‹ Lettres et négociations de Philippe de ComminesChapitre 6 sur 27 · LOYS · texte numérisé non relu

LOYS

A monsieur mon cousin, monsieur de Bourbon *.

* GoDBFROT, Hist. de Charles VIII, pr. p. 700.

• GoDRFRor, Hist* de Charles VIII, pr. p. 702.

Dès le avril, Commines songeait à quitter Venise, mais il craignait, s*il traversait le Milanais, d'être arrête par les marchands vis-à-vis desquels il s*ëtait engage, et il écrivait à ce sujet au duc Ludovic :

Monseigneur, si très-humblement comme je puis, me recom*mande à vostre bonne grâce. J'attens dlcj à peu de jours nouvelles du roy et savoir là où il luy plaira que j'aille devers luy ou en France, et non obstant ceste ligne ne feraj nulle difficulté de passer parmj vos seigneuries ; mais comme il vous a pieu m*escripre deux fois, aucuns m&rchans de MiUan me demandent quatre miUe ducats dont je suis respondant pour le roj et j suis obligé en la chambre appostollcque, pour quoj me semble que par raison ne me pevent contraindre par autre voye. Par quoy vous supplje, monseigneur, qu'il vous plaise m^escripre si non obstant la demande des dis marchans, je puis seurement passer parmj vostre pays, si le cas estoit que le roy me permist de m'en aller; et qu'il vous plaise, monseigneur, tousjoursme commander vostre bon plaisir pour Tacomplir à mon povoir. En priant à Dieu, monseigneur, qu'il vous doint bonne vie et longue et tout ce que vous désirez.

Escript à Venise, le JX* jour d'avril.

Vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

Philippe de Commynes.

A mon trèi-reiimbté irigneur, moîueigneiHr h due de Mittan ^

Commines attendait à Venise un autre envoyé de Charles VIII : c'est ce que nous apprend une lettre de Jean- Baptiste Ridolâ, ambassadeur florentin à Milan, adressée aux Dix de la Balie :

L'illustrissime duc de Milan m'a communiqué une lettre qui lui est écrite de Venise par ses ambassadeurs, où on lui annonce

* Docament communiqué par M. Charavaj.

que monseigneur d'Argenton a déolaré à cette seigneurie, de la part du roi, que Sa M^esté avait résolu de lui envoyer un autre ambassadeur, pour lui faire connaître ce qui sera exposé en son nom. Sur quoi la seigneurie lui a répondu qu'elle Técouterait toigours volontiers et qu'elle répondrait à toutes ses communications, en tenant compte de ce que réclament Tintérét, Thonneur et la dignité de la Ligue ^

En effet, Jean Bourdin, secrétaire de Charles VIII, arriva à Venise ; mais Gommines y resta avec lui , et nous les voyons le 24 mai se rendre ensemjble au Sénat. Commines prit la parole et prononça on discours fort habile dont on nous a conservé le résumé :

Premièrement, le roi ât déclarer : que la Ligue a été formée sans qu'il en fût prévenu ; qu'on Tavait aussi pressé de n^ocier une ligue avec d^autres souverains, et qu'un grand personnage, qu'il peut regarder comme son égal *, Yj avait même engagé, mais que son amour envers la seigneurie Favait empêché d'en rien faire ; que, même avant d'apprendre la conclusion de la ligue, il avait solennellement envoyé deux ambassadeurs à ladite seigneurie, non-seulement pour renouveler son alliance avec elle, mais aussi pour resserrer encore davantage les liens qui les unissaient déjà. Cependant, la ligue conclue, le roi s'est vu forcé de modifier ses desseins, non qu*il en soit mécontent, mais il se plaint de n'en avoir point été informé.

En second lieu, bien qu'il ne convienne pas à la grandeur du roi de justifier ses actes, néanmoins quand il s'adresse à une seigneurie aussi sage, il lui a paru qu*il était sans inconvénient de le faire et de lui exposer à la fois tout ce qui s'était passé ici et ce qu'il se proposât de faire.

Le roi a franchi les Alpes et a traversé le marquisat de Montferrât, où il y a beaucoup de domaines et de lieux importants, qui n'ont eu à déplorer ni dommages, ni vexations, ni violences

* Archives de Florence.

* Cette iDsînaation pai*aît dirigée contre le dac de Milan.

t)Ê COMMINÊS. i<):<

d*aQcune Borie : il en a été de même d&n€i FEtat de lifilan, notamment lors de son passage à Pavie et dans d'antres ailles do la même importance. Les Lnoquois ont mis à sa disposition an de leurs châteanx qu'il leur a gracieusement restitué, moins de deux mois après^ Les Florentins lui ont spontanément offert plusieurs de leurs forteresses, et on leur proposa depuis de les leur remettre ; il en a été de même des forteresses pontiflcalesi qui ont déjà été rendues , selon la convention &ite avec le Saint* Père.

Quant à ce que le roi se propose de faire, il s^est décidé à retourner en France, sans réclamer ni garanties, ni subsides qoeloonques. Il s'avancera avec son armée, ne croyant pas que personne doive mettre le moindre obstacle à sa marche etotant même persuadé que le duc de Milan, loin de s'y opposer, le laissera passer et se gardera bien de se montrer hostile, à cause an voisinage de ses États et de la France.

Enfin le roi désire s'aboucher, en Italie ou hors de Tltalie, avec le sérénissime roi des Romains ; il y a même déjà des démarches &ites pour, une entrevue, dans Tunique but de conclure et de mettre à exécution une expédition générale contre les Infidèles : le roi apprendrait donc volontiers quel genre de secours il peut espérer de la susdite seigneurie dans cette entreprise *.

Le même jour, Commines écrivit à Charles VIII pour lui rendre compte de cette audience :

Sire,

Je vous ai écrit hier matin que je n^avais aucune nouvelle dé mutre Jean Bourdin. Toutefois il est arrivé dans la soirée et non sans péril. Avant lui est venu un courrier que vous m'avea wvoyé avec des lettres, par lesquelles j'apprends l'état de la santé de Votre Migesté, et aussi de monseigneur le cardinal et du sénéchal. Vous trouverez en vérité, sire, par le rapport que

* Archives de Venise (trad.).

COVXITIBS. — u« ^3

voas fera ledit maître Jean, qae j'ai dit et fait tout oe qui me paraissait nécessaire selon les circonstances, et je crois que ygub ayez pu le reconnaître par certaines lettres qne je vous ai écrites. jQ n'y a rien eu de trop, et je ne laisserai point, par considération pour quelques personnes, de dire tout ce que vous me commanderez. Dans la matinée d'ai^ourd'hui dimanche, nous nous sommes rendus tous deux à la seigneurie qui nous attendait, parce qu'elle avait été informée de rarrivée de maître Jean, et comme nous nous trouyions devant la porte de la salle de son audience dans un endroit où Ton attend quand il y a lieu, nous avons remarqué que tous les ambassadeurs de la Ligne étaient réunis dans cette saUe. On les fit retirer dans une pièce voisine, et Ton nous fit appeler. Nous exposâmes le contenu de nos instructions sans omettre aucune chose et le moins mal que nous pûmes. Il s'y trouvait beaucoup de monde, c'est pourquoi nous demandâmes U adjuncH * (ce sont certaines personnes que nous crûmes devoir réclamer cette fois). Ds nous écoutèrent et nous firent très-bon accueil.

Le prince répondit sur le premier point de votre instruction, que la Ligue n'a pas été faite contre vous, puisqu'elle n'a d'autre but que la conservation de cet État et la paix de lltalie ; et lorsque vous en faites vous-même de semblables sans leur en donner connaissance, vous ne pouvez vous plaindre de celle qu'ils ont conclue, et si vous ne pouvez éviter d'avoir des amis et des ennemis, il en est de même pour eux. A ce que j'avais dit que Ton vous avait fait certaines propositions d'alliance dans une affaire dirigée contre eux et relative à certaines terres qu'ils possèdent et que d'autres prétendent devoir leur appartenir, ils m'ont répondu avec colère, disant que depuis que cette dté existe, ils ont sans cesse fait leur devoir pour rester en paix avec leurs voisins, et que lorsqu'ils n'ont pu faire autrement, ils ont ^

* Qae faot-il entendre par ces oéffimcH? Étaient-œ des gardes attachés à la personne des ambassadeurs et dont Commines réclama la protection, en voyant la foule qui Tentonraît?

DE COMMINfiS. lOr)

combattre; que tout ce qu'il* ont acquis, ils le possèdent justement et qa*ils sont prêts à défendre^ comme ils Pont acquis, o*est4rdire de leur sang et de leurs biens, tout ce qu'ils possèdent, contre quiconque Youdratt les attaquer. Ds ajoutèrent qu^ils croyaient que TOUS défendriez de la même manière le royaume de Naples et vos États de France -que vos prédécesseurs ont acquis au prix des mêmes peines, mais quMls vous remerciaient humUement de ne pas avoir Toulu prêter Foreille aux susdites négociations.

Qnaiit à ce que j'avais dit, sire, que vous vouliez observer tous vos traités avec le Pape et avec les Florentins et leur res* titner avant votre départ tout ce que vous avez promis de leur rendre, Us répondirent qu^en agissant ainsi, vous auriez la paix en Italie , et que vous seriez certain qu'ils ne vous inquiéteraient en aucune chose, ce qu'ils ne sont tenus de faire en vertu de quelque ligue que ce soit.

Quant à la paix que vous désil^ avec le roi des Romains , ils seraient heureux de vous la voir conclure ainsi qu'avec tous les autres princes chrétiens. En effet, ce qui a eu lieu dans le temps passé contre le Turc, démontre par expérience qu'après avoir seuls soutenu la guerre contre le Turc pendant dix-huit ans sans accepter aucune trêve, ils ont été malgré eux réduits à ftûre la paix avec lui et à Pentretenir. Toutefois, s'ils voyaient le Pape qui est le chef des chrétiens et deux ou trois princes mettre la main 4 l'œuvre, ils y prendraient aussi une part assez grande pour que l'on reconnût que cet État est véritablement chrétien et qu'il ne veut rien épargner.

En ce qui touche votre retour et la manière dont vous comptes Peflbctuer, ils ont répondu qu'ils trouvaient bon qu'on vous laissât passer en sûreté et que vous rendissiez à chacun ce que vous lui avez enlevé, comme vous le dites dans Vos instruc-» lions; cependant, puisque vous réunissez des troupes nom*brenses là où vous êtes, et puis que d'autres bandes se rassem-» Uent à Asti , il y a des motifs suffisants pour qu'ils prennent de ce cdté des mesures pour assurer leur sécurité. Je leur ai parlé nettement en présence de maître Jean comme je lavai»

1Ô6 LETTRES ET NEOOCrATIONS

fait ayant son arrivée ; je répétai devant loi ce que les ambassadeurs de Milan m'avaient dit pendant là Semaine Sainte: qn'il y en avait qui menaçaient de piller tout le pays jusqu'aux Alpes et de ne pas vous laisser passer, eussiez- vous mille oa quinze cents cavaliers, que cela avait été écrit à vous et en France et que je croyais que vous-même aviez ordonné de le mander à monseigneur d'Orléans. Nous dîmes aussi que les lettres que vous a adressées monseigneur Ludovic, vous avaient engagé à appeler de France plus de gens d^armes qu'il n'en fiaudrait pour rétablir la paix dont on ne parsdt pas vouloir. En ce qui touche Asti et ce qu'ils affirment qu'il vaudrait mieux repasser en petite compagnie, nous avons répondu que les menaces du seigneur Ludovic procédaient de son arrogance plutôt que d'aucune raison, puisqu'il avait été la première cause de votre venue en Italie.

Le prince nous a répondu que si vous faisiez les restitutions, il ne croyait pas que la Ligue voulût empêcher votre départ, que toutefois il ferait appeler les ambassadeurs de la Ligue qui étaient dans la chambre voisine et qu'ils nous répondraient.

