COMMINES RENTRE EN FAVEUR PRES DE CHARLES VIII
Six mois à peine s'étaient écoulés depuis la fin de la captivité de Commines, lorsqu'il invoqua auprès d'Anne de Beaujeu les services jadis rendus à Louis XI, pour obtenir sa rentrée en faveur près de Charles VIII.
Dès le 12 septembre 1489, il écrivait à Anne de Beaujeu :
Madame, tant et sy très-humblement comme je puis, me recommande en vostre bonne grâce. Monseigneur de la Heuse m'a dit ce qu'il a plu au roy me mander par ly. Madame, je répute ce bien et honneur venir de monseigneur et de vous, et vous suplie le volloir mestre à fin. J'ay fet response par escript. Je vous supplie, madame, que vous plese la voir, car j'ay espérance que le roy et vous me serez bons procureurs, pour honneur et révérence dou roy vostre père. Plèse vous, madame, me commander tousjours vostre bon plaisir pour l'acomplir à mon pooir, en priant à Dieu que vous doinst bonne vie et longue et Tacomplissement de vostre désir.
Escript à Dreux, ce XIIe jour de septembre.
Vostre très-humble et très-obéyssant serviteur, Commynes 4.
Commines obtint, paraît-il , au mois de janvier 1490, l'autorisation de reparaître à la cour, qui se trouvait à Mou-
* Mc'm., t. III, pr. p. 191.
lins. Ce l'ut de là qu'il adressa la lettre suivante au duc de Bourbon :
Monseigneur, si très-humblement comme je puis, me recommande à vostre bonne grâce. L'arrivée de monseigneur le prince a esté icy très-bonne pour quelque brouille encommencé pour le l'ait de cette guarde, où le roy a très-sagement procédé. Je crois, monseigneur, que le roy désire vostre venue, et si fait chacun, se me semble. Des nouvelles n'en sçay nulles qne celles que chacun jour vous sont envoyées. Il a pieu au roy commander la pension que j'avoys, quand il me désapointa l'office ; mais il ne tiendra qu'aux gens de finances qu'il ne se fasse, et n'y ai embesogné que luy. Il me semble, monseigneur, que ceux qui ont loy de parler à luy, aisément luy font entendre la raison. Vous me pouvez, monseigneur, tousjours commander vostre bon plaisir pour l'acomplir à mon pouvoir. Priant à Dieu, monseigneur, qui vous doint bonne vie et longue et accomplissement de tout ce que vous désirez.
A Molins, le 4 de janvier.
De la main de vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
PHILIPPE DE CûMMYNES.
A mon très-redouté seigneur, monseigneur le duc de Bourbounois et d'Auvergne '.
Ce qui démontre suffisamment que Commines avait reconquis son ancienne position , c'est que , dès le mois d'avril 1491 , intervient un contrat entre Alain d'Albret et lui, où il est dit que le sire d'Albret, n'ayant pu le mettre dans la possession des terres d'Avesnes et de Landrecies, « obstant aucunes coustumes du pays de Hénault, » lui confirme celle du comté de Dreux, dont il restera saisi, tant que les sommes par lui avancées ne seront pas rembour-
1 Bibl. imp. de Saint- rétersbourg . Doc français, vol. 71, j
sées, et y ajoute la vente d'une maison nommée la Picquemuse, située à Paris, près du palais des Tournelles. Il est à remarquer en effet que Commines se maintient dans la jouissance de la terre de Dreux, malgré divers procès qu'engagent Jean d'Albret, comte de Nevers et seigneur d'Orval, et Jacques d'Estouteville, baron d'Ivry : il prend même , dès le mois de novembre 1490, le titre de comte de Dreux *.
D'autre part, l'influence politique de Commines renaît de jour en jour, combattue et contestée, il est vrai, par ceux qui le craignent ou le méprisent, mais «'imposant malgré eux, tant son habileté est grande.
Cosme Sasseti écrivait de Lyon, le 16 juillet 1490, à Laurent de Médicis :
Monseigneur d'Argenton a recouvré la liberté d'aller partout et est parti d'ici pour une de ses terres. Néanmoins je ne crois pas qu'il retourne à la cour en ce moment, parce que sa monnaie n'y aurait point cours 3.
