sur-le-champ la parole et me dit : c On verra quelle tournure prendront les choses. Si c Ton agit avec droiture vis-à-vis de la ligue, en favorisant les c Florentins et le magnifique Laurent, je sais que le roi mon € msutre sera satisfait et que Milan le trouvera toujours bien € disposé à son égard. Mais si on les abandonne et si Ton accorde c la moindre faveur au roi Ferrand, en ce cas je vous préviens c que j'ai l'ordre de faire arrêter tous les marchands, toutes les c marchandises et tous les sigets milanais qui se trouvent en € France, en Savoie et en Piémont, de retirer la majeure partie c des troupes que Sa Majesté a par deçà en Bourgogne et en c Franche-C!omté, de faire des levées dans la Savoie, le Dauphiné • et le Piémont, de réunir des archers, de renforcer tous les i corps et de marcher sur Verceil ou sur Asti, et de faire la c guerre à Milan, non pas pour agir contre l'illustrissime c duchesse ou messeigneurs ses fils, le roi sachant bien que ni c madame la duchesse, ni les dits seigneurs ne voudraient prêter c leur appui au roi Ferrand, ni abandonner les Florentins et c Laurent de Médicis, qui sont depuis si longtemps les amis et c les alliés de Milan ; mais ce seraient ceux qui gouvernent qui c payeraient les avantages que le roi Ferrand pourrait leur c avoir promis. Et s'il ne suffisait pas des troupes que je lèverais c par deçà, le roi s'allierait au duc d'Orléans et porterait ses c forces sur Asti, pour diriger de là son expédition contre Afilan, c et je vous assure que cette ville et son territoire s'en trouvec raient mal. i II parla encore longuement de ce s^jet sur le même ton, disant qu'il vous a envoyé un ambassadeur, chargé, de la part du roi, de vous remettre le même message. — Je lui dis à mon tour que j'étais bien certain qu'il n'y aurait pas lieu de prendre la peine de faire tant de choses; que Vos Excellences sont bien décidées à agir avec droiture envers la ligue et à favoriser de tout leur pouvoir les Florentins et le magnifique Laurent, et à suivre enfin, partout où il sera possible, la volonté
COHHIIIBS. — I. 5K)
de Sa M i^esté Trte-Chrétieane. Sa Sdgnearie panùssant roidoir en rester là et être de mauvalae hameur, j# 1» ckiBandai si k voyage derait sa faire bientôt : «-* c Je ne le taie pas encore, c me dit-il ; nous non» reverrons demain et tous les jooiv^ et c chaque jour aussi je voua informerai de oe qui se passe : vous « viendrez familièrement à mon logis, oè vous seres tot^oors c le bien-venu, et jMrai chez vous, etc. i *— Je ne pus rien apprendre de plus concernant le vojage do duc de SaTÛe; je vous inf(H*merai de ce qui s'ensuivra. Je ne recommande enoore à Vos Excellences.
De Valence, le 20 novembre 1479.
De Vos ElceUences le dévoué serrite«r, Antoine de Applano •.
La lettre suivante d'Antoine d' Applano, postérieure de quelques jours, signale de plus en plus Tactive intervention du seigneur d'Argenton. Il vient d*impoaer , malgré le méconteiltement des nobles de Savoie, l'ordre de Losis XI qui exige que le jeune duc lïoit conduit au Pïesswhlès-Tonrs.
A mon três^rechuèté seigneur, monseigmwr h duc de MOkm.
Illustrissimes et exoellentissimes dame et se^aitrs. Je me recommande tot^oors aux bonnes grâces de Vos Excellences. Hier, messe^neurs de Dunoîs, d^Argenton et d^IHiûs fnrent en conseil et proposèrent quelques moyens termes touchant le vojage de monseigneur le duc de Savoie en France, aân de prendre certains avis des Savoisiena sur oe point et sur quelques autres différends de la Savoie. Après une fbule de discours confus, comme je Pai appris, ils résolurent de se réunir do nouveau après le dîner pour arrêter leurs conclusions : ils firent ainsi et demeurèrent réunis jusque une heure de la nuit. En
* ArohivM d« MiUn (trad.).
somme, les envoyés du roi ont décidé que le dit duc irait en France deyers le roi, et ils le déclarèrent aveo tant de fermelé et d'énergie que personne n'osa rien ai^^uer» ni porétexter dans un sens oontraire. J'en fus averti sur-le-eiiamp.