Nous répliquâmes que nous ne voulions avoir aucune forme de négociation avec quelque ambassadeur que ce fikt, parce que vous étiez résolu à passer sans attaquer personne et que vous saurieE bien protéger les vôtres. J'exhortai le prince, puisque je venais par votre commandement de déclarer votre volonté, de vouloir bien aussi me parler clairement aân que je pusse vous écrire si vous avez, oui ou non, quelque chose à redouter d'eux à votre passage, parce que, dans tous les cas, vous êtes résolu à passer. Ils me dirent qu'ils nous répondraient sur ce point, mais qu'ils ne pouvaient pas porter cette question devant le conseil ou devant les Prégadi avant l'après-dinée de demain, que mardi» mercredi et jeudi, ils seraient empêchés à cause de la fête de l'Ascension qui est la plus grande fête qu'ils célèbrent pendant toute l'année. Nous croyons donc que ce ne sera que vendredi que nous obtiendrons une réponse, et aussitôt que nous l'aurons reçue, si autre chose ne^survient point, nous nous mettrons en

roate aussi rapidement que nous le pourrons, pour retourner près de vous. Le âls de Tambassadeur d*£spagne m'a dit ce matin que malgré la coalition qui a eu lieu, toute la Ligue n'osera pas s'oi^poser à votre passage, mais que, si Ton découvrait celui qui le lui a dit, il serait battu.

La plupart des soldats n'ont pas encore reçu leur argent pour chevaucher, parce que les selles ne sont pas prêtes, et on remet les soldats et les capitaines du jour au lendemain et ainsi de suite, mais toute la cité murmure, et vous devez persévérer dans votre entreprise .sans vçus préoccuper ni des uns ni des antres, quelque parole qu'on vous puisse dire.

On ne sait rien en ce moment ni du roi des Romains, ni d'aucun personnage qui soit en Allemagne, mais j'ai fait bonne diligence pour être instruit de ce qui se passe.

Commines acheva cette lettre deux jours après :

Dans la matinée d'aiigourd'hui mardi, nous sommes retournés à la seigneurie et nous lui avons fait connaître ce dont vous nous avez chargés relativement à don Ferrand : ils nous ont répondu qu'ils vous remerciaient grandement de cette communication, mais que c'était une affaire qui leur était étrangère.

En ce qui touche le fait de votre retour dont nous leur avons parié, ils en ont conféré avec les ambassadeurs de la Ligue, et il leur parait à tous que vous n'avez point la volonté de faire des restitutions, parce qu'ils ont reçu récemment des lettres de Rome et d'ailleurs où on leur annonce que vous avez menacé le Pape d'entrer à Rome, ce qui les oblige à faire tout ce qu'ils peuvent non point pour attaquer, mais pour se défendre; et puis ils sont revenus à dire que vous devriez passer en petite compagnie et que le duc de Milan et eux aussi vous donneraient des otages. Je répondis aussitôt que si le duc de Milan voas remettait sa femme, ses enfants et tous ses parents jusqu'à la quatrième génération, vous ne lui confieriez point votre personne. Quelques uns d'entre eux dirent alors : i Mais si nous vous donnions des • nôtres? > Nous répliquâmes que si, pendant le voyage, il arrivait

quelque chose à quoi les otages ne puaient porter remède, et ai, en se confiant en eux, vous tombiez dans les mains du duc de Milan, et si (ce qu'à Dieu ne plaise 1) vous étiez tué ou pris, cette seigneurie ne pourrait vous ressusciter, ni vous délivrer des prisons de Milan, et qu'ils avaient assez d'expérience pour être convaincus que vous ne vous remettriee à la foi de personne, que d'ailleurs vous n'en avez aucun besoin, que vous passeriez de toute manière et que vous verriea quels seraient ceux qui oseraient s'y opposa.

Trois ou quatre d'entre euf se levèrent et dirent qu'ils vous don<» neraient cinquante galions, cinq à six navires et autant de gaiéaasea et qu'ils vous feraient conduire jusqu'au poit de Livoume et vous escorteraient jusqu a Marseille. Nous les remerciâmes, nous leur fîmes part de ce que vous nous avez écrit et nous ^joutâmes que nous voudrions savoir ce qu'ils comptaient faire, afin que de cette défiance on ne tombât point dans des hostilités ; nous déclarâmes que nous n'avions d'ailleurs aucun pouvdr à cet égard, et que s'ils le désiraient et si cela était nécessaire, nous leur montrerions nos instructions. Ils cherchèrent plusieurs fois à gliseer quelques mots, et nous leur dîmes en nous retirant, que, selon notre opinion, vous n'entreriez dans aucune ville fermée depuis votre royaume de Naples jusqu'en Piémont, que vous prendriez la route de terre, que vous vous reposeriez où il serait besoin, que vous dormiriez dans vos beaux pavillons hors des cités, et que si l'on ne vous portait pas de vivres, vous seriez réduit, là où il le faudrait, à les payer de vos deniers.

A ces mots, nous nous sommes retirés. Ils n'ont pas dit oe qu'ils voulaient faire, et nous nous sommes empressés de venir expédier cette lettre : nous croyons, sire, qu'elle sera la dernière et que nous n'aurons plus d'entretien avec eux, sinon poui* prendre congé, sauf le jeudi qui est le jour de la fête de l'Ascension, parce que nous ne pourrons pas partir plus tôt.

Ce changement de langage de dimanche à mardi provient, sire, de ceux de Milan qui ont poussé lo Pape à changer d'avis et qui vous poursuivent des plus grandes menaces, parce qu'ils

excitent constamment à se déclarer contre voua ceax-l& mêmes auxquels nous disions oe matin qu^il sera nécessaire qu'ils 8*opposent seuls à votre passage, parce que le seigneur Ludovic est assez occupé de son côté et le sera encore plua comme cela est vrai« A notre avis, ces apparences et ces démontrations dirigées contre vous aussi bien que les paroles, couvertes qu'ils prononcent, ont pour but de vous intimider; mais si vous n'essayez pas d'entrer à Rome par force et si vous vous bornez à poursuivre votre route, vous ne trouverez pas un homme qui ose vous dire quelque chose. Quoiqu'il en soit, veuillez être, aussi bien que ceux qui sont avec vous, complètement en repos sur cette matière; vous pourrez s^ourner dans la terre des Florentins, si cela est nécessaire ou si cela vous plait, et les avoir pour serviteurs et pour amis. Je ne connais aucun peuple qui comme celui de Milan ne sache tirer aucun avantage de ce qu'il possède si oe n'est des gens de pied. Tous les capitaines, excepté le marquis de Mantoue, se trouvent dans cette ville, et il en est bien peu qui ne réclament pas le subside que l'on accorde quand leurs gens montait à cheval, oe qui forme une grande somme d'argent, parce qu'il n'7 a aucun hommes d'armes à qui il ne faille donner au moins cinquante ducats. L'homme du marquis de Mantoue m'a dit ce matin que son maître est encore à Milan, qu'il a reçu l'ordre de se tenir prêt et qu'il n*est pas encore question de se mettre en marche, n est bien assuré de son argent, car sans cela, il ne ferait rien. Nous vous écrivons longuement, sire, afin que vous avisiez sur le tout, et aussi afin que vous veuilliez réunir vos hommes d'armes dans le Parmesan, ce qui exigera plusieurs jours *.

Commines, dans ses Mémoires, nous apprend peu de chose des derniers temps de son séjour à Venise. Parfois

^ Archives de Milan, 24 nud 1495 (trad.) Cette lettre fat-elle interceptée et communiquée au duc de Milan? En obtint-il une copie par nn de ses agents aussi habiles que Comminea dans Tart de surprendre les secrets de leurs ennends ? Rien ne permet de résoudre cette question.

il allait visiter le monastère des religieux du Mont d'Oliyet, qui conservaient le corps de sainte Hélène, et ils lui raocmtaient gu' Alphonse de Naples , « trës-saige roy mais très-* « hays, » venait de se retirer dans un monastère de leur ordre, n*ayant emporte des grandeurs du monde que des remords et des illusions évanouies ^ Telle devait être aussi la fin d'un arrière-petit-fils du duc Charles de Bourgogne» qui, après avoir rempli Tltalie de sa gloire bien plus éclatante que celle de Charles VIII, chercha la paix plus haut encore que n'avait atteint son ambition.

Cependant, dès que Commines quittait le cloître, tout lui retraçait les tristes images de la guerre qui se préparait, et il vit descendre à l'ile Saint-Nicolas quinze cents estradiotes grecs ou albanais, ce vaillans hommes » qui recevaient un ducat par tête d'ennemi qu'ils rapportaient à leurs chefs '.

Commines continuait à être ce aussi bien traicté que « devant ', » mais on se méfiait de lui et il était surveillé de près. On le croyait capable de former des intrigues qui eussent menacé la sûreté des Vénitiens.

Presque au moment où il prononçait des harangues si pacifiques, les ambassadeurs du duc de Milan à Venise dénon-r çaient à leur maître les pratiques nouées par le seigneur d'Ârgenton avec un capitaine du duché de Ferrare, nommé Beschetto, qui se trouvait, semble-t-il, en ce moment, à la solde de Ludovic Sforza :

Illustrissime et excellentissime seigneur, Ce matin, après nous avoir remerciés fort affectueusement de

* Mém., t. II, pp. 380 et 383.

* Mém., t. II, p. 456.

' Mém,, t. II« p. 424.

06 qui s'est passé ces jours derniers, rillastrissime seigneurie nous confia sous le plus grand secret œ qu'elle avait appris par les siens, des pratiques que monseigneur d'Argenton parait entretenir avec messire Alojs Bescbetto. Nous ne lui avons pas caché combien Votre Excellence a été irritée d'un pareil acte ; nous lui avons fait connaître que vous en aviez averti Tillustre seigneur Ascagne V afii) qu'il écrivît au nom de notre Etat, et que nous-mêmes de notre côté, nous devions aussi lui en dire quelques mots, comme Votre ExceUence nous en a chargés par une lettre du 8. L'illustrissime prince a ajouté qu'on pèserait mArement la chose et qu'on nous ferait connaître plus tard la décision qui serait prise, nous recommandant bien en attendant de n'en parler à qui que ce soit, ce que nous ferons. Nous nous recommandons à Votre Excellence.

Venise, le 10 mai 1495.

Vos très-fldèles serviteurs,

Antoine Trivulce, évéque, et ses collègues *.

ce Ainsi vivent en Italie, » dit Commines en parlant d'autres intrigues ; « les seigneurs et les cappitaines ont a sans cesse praticques avec les ennemis '. » Ce qui était vnû des seigneurs et des capitaines, l'était aussi des ambassadeurs, lors même que ces ambassadeurs n'étaient que des étrangers en Italie.

Ces bruits, vrais ou faux, hâtèrent vraisemblablement le jour où Commines prit congé du doge et de la seigneurie. Barbarigo, toujours prudent, lui répéta que si les Vénitiens et les Milanais formaient un camp de quarante mille honunes, c'était non pour attaquer, mais pour se défendre.

Immédiatement après le départ du seigneur d'Argenton,

* La cardinal Ascanio Sforza.

' Archives de Milan. Cf. Mém, t. II, p. 515.

» Mém, t. II, p. 364.

on arrêta à Venise on bombardier français : de là de nonvélles rumeurs qui rappelaient la réunion de I*artillerie française à Castro-Gano et le complot de Beschetto. Nous les mentionnons d*après une lettre de Taddeo Vicomercati :

Illustrissime et excellentissime seigneur.

Après le départ de monseigneur d'Argenton, Tillustrissime seigneurie a fait arrêter un de ses bombardiers, nommé maître Nobile, français, iiomme très-habile, parait-il, dans son métier. On ignore le motif de cette arrestation, quoiqu'on fiasse circuler les bruits les plus divers. Ce qui est vrai, c'est qu'il avait de fréquentes relations avec monseigneur d'Argenton. Je me recom* mande tocgours aux bonnes grâces de Votre Excellence.

Venise, le d juin 1495.

