‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 4)Chapitre 4 sur 30 · PRUDENCE · texte numérisé non relu

PRUDENCE

Prudenoe suys, descendue des cieujx,

De par Dieu mise en celuy que mes yeulx

Ne poveut voir en si piteux estât

Comme de mort, dont mon cueur presque mat

Si se complaint, me disant : plus de joye

Certes n'auras , car cil où té logeoye

Est décédé ; par quoy tu es tenue

Ses fais monstrer, puis que cy es venue,

Avoir esté par toy tousjours conduis

En quelque part que ait este jour et nuys.

Doncques affin que tout en sojt savant,

Je vays parler de Thomme tant prudent :

G'estdt celuj que partout Ton disoit

Estre prudent sur tous, tant qu'il vivoit;

C*estoit celuy qui, par sa grant prudence,

A si très-bien servy troys roys de France;

C'estoit celuy qui par prudente guyse

Fut si longtemps embassade à Yenise.

Ne fusse luy que le roy Loys print

Près de Pigny, quant à parler emprint

Au roy angloys, là où chascun n'avoit

Q*un home seul, comme es croniques voit

Chascun liseur; par quoy plus je n'en dits,

Hais m'en rapporte aux anciens escripts.

Ne fut-il pas, par son très-grant sçavoir.

Cause de faire aux Fleurentins avoir

Paix à celuy que pape on appelloit

Alexandre, qui guerre leur menoit?

Impossible serôit, sans nulle double.

Toutes descripré ses vertus, somme toute ;

Mais tant veulx dire qu'oncq nul si u'atint

A tels biens faire que ceulx où il parvint.

doncques vous, mes troys seurs et compaignes.

Justice, Force et Atemprance, ensaignes

Donnez diascune aux vivans demeures

De celui-là, qui ses fais décores,

A par nous quatre, tant en ouvres que dits.

En gloire soit son âme en paradis !

JU8TICB.

S'on doit Trajan, pour avoir justice Aymé au temps que d'empereur Yot&ce

II maintenoit, Louer, priser, comme es livres on voit, Que doit-l'on faire pour celuy que je voy Mort devant nous, qui, comme j'apersoy,

Estoit le plus Vray, juste et bon que jamais j'aperceus.

Car luy ayant en France tel crédit Du roy unziesme Louys que contredit,

Jamais ne fut.

Googk

Il cognoisfloit mieux ITtallye Que nul qui nous soit demourë.

Et eu luy si n'avoit foUie»

Dont de là estoit honnourë.

Au roy servir eust laboure, Si sa vie de tous prises Eust pieu à Dieu que demeurée ' . Luy lust; mais son plaisir n'est tel.

Dont avoir devons deni mortel.

Or avons-nous perdu sans doubtê Cil qui de force avoit soutyns Adversité que chascun doubtc»

Où Tavoient mis pluseurs mutins.

Qui ne demandaient qu^ butins, Comme apparu a à leurs faicts, Dont ils sont trouvés imparfaictâf Et Dieu qui en a cognoissanco, Si tour monstre de sa puissance.

Monstrant celuy que regretons La vertu de force en luy estre, Du temps que, contre les Bretons, Menoit guerre le roy son maistre ; On ne Teust veu en riens démettre Pour gouverner, ny esmouvoir.

Combien que sus tous prospéroit Et de chascun fust obëy.

De nuUy il n'estoit hay.

Hay , las ! Et qui eust esté Celuy si meschant et si lasohe, Qui ung si plain d'honestetë Eust voulu accuser de tasche?

Gelu j bien à mal faire tasche, Qui de tel homme vouldroit dire Chose qu*à vertus contredire On peult en luy tant qu*a vescu, Car de tous biens c'estoitTescu.

TBHPéRAMCB.

tempérance je suys, portant Torloge Qui toutes gens raisonnables condujrt, En cueurs rassis où nuls autres ne loge; Mws fortune d'ung tel si me déloge Que plus ne sçay où je prengne desduyt. OJhésu-Crist, comment as-tu permis Q9*iing si grant homme par Atropos soit mis

Hors d*aT6c nous, qni si fort l'aymions.

Et qui le nonstre toutes le clamions?

Car de vertus tant rayons déoorë Qu*à tous vivans exemple en donnions.

Las I tel trespas ne sera restaure I Où est celuy qui jamais pourroit dira.

Ne soïistenir Tavoir trop von ejîmeti En grant joj^e, ne acssy par grant yre, AjaDt vouloir à aucuû contredire Le sien estât, ne en riens mesconneu.

Par tempérance vers les Venicîen.s Au rQj huiiiesme Charles fist mnutt de bîens^ Les amusant par son très-doulx parler»

Devant Fornoue \ oubliant racoller, Quant MÎUennoys ils firent tous saillir; Mais leurs vouloirs leur fist tost ravalUîïv Tant que son maistre n'osèrent assaillir.

Créateur, <^|ui Je mondi* fr^^^n'' En y mettant ce qu*estoit nécessaire, Alors que vie longue tu affermas A tous humains que tu y enfermas ; Mais puis pechë si nous fut tant contraire Que à la mort briefvement nous conduyt, Gomme il appert par celuy qui subit Nos cueurs en deul par son département Nous a laissés. vray Dieu, qui ne ment, Trës-humblement mériter te prions A son âme que tu seul formé as.

Tous les biensfays que faire pourrions I

* On Ht dans le ms. : An ie Fornoue.

PÔY.

Bien me doy plaindre, et Saincte Mère Église, D*ung tel trespas, par quoi avons perdu L'homme de France estant de meilleur guyse Et dont service grant nous estoit rendu.

Or prions Dieu que ce qu*a prétendu,

Luy soit tendu En joye sans an, là sus en paradis ; Car de sa bouche jamais ne saillit dis

lÔ ELOGE

Ny contredys . Aucunement contraire à nos vouloirs.

Ne de celuy qui bailla ses ëdis A Moyse en ses tables tous voirs.

De foy estoit sans doabte le pillier.

Jamais en aultre plus ferme foy ne fut ; Toujours il a voulu estudier Au symbolle apostolle qu'il sût Mettre créance, ny errer n'y voulut;

Car il congneut Qu'à nous saulver c'est chose nécessaire, Qu'en ce monde riens n'est plus salutaire

Que de s'atraire A Dieu servir, qui ses servans n^oublie.

Requérons luy que l'âme vuelle atraire Du trespassé en sa gloire infinie.

Mieulx sa promesse valoit qu'ung oblige ; Jamais homme sur sa foy ne trompa; En son temps a maint tresté et lige Entreprinses et ad ce s'occupa, Dont les voyes de maints maulx estoupa.

Et occupa . Que maintes femmes n'entrassent en veuvage Et que au peuple on ne ôst du dommaige

Et de l'oultraige Par guerre forte, très-piteuse et cruelle :

Dieu divin, plaise-toi prandre homaige De son âme, la rendant immortelle.

La sienne foy partout estoit connue Et tant avoit es Ytalles crédit

Que une pôrsonne qui de loing fust yenne.

Là en son nom n'eust este escondit; Car.onc marchant par Iny ne fut sëdajt,

Ny contredit En luj tenant vérité et bon compte.

Jamais à nul ne fist aucun mescontOt

Craignant de honte Et vitupère avoir quelque reproche :

Grand biçn il eut, combien qu'il ne fust conte, Mais le sien sang de haulte race aprouche.

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