Ce Biatin, je me rendis au logis de monseigneur d*Argenton qui m'avait fait dire la veille d'aller lui parler ce matin de bonne heure. Nous allâmes d'abord à la messe, et il me communiqua la décision prise» qui est que monseigneur le duc ira présenter ses hommages au rd : il partira de suite, et c'est monseigneur de Dunois qui en est chargé. Il ae rendra ai\|ourd'hui à Ljon et attendra là certaine réponse du roi et de l'ambassadeur qui est allé devers vous à Milan. S'il arrive qu'il j ait quelque avis à transmettre à Vos Seigneuries, il me l'écrira, pour que je vous en informe de suite. Je lui répondis que je prendrais bonne note de ce qu'il m'écrirait et que pareillement, si j'avais , soit de vous ou d'ailleurs, des nouveUes intéressantes, je l'en préviendrais immédiatement. D me dit ensuite que nous devions encore nous voir avant son départ, et je lui promis de retourner chez lui.
Je me rendis ensuite au logis de monseigneur de Dunois et je lui dis que monseigneur d'Argenton m'avait annoncé le départ du duc : il confirma ce qu'on m'avait dit et i^outa que la résolution ava\t cela de bon que chaque jour les Savoisiens envoyaient des messages à Sa Majesté et n'étaient jamais d'accord avec euxmêmes. Cbrâce au voyage du duc, on prendra vite une bonne décision, et tout n'en ira que mieux. Je lui demandai quand il partirait : il me dit que ce serait bientôt, dans trois ou quatre jours, n s'arrêtera encore quelques jours à Loron, et pendant son séjour en cette ville, il pourra expédier les affaires de Savoie, aussi bien qu'il les expédio :: i à Valence. < Vous viendrez sans € doute à Lyon, » me dit-il. — Oui , lui répondis-je. — « Nous « nous reverrons, » cgouta-t-il.
J'smai aussi à la cour, dans l'intention de parler à monseigneur d'IUins et d'apprendre quelque chose de plus : il ne s'y trouvait pas. Je retournai au logis de monseigneur d'Argenton qui était sur le point de partir, et je le priai de me dire ce que j'avais à
faire : c Nous en parlerons à Lyon, » me répondit-il. Je loi demandai ensuite quand partirait le duc : — c Je crois que ce sera c demain, dit-il, mais il s^arrétera à Ljon trois ou quatre jours; < je prendrai les devants. > — Je lui demandai s^il comptait se rendre auprès du roi ayant le duc : — t Je ne sais, me réponditc il : j^attendrai les réponses du roi et de l'ambassadeur qui est c allé à Milan, pour savoir comment vont les affaires dltalie, et c j'agirai selon les avis que je recevrai. > — Je lui dis que je croyais que tout irait bien. Il se mit à rire et dit : — c Ceux qui c gouvernent actuellement , sont un peu au roi Ferrand. > — c Ils n^appartiennent qu'à la duchesse, » répliqnai-je. Il n'en parla plus et dit : < Or çà, montons à cheval. » Et il monta à cheval. Jusqu'ici, je ne puis rien vous dire de ce qui a été décidé relativement au jour que monseigneur le duc partira : on le décidera, je pense, aujourd'hui ; je le saurai et je vous en informe^i.
Le duc se rendant auprès du roi de France, il me paraîtrait superflu de l'y accompagner, puisque ce serait sans objet : il ne serait pas non plus très-honorable pour vous, me paraît-il, de m'y envoyer. J'irai jusqu'à Lyon pour savoir quand aura lieu son départ vers le roi et si monseigneur d'^Argenton va en France ou reste à Lyon, parce qu'il ne s'est pas expliqué ouvertement relativement à ce voyage vers le roi ou à ce séjour à Lyon. J'attendrai là que vous m'ayez fait connaître si je dois retourner directement ; et si monseigneur d'Argenton partait avant que votre réponse me fût parvenue à Lyon, je m'arrêterais en cette ville et j'attendrais ; car comme je le dis, je ne vois pas ce que j'aurais à gagner à aller avec le duc vers le roi.