Votre humble serviteur, Taddeus Vicombbcâtus ^

Les Vénitiens avaient conduit Conunines a en bonne (c seureté et à leurs dépens, * » jusqu'à Padoue. Ce fut là qu*un de leurs provéditeurs qui était venu au-devant de Gommines, lui déclara que si les Français n'attaquaient pas lès Milanais, les Vénitiens ne passeraient pas l'Oglio. Gommines se montra, comme toujours, habile et prévoyant : <c Nous prismes enseignes ensemble , dit-il , le dict prové- « diteur et moy, de povoir envoyer l'un vers l'autre, s'il a en estoit besoing, pour traicter quelque bon appoincte- « ment, et ne voulus rien rompre, car je ne sçavoye ce qui « pourroit survenir à mon maistre '. » Les envoyés du marquis de Mantoue étaient présents, mais ils n'entendirent

* Archives de Milan (Trad.).

* Mém.yi. II, p. 424.

* Mém,, t. II, p; 434.

rien de ces propos échangés probablement à voix basse entre Commines et le provéditeur vénitien.

A Ferrare, Commines vit le duc Hercule d'Esté se rendre aa-devant de lui et lui faire ce bonne chiàre ^ ; » mais ce prince, à la fois gendre du roi Ferdinand de Naples et beaupère de Ludovic Sforza, hésitait entre ses relations de iiuaille et son hostilité contre les Vénitiens qui l'avaient dépouillé d'une partie de ses États *. A Bologne, le chef de la seigneurie de cette ville, Jean de Bentivoglio, reçut également Commines en le défrayant à ses dépens : comme le duc de Ferrare, il ne se hâtait point de proclamer ses sympathies pour la cause du roi de France. L'un et l'autre se préoccupaient surtout de ce que l'on pourrait ajouter à leurs domaines : peu importait qu'on l'enlevât aux Vénitiens ou même au duc de Milan '.

SUITE DE l'expédition D*ITALIE,

Gommines ne consacre que deux lignes à l'accueil que lui fit à Bologne Jean de Bentivoglio, dont le nom fut porté, peu d'années plus tard, par un négociateur qui, à son exemple, nous a laissé de précieux mémoires. Il mentionne plus brièvement encore son court séjour à Florence, où grandissait un jeune homme qui devait, comme Bentivoglio, s'illustrer dans l'histoire, mais qui est sui'tout resté célèbre parce qu'il développa, avec le même art que le seigneur d'Argenton, ce système d'habileté politique, de sagesse envieuse, de prudence perfide, qui, au xv* siècle, fut commun à Louis XI et aux États d'Italie. Machiavel avait vingt-six ans. Il s'applaudissait des conquêtes des Français, si elles devaient avoir pour résultat l'humiliatign des ennemis de Florence : il ne regrettait pas les Médicis, et, sans se préoccuper beaucoup du choix de la puissance qu'il encenserait, il se rangeait le premier parmi les adeptes complaisants de cette théorie qui place le bien dans l'utile, le droit dans la force, Dieu même dans le succès. Ce que Commines laisse entrevoir, Machiavel le proclame ; il se fait gloire de ce qu'avant lui on n'avouait qu'à peine ; il développe des idées qui ne sont peut-être pas les siennes, mais qui jamais n'ont été exposées avec tant d'éloquence

DE COxMMINES. 205

et tant d'audace. Commmes connut-il Machiavel? L'instruisit-il par ses conseils? Le forma-t-il par ses leçons? Fut-ce alors que s'ëtablit au centre de Tltalie cette école savante et astucieuse qui devait perpétuer le système de Combines, quand les victoires de Charles VIII seraient déjà oubliées ? Commines s*ëtait à peine arrêté au berceau de Bentivoglio : il eut à Florence le loisir d'entretenir Machiavel , et put Texhorter à quitter son professeur de lettres grecques pour se mêler activement aux agitations politiques.

Commines ne nous parle, du reste, que des rapports qu'il eut à Florence avec un prieur de Saint-Marc, plus puissant par sa parole et son austérité que les magistrats euxmêmes , car pour le peuple , peut-être aussi pour les Français, c'était un saint et un prophète. Commines interrogea Savonarola sur Tavenir qui lui paraissait si sombre. « Je « lui demandai, dit-il, si le roi pourrait passer sans péril « de sa personne, vu la grande assemblée que faisoient les « Vénitiens, de laquelle il savoit parler mieux que moi, qui « en venois*. » Savonarola répondit que Charles VIII aurait un combat à livrer, mais qu*il en sortirait à son honneur : ce que Commines appliqua plus tard à la rencontre de Fornoue. Mais Savonarola ajoutait aussi : « Si « Charles VIII ne remplit pas la mission que Dieu lui a Cl donnée, s'il n'empêche pas ses gens de piller, je vois sa « sentence déjà écrite au ciel ^. »

Commines eut de longues conférences avec les magistrats de Florence, sur les questions siscrdentes qui étaient alors débattues, surtout sur celles dont dépendait la liberté

• Jtfm.. t. II, p. 438.

* JAm., t. II, p. 591.

OU la sujétion des Pisans. Jamais elles n'avaient été si urgentes, si difficiles à résoudre, car elles étaient intimement liées à la retraite de Tarmée et à la sûreté du roi. Commines apprit successivement que Charles VIII était sorti de Naples le 20 mai et qu'il avait traversé Rome où le Pape ne se trouvait plus. Le 13 juin, il quitta lui-même Florence pour aller rejoindre le roi à Sienne.

La seigneurie de Florence en informa aussitôt ses ambassadeurs :

Monseigneur d'Argenton est parti ce matin pour se rendre près du roi. Comme nous connaissons Tintérét qu'il porte à nos affaires, nous en avons conféré avec lui. Il nous a promis de s'employer de son mieux en notre faveur. A Toccasion, vous pourrez réclamer son appui et vous aider de lui toutes les fois que vous jugerez qu'il peut vous être utile. Nous avons montré à Sa Seigneurie la lettre que nous avons reçue, et elle s'est engagée à mettre tout en œuvre pour j réussir; vous l'en ferez ressouvenir *.

Commines amenait à sa suite de nombreux bagages que Thomas Spinelli s'était chargé de conduire , et on était à peine arrivé près de Lastra, quand une troupe de marau* deurs en enleva une partie. De là grand émoi à Florence. La seigneurie craignait que le seigneur d'Ârgenton ne se montrât irrité et ne lui retirât un appui dans lequel elle plaçait ses espérances sous Charles VIII aussi bien que sous Louis XI. Aussi écrivait-elle en toute hâte le 19 juin 1495 à ses ambassadeurs près du roi de France :

Nous apprenons à l'instant même (8 heures du soir), que

* Cette lettre et ceUes qui BuWent, sont tirées des ArchiTes de Florence.

ceiiAines voitures de monseigneur d*Argenton ont été attaquées en rouie par quelques valets étrangers, du côté de Lastra. Les pAjsans ajant de suite fait sonner le tocsin, on a pu rejoindre les voleurs, et nous ne doutons pas que tout aura été retrouvé. Dès que nous avons eu oonnaissanoe de cet incident» nous avons dépéché de la cavalerie et des commissaires pour faire garder les passages afin de mettre la main sur les brigands et d en faire une justice aussi sévère que le mérite letir crime. Nous vous laissons à penser que] déplaisir nous eti avons ressenti, et nous ne nous tiendrons pour satisfaits que si nous atteignons le but que nous nous proposons. Il nous a paru opportun de vous communiquer cet avis, pour que vous puissiez rassurer monseigneur d^Argenton quand le bruit en viendra jusque là, et lui dire que nous avons pris toutes les précautions pour recouvrer entièrement ce qu'on a enlevé.

Le même jour , la seigneurie de Florence adressait la lettre suivante à Jean de Bentivoglio :

Quelques voitures de monseigneur d'Argenton qui est parti d*ici pour rejoindre Sa Miyesté Très-Chrétienne, ont été attètq^ées en route par des valets étrangers, à sept milles d'ici environ* D'après nos informations, les brigands d<>ivent avoir pris la route de votre pays et ils se dirigent vers Bologne. Nous venons en conséquence prier Votre Seigneurie de vouloir bien, dans cette circonstance, qui nous intéresse Vivement, à cause dii respect que nous portons à monseigneur d'Argenton» faire tdUtes les diligences nécessaires pour retenir les susdits bagages et pour mettre la main sur les brigands. Ce faisant. Votre Seigneurie nous obligera au delà de toute expression, et nous lui en garderond une profonde reconnaissance, avec le ferme propos d'agir de même vis-à-vis d^elle, si quelque occasion s'en présentait.

Le lendemain, la seigneurie de Florence mandait de nouveau à ses ambassadeurs au camp français :

Nous vous avons informés hier soir de Taocident survenu aux équipages de monseigneur d'Ai^nton et des mesures que nous avions immédiatement prises : elles ont eu pour résultat que les bagages ont été recouvrés ; nous ne croyons pas qu'il y manque rien. Quelques-uns des coupables ont été pris et ils subiront le châtiment de leur crime : on est à la poursuite des autres, et ils tomberont probablement en notre pouvoir. Il nous a paru bon de vous communiquer ces détails, pour que vous en fassiez tel usage que vous trouverez convenable. Les susdits bagages sont à Lastra en lieu sûr, et nous les enverrons sous bonne escorte le plus tôt que nous le pourrons.

Les Dix de la Balie ajoutaient dans une autre lettre aux mêmes ambassadeurs :

Nous vous écrivons ce matin quelques lignes, pour vous donner avis que les bagages de monseigneur d'Argenton sont entièrement recouvrés ; on les a depuis expédiés, sous la conduite d'un massier chaîné de les conduire en sûreté. En réalité, nous n'avons pas trouvé la chose aussi grave qu'on le rapportait hier soir. Thomas Spinelli, qui accompagnait ces bagages par ordre de monseigneur d'Argenton, est fort bien insttuit de tout et pourra vous dire comment les choses se sont passées.

Charles VIII fit bon accueil à Commines et Fadmit dans son intimité. II lui dépeignit les péripéties de son expédition ; il lui rapporta comment, dans un moment de dénuement et de disette , il avait vu s'ouvrir les portes de Bracciano ^ : il est probable que ce fut aussi le roi qui raconta à Commines qu'à deux reprises on amena les canons pour assaillir le château Saint-Ânge, mais que chaque fois il s'y opposa *.

* Mém., t. II, p. 365.

« Mém., t. II, p. 385.

En d'autres moments , le roi , trompe par la folle présomption de ses courtisans, plaisantait son ambassadeur sar ses craintes et lui demandait en riant si les Vénitiens n'enverraient pas au-devant de l'armée française, pour faire acte d'obéissance et de soumission. Commines répondit en mettant sous les yeux du roi le rôle des estradiotes et des mercenaires recrutés par les Vénitiens, document important qu'il avait réussi à obtenir, grâce à son habileté; mais les jeunes gens qui entouraient le roi, croyaient peu à ce que disait le seigneur d'Argenton, et ce fut en vain qu'il supplia Charles VIII de hâter sa marche pour rentrer en France.

Commines exposa aussi les griefs des Florentins. Il soutint qu'il fallait leur abandonner les Pisans et accepter les dacats et les hommes d'armes qu'ils offraient; néanmoins l'avis du comte de Ligny l'emporta sur le sien, q^i fut écarté a non pour raison, mais pour pitié des Pisans ^ »

Lorsqu'on mit en délibération s'il fallait occuper Sienne, Commines insista de nouveau pour que le roi « t^rât à son « chemin, » au lieu de s'arrêter « â ces folles offres d'une « cité qui se gouverne plus follement que ville d'Italie. » Cette fois, chacun était de son opinion, mais on n'en ât rien : l'on amusa le roi six ou sept jours en lui montrant les dames de Sienne, et une garnison française y fut laissée au grand mécontentement des Florentins *.

Commines était chargé près de Charles VIII , uoiHkeulement du soin de défendre les intérêts de Florence, mais

• Mém., t. II, pp. 430 et 440.