La fortune du sire d'Argenton s'était déjà relevée, lorsque Sasseti mandait l'année suivante à Laurent de Médicis :
J'ai reçu votre lettre du 24 du mois passé, ainsi que la lettre destinée à monseigneur d'Argenton à qui je l'ai remise : il est resté très-satisfait de votre bienveillance envers lui, il m'en a beaucoup remercié et paraît désirer de rester votre ami. Je l'ai assuré que de votre côté vous ne négligeriez rien dans ce but. Il est continuellement ici, nageant entre deux eaux. C'est un homme
1 Le catalogue Joursanvault (n° 1225) cite un acte de foi et hommage rendu le 22 décembre 1490 à Philippe de Commines, comte de Dreux et seigneur d'Argenton, par Michel Deschamps pour un fief relevant du comté de Dreux. (Archives des Basses-Pyrénées.)
s Archives de Florence.
sage et subtil •. Je no sais encore de quel côté il abordera : vous le saurez bientôt 2.
Huit jours après , Commines répondait à Laurent de Médicis :
Seigneur Lorens, je me recommande à vous de toute ma puissance. J'ay resu vos lettres par Cosme, et vous prie continuer en se bon pourpos envers moy. Vous avez assez su la prinse de Nantes, qui est cité petite et grans faubourg, la mieux garnie de pourtaux et de tours et de murailles, que nulle autre que j'aie jamès veue, et de fousés taillés en roc, mal mésonnée, et est la fin de la rivière de Lère et l'entrée de la mer de se costé de Bertagne, d'artillerie assez pourvue, et duebé. Le treté a esté lonc, et grant mervilles que n'a esté découvert, car il est passé par beaucoup de mains, et en estoit assez averty le marésal de Bertainge ; mes il ne le povoit croire, pour le parentage. Madame Anne ne tient plus que Rennes, ville grande et fort peuplée, loins de mer. Le roy tient les présents païs, sauf un apellé Redon, qui est ville très-feble, et n'y saront mètre gens, que le roy ne la preiuge en VI jours, sy elle n'est secourue. Six mois après, Rennes dira le mot par famine. On n'osa fère nulle asamblée pour tirer outre Nantes, de peur que cella ne descovrît l'emprinse.
Autres petites villes tient ladite dame au bas de Bertainge, mes niens fort. Juques icy n'est désendu nuls Englès ; sy faut-il que le secours vienge de là ou que le roy ait Bertainge, synon, que le roy des Romains et de Castille ficent grant effors par leur fons, qui samble mal aparant, car on dit que ne s'atendoient de rien fère jusques l'an qui vient. Il samble que Dieu meine les fets du roy, car il viennent mieux que l'on ne s'atendoit. Le mariage estoit mal profitable ; pour le fils ût esté milleur que pour le père, et les Englès usent plus prins la matière à ceur, qui est nacion
1 Egli è del contimio qui et stassi infra due aque, riputato homo savio et sottile.
* Archives de Florence,
puisante et riche et gens biens crains pour les batailles, et n'a pas tenu à eux les sésons passées, que il ne se soient espreuvés en toutes autres choses, et ne sont point crains desà.
Maint an a que la couronne de France tint Bertainge, se ne fusent-il et a esté encore plus bas ; mes par une bataille fut recovrée. Pluisieurs désireroient que le roy espousât cette fille de Bertainge pour avoir pés à se bout, à l'aquit de sa conscience, et seroit une grant ajonsion pour cette couronne : autrement poroit bien durer la guerre encore. Sy n'estoit pour les Englès, le demorant de ladite duché ne dureroit ung mois ; ils n'ont nul homme de seur qne le prinse d'Orange, qui à cette nécessité ne l'a vollu lesser encore, mes dit ne la transporter point, mes atendre la fortune dedans Rennes.
Je fais mon conte que d'icy à XII jours, l'armée du roy sera devant Redon. Conquérir Honguerie et recouvrer Bertainge, est grant emprinse ; et les Bertons désiroient homme qui se tînt sur le lieu. La parsonne de ladite dame est fort louée et afecsionnée à se roy des Romains. Je croy que selon la profécie du roy Louis, à qui Dieu face pardon, que Italie demora encore en pès aucuns ans.
J'espère bref la délivrance de monseigneur d'Orléans. Diverses opinions y a en cette court; mes notre roy est très-sage et aime le harnès. Cosme vous escripra le demorant, qui en set plus [que] moy, mes je me soucie bien qui vous lira cette mavesse lettre. Priant à Dieu, seigneur, qui vous doinst acomplir tout se que vous désirez.