Je suis allé tard dans la soirée à la cour pour avoir la certitude du départ du duc. Il est, en effet, décidé qu'il partira demain, et c'est ce que m'a dit monseigneur de Dunois et ce que m'avait appris avant lui monseigneur d'Argenton en me quittant. Il me dit qu'il comptait séjourner à Lyon quatre ou cinq jours, et qu'ensuite, plus vite il se rendra près de Sa Mtgesté, mieux ce sera : que Sa M^'esté sera bien aise et bien contente de le voir, et que
DE GOMMINES. 309
tout ira bien. Ainsi , je partirai demain, s'il plaît à Dieu, en leur compagnie, pour Lyon. Je ne quitterai pas cette ville jusqu'à ce que j'aie reçu votre réponse. Je ferai tout pour lé mieux et j'exécuterai fidèlement vos ordres.
Je me recommande à Vos Altesses.
De Valence, le 23 novembre 1479.
Avant de quitter monseigneur de Dunois, je lui demandai s'il croyait que monseigneur d'Argenton arriverait à la cour en même temps que le duc de Savoie et que Sa Seigneurie : « Je ne « sais, me dit-il, s'il pourra faire assez de diligence, car il est < aussi chargé d'un message relatif aux troupes du Dauphiné et f aux affaires d'Italie : je pense bien qu'il se hâtera, mais il • ne pourra peutrétre pas quitter Lyon aussi tôt que nous. • — Je ne sais ce qu'il faut entendre par ces troupes dauphinoises, si ce n'est qu'elles ont été réunies parce qu'on a reçu ici l'avis que le roi René est en péril de mort *. Peut-être voudraitH)n tirer quelque parti de ces troupes dans un cas donné, si le roi René venait à mourir, peut-être aussi veut-on les envoyer en Savoie pour quelque dessein secret.
De Vos Excellences le dévoué serviteur, Antoine db Applano *.
La lettre suivante d'Antoine d* Applano est datée de Lyon :
Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneur,
Ce matin, le duc étant dans ses appartements, j'eus l'honneur de lui dire, en présence de monseigneur de Dunois, de monseigneur d'Illins et de quelques autres gentilshommes, que j'avais écrit de Valence à Vos Altesses touchant son voyage auprès du Roi Très-Chrétien ; j'ajoutai que je demeurerais ici à Lyon pour
* Le roi René ne moamt que six mois après, le 10 juillet 1480.
* Archiyes de Milan (trad.).
ipprendre de moiuieigneur d'Ai^nton dé qudlé miMioii il «rt ehargé rehitivemênt «ttx affairet d'Italie, et pouf savoir de lui si TOUS aYiez à prendre quelque résolution qui fût plus agréaUe qu'une autre à Sa Msgesté, ce dont je Vous informerais sur-lechamp, sachant que vous n'avei rien plus à cœur que de vous conformer à la volonté du roi partout où il vous sera possible de le faire. Je le priai ensuite de vouloir vous recommander à Sa Majesté quand il sera arrivé auprès d'elle. Je lui dis cela à voix basse, à cause des seigneurs qui se trouvaient là. Sa Seigneurie me répondit avec tendresse de cœur dans ses paroles , que je demeurasse ici, comme je Tavais écrit , qu'elle recommanderait Vos Seigneuries au roi , et qu'elle serait toiyours prête à les servir en tout ce que son rang et ses biens lui permettraient de faire.
Monseigneur d^Argenton est resté ici : il me dit avant-hi^ qu'il comptait partir dans deux ou trois jours, après monseigneur le duc, pour se rendre en France, et qu'il le rejoindrait en route. Comme je n'en croyais rien, j'en parlai à monseigneur de Dunois avec toute la réserve possible, et Sa Seigneurie me répondit qu'elle ne le croyait pas davantage , parce qu'il devait attendre une réponse du roi qui n'arrivera que dans quatre jours , et peut-être exigera-t-elle une réplique et une seconde réponse qu'il faudra attendre. Quoi qu'il ob soit, j'irai le voir tous les jours pour tâcher d'apprendre quelque chose, jusqu'à ce que j'aie reca la repense à mes lettres du 23 et du 24, envoyées par le courrier Robia, et je me rendrai ensuite à Milan si , comme je le suppose, j'en reçois l'ordre.