« Mém , t. II, p. 436.

C01I1IIKF.S. — II. ) i

aussi d'une mission du duc de Ferrare, car ce prince écrivait le 31 juin à Antoine de Costabili :

Messer Antonio, depuis votre départ d*ici jusqu'à ce jour, nous avons reçu en plusieurs fois six lettres, datées du 11, 14, 15, 16 et 18 de ce mois, par lesquelles vous nous avez longuement raconté votre arrivée à Florence et puis à la cour, Taudience que vous avez eue de Sa Migesté et vos entretiens avec monseigneur d'Argenton et d'autres seigneurs. Comme vous avez vu, par une lettre que nous vous avons adressée, que vous devez prendre congé et revenir ici, nous n*avons rien à vous mander, sinon que nous vous remercions et nous vous louons de tous les renseignements que vous nous avez communiqués et de tout ce que vous avez dit et fait. Vous avez, à notre avis, agi en tout avec sagesse et en bon ambassadeur; mais, avant de partir, vous remercierez de notre part monseigneur d'Argenton de la faveur qu'il vous a accordée, ainsi que de ses bonnes intentions et de sa bonne volonté à notre ^ard, en lui donnant Tassurance du grand amour et de Taffect ion que nous portons à Sa Seigneurie. Vous tiendrez aussi le même langage, dans les meilleurs termes qu'il vous paraîtra convenir, à monseigneur de la Trémoille et aux autres seigneurs vis-àvis de qui vous jugerez devoir le faire *.

Le duc de Ferrare avait pour gendre le duc de Milan : nous le verrons s'interposer près de lui pour qu'on laissât les Français sortir paisiblement de l'Italie. Il écrivit luimême à Commines, le 2 juillet :

Excellent et magnifique seigneur,

Messer Antonio de Costabili, que nous avions envoyé vers Sa Megesté Très-Chrétienne en qualité de notre ambassadeur, pour les négociations que vous connaissez, nous a fait connaître,

* Archives de Modène.

à son retour, la manière gracieuse avec laquelle Sa dite Majesté a daigné raccueillir et la bienveillance que vous lui avez témoignée vous-même. Il nous a rendu compte de tout ce qui s^était dit et fait relativement aux affaires dont nous l'avions chargé; nous avons pris en considération les aimables paroles que Sa Majesté lui a adressées en dernier lieu et Tespérance que Votre Seigneurie conserve encore de faire réussir cette négociation. Nous remercierons d*abord Votre Seigneurie de la bienveillance dont eUe a usé envers notre dit ambassadeur, de rintroduction et de la faveur qu'elle lui a ménagées auprès du roi Très-Chrétien, àFoccasion de cette négociation, et aussi de vos excellentes dispositions à notre égard. Comme nous désirions beaucoup, en vérité, que cette négociation eût une issue favorable, principalement dans Tintérét de Sa dite Majesté, afin qu'elle pût passer sans s'exposer aux hasards de la fortune, et aussi afin que le sérénissime duc de Milan, notre gendre, ne fût inquiété en rien, nous avons fort regretté que cette issue favorable ne se soit pas produite ; mais nous tenons à ce que Votre Seigneurie sache, et nous la prions de vouloir le fiûre connaître au roi, que, de notre côté, nous avons fait tout ce qu'il était possible de faire, et nous avons mis toute la diligence nécessaire pour amener cette conclusion. D^autres n'ayant pas jusqu'ici jugé à propos d'intervenir dans ces négociations, nous ne pouvons pas faire davantage, et nous sommes certain que Sa Majesté nous en excusera; elle a pu voir la bonne volonté que nous j avons mise, et Votre Seigneurie pourra lui dire qu'ajant bien examiné la dernière réponse de Sa Migesté, ainsi que les paroles bienveillantes de Votre Seigneurie, nous avons de rechef écrit à Milan et rappelé au duc ce qui nous a paru opportun à propos de la négociation, et si nous en recevions une réponse favorable , nous vous en préviendrions de suite. Nous ne vous ferons pas faute de diligence et de zèle dans cette affaire. Il nous reste à prier Votre Seigneurie de vouloir nous recommander aux bonnes grâces du roi et lui faire comprendre combien nous sommes attachés à

212 LETTRES ET NÂQOCIATIONS

Sa Mi^esté, combien sont grands notre confiance en elle et notre désir de la servir. Elle peut, en nn mot, disposer de nous, de notre État et de notre fortune comme de son bien propre, et nous nous mettons également à la disposition de Votre Seigneurie là où il lui plaira de nous employer *.

Cependant, les Français avaient quitte Sienne. Ils s^avançaient vers rAmo. Arrives près d'BmboIi, dans on endroit où s'élève le célèbre oratoire de Notre-Dame de Ripa, ils rencontrèrent deux routes conduisant Tune vers Florence, Tautre vers Pise. Gommines insista probablement une dernière fois pour que les Français se dirigeassent en amis et en alliés vers Florence ; mais lorsque le parti contraire eut été adopté, il entra dans l'oratoire voisin et y fit un vœu à Notre-Dame de Ripa, afin que, grâce à sa protection, il ne fût pas victime de tant d'imprudence et pût rentrer sain et sauf en France : c'est ainsi, du moins, que nous expliquons sa dévotion à Notre-Dame de Ripa, qu'il choisit pour patronne de sa dernière demeure.

Toutes les espérances de Commines s'étaient évanouies. Déjà quelques hommes d'armes français s'étaient joints aux Pisans pour enlever le château de Librafatta aux Florentins, et ceux-ci traitaient en ennemis les Français aussi bien que les Pisans.

Charles VIII, sans traverser Florence, s'était dirigé vers Pise. Ce fut là qu'il convoqua son conseil pour statuer sur les rivalités des Florentins et des Pisans, Commines maintenait toujours qu'il fallait replace les Pisans sous la domination de Florence, mais un grand nombre de seigneuirs français, prenant pitié de la désolation des Pisans, accu-

* Archives de Modène.

DE G0HMINE8. 213

saient ceux qui tenaient ce langage, de s'être laissé gagner par Tor des Florentins. Charles YIII, hésitant et ébranlé, ne prit , cette fois encore , ancune résolution , et les Dix de la Balie adressèrent à Commines une nouvelle lettre pour loi recommander les intérêts de la seigneurie de Florence :

Connaissant par une longue expérience Tamour et TafTection que Votre Seigneurie a toi^jours témoignés envers cette ville et envers ceux de notre nation, nous prenons la confiance de lui adresser la présente lettre, par Thomas Spinelli, notre trèscher concitoyen, que Votre Seigneurie connaît fort bien, et nous la prions de vouloir s*employer en notre faveur auprès de Sa Majesté Très-Chrétienne et des seigneurs de sa cour, de la manière qu'elle jugera la plus convenable à nos intérêts, spécialement en ce qui touche le règlement de nos affaires; car Sa Majesté, se trouvant à Lucques, a promis à nos ambassadeurs de s'en occuper sans faute et sans retard dès quelle serait à Asti ou dans quelque lieu voisin ^ Nous prions instamment Votre 3(signeurie de vouloir solliciter cette solution de manière qu'elle sorte son effet, selon la confiance que nous avons en Votre Seigneurie. Nos seigneurs ont de plus répondu ces jours derniers à quelques lettres de Sa Majesté ; nous avons remis une copie de leur réponse à Thomas Spinelli, pour la communiquer à Votre Seigneurie , qui saura ainsi que Sa M^esté exigeait que nous suspendions les hostilités contre les Pisans, promettant d'en exiger autant de ceux-ci, ce que nous étions contents de faire par égard pour Sa Majesté, et jusqu'ici nous avons empêché nos gens de faire aucune démonstration contre les Pisans. Nonobstant cela, à peine Sa Msgesté eutelle quitté leur ville, que les dits Pisans, avec les Français qui sont restés à Pise (quelques-uns même en qualité de parlementaires), se remirent à battre le pajs dans tous les sens, le pillant et le ravageant, brisant les prisons et saccageant tout

* Voyes la kttre de Charles VIII à la seigneurie de Florence , du 23 join 1495. Dksjardins, p. 621.

sur leur passage, de telle sorte que, pour sauver notre honneur et assurer la sécurité des nôtres, nous avons été forces de leur permettre d'user de représailles. Nous croyons devoir porter ces faits à la connaissance d^ Votre Seigneurie, afin que si Ton venait à les rapporter d^une autre manière, elle puisse nous justifier et défendre notre cause en toute vérité.

Nous avons chargé Thomas Spinelli, pendant qu'il sera à la cour, de poursuivre et de surveiller nos intérêts jusqu'à Tarrivée de messeigneurs Guido-Antonio Vespucci et Neri Capponi, que nous venons d'accréditer comme ambassadeurs auprès de Sa Mtgesté Très-Chrétienne, pour Texpédition de nos affaires. Nous prions Votre Seigneurie d'accorder une pleine foi à tout ce que lui exposera ledit Thomas Spinelli, que nous lui recommandons en toute circonstance, comme notre très- cher concitoyen.

 monseigneur d'Argenêon ^

Cependant, de graves événements s'accomplissaient au nord de l'Italie. Le duc d'Orléans, au lieu d'employer à forfier Asti, les renforts que le duc de Bourbon lui envoyait à la prière de Commines *, les avait conduits dans le Milanais pour commencer la guerre contre Ludovic, et cédant à <u|ie < pratique friande ^, • il s'était emparé de Novare où il sô vit bientôt assiégé à son tour par des forces supérieures aux siennes.

Lorsque Charles VIII arriva à Sarzana, on mit en délibération, dans le conseil où se trouvait Commines, s'il fallait envoyer des hommes d'armes à Gênes. Il fut conclu par tous « que on n'y entendroit point > et néanmoins on fit le con-

* Archives de Florence. « Jf/w., t. II, p. 442.

* Mém., t. II, p. 443. Le duc d'Orléans raconta lui-même cette pratique à Commines. Mém., t. II, p. 451.

DE GOMMINES. 215

traire de ce qui avait été résolu. « Et fut le premier coup, « dit Commines, que je ouys parler que l'on creust qu'il y c deubst avoir bataille. Je me esbahis comment il estoit € possible que ung si jeune roy n'avoit quelques bons servic teurs qui luy osassent avoir dict le péril en quoy il se c mettoit. De moy il me sembloit qu'il ne me croyoit point c du tout ^ >

Ainsi l'armée française s'affaiblissait de plus en plus à mesure qu'eUe était exposée davantage à être assaillie dans un pays rempli de montagnes et de défilés. Lorsqu'elle arriva au pied des Apennins, elle ne comptait pas dix mille combattants, et les confédérés, au nombre de trente à quarante mille, se préparaient à la combattre sous les ordres du marquis de Mantoue, qui avait établi son camp près de Fomoue.

Le danger auquel on était exposé, se réréla à tous les yeux, a La crainte, dit Commines, commençoit à venir aux <c plus saiges *. » Charles VIII qui n'était pas loin de regretter d'avoir repoussé les conseils de Commines, exprima le désir de l'envoyer vers les Vénitiens, en le faisant accompagner d'un officier qui eût apprécié le nombre des confédérés. Commines jugeait la chose fort périlleuse. Néanmoins, sur les instances de Guillaume Briçpnuet, qu'on n*appelait plus que le cardinal de Saint-Malo, Commines adressa un message à Tun des provéditeurs vénitiens attachés à l'armée, qui était, par une chance fort heureuse, celui qu'à son départ de Venise il avait vu à Padoue ' ; il lui

* Mém., t. II, pp. 445 et 446.

' iM».,t.II, p. 463.

' Les proT^ditears, dit Commines (t. II, p. 410), accompaignent les capitaines et les conseillent.