A Monsoreau, le XXIe d'avril.
J'ai parlé à Cosme d'une carte où est comprins Guinée, j'en tiens le double.
Plus que tout vôtre, Commynes \
Si Commines nageait entre deux eaux, c'était afin de cacher de nouvelles intrigues : le moment n'était pas éloigné
1 Archives de Florence.
où on allait voir combien il était « sage et subtil. » Il avait retrouvé, à la cour de Charles VIII, le seigneur de Miolans, naguère associé comme lui aux mesures les plus violentes de Louis XI contre la maison de Savoie. Le seigneur de Miolans parvint à s'emparer de l'esprit faible et inquiet de Charles VIII, déjà impatient de se dérober à la tutelle de ceux qui, jusqu'alors, avaient gouverné en son nom ; et son premier soin fut d'entraîner le roi hors du château du Plessis, dans une partie de chasse où l'on amena devant lui le duc d'Orléans, délivré de sa prison de Bourges, qui recouvra tous ses honneurs. Ce fut ainsi, observe Saint- Gelais, que Charles VIII fit un tour de prince magnanime, et que le duc d'Orléans se trouva pour jamais obligé de lui faire service.
Le triomphe du duc d'Orléans étaK, celui de Commines. Peu de jours après, le 25 juillet 1491, Charles VIII, ne se contentant pas de renoncer à tout droit de confiscation, lui fit don, sous prétexte des garanties invoquées contre la couronne, d'une somme de trente mille livres, bien supérieure à ce dont il avait besoin pour indemniser les La Trémoïlle. Il semble aussi, vers cette époque, avoir recouvré les pensions, dont il jouissait autrefois.
Un autre complice de Commines , Dunois , dominait en Bretagne. Il se réconcilia aussi avec Charles VIII. '
1 Danois mourut au milieu de ses succès le 25 novembre 1491. C'était « un très-sage chevalier, rempli de très-bon conseil sur toutes « les concurrences d'estat qui pouvoient survenir. (Godefroy, p. 95.) Comme Commines, il aimait les lettres; il possédait dans sa bibliothèque des manuscrits précieux et plusieurs volumes imprimés dont rénumération ne sera pas sans intérêt pour l'histoire de la typographie avant 1492 : La mer des histoires. — Oroso. — Eticques et politicques.
Le 6 septembre 14.91, l'ancien parti des princes du sang est reconstitué. Un traité d'alliance est signé à la Flèche par les ducs d'Orléans et de Bourbon , les évêques d'Alby et de Montauban, le comte de Dunois , Miolans et Du Bouchage, « pour servir le roy Charles, défendre et garder sa « personne, redresser le fait de son royaume et soulager « son peuple. » Les auteurs de cette ligue s'engagent aussi : « à s'aimer l'un l'autre, et à se porter, favoriser, soustenir « et tascher de se mettre l'un l'autre en la bonne grâce du « roy1. » Une prudence excessive, mais dictée par l'expérience, peut seule expliquer ici l'absence du nom de Commines.
L'œuvre de Miolans et de Dunois , dirigée probablement parle seigneur d'Argenton, fut le mariage, aussitôt accompli qu'annoncé, du roi de France et de la jeune duchesse de Bretagne. Si Commines ne parvint point à réunir la Flandre à la France, ce fut peut-être à lui qu'elle dut le territoire que baigne l'Océan. La patrie d'Artevelde avait résisté ; la terre du duc Noménoé se souvint de Duguesclin et ne se plaignit point de devenir française.
Anne de Bretagne se montra très-reconnaissante à l'égard
— Le propriétaire. — Le rairouer de vie humaine. — Le mirouer de la Rédemcion. — Mélusine. — Le vieil testament. — Le doctrinal de la court. — Fasciculus temporum. — Le confessional Jarson. — Maguelonne. — Sidrach. — Pourehas. — Le romant de la Rose. — Boèce : de consolacion. — Bonnes meurs. — Mandeville. — Les commentaires César. — L'art de chevalerie. — Le lucidaire. — Le doctrinal des crestiens. — L'assault de Roddes. — Le livre des vices et vertus. — La vengence de Jhérusalem. — Prudence et Mélibée. — Le lay des trespassés, et plusieurs autres petits traictiés. (Bibl. imp. de Parie. Ms. fr. 2912, f° 81 v°.)