Lyon, le dernier jour de novembre 1479.
De Yoa Excellences le dévoué serviteur, Xntowe db Applano ^
Deux jours après, autre lettre d'Antoine d' Applano :
Illustrissimes et exœllentissimes dame et seigneurs, Je me recommande toiyours aux bonnes grâces de Vos Altesses. Vendredi matin, 3 de ce mois, monseigneur d'Argenton me fit
* Archives de Milan (trad.).
DE GOMMINES. 311
nan^r. J« nie rendis chez loi ; il me dit qu'il s'était décidé à se rradre auprès du rcâ et 4u*il j irait en trois ou quatre journées, lentemeBt et vrec prudence, afin de ne pas manquer la réponse de Sa M^gesté) qui pourrait être de nature à le faire revenir e«r ses pas pour les affaires dltalie. S'il reçoit avis de revenir, il en préviendra à la hâte Lionetto de Médicis, et si on lui ordonne de rejoûklre le roi, il en transmettra également avis à Lionetto, qui eeira au courant de tout. Il m'a chargé de vous dire que^ soit qu'il se rende vert le roi , soit qu'il revienne ici , il «em toigours, en quelque ^idroit qu'il se trouve, disposé et empressé à faire tout ce qui peut être agréable à Vos Excellences, pour leur bien et leur honneur : il me recommanda instamment de le rappeler au souvenir de Yos Seigneuries. Je le remerciai beaucoup de l'avis qu'il m'avait donné et de ses bcmnes et affectueuses dispositions envers vous : ce qui n'était rien de nouveau, d'ailleurs. Vos Excellences ajant toigours reoounu en lui cette bonne affection et ces sentiments bienveillants qui n'ont point changé. Je le priai, s'il se rend auprès du roi, de lui recommander Vos Aiteises et de faire tous ses efforts pour le maintenir dans les bonnes intentions dont il est animé à votre égard, ainsi que dans l'amitié et l'affinité qui le lient au duc de Savoie; j'igoutai que Sa Msgesté ne pouvait faire chose plus digne d'elle que de conserver en leur franchise ces deux potentats de Savoie et de Milan et de maintenir leur union, parce qu'ils seront toigours dévoués à Sa Majesté et au Dauphin, son fils ; qu'en agissant ainsi, il fera chose juste, honnête, agréable à Dieu ; qu'il sera très-glorieux et trèsdigne pour Sa M^esté de maintenir l'union de tous ses cousins, comme aussi l'indépendanoe de ses dits neveux dans leurs États. Elle fera aussi chose très-utile à elie-méme et au Dauphin, son fils, parce que ces deux souverains restant unis, bienveillants et soumis à Sa Majesté comme ils le seront toigours, elle n'aura rien à craindre du reste de l'univers quand il voudrait se liguer contre elle. Plus tôt le roi renverra le dit duc de Savoie, mieux ce sera pour couper court aux bavardages qui se débitent et aux menées qu'on fera de ce côté, en Allemagne et en Bourgogne,
si Sa Mtgesté le garde devers elle. Il me répondit que le roi n*entendait pas faire arrêter le duo de Savoie, mais qn*il avait oommission de raccompagner à Chambéry pour voir s^il prenait les dispositions nécessaires pour faire administrer bonne justice à chacun dans ses États, et pour lui faire prêter serment d*hommage et de fidélité, etc., puis,qu*il avait charge, cette gracieuse mission exécutée , de raccompagner de rochef dans le Dauphiné, Sa Migesté ne voulant pas que monseigneur de Bresse ou monseigneur de Genève ou monseigneur de Romont forment de nouveau quelque entreprise contre le dit duc, surtout parce que, en Savoie, il j a plusieurs barons et d'autres personnes qui tiennent fort pour la Bourgogne. Mais il lui paraissait bon de le ramener dans ces pays, comme je Pavais proposé, promptement et accompagné d'une bonne escorte pour tenir à Fécart les Allemands et pour plusieurs autres motifs; car ce sont les Allemands qui ont donné occasion au roi de le faire conduire en France, par les lettres qu'ils ont écrites et les discours qu'ils ont tenus. Je répliquai que point n'était besoin de lui fournir une si grosse escorte, mais qu'avec un bon gouvernement, comme sera le sien au bout de quelque temps, il n'était pas à craindre que monseigneur de Bresse, ni aucun autre lui donnât le moindre empêchement, si Sa Majesté tient un gouverneur auprès de Sa Seigneurie. Je; lui touchai un mot de cette proposition de tenir un gouverneur auprès du duc, parce que je sais qu'il désire vivement de le devenir lui-même et de gouverner cet État. Je suis informé que monseigneur de Dunois a la même ambition. Et c'est dans cette vue que monseigneur d'Argenton s'est mis en route pour rejoindre le roi avant le dit duc, pour lui communiquer ce qu^il pense : c'est ce qu'il m'a dit ouvertement.