216 LETTRES ET NEGOGATIONS

rappelait m qui s'était alora passé entre eux et faisait demander im sauf-conduit. U reçut pour réponse que l'agression du duc d'Orléans avait suspendu les pouvoirs donnés pour traiter de la paix, mais que l'on conviendrait du lieu et de l'heure d'une entrevue. Cette réponse arriva le dimanche soir, « Nul ne l'estima de ceux qui avoient le crédit, dit « Commines. Je craignoye à trop entreprendre et que on le <« tiost à couardise, si j'en pressoye trop ; et laissay ainsi la « chose pour ce soir, combien que j'eusse voulentiers aydé « i tirer le roy et sa compaignie de là, si j'eusse peu, sans ce péril ^ » Vers minuit, le cardinal de Saint-Malo» dont la tente était voisine de celle de Gommines, vint lui annoncer que le roi était décidé à se porter en avant : ce qui parut ai imprudent au seigneur d'Argenton qu'il ne vit dans ce pro* jet que la pensée isolée du cardinal Briçonnet, et il eut éié coQv^iAble que le roi « eust assemblé les plus sages hommes « et ciqpdtaiDes pour se consttllier d'ung tel affaire \ » C'était d'ailleurs rompre brusquement la négociation qu'on avait chargé Gommines d'entamer : « Et me despleut bien, ce dit-il, qu'il falloit prendre ce train; mais mes affaires (c avaient esté tels a^ commencement du règne de ce roy, <K que je n'osoyè fort m'entremettre, affin de ne point faire <c ennemys de ceulx à qui il donnoit auctorité '. »

Il était & peine sept heures du matin, quand Charles VIII monta a cheval, tout rayonnant, malgré sa petite taille, de l'ardeur du combat et de l'enivrement du triomphe : ce qui rappela à Gommines les paroles prophétiques de Savonarotai. Aussi, lorsqu'il entendit le roi lui dire qu'il le chargeait

* Mim., t. II. p. 464.

• JMs., t. Il, p. 404.

> JMs., t. II, p. 464.

DB COMMINfiS. 217

d'aller arec le cardinal de Saint*Malo négocier a^ec ks ennemis, il ne pat s'empêcher de lui répondre : « Sire, je « le ferai volontiers, mais je ne vis jamais deux si grosses « compagnies si près l'une de^ l'autre, qui se départissmt « sans combattre ^ »

Commines écrivit, sur l'ordre du roi, une seconde lettre aux provéditeurs vénitiens. II y rappelait sa pacifique ambassade de Venise et s'offrait de nouveau comine médiateur, répétant que le roi ne voulait de mal à personne et ne demandait qu'à poursuivre sa retraite *.

Les provéditeurs, l'un d'eux surtout, se montraient disposés à traiter avec les Français, mais les capitaines de l'armée confédérée voulaient combattre. Tout à coup le canon se fit entendre, et Commines qui venait de dire au cardinal de SainIrMalo qu'il n'était plus temps « de s'amu- € ser ^, » rejoignit Charles VIII asses tôt pour se placer au milieu des pensionnaires de ]a maison du roi qu'il avait commandés en 1478 à Dijon. Il chargea avec eux les escadrons italiens du marquis de Mautoue. Le soir il trouva le roi dans une métairie remplie de blessés, et l'entendit raconter son péril : il lui prâta même son manteau, puis il se coucha dans une vigne, après avoir soupe d'un morceau de pain noir.

II £aat bien le reconnidtre, cette victoire n'avait pas été décisive, et rien n'assurait à l'armée française qu'elle pourrait poursuivre sa retraite, a Le lendemain au matin, raconte « Commines, me délibéray de continuer encores nostre « praticque d'appoinctement, tousjours désirant le passage

« JMi.,t.II,p. 466.

* JMi., t. II, p. 467.

> JM»., t.II, p.471.

218 LETTRES ET NEOOCIATIONS

« du roy en seurete ^ i> Il envoya en effet on trompette chargé de proposer de nouvelles négociations. On lui fit parvenir un sauf-conduit pour parlementer à mi-chemin des deux armées. Bien que cela parût à Commines d*une exécution à peu près impossible, il ne fit aucune objection : « Je € ne vouloye, dit-il, riens rompre, ne faire difficile '. >

On lit dans une lettre écrite du camp français le 7 juillet 1495, c'est-à-dire le lendemain de la bataille de Formoue :

c Le marquis de Mantoue et le comte de Graléas doivent ce € jourd'hui venir parler au roy pour trouver moyen de faire c quelque traictié de paix, et ont envoyé quérir leur sauf- « conduit pour y venir. Et sont ordonnés, pour les ouyr, c messoigneurs de Saint-Malo, mareschal de Gyé, Pyennes et t d'Argenton'. »

Il avait été convenu que les plénipotentiaires des deux armées se rencontreraient sur les bords du Tare. Un orage en avait enflé les eaux, et les plénipotentiaires français estic mant leurs personnes, > engageaient Commines à passer sans eux sur l'autre rive, « sans lui dire ce qu'il avoit à « faire, ne à dire *. • Il franchit donc le Taro. « Il me sem- « bloit, rapporte-t-il, que si je ne faisoye rien, au moins je ce m'acquiteroie vers ceulx qui estoient assamblés par mon c< moyen. » Il leur déclara, en effet, que seul il ne pouvait faire aucune ouverture, et lorsqu'un héraut français vint lui annoncer qu'on l'autorisait t à ouvrir ce qu'il vou-

* Mén.yi. II, p. 484.

* Mém., t. II, p. 485.

' Lettre de Jacques de Thenray, publiée par M. db la Pilorgbrib, Campagne de Charles VIII en Italie, p. 350.

* Mém., t. II, p. 486.

t droit, » il persista dans le même langage, et ne voulut rien faire en l'absence du cardinal de Saint-Malo et du maréchal de Gyë : c car ils savoient du vouloir du roy plus c que moy, tant pour en estre plus prochains que pour c avoir parlé à luy à l'oreille à nostre partement; mais de c son affaire présent j'en sçavoie autant que eulx pour « lors ^ »

Commines , qui désirait fort la paix et qui comprenait sans doute qu'il était bon, en toute hypothèse, de gagner du temps eu pourparlers, se montra très-gracieux vis-à-vis des confédérés, à tel point que le marquis de Mantoue lui ayant demandé si le roi l'aurait fait mettre à mort dans le cas où il se serait emparé de lui , Commines répondit que le roi lui eût fait, au contraire, s'il en eût été ainsi, le plus bienveillant accueil. La conférence se borna là, et Commines retourna près du roi.

Rien ne fut décidé dans le conseil qui s*assembla aussitôt. Charles VIII parla de nouveau à l'oreille du cardinal de Saint-Malo él chargea Commines de retourner près des confédérés pour entendre ce qu'ils auraient à dire. Or, comme le remarque Commines, c'était au roi de France qui avait provoqué cette conférence, qu'il appartenait de faire les premières propositions, et le cardinal eut soin d'ajouter qu'on ne pouvait rien conclure. « Je n'avoye c garde de riens conclure, ajoute Commines, car on ne « me disoit riens. » Cependant, espérant bien c ne rien a gaster d et devoir peut-être au hasard quelques paroles « de seurté, » il, se dirigea de nouveau vers le Taro, mais déjà la nuit approchait et il rencontra un trompette

< JM»., t. Il, p. 486.

italien charge de l'engager à ne pas aller plus loin, parce que le guet était confié à ces crnels Estradiotes qui coupaient les têtes de leurs ennemis et qui se faisaient payer chez les chrétiens le même salaire que chez les Infidèles.

 son retour 9 Gommines remarqua « d'autres conseils en «( l'oreille qui le firent doubter, » et lorsqu'un peu après minuit, il entra dans l'appai^tement du roi, il y trouva les chambellans en équipage de guerre, qui lui annoncèrent que le roi continuait son voyage et qu'on le laisserait en arrière pour tenir le parlement : « dont je m'excusày, ajoute Gom- <K mines, disant que je ne me vouloye point faire tuer à mon a escient et que je ne seroye point des derniers à cheval ^ »

Une heure avant le jour, l'armée française se mit en marche ; à huit heures, les plénipotentiaires italiens attendaient inutilement sur la rive du Taro; à midi, ils ne savaient pas encore le départ des Français qui gagnaient les plaines de la' Lombardie. Gommines ajoute que si les confédérés ne poursuivirent pas les Français, ce fut parce que les provéditeurs vénitiens s'y opposèrent.

L'armée française n'avait plus rien a craindre, mais ses souffrances n'étaient pas à leur terme. Gommines, qui n'était pas, comme il l'observe, des plus malheureux, était réduit à porter lui-même dans ses bras le fourrage de son cheval, et pendant deux jours, il n'eut pour toute nourriture que du mauvais pain, G'était le plus pénible voyage qu'il eût fait de sa vie, et il en avait connu « de bien aspres » du temps du duc Gharles de Bourgogne.

On arriva enfin à Âsti, et on n^y apprit que des nouvelles inquiétantes. La position du duc d'Orléans, assi^ à

* Jfi^.,t. II, p,488.

M OOMMINBS. 221

NoTare» devenait de pins en plus critique. Ciommines, ponr soutenir son coun^, lui avait fait savoir que des négociations étaient entamées avec le duc de Milan, principalement par la médiation du duc de Ferrare, et que la duchesse douairière de Savoie interposait» dans ce but» son active médiation. «Je m*en mesloyei aussi \ » dit Commines, et, en effet, les confédérés lui avaient envoyé un sauf-conduit, car ils ne désiraient pas moins , assure-t-il , le voir chargé du soin de ces négociations.

Gela était vrai peuirétre pour le duc de Milan qui semblait convaincu que Charles VIII était peu favorable aux prétentions du duc d'Orléans, « qu'il ne désiroit point fort « de veoir si grant * » et qui savait bien que Commines ne les seconderait pas davantage. Quant aux Vénitiens, depuis l'ambassade de Commines à Venise et plus encore depuis la fallacieuse négociation des bords du Taro, ils éprouvaient un profond sentiment de méfiance.

Ce fut dans ces circonstances, que le Sénat de Venise transmit à ses provéditeurs les instructions suivantes :

De quelque pratique que Ton use, soyez sur vos gardes à toute heure, jour et nuit;, sans relâche, en tout ce qui se rapporte aux propositions qu'on vous fera, car nous connaissons assez les artifices et Fastuce accoutumée des Français. Pour arriver à ce qui concerne personnellement monseigneur d'Argenton, il vous a, dites-vous, demandé un sauf-conduit de quatre jours pour venir daqs votre camp, accompagné de quarante cavaliers, afin de traiter d*un accord avec vous. Nous apprenons par la voie de Milan que ce sauf-conduit lui est déjà délivré. Aussi vous 'dirons-nous là dessus notre sentiment. Nous

« Mém., t. II, p. 501 .