1 Godefroy, Histoire de Charles VIII, p. G 16.
COMMINES. — II. ti
de eux qui avaient négocié son mariage; c'est Commines qui nous l'apprend dans une lettre à Laurent de Médicis :
Seigneur Laurent, je me recommande à vous autant que je puis, et je vous remercie d'avoir bien voulu m'ecrire et de ce que vous m'avez fait dire par Corne. Vous serez informé du changement de ce mariage : les voisins de la Bretagne en éprouvent une grande allégresse ; ceux de la Picardie et de la Champagne ne se réjouissent pas autant '. Le roi restituera honorablement la fille du roi des Romains 2, et tâchera de nous procurer la paix : je crois bien que jusque là nous aurons des allées et des venues. Monseigneur d'Orléans et monseigneur de Bourbon nous ont beaucoup servi, car, par la force, on n'en serait pas venu à bout cette année. Le roi donne une très-grande autorité à ces deux ducs, qui sont grands amis, et il les a pris pour chambellans pour faire tout passer. Je pense que les choses resteront sur ce pied un peu de temps. Le même prince a fait le duc d'Orléans, gouverneur de Normendie, il y a trois jours, ce qui est une marque de ce je vous dis plus haut. Tout le monde loue fort la nouvelle reine, et elle se montre très-obligée envers ceux qui ont mené cette affaire. Je serai encore homme de cour pendant deux mois, toujours prêt à vous servir partout où je pourrai. Priant Dieu, seigneur Laurent, qu'il vous donne l'accomplissement de tout ce que vous désirez.
Ecrit à Tours, le IIIe de décembre.
Côme vous écrira plus au long touchant les autres affaires de ce pays. p^ ^\ns qUe ^ou^ vot,re>
Commynes 3.
1 Le 12 juillet 1491, Maximilien adressa aux populations de la Bourgogne tin manifeste où il leur annonça qu'il ne tarderait point à les affranchir de la domination française.
- Déjà dans une lettre du 29 juin 1479, le comte Engelbert de Nassau avait engagé Charles VIII à renvoyer Marguerite à son père : « ce qui seroit un grand commencement de bien. » Documents français à Saint-Pétersbourg .
3 Archives de Florence.
Quelques jours après, Laurent, Spinelli écrit de Lyon à Laurent de Médicis :
J'ai envoyé à Côme votre lettre du 2 et celle du seigneur d'Argenton : il vous répondra, comme il lui appartient, puisque c'est une affaire qu'il doit mener lui-même. Quant à ce qui a été fait par l'abbé de San- Antonio ', je pense que le roi finira par céder à votre réclamation : il s'y conformera comme il convient, et il vous fera de plus indemniser. Je crois que le seigneur d'Argenton restera notre ami ; et pour ne pas l'irriter, je lui ai toujours dit que, si Dieu nous faisait la grâce de réussir et de nous dédommager d'une partie des torts que vous avez soufferts du temps de Lionetto 2, vous lui feriez bien sa part : j'estime que cet espoir l'engagera à faire quelque chose et même beaucoup s'il ajoute foi à ma parole 3.
Laurent Spinelli ne se trompait point : Commines tenait beaucoup à conserver l'amitié de Laurent de Médicis, et, quelques jours après, il lui adressait une longue lettre, où il embrassait de ses regards toute la situation politique de l'Europe, depuis les menaces du roi des Romains et du roi d'Angleterre jusqu'aux combats qui se livrent à Grenade, sans omettre l'espoir, mal justifié, qu'il nourrit déjà, de voir naître bientôt un héritier de la couronne de France :
Seigneur Lorens, je me recommande bien fort à votre bonne grâce et vous mercie de vous lettres. Desà n'est riens sourvenu puis se mariage, qu'à la vérité est grant exemple de fortune, comme disent vous dites lettres, car le roy l'a espousée comme
1 Cf. Desjardins, 1. 1, p. 230.
- Lionetto de Rossi. La banque de Lyon, qu'il dirigeait, avait éprouvé de fortes pertes.