Monseigneur d'Argenton m'a demandé si vous aviez l'intention de donner suite aux promesses de mariage faites au dit duc. Je lui diç que, de votre côté, vous teniez la chose pour irrévocable et comme faite, et que vous ne seriez pas contents qu'on laissât entendre le contraire. Ce siget parut lui plaire, et il en parla longuement. Il conclut que, de son côté, il ne négligera
rien pour entretenir cette amitié et cette affinité, car ces deux seigneuries réunies et favorables au roi, le reste de Tunivers aurait peine à taire le moindre tort à ces souverains, et comme je Fai dit, il igouta quelques mots touchant le mariage. Je lui répétai toigours que vous le teniez pour bien arrêté, et que, dans vos discours et dans votre correspondance, vous ne parliez jamais du duc qu'en l'appelant votre gendre et votre parent.
J'attendrai votre réponse pour exécuter vos ordres , et je me recommande encore à Vos Altesses.
De Lyon, le 5 décembre 1479.
De Vos Excellences le dévoué serviteur, Antoine de Applano.
Comme l'avaient prévu les ambassadeurs italiens, Commines prit la route de la Touraine, et Antoine d' Applano ne tarda pas à lui écrire pour confirmer l'intention des princes de Milan de donner au duc de Savoie la maiu de Blanche Sforza :
Au seigneur d'Argenton.
Monseigneur, j'ai reçu ce matin des lettres et une réponse de Milan : dans le nombre , se trouvait une dépêche que j'envoie à Votre Seigneurie. Pour qu'elle puisse apprécier combien mes illustres maîtres aiment l'illustre duc de Savoie et le tiennent loyalement pour leur gendre et leur cousin, je vous adresse cijointe la partie de mes lettres concernant la réponse faite à mon projet d'accompagner Votre Seigneurie jusqu'à la cour du roi, afin qu'elle veuille bien, s'il est possible, recommander mes dits seigneurs et le dit seigneur duc, de leur part, aux bonnes grâces de Sa Mtgesté Très-Chrétienne, comme ils en expriment le désir par leurs lettres susdites. Je prie donc Votre Seigneurie de vouloir le faire, parce que je retournerai à Milan à peu près en même temps que le seigneur duc arrivera à la cour. Je me recom-
mande à Votre Seigneurie et je s^rai toi^ouni ptét k aocotti|4ir de bon eœur tout oe qu'il lui plaira de m'ordonner. De Ljon, le 11 déoembre 1479.
Le tout vôtre,
AKtonni D*ÀPniAiio,
qui ae recommande à toos *.
En effet, Louis XI ne tarda pas à charger Févêque d'AIby de reconduire le jeune duc Philibert dans ses États, afin qu'il y reçut à l'occasion de sa majorité les serments de ses sujets ^.
La mission d'Antoine d*Applano était terminée : il rentra en Italie, et avant d'arriver à Turin, il écrivit la lettre suivante :
Illustrissimes et excellentissimes dsaae et seigneur.