« Mém., t. II, p. 493.

connaissons ledit seigneur d'Argenton pour un homme aussi habile et aussi sagace que possible, ainsi que nous avons pu nous en convaincre pendant son séjour dans notre ville. Vous avez pu vous en faire vous-mêmes une idée par diverses ouvertures insidieuses qu^il vous a faites avant et après la rencontre des armées. Le nombre des cavaliers qu'il amène et sa liaison intime avec le duc d'Orléans, nous font tenir pour indubitable que sa visite ne peut avoir qu'une an mauvaise et dangereuse et qu'elle cache quelque pernicieux dessein '. Nous aimerions mieux qu'on ne Teût point reçu, mais la chose étant probablement faite à cette heure, nous vous recommandons que sous aucun prétexte vous ne le laissiez s^arréter au milieu de notre armée, mais qu'il soit congédié immédiatement avec toute sa suite, de telle sorte que personne d'entre eux ne demeure en arrière : on les accompagnera de près afin qu'ils ne puissent s'entretenir, ni tenter aucune pratique avec qui que ce soit, et afin surtout que nul d'entre eux ne puisse pénétrer, ni envoyer de message à Novare, par quelque moyen que ce soit. Vous nous transmettrez en toute hâte le résumé des ouvertures qu'il aura pu vous faire, pour que nous puissions sur ce point vous exprimer notre avis et nos intentions. En attendant, pressez de plus en

* Par descender ad la particularità de monsignor de Argenton,quale ne scrivete haver rechiesto salvo conducto per zorni quattro de peter venir ia qnesto campo cum cavalli 40 per praticar qaalche accordo, et per la via de Milano sentimo talo salvo conducto esser H stà concesso : etiam circa questo ve diremo el sentimento nostro : cognoscendo la qualità de la persona de dicte monsignor d* Argenton versatissima et sagadasima quanto exprimer se posse, corn ben Thavemo cognossuto nel tempo le stado in questa nostra dtà, et anche per diverse sue fraudolente rechieste a vuy facte, et avanti et dapoi el congresso deliexerciti, lo bavette etiam vui possuto ben comprehender. Et similiter per el numéro di cavalli el mena cum si, et per la affectione incoroparabile luy ha al signor duca de Orliens, nui tegnimo indubitamente, che la venuta sua non possi esser nisi ad cativo et pericalosissimo fine et cum qualche pernitiosa pensata.

pliu le siège de Novare et veillez à ce que, par aucune voie, Ton ne puisse ravitailler cette ville *,

Commines avait tracé des règles semblables sur les précautions à observer vis-à-vis des ambassadeurs, pour lesquels il y a <x matière de suspection'. y> Il avait lui'^même écrit qu*én ce cas il fallait « tost despêcher et faire faire « bon guet. » Il ne pouvait pas se plaindre que Ton vît dans sa mission a des communications dangereuses ^. »

Quoi qu*il en fût, Commines ne profita pas du sauf-conduit qu*on lui avait adressé, et ce ne fut pas du côté des Vénitiens que vinrent les obstacles. « Comme les envieulx a sont entre gens de cour, » le cardinal Briçonnet s'opposa à ce que Commines fût investi d'une si haute mission ^, et celui-ci se vit réduit à y renoncer, comme il l'écrivait lui-même le 24 juillet au marquis deMantoue :

Monseigneur, je me recommande à votre bonne grâce tant comme je puis, J'ay receu le sauf-conduit qu'il vous a pieu m^envoier par ce porteur, votre trompette, lequel a esté veu par le roy en son conseil ; mais son plaisir n^a pas esté que j'allasse jusques en votre ost. Mais s'il vous plaist vous trouver ou envoier quelques gens en une ville neutre, comme de madame de Savoye ou de madame la marquise, le roy y envolera moy pu autres ; ou si vous aymez mieulx envoler quelc'un jusques devers ledit seigneur, il envoieroit devers vous, en votre camp, et ceste voye là me sambleroit la meilleure. Il me despleut bien que je ne me peus trouver sur le bort de la rivière, comme j'avois dit,

* Archives de Venise.

« Mém., 1. 1, p. 264.

* Mém.,i. I,p. 82.

* Le cardinal rompit que je ne m'en mcslasse point. Mém.^ t. II,

224 LETTRES ET NBOOCIATIONS

le soir dont partismes le matin d'auprès de vons ; mais j'en feis mon excuse à votre autre trompette que tous eustes en ceste ville et lui dis davantage le désir que j avois de servir en la pacifflcation de ses différens aussy avant que ma puissance se peut estendre. Et s'il vous plaist m'emploier en riens, me trouverez tousjours prest à vous faire service. Priant à Dieu, monseigneur, quMl vous doint bonne vie et longue.

Escript en Ast, le XXIIIP jour de juillet.

Le roy vous respond à vos lettres.

Votre humble serviteur, Phblippb db Commynbs.

À mon irèS'hùnoré et imbté seigneur, monseigneur le marquis de Mantoue, gouverneur général des gens d'armes de la seigneurie de Venise *.

Cependant la mauvaise saison approchait, l'armée de Charles VIII et la garnison de Novare souffraient de plus en plus, et les choses en arrivèrent à ce point que Commines crut devoir exposer à Charles VIII toute la gravité de la situation. « Je m*aventuray, dit-il lui-même, de dire c( au roy qu'il me sembloit qu'il vouloit mettre sa personne « et Estât en grand hasard pour peu d'occasion, qu'il ne « devoit point laisser à prendre quelque honneste appoinc- « tement pour ces paroles que on disoit qu'il ne debvoit « point commencer, et que s'il vouloit je le feroye bien par- « 1er en sorte que l'honneur des deux costés y seroit bien « gardé *. » Le roi renvoya Commines au cardinal de Saint- Malo qui voulait la guerre ; mais Commines, secondé par le seigneur de la Trémoïlle, insista, et le cardinal déclarant que c'était à lui qu'il appartenait, en sa qualité d'homme

* Archives de Venise (trad.),

• Mém,,t. II, p. 511.

DE G0MM1NE8. 2îS

d'^gltt^ d*oaYrir les négociations, il répondit qu^à da cardinal, il les aborderait Ini-mfime.

Tel est le récit de Commines ; mais de même qu*aa commencement de la guerre il entretenait des relations avec les Florentins, à l'insu du roi, pour s*efibrcer de Tarrêter dès son début, il y a tout lieu de croire qtte cette fois aussi, il adressa de son propre mouvement et sans y être autorisé, des communications secrètes afin de rétablir la paix qu'il considérait comme pouvant seule sauver le roi et les siens. Charles VIII venait de Tenvoyer à Casai, où la marquise de Montferrat était morte, laissant après elle deux fils sur lesquels avait mis la main un de ses oncles, le grec Constan tin, dont Commines à Venise avait voulu faire un roi de Macédoine. Bien que Constantin ne fût pas Tun des parents les plus proches des jeunes marquis de Montferrat, Commines déclara au nom de Charles VIII lui en remettre la tutelle, et d*autre part, il est permis de Tajouter, Constantin, favorisé dans son ambition, s^engagea à seconder tous les projets de Commines : ce qu'il fit en adressant aussitôt aux Milanais et aux Vénitiens un message où il- leur faisait part, avec toutes les réserves dictées par la prudence, du désir de négocier qu'avait exprimé le seignéar d'Argenton*

Le 12 septembre 1495, Ludovic Sforza remit les instruotions suivantes A Jules Cattanei en le chargeant de se rendre i Casai :

Jules, ayant vu le post-scriptum inséré dans la lettre de l*\U lustre seigneur Coostantin» dont vous connaissez le contenu « nous voulons que vous vous rendiez secrètement à Gisal et que vous vous présentiez audit seigneur Constantin, de telle sorte que lui et son messager qui vous accompagnera « soient seuls instruits de votre arrivée* Vous lui offrirez d abord nos salutacoamiiES. — 11. iu

tionfi et nos remerciements de la communication qu'il nous a faite, en vous servant des termes qui vous paraîtront les plus convenables. Vous lui expliquerez la cause de votre voyage qui a été amené uniquement par les paroles dont, à ce qu^il nous a écrit, s'est servi le seigneur d'Argenton , et qui a pour but de vous entretenir avec lui comme il en a témoigné le désir; et si le seigneur Constantin vous procure le moyen de rencontrer monseigneur d'Argenton, lorsque.vous serez avec lui, vous le saluerez en notre nom et vous le remercierez de Taffection qu il témoigne à notre égard ; vous lui ferez connaître que le seul motif de votre voyage est de vous entretenir avec lui, comme il en a exprimé le désir, et vous lui ferez entendre que nous aimerons aussi toujours ceux qui se montrent de bonne volonté vis-à-vis de nous, et que naturellement nous sommes porté à la paix avec tout le monde, mais surtout avec ceux que n()us avons de tout temps le plus aimés. A ce sujet, vous chercherez à apprendre s'il agit avec sincérité, vérité et loyauté, et vous nous ferez savoir s'il compte venir ici avec vous, ou bien nous écrire dans le cas où il préférerait que vous restassiez là secrètement; et vous aurez soin d'user de tels moyens qui ne vous engagent en rien jusqu'à ce que vous ayez reçu une nouvelle lettre de nous '.

Commines, dans ses Mémoires, a soin de passer sous

silence ce que son initiative avait d'irrégulier et de mystérieux ; il ne parle même point des ouvertures qu'il fit faire au duc de Milan et se borne à raconter qu*il était depuis trois jours à Casai, lorsqu'y arriva, par une heureuse et fortuite coïncidence, un maître d*hôtel du duc de Mantoue, capitaine général des Vénitiens, et que ce fut ainsi que s'ouvrirent les négociations, c Celluy-là et moy, dit-il, entrasmes

< en paroUes d'appoincter les deux osts sans combatre...

c Je lui disoye que moy et luy, comme médiateurs, corn-

4 mencerions, 8*il vouloit ^ » Eu effet, il adressa des lettres dictées par la même pensée aux proyéditeurs vénitiens, c Je c avoye occasion, ajoate-t-il, de continuer Toffice de bon c médiateur, car ainsi Tavoye conclud au partir de f Venise *. »

Commines, revenu près de Charles VIII, lui présenta un comte Boschetto, probablement le même condottiere qu*on l'avait accusé, quelques mois auparavant, de vouloir gagner, et qui, par sa double influence à Milaii et à Ferrare, pouvait être utile aux Français. On examina de nouveau dans le conseil si, comme le demandait Commines, on accorderait un sauf-conduit aux envoyés de la Ligue. Les gens d'église, à ce que rapporte Commines, continuaient à vouloir la bataille où ils ne se fussent point trouvés '. Quant à lui, il insista sur la faiblesse de Tarmée, sur la famine dont elle était menacée, sur le devoir de tous de placer au-dessus d'intérêts particuliers l'intérêt général de la France. Le sauf-conduit fut accordé, l'opinion de Commines prévalut et le roi lui ordonna de se rendre au camp ennemi c car il ne « vouloit riens rompre *. •

Des conférences s'ouvrirent. Elles eurent lieu près de Camerano et elles se continuèrent au camp des confédérés, où Commines se rendit avec le maréchal de Gyé et le seigneur de Piennes. Des le premier jour, il obtint un résultat important, car il sauva la garnison de Novare. Les ambassadeurs milanais résumèrent cette importante convention dans les termes que nous allons reproduire :

* Mém., t. II, pp. 512 et 514.

' Mém., t. II, p. 515.

» Mém.,i. II, p. 517.

« Mém., t. II, p. 519.

Les ambassadeurs français, monseigneur le maréchal de Gyé, monseigneur de Piennes et monseigneur d'Argentan, ayaoi déclaré dès le début de leurs ouvertures, au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne» qu^avant d'aborder les questions paiiiculières ils avaient à demander qu'on laissât le duc d'Orléans sortir de Novare et se rendre auprès de Sa Mcgesté, on n'a pas voulu discuter révacuation de Novare avant d*en avoir parlé au duc, et monseigneur le duc de Milan a répondu qu'il entend traiter avec Sa Majesté et non avec le duc d'Orléans, qui lui a enlevé Novare avec ses gens et son argent.

Enân on répondit pour conclure, qu'afln d'être agréables au Roi Très-Chrétien, monseigneur le duc de Milan et monseigneur le marquis de Mantoue permettraient au duc d'Orléans de rejoindre Sa Majesté, à condition que si la paix n'avait pas lieu, ledit duc d'Orléans aurait, si tel était le bon plaisir du duc et du marquis de Mantoue, à revenir à Novare avec le même nombre de serviteurs qui l'auraient accompagné à sa sortie et point davantage. Le duc d'Orléans aura à fournir la liste de ses gens avant de sortir, et ils seront comptés par quelqu'un des nôtres«

Ledit ambassadeur ajant demandé des sûretés pendant le voyage dudit duc d'Orléans, pour sa sauvegarde, lesdits seigneurs ont consenti que le seigneur marquis se porterait à l'endroit de la première conférence des seigneurs français avec Sa Seigneurie, où se rendrait en même temps on desdits ambassadeurs français, et qu'il j resterait pour protéger le duc d'Orléans. Le duc de Milan enverra chercher par un des. siens ledit duc d'Orléans à Novare, qui se rendra suivi d'un des ambassadeurs français et des gens désignés pour sa suite, jusqu'à Tendroit où se trouvera le marquis de Mantoue. Lorsque le duc d'Orléans y sera arrivé, le marquis retournera au camp avec les ambassa* deurs français et ceux de nos gens qui les auront accompagnés ; et le duc d'Orléans avec les siens ira rejoindre Sa Migesté *.