5 Archives de Florence.
si LETTRES ET NEGOCIATIONS
vraye duchesse et héritière de Bertainge, avec très-grant douère. Mes, se que plus les aide après Dieu, a esté la bonne délibéracion, qu'il a voient d'eux bien défendre et la grant réparacion qu'il avoient fet à la ville de Rennes, et sans cella riens ne s'en fût fet, et s'y est fort sagement conduit le prinse d'Oranges, et bon besoing ly a esté, car sy les Allemans ussent entendu ledit mariage, il ùt esté en grant dangier de sa parsone et tous ceux qui s'en melloient.
De la pès de Honguerie, nous la tenons pour fette au profit et honneur du roy de Behaigne, avec queque poy de soupeson de guère par desà. Mes le plus dangereux est le roi d'Engleterre et solicite les autres. Le roy d'Espainge n'a point encore fet en Grenade, mes la chose ne peut guère durer. Partout y a embassadeurs, et puis aucuns seigneurs d'Allemainge ne désirent point le roy des Romains trop grant. Toutfois il leur demande ayde : ne se sy la ly front. On en a yci petite crainte.
Puis aucuns jours, c'est cuidé prendre Mes par intelligence de ung des XIII gouverneurs de la ville, et si mesieur Gracian de Gevaro ûteu ses gens au jour qu'il avoit prins, et un autre gentilhomme de Loreine, la chose ne fut point faillye. Et depuis avoient reprins jour au XXVe de se mois de genvier, auquel ledit gouverneur devoit avoir la guarde d'une porte, car il en ont la guarde tour à tour. Ung portier les a descouvers, et a ledict gouverneur esté prins : s'ût esté au profit de monseigneur de Loreine. Le roy se fet ung très-beau prinse et sage, et tous ses voisins quièrcnt son amitié, etay espérance que Dieu ly donnera quequefois ung beau fils d'esté reyne, qui sera sage dame. Et atant fais fin à este mavesse lettre, priant à Dieu, seigneur Lorens, qu'il vous doinst l'accomplisement entier de vous désires.
A Orléans, le XIIIe de janvier,
De la main du plus que tout vôtre, Communes.
Au seigneur Lorens de Médicis *.
* Archives de Florence.
Trois mois après, Laurent de Médicis descendait au tombeau, laissant après lui une gloire et une puissance dont ses héritiers ne surent pas toujours porter le poids, et la première lettre que Commines adressa à Pierre de Médicis qui lui succéda, reproduisit une de ces réclamations pécuniaires qui remplirent une trop grande partie de la vie du seigneur d'Argenton :
Seigneur Pierre, je me recommande à vous, tant comme je puis. N'a guères que moy estant à Paris, dis à Pellegrin Lorin, qui receut pour moy VI mille frans, qui m*estoyent deus en la ville, pour ce que e'estoit monnoj^e, et n'avois homme qui si bien s'i cognust, et aussi pour ce que me fiois de ly, car il a XX ans que hante fort en mon logis, se qu'il fist, .et ly ordonnay bailler ladite somme par la ville à aucuns, au bout d'un jour ou II, sus qu'il estoit en franchise avec son frère Philippe, qui, à ce jour avoit esté prins pour debte et par le moyen dudit Pellegrin échapé. Auquel lieu allay parler aux deux. Après plusieurs parolles me rendirent partie de mon argent; du surplus, montant deux mille VIe frans, s'obliga à moy devant notaires ledit Pellegrin de me payer ladite somme dedans troys moys, et voulentiers lui eusse preste, sans se mettre en ce dangier, car je luy pourchassois du bien par mariage : toutesfois n'a guères s'en est party, sans me riens mander, ne advertir, et ne sçay où il est tiré. Pour quoi doubte à grant paine recouvrer mon argent, et pour ce vous prie qu'il vous plaise mander Philippe son frère, devant vous, lequel je tiens cause de ce que par son dit frère m'a fait, dont en riens ne me mescontente, mais que recouvre le mien, et lui dire se qui vous samblera propice, affin qu'il face dilligenec que son frère me paye. Il vous alléguera quelque transport que me fist ledit Pellegrin d'une debte du trésorier de Bretaigne ; mais je n'en ay riens peu recouvrer. Pourquoy de rechief vous supplie vous employer pour moy en ceste matière et m'en faire responce; tels tours ne prouffitent point aux bons marchans. El
si en riens vous plaist ni'employer, savez que tousjours suis à
votre commandement. Priant à Dieu, seigneur Pierre, que vous
doint tout ce que vous désirez.
PreuX, ce IXe d'aoust.
Le tout vôtre,