Je me recommande totgours aux bonnes gr&cee de Vos Altesses. Le 11 du présent mois, j'ai reçu une lettre de Vos ExceUenoes remise au courrier à Milan, le 3, répondant aux miennes des 18, 20, 23 et 24 du mois dernier. Après Tavoir lue et examinée, j'ai jugé urgent d'écrire à monseigneur d'Argenton d'après la copie ici insérée. J'écrivis aussi par le petit courrier allemand, et j'envoyai avec ma lettre une copie de votre réponse, en même temps qu'une autre lettre de Vos Excellences, adressée à monseigneur d^Argenton , que j'avais trouvée dans mon paquet. Je suis certain qu'il en donnera connaissance au roi son maître : il sera ainsi satisfait, par cette lettre, à ce que j'aurais dû faire si j'étais allé à la cour. Je lui ai aussi envoyé cette copie pour lui confirmer et lui faire voir clairement que Vos Seigneuries ont une affection cordiale pour le duc de Savoie, qu'elles le
* Archives de Milan (trad.).
^ Compte de Denis Bidaut, cité par Duclos, Bist. de Louit XI, t. II, p. 373.
DE OOMMINBS. .^1?^
tieBAe&t loyalement pour leur gendre et eousin, comme je le l«i avais déjà dit à Lyon, parce qu'il m'a parlé fort au long de oe mariage, comme j'en avisai Vos Seigneuries par ma lettre du 5, remise à Tarinurier Pierre-Paul de Comereto, citoyen de Milan. De Saint-Antoine d'Avigliana, le 13 décembre 1479.
De Vos Excellences le dévoué serviteur, Antoine de Applano *.
Charles Visconti était resté à Tours pour défendre les intérêts du gouvernement de Milan. Il écrivait le 30 janvier 1480 :
niustrissimes et excellentissimes seigneurs,
On disait ici ces jours derniers que le duc de Lorraine, qui se trouvait alors en Provence, avait acheté quelques bâtiments génois et se rendait à Venise, engagé par la seigneurie en remplacement de son capitaine, qui était parti. Il n'y avait pas moyen d'obtenir aucun détail positif. L'ambassadeur vénitien, de retour ici, alimentait cette rumeur de tout son pouvoir, et comme je lui en parlais, il me laissa entendre que tout s'était, en efltet, passé ainsi, non-seulement du consentement du roi, mais par son conseil et avec son concours, et qu'on en apprendrait sous peu d'autres nouvelles, si l'on ne formait une ligue générale. Il paraissait craindre qu'à cause du voyage de Laurent de Médicis à Naples la seigneurie de Venise ne fût exclue do la ligue et qu'on n'en vînt à diriger contre elle de nouveaux projets et une nouvelle entreprise. Aiyourd'hui, monseigneur d'Argenton m'a fait part que le roi a reçu ce matin une lettre du dit duc de Lorraine, conçue à peu près en ce sens : Ayant appris que les passages de Sa Majesté sont fermés et gardés , il se rend à Venise, d'où il espère regagner sous peu son pays ; mais en tout lieu, il sera bon serviteur de Sa Majesté. On lui a rapporté, ajoute-t-il, et assuré que le duo de Calabre (qui est ici) et d'autres se sont
* Archives de Milan (trad.).
efforcés de persuader à Sa Majesté qn'il entretient des relations et des intelligences avec le duc Maximilien et avec les Flamands contre Sa Migesté. Or, tous ceux qui ont fait courir ce bruit auprès de Sa Majesté, ont perfidement menti, et il s'ofEire à les défier en tous lieux et à les combattre. Je crois que Vos Seigneuries sont très-bien informées de la haine qui divise le duc de Calabre et le duc de Lorraine; celui-ci s'est rendu en Provence à la requête du roi René, qui semble vouloir le faire son héritier et remettre cet État entre ses mains pour porter ombrage à Sa Majesté qui, de son côté, a résolu d'employer tous les moyens possibles pour les faire passer entre les mains du duc de Calabre. n est aisé de voir, par les dites lettres, qu'il n'a pris le chemin de Venise que par crainte qu'on ne mît la main sur lui, et qu'il n'a point été envoyé par le roi, comme le laissait entendre l'envoyé Vénitien, pour nous faire ombrage, pour venger sa réputation et pour donner suite à ses desseins. Je croîs bien toutefois, et monseigneur d'Ai^nton lui-même en a glissé un mot dans la conversation, que les Vénitiens ont sondé le roi pour savoir ce qu'ils pourraient espérer s'ils étaient exclus de la ligue, et si l'on machinait contre eux quelque projet. Mais à mon sens et d'après ce que je puis voir, je pense qu'ils ne doivent guère compter que sur des démonstrations, car quand on a soi-même une affaire sur les bras, il est difficile de s'occuper et de prendre soin de ceUes des autres. Vos Excellences me diront ce qui leur paraîtra à propos. Dans leur haute sagesse, elles comprendront ce qui se passe et verront plus loin que ne peuvent porter les yeux d'un homme comme moi, qui a la vue courte. Je me recommande trèshumblemeùt à Vos Excellences.