Ce qui contribua le plus à ce résultat inespéré, ce fat le

* Archives de Milan (20 septembre 1495).

DE COMMIMES. 229

brait que le bailli de Dijon s'avançait vers Yerceil, avec viji§;t BÛUe Suisses recrutés à la hâte, pour délivrer la gar* nison de Novare, et le duc d'Orléans qui les attendait impatenraent, eût sans doute, quelques jours plus tard, refusé d'évacuer la forteresse qu'il avait conquise.

Cependant les souffrances des assiégés étaient devenues si vives qu'il était impossible de les prolonger. Un tiers était mort, surtout par la famine, car ils avaient été réduits à manger tous leurs chevaux. Beaucoup sortirent de Novare, firent quelques pas et expirèrent sur les routes sans pouvoir aller plus loin. Gommines en vit plusieurs étendus dans une vigne et frappés d*épuisement. Il leur fit donner de la soupe: c J'en sauvay bien, dit-il, cinquante pour c un escu. » A Yerceil , il en mourut encore un grand nombre dans les rues et jusque sur les fumiers de la ville ^

Ce triste spectacle confirma Commines dans sa profonde convictioii qu'il était indispensable et urgent de conclure la paix.

Dès le 24 septembre, l'archevêque de Rouen *, le mare* chai de Gyé, le seigneur d'Argenton et le président de Paris avaient indiqué, comme bases du traité, les points suivants :

P Remise de la citadelle de Qânes entre les mains du duc de Ferrare, qui s'engagera, pendant deux ans, i la délivrer aux Français si le duc de Milan leur contestait le droit d'y armer et désarmer. Engagement semblable pendant dix ans, des Anciens qui, dans la même hypothèse, se

' Mém,y t. II, p. 522. Voyez le récit de M. de la Pilorgerib, Camp^nedt Charles VI II, p. 382.

' Georges d'Amboise.

mettront en Tobéissance du roi ; confirmation, pour le reste, du fief de Gênes au duc de Milan ; promesse par les ambassadeurs français, au nom du roi, que les armements qui se feront à Gênes, ne seront dirigés ni contre les gouverneurs de cette ville, ni contre le duc de Milan; mais les Génois

fourniront aux Français les navires dont ils auront besoin ;

2^ Engagement du duc de Milan et de la seigneurie de Venise de n'aider en aucune manière le roi Alphonse et le roi Ferdinand, de retirer les hommes d'armes qu'ils auraient pu leur prêter et d'abandonner tous les territoires du royaume de Naples qu'ils auraient occupés ;

3"* Engagement dix duc de Milan et de la seigneurie de Venise de publier un ban pour annoncer que quiconque prendrait les armes contre le roi Très-Chrétien ou pour envahir le royaume de Naples, serait puni; indemnités pour certaines personnes dont les noms seront indiqués ^

Tous les plénipotentiaires se réunirent en une assemblée solennelle pour s'occuper du rétablissement de la paix. Le duc et la duchesse de Milan s'y rendirent, et comme Cornmines ne savait pas la langue de Tite-Live et parlait assez mal, à ce qu'il nous apprend, celle de Guichardin et de Machiavel, ce fut le président du parlement de Paris, Jean de Gannay, qui fut chargé de prononcer de doctes harangues en latin. Cependant la vivacité française éclatait souvent, et lorsque les envoyés de Charles VIII prenaient la parole tous à la fois, le duc de Milan ne manquait pas de dire : < Ho, c ung à ung*. »

Toutefois, en dehors des discours latins du président de

* ArchiTes de Milan.

' Mém.t t. II, p. 520.

DE GOMMINES. 231

Paris, il y avait des raisonnements qui persuadaient mieux Ludovic Sforza, qui probablement n'avait jamais étudie les écrivains de l'ancienne Rome. Ces arguments qui ne se produisaient point dans les séances publiques, mais qu'on faisait répéter tout bas par le comte Boscbetto ou par d'autres, c'était au seigneur d'Argenton qu'il appartenait de les faire prévaloir. Il fallait avant tout séparer les confédérés et opposer les intérêts du duc de Milan à ceux de la seigneurie de Venise. Grâce à l'habileté de Commines, on j parvint, et une clause secrète porta que si les Vénitiens n'adhéraient pas au traité et si Charles VIII leur faisait la guerre avec l'aide de Ludovic, celui-ci garderait exclusivement toutes les conquêtes que les Français enlèveraient aux

Vénitiens.

Tous les points auxquels tenaient les ambassadeurs français furent donc admis, et le 10 octobre 1405 fut signé un traité de paix et d'alliance entre le roi de France et le duc de Milan, où le seigneur d'Argenton figure à juste titre, au premier rang après le maréchal de Gyé, entre les plénipotentiaires de Charles VIII. Les Vénitiens n'y étaient point intervenus; mais on avait stipulé un délai de deux mois pour qu'ils pussent y adhérer ^

Charles VIII, voulant consolider la paix qu'il venait de conclure avec le duc de Milan, lui fit oflrir par Commines une entrevue ; mais Ludovic Sforza la repoussa, prétendant que déjà, à Pavie, au commencement de l'expédition, les Français avaient voulu s'emparer de sa personne, et qu'en ce moment le cardinal de Saint-Malo et le comte de Ligny

* GoDKFROT, Hist. de Charles VIII, pr. p. 72>2\RecueUdesordonn., t. XX, p. 485; Campagne de Charles VIII, par M. de la Pilorqekik, p. 384.

e38 LETTHBS ET NEGOCIATIONS

tenaient encore des propos qui devaient rengager à une grande prudmoe. Il alla jusqu'à dire qu'il ne se croirait en sûreté que si l'entrevue avait lieu sur un pont séparé par une forte barrière ^

Le refus du duc de Milan, si blessant pour l'honneur français» irrita fort les conseillers de Charles VIII. Coni'^ mines presque seul soutenait le parti de Ludovic Sforsa et continuait à lui adresi^r des messages confidentiels simplement signés : Philippe; mais autour de lui la plupart des courtisans répétaient que c'était une grande faute que d'avoir traité avec un homme menteur et perfide comme Ludovic Sforza, au lieu de chercher avant tout à se rapprodier des Vénitiens. Peut-être reproehait-on à Ck>mmmes d'avoir écouté à la fois ses intérêts en faveur de Milan et ses rancunes contre Venise.

Neuf jours après la conclusion du traité et au moment même où il rejetait Tentrevue proposée, Ludovic écrivait à l'un de ses cousins, François Sforza, comte de Santa-Flora, qui était retenu au camp français comme prisonnier ou plutôt comme otage ; il espérait qu'à la suite du traité de Verceil il serait mis en liberté et le chargeait d'un message pour le roi et pour le maréchal de Gjé et le seigneur d' Argenton. Malgré ces circonstances, François Sforza ne put s'éloigner du capitaine à la garde duquel il était confié et fîtt réduit à employer un intermédiaire dans une affaire qu'il eût mieux conduite si on avait montré quelque générosité i son égard. Tout en excusant le roi, il ne manqua point de rapporter dans sa réponse que les courtisans français insultaient tous les jours le duc de Milan :

* GmCBARDIN.

DE COMMINSS. ^33

lilustrissime et excellentissime seigneur,

Hier à buit heures, j^ai reçu vos lettres ainsi que celles qui étaient adressées au roi Très-Chrétien, à monseigneur de Gjé et à monseigneur d'Argenton, afin que je me rendisse près de Sadite Majesté et desdits seigneurs, pour remplir la mission que vous m'aviez confiée. Sa Majesté était à Chien ; mais je ne pus rien &ii^ parce qa^il ne m'est pas permis de quitter le capitaine qui m*accompagne sans cesse, et j*en chargeai Manfred, qui m'a rapporté de la part de Sa Majesté que vous connaîtriez sa réponse par une lettre qu'elle Tenait de vous écrire, qu'elle attendrait que Votre Excellence l'ait reçue et qu*en ce moment il n'y avait pas lieu d'en faire une autre, J'ai reçu la réponse de monseigneur de Gyé que je vous envoie ci-induse. Quant à monseigneur d'Argenton, il a répondu que dans trois jours il se rendrait de votre côté et que par ce motif il n'avait pas autre chose à dire. Cependant, après un court intervalle, il raconta à Manfred que le roi avait écrit à Venise et qu'il crojait que o était à la suggestion de ses rivaux ^ La lettre signée : PkUifpe, est de monseigneur d'Argenton. Tandis que Manfred se trouvait à Chien pour s'entretenir avec Sadite Migesté, il j eut de nouveau des paroles iigurieuses prononcées contre nos seigneurs par leurs ennemis, qui disaient que nous avions trompé Sadite Majesté et que nous lui avions fait jeter trois cent mille francs aux Allemands, etc., et quelques-uns disaient avoir appris d'une personne d'autorité auprès de Votre Excellence, que vous feriez semblant de permettre aux Français de s'armer à Gènes, mais qu'en réalité vous étiez d'intelligence avec les patrons des navires qui ne faisaient rien et laissaient passer le temps en leur faisant perdre leur argent. D'autres disaient que le roi attendait votre réponse quant aux navires qui ont naguère été armés à Gènes pour le roi de Naples et qui étaient déjà partis quand les lettres de défense partirent. En vérité, Votre Excellence est fortement censurée

' Commines voulait probablement - désigner le cardinal de Saint- Malo et le comte de Lignj.

dans cette coar, mais elle ne doit point R'en préoccuper, car le roi, comme je Tentends» reste ferme dans la bonne opinion qa*il a d elle, et les choses qui se disent, ne sont que propos de courtisans.

Ce matin je me suis mis en route et je précéderai toigours le roi d'une journée au moins, puisque Votre Excellence ne m'a pas donné d'autres charges. Je pense que le roi partira demain matin pour continuer son voyage et aller fort loin. On dit généralement qu'il demeurera du côté de Lyon ou en Provence tout cet hiver avec ses hommes d^armes.

Je me recommande humblement à Votre Excellence.

Turin, le 20 octobre 1495.

De Votre Altesse illustrissime

Le serviteur. Le comte François Sforza *.

L'opinion du cardinal de Saint-Malo triomphait, et, ce qui sans doute affligea vivement Commines, ce fut à lui que Charles VIII donna Tordre de se rendre immédiatement aux bords de l'Adriatique pour entamer avec les Vénitiens une négociation qui devait inévitablement mécontenter le duc de Milan.

Commines parle peu dans ses Mémoires de cette seconde ambassade à Venise. Il se borne à remarquer qu'il fut reçu à Venise avec les égards dûs à son rang, mais avec moins d'honneur qu'à son premier voyage *. Il retrouva le vieux doge Barbarigo et lui exposa le désir du roi de France de voir la seigneurie de Venise retirer tout appui au roi Ferdinand d'Aragon. Barbarigo lui promit de consulter le grand conseil, et la seigneurie, pour mieux attester la gravité des circonstances et de la résolution qu'elle allait prendre,

' Archives de Milan.

• Mén., t. II. pp. 323 et 530.

ordonna trois jours de prières publiques. Ce fut le 17 no- Tembre 1495 que le grand conseil adopta le texte de sa repense qui fut communiquée à Commines le surlendemain après quinze jours d'attente :

Magnifique ambassadeur, vu le respect que nous avons de toat temps porté à Sa Migesté Trës-Chrétienne et à ses augustes prédécesseurs, nous nous sommes toi^ours fait un usage ei comme une loi naturelle d^accueiUir avec empressement et bonheur les envoyés de Sadite Majesté et les marques de sa bienveillance envers nous. Nous sommes d*autant plus heureux d'en agir ainsi avec Votre Excellence, que nous professons une affection et une estime toutes particulières pour ses vertus et ses insignes qualités, dont elle nous a donné tant de preuves. Le discours de Votre Excellence a pour objet et pour but de nous engager à répondre aux trois articles * qui nous ont été envoyés du camp du roi, et Votre Excellence nous a notifié qu'il nous avait été accordé un délai de deux mois pour préparer notre réponse. Dès ce moment toutefois, d^accord avec notre sénat et conformément à ce que nous avons déjà fait déclarer à Sa Msgesté par nos délégués, nous dirons que, ni dans le passé, ni à Theure présente, nous ne tenons être en guerre ou avoir rompu avec Sadite Majesté. Tout ce que nous avons fait jusqu'à ce jour, nous Tavons accompli pour ne pas manquer à nos confédérés, offensés et provoqués par Sa Majesté elle-même : c'était, c'est encore un devoir que nous impose notre alliance, et une foule d'exemples ont attesté à l'univers entier que nous n'avons jamais ûdlli à notre penchant naturel de respecter la parole que nous avions une fois donnée. Depuis longtemps déjà nous avons averti nosdits confédérés de la situation des affaires, mais nous n'avons point encore reçu leur réponse : nous n'avons donc point en ce moment les pleins pouvoirs nécessaires pour répliquer en détail aux trois articles qu^on nous propose , d'autant plus que nous

' La première rédaction du traité conclu pai* Charles VIII avec le duc de Milan, ne comprenait que trois articles.

vojons, actuellement encore, Sadite Mtgesté persister dans ses attaques contre le Souverain Pontife, chef de notre confédéra* tion, et contre TÉglise, comme nous en avons reçu Tassurance du Saint-Père et comme le démontre d^ailleurs le résultat des mesures que nous voyons Sa Majesté prendre chaque jour. Si elle consentait à cesser entièrement ses hostilités envers nos confédérés, nous serions de notre côté tout prêts à revenir à Taffection et au respect que nous lui portions autrefois, car personne n*est animé envers Sa Majesté de sentiments meilleurs et plus respectueux que les nôtres. Voilà tout ce qu'il nous est possible de répondre quant à présent, car nous ne savons encore, comme nous venons de le dire, quelles sont les intentions de nos alliés. De jour en jour no^ attendons de leurs nouvelles, et dès qu'elles nous seront parvenues, nous pourrons répondre d'une manière plus explicite. Cependant, pour ne pas manquer au dévouement que nous avons toigours professé envers Sa Mi^esté, et surtout parce que c^est Votre Excellence qui la représente ici, nous croyons qu'il est de notre devoir d'ajouter une réflexion. Les principaux monarques et potentats de la chrétienté se trouvant engagés dans les querelles et les discussions actuelles, dont les Infidèles prennent occasion pour s^animer et s'exciter à l'invasion de la république chrétienne, il serait nécessaire, et nous engageons Votre Excellence à s'y employer, que toutes ces querelles et ces discordes pussent s'apaiser sans remploi des armes et sans r<^sion du sang chrétien. La tâofae si digne et si louable d*assurer une heureuse issue aux différends actuels n'est pas au-dessus des moyens et des ressources dont nous pouvons disposer. Quant à nous, nous nous offrons à y prêter notre intervention et notre concours actif, en assurant Sa Mi^jesté que nous n'y épai^erions pas nos fatigues, si nous savions lui être agréables en cela, et que nous nous employerions 'de telle sorte que nous aurions lieu d'espérer de voir le tout réussir pour la plus grande satisfaction, le plus grand honneur et la plus grande gloire de Sa Mi^esté *.

' Archives de Venise. Cette déclaration fut communiquée le mdme jour aux envoyés d* Allemagne, d*E8pagne et de Bologne,

Venise offrait sa médiation afin de se rendre l'arbitre de ce grand différend, mais Gommines, devenu trop hostile aux Vénitiens, interpréta leur réponse comme un refus formel d'accéder à toutes ses demandes \

Cependant, après cette déclaration publique, Barbarigo, dans un entretien particulier avec Gommines, lui fit d'antres propositions. II engageait le roi de France à se contenter de la suzeraineté du royaume de Naples comme de celle de la cité de Gênes, réclamait pour Venise la possession des ports de la PouiUe et offrait seulement à Gharles VIII celui de Tarente, le plus éloigné de tous, sous le prétexte qu'il était le plus convenable pour que les Français commençassent de là une croisade à laquelle les Vénitiens s'associeraimit volontiers. « C'estoit, dit Commines, une très**meschante c invention, car c'estoit celler les pensées *. » Le seigneur d'Ârgenton se borna à répliquer qu'il rapporterait au roi la réponse qu'il avait reçue, et il se hâta de quitter Venise.

Cette infructueuse démarche près des Vénitiens ne devaiirelle pas compromettre tout ce qu'on espérait de l'alliance du duc de Milan? Commmes en était convaincu et devait l'éprouver lui-même. En traversant le Milanais, il s'arrêta au château de Vigevano. Le duc Ludovic, dirigeant une partie de chasse du côté où devait arriver l'envoyé de Charles VIII, alla au-devant de. lui et lui fit donner un ^q[)artement où on l'entoura des plus grands honneurs ; mais tout se borna là. Commines n'obtint pas même l'audience qu'il avait sollicitée, et elle était fort

« JV^., t. II, p. 531.

• Mém., t. II, p. 532.

urgente, car il s'agissait du départ des navires qu'attendaient les Français de Naples et que le duc retenait è Gênes. Lorsque Commines parvint enfin à voir Ludovic,* ses plaintes furent mal reçues. Le duc prétendit que le roi lui avait offert Sarzana et Pietra-Santa et n'avait jamais tenu son engagement, puis il ajouta avec une irritation trës^marquée que s'il avait promis des navires, ce n'était point afin que les Français pussent s'y embarquer. Commines lui répondit qu'il trouvait l'excuse « bien maigre » et que si le duc lui prêtait une mule pour traverser les Alpes, il lui serait assez inutile de n'en avoir que la vue et de ne pouvoir s'en servir. Enfin, après une longue discussion, Commines, réveillant tour à tour l'ambition et les terreurs de son interlocuteur, lui montra Charles VIII prêt, soit à ressaisir répée pour le combattre, soit à lui abandonner une partie de ses conquêtes du royaume de Naples. Ludovic ne parut ni ému de ces menaces, ni séduit par ces promesses. Ce fut en vain que Commines, insistant sur ces points, lui exposa la part qu'il avait prise au traité de Verceil, lui offrit Tarente et Bari, lui fit entrevoir la haine perpétuelle du roi de France, et chercha de nouveau à l'exciter contre les Vénitiens dont il lui représentait la puissance comme dange* reuse pour tous leurs voisins. Le duc de Milan se bornait à répondre à l'ambassadeur de Charles VIII « que avec le roy « ne povoit trouver nulle seureté, ne fiance ^ »

Pendant le séjour que Commines fit à Vigevano , il put admirer fort à Taise cette résidence qui est t la plus belle a demoure pour chasses et volleries en toutes sortes * ; »

* Mém., t. II, p. 535.

• Mém,, t. IJ, p. 451.

mais il éprouva un aufre sentiment en voyant les remparts élevés contre les Français aux bords du Tessin, peu de mois auparavant, alors que le duc d*Orléans n'avait su ni maintenir la paix, ni faire la guerre. Ce furent les chefs mêmes de Tannée milanaise qui montrèrent à Gommines les positions dont le duc d'Orléans n'avait pas su profiter ^ La veille 11 avait entendu dire à Milan que si le duc d'Orléans se fût approché de cette ville, on lui en eût ouvert les portes *. Il y eut même un capitaine milanais qui reprocha tout haut aux Français de l'armée de Charles VIII de ne pas avoir tiré un meilleur parti de leur avantage le jour de la bataille de Fomoue '.

Après trois jours passés à Yigevano, Commines s'éloigna, et le duc qui l'avait reconduit à une lieue de son château, le voyant triste et abattu, « advisa une plus belle mensonge » et lui dit tout à coup qu'il voulait « lui monstrer ung tour « d'ami afin que le roy eust occasion de lui faire bonne a chiere. » Il lui promit que dès le lendemain il ordonnerait de mettre les navires de Gênes à la disposition des Français et que du reste il lui écrirait de sa propre main pour lui en annoncer le départ, de telle sorte qu'il en serait instruit avant d'arriver à Lyon et pourrait le premier en faire part au roi *,

Commines passa les Alpes, et il n'entendait aucune poste derrière lui qu'il ne crût voir arriver le courrier du duc de Milan. Il avait toutefois quelque doute» « congnoissant « l'homme '. » Il s^arrêta un jour à Chambéry où le duc de

* Mém., t. II, p. 352.

* Mém.,i, II, p. 451.

' Mém., t. II, p. 482.

* Mém.y t. II, pp. 535 et 536.

' Mém., t. II, p. 536.

Savoie « lui fit grande chière S » puis il oontinita sa route vers Lyou où il arriva le 13 décembre 1495 : le courrier du duc Ludovic n'avait pas paru.

Cependant (Tommines avait conserve quelque espoir, et pour ne rien négliger, cinq jours après son retour à Lyon, il adressa au duc de Milan la lettre suivante :

Monseigneur, je me recommande très-humblement à votre bonne grâce. Quant je suis arrivé ici, j^ai trouvé plusieurs lettres doubles qu'il vous a plu envoyer, dont les aucunes se adressoient à moy, et je ay largement communiqué avec le conte Francisco et votre secrétaire.

À nuyt a esté informé le roy du contenu de vos dernières lettres qui sont bonnes et saiges, et quant Tarmée de Qénes tût partie, il n^y eust point eu déûiulte que leur servioe n*eQSt esté bien reconnu. Jusques ici la oompsgnie a esté en doute que tout ne passe à Oénes par dissimulation et de votre consentement, et en ay veu plusieurs avertissements aiigourduy , et luy coûte ladite armée bien chier.

Monseigneur, tout gît à Texpérience et que ceste armée parie tost. Le roy désire bien que vous ly sciez bon parent et amy, et n'a nul plésir de cuir parler du contraire ; et me semble que quand vous serei bien de ly, que vous vivrei en grant surté et grant r^ost. Messire Téodore*^ et moy, avons de tout parlé au long à vosdits serviteurs, et désire ledit messire Téodore vous fere service, et moj de toute ma puissance, priant à Dieu, mon^' seigneur, qu'il vous donne bonne vie et longue et tout ce que vous désirez.

Escript à Lyon, le XVIP jour de décembre.

Votre très^-humble serviteur, Philippe db Commtnbs.

A mon trés-redoubté seiçnew monmfnenr U duc d$ Milm^**

« Jllém., t. II, p. 536.

* J*ignor6 quel est ce messire Théodore.

> Archives de Milan.

D£ C0MM1NËS. ^41

Commmes fit plus encore ril alla le lendemain trouver le comte François Sforza, que les Français avaient conduit avec eux à Lyon; il lui annonça que le roi de France envoyât un agent à Milan et le pressa d*appuyer ses efforts.

Le comte François Sforsa écrivait le 18 décembre 1495 au duc de Milan :

Illustrissime et elcellentissime seigneu)^.

Monseigneur d^Argenton vient de me faire mander sur-lechamp, et^ accompagné de ma garde habituelle, sans laquelle jé fie puis faire un pas, je me suis rendu chez lui. U m'a dit , au nom de Sa Migesté, que Ghirinat qui doit aller remplacer là bas Regalt \ avait reçu Tordre de se mettre en route. Il me ûï comprendre que Sa Majesté l'envoyait, bien éclairé sur les affidres de Votre Excellence et muni de toutes les instructions nécessaires pour n^ocier dans Tintéret commun, et le roi lui avait donné Tordre qu*on m'en fit part, afin que je connusse la qualité de ce personnage, qui se trouvait là avec ledit seigneur d*Arg«Qton, et afin que je susse que du côté du roi on n'avait rien négligé pour correspondre aut bonnes dispositions que Votre Excellence témoigne envers Sa Majesté. Il me semble asses habile, plus que les autres peut-être, et pour cela mