JU8 LETTRES ET NEGOCIATIONS
Nous vous avons informés hier soir de L'accident survenu aux équipages de monseigneur d'Argenton el des mesures que nous :>\ ions immédiatement prises : elles ont eu pour résultat que les bagages ont été recouvrés; nous ne croyons pas qu'il y manque rien. Quelques-uns des coupables ont été pris et ils subiront le châtiment de leur crime : on est à la poursuite des autres, et ils tomberont probablement en notre pouvoir. Il nous a paru bon de vous communiquer ces détails, pour que vous en lassiez tel usage que vous trouverez convenable. Les susdits bagages sont à Lastra en lieu sûr, et nous les enverrons sous bonne escorte le plus tôt que nous le pourrons.
Les Dix de la Balie ajoutaient dans une autre lettre aux mêmes ambassadeurs :
Nous vous écrivons ce matin quelques lignes, pour vous donner avis que les bagages de monseigneur d'Argenton sont entièrement recouvrés; on les a depuis expédiés, sous la conduite d'un massier chargé de les conduire en sûreté. En réalité, nous n'avons pas trouvé la chose aussi grave qu'on le rapportait hier soir. Thomas Spinelli, qui accompagnait ces bagages par ordre de monseigneur d'Argenton, est fort bien instruit de tout et pourra vous dire comment les choses se sont passées.
Charles VIII fit bon accueil à Commines et l'admit dans son intimité. Il lui dépeignit les péripéties de son expédition; il lui rapporta comment, dans un moment de dénuement et de disette , il avait vu s'ouvrir les portes de Bracciano ' : il est probable que ce fut aussi le roi qui raconta à Commines qu'à deux reprises on amena les canons pour assaillir le château Saint-Ange, mais que chaque fois il s'y opposa 2.
1 Mon., t. II, p. 365.
•' Mém., t. Il, p. 385.
En d'autres moments , le roi , trompé par la folle présomption de ses courtisans, plaisantait son ambassadeur sur ses craintes et lui demandait en riant si les Vénitiens n'enverraient pas au-devant de l'armée française, pour faire acte d'obéissance et de soumission. Commines répondit en mettant sous les yeux du roi le rôle des estradiotes et des mercenaires recrutés par les Vénitiens, document important qu'il avait réussi à obtenir, grâce à son habileté; mais les jeunes gens qui entouraient le roi, croyaient peu à ce que disait le seigneur d'Argenton, et ce fut en vain qu'il supplia Charles VIII de hâter sa marche pour rentrer en France.
Commines exposa aussi les griefs des Florentins. Il soutint qu'il fallait leur abandonner les Pisans et accepter les ducats et les hommes d'armes qu'ils offraient ; néanmoins l'avis du comte de Ligny l'emporta sur le sien, qui fut écarté « non pour raison, mais pour pitié des Pisans *. »
Lorsqu'on mit en délibération s'il fallait occuper Sienne, Commines insista de nouveau pour que le roi « tirât à son « chemin, » au lieu de s'arrêter « à ces folles offres d'une « cité qui se gouverne plus follement que ville d'Italie. » Cette fois, chacun était de son opinion, mais on n'en fit rien : l'on amusa le roi six ou sept jours en lui montrant les dames de Sienne, et une garnison française y fut laissée au grand mécontentement des Florentins 2.
Commines était chargé près de Charles VIII, non-seulement du soin de défendre les intérêts de Florence, mais
' Mém., t. II, pp. 43o et 440.
* Mém , t. II, p. 436.