Donné à Tours, le pénultième jour de janvier 1480.
De Vos Excellences le très-fidèle serviteur, Charlbs Visconti *.
Ici nous rencontrons, en ce qui touche Commines, une
* Archives de Milan (trad.).
lacune considérable dans les correspondances si intéressantes des ambassadeurs milanais ^
Il est difficile de déterminer à qui fut adressée la lettre suivante de Gommines :
Je me recommande à vous tant comme je puis. «Tay esté bien joyeux de vostre venue; mes, pour ce que je n*ay point resu de lettres de vous, je ne ses si vous ferez lonc séjour par desà. Toutefois, il me déplèroit bien que vous particés sans ce
que je vous vice ... mon séjour de • n'en serois parti
plus sûrement, pour que je ne ces quel conclusion prendront les choses par delà. Sy vous avés point de lettres que vos me veuilles envoler, ce porteur est à moy et bien sûr. Pour le moins que j'aie de vous nouvelles, et mes recommandations à monsieur l'ambassadeur de Fleurance et de Millan. Et à Dieu... A Angiers, le XIIIP de juillet.
Le tout vôtre,
COMMTNBS *.
Dans la lettre suivante, Gommines recommande de la manière la plus spéciale François de Pontbriant au duc de Milan :
Mon très-redoubté seigneur,
Je me recommande très-humblement à votre bonne grâce. Le roy envoie Françoys de Pontbryant, porteur de cestes, devers
* Rien ne serait plos important que la publication complète des correspondances diplomatiques milanaises pendant une époque où les archives de Venise et de Florence sont peu nches en documents. M. de Gingins-la-Sarraz a abordé cette tâche. Personne, mieux que M. Osio, ne pourrait la remplir en embrassant tout ce qui intéresse Phistoire de XV* siècle.
* Cette partie de la lettre a souffert du feu.
* Collection de M. Chasles à Paris.
le dao de Ferrare» ei loi a chargé passer d«fyers voiis et yoos dire de ses nouveUes. Il est homme que le roy a bien pour recommandé. Je luj ai chargé vous dire aucunes choses de ma part. Je vous prye que votre plaisir soit le vouloir croire.
Mon très-redoubté seigneur, je prye à Dieu qu'il vous doint bonne vyo et longue.
Escript au Plessis du Parc, le XIP jour d'octobre.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur, Philippes de Commtnes.
Au dm de MiUan, mom trèê-redoubté êeiçneyr*.
L'année 1481 est également assez stérile en documents. La première lettre de Commines qui s'offre à nous, est du 27 mars : elle est adressée au duc de Milan :
Monseigneur, je me recommande très-humblement à votre bonne grâce. Je vous envoyé par ce porteur une haqnenée ; mais il me deaplet bien qu^elle n^est plus belle et meilleure pour l'amour de vous. Mais j'ay espérance que sy elle peut arriver saine jusques devers vous, que vous la trouverez assex bonne pour aller aux cailles. Et s'il estodt nulle autre chose de par dechà en quoy vous prinssiez plésir, je vous suplie, monseigneur, qu'il vous plesse le me mander et je metray paine de vous y servir, en priant à Dieu, monseigneur, quy tous doinst boDûe vie et longue et accomplir tout ce que vous désirez.
Au Plessis du Parc, le XXII* de mars, de la main de votre très-humble et très-obéissant serviteur,