CHARITE
Par moy Jhësus en terre descendit En la vierge Marie qui m'ayma;
Par moj pour vous, humains, son corps tendit
Juc'à la mort où son cueur entama.
Bien vous monstra par moj que vous ajma.
Quant proclama Dedans la croix son père pour vous tous.
Si charité est point avecques vous.
Tous à genoulx Le suppliant vers luy vous devës mettre Pour le seigneur qui mort est devant nous.
Que ses pechës luj vueille tous desmettre.
Plus je ne voy homme tant charitable Que ce deffunct : nVil pas par moy faict Aux Âugustins de Paris moult notable Une chappelle qu'au^onduyt etparfaict.
Qu'il a fondée d*une messe eu efiect :
N'es-se bien faict?
Quoy plus? il a fait de si grans aumosnes A Jacopines, Cordeliers, pouvres nonnes.
Voire de bonnes Par grosses sommes que moult souvent bailloit : Las ! donc pour luy, Téglise, mains clas sonnes, Car je t'asseure que bien il le valloit.
N'a-il par moy maint homme à mestier mis?
N'a-il par moy maint grant clerc eslevé?
Par moy n'a-il pas esté entremis D'ayder aux pauvres, dont pluseurs relevé De malladie a et surtout levé ;
Car soulevé Les a trestous de toute sa puissance, Monstrant à Dieu que de moy cognoissance
Et acointance
Avoit sans doubte, et qa*il estoit tendu A tont bien faire des la sienne naissance :
Son bon vouloir luy soit es cieux rendu !
Secouru a vefves et orphelins
Et maintes filles pauvres a marie,
Les retirans de mains vouloirs malins :
Aux oppitaulx il n*a pas oublie
De ses biens mettre, se monstrant là plie
Où employé Voyoit le mieulx son argent et bienfait.
Rédempteur, ne souffre que deffait
Soit le parfaict Qui sa vie a si brief^emeut ânée, Mais en ton royaulme où n'a riens imparfaict, A jamais soit son âme confinée.
l'acteur.
Alors les sept dames, leurs vouloirs et pensées desclarées et ce que de plus près leur toumoit à desplaisir, comme toutes habondantes en soliciteuse mélencolie, se retirèrent et assirent près la doulante dessus nommée en disant l'une à l'autre que mieulx ne povaient demeurer que avecques celle qui tant aymée et cher tenue avoit esté de celuy qui toute la compaignie subcomboit et acravantoit du poisant fardeau de tristesse; car impossible estoit que d'elle ne fussent prisées et honnourées, veu que de tous temps ensuivy avoit les bonnes meurs et condicions, par consodalle amytié, que elles àvoient mis et maintenu en son bon espoux, jusques à l'accidentalle fortune qui tous humains meyt hors de labeur terrien. Oyes lesquelles paroUes, aperçons sur nous une grant clarté apparoistre, réverbérant
d'une dame perexcellente sur toutes chosee mondaines en beaultëy tant richement décorée de beau veetemens, ësquelx pourtrsds eussiés veu tout en broderie très-riche toutes choses par le souverain créateur mises et apposées en l'obéissance d'icelle tant lumineuse dame, laquelle s'i^pelloit, ainsi que depuis me fut dit, dame Nature, venant se complaindre et faire dyalogue contre la Mort trës-cruelle et inhumaine, disant ainsy :
NATURB.
Atropos, de pitié inhumaine, Tout encombrier engoisseux te précède.
fatalle ! que viens en mon domaine Faire, et ester ouvre qui tant excède Tous les humains et dont mal en procède, Bien seure suys, à nul qui soit en vie ?
Las I donc, pourquoy luj as osté la vie?
Que ne prens-tu ceulx qui n'ont nul sçavoir Et qui d'aprendre jamais n*eurent envie. Non pas cestuy dont deul me fais avoir?
LA MORT
A moy ne dois te prendre du trespas De ton chief-d'euvre que le vouloir divin A voulu prendre, parce que digne pas N'estoit le monde, ne peuple poytevyn , Avecques eulx avoir ung tel voysin, Mais à Celuy qui fait tout pour le mieulx, Qui l'a voulu substraire jusques es cieulx ; Car plus tost qu'autre il Ta voulu ravoir.
Dont ne doit estre nul mélencolieux, Pensant la joye qu'il luy fait recevoir.
DE CCMMBiES. 23
NÀTURK.
Biea je le croys, certes, en paradis, Et de Dieu point je ne me mescontente ; Les siens beaux fais, ses paroUes, ses dits, En autre voye jamais n'eurent entente.
Mais toy, perverse, que n*as-tu fait attente Jusques alors que l'impotent débille L'eust en Testât remis d'ung puériUe ; Ce que faisant, me fusse contentée Et contre toy n'eusse prinse CastUle, Car lors son àme eust bien esté sauvée^
LA MORT
Je m'esbahys de toy qui me blasonnes En me nommant de parversité plaine; Si tels souppirs en grant douleur rësonnes Qu'en puys-je mais? Ne pourquoy prens atayne A moy seuile que Fortune pourmayne Où il luy plaist, comme il est apparant, Sans que nul puisse de nous trouver garant.
De moy je fays ce que m'est commande, Sans espargner ne prince, ne parent :
Le mien office ne peult estre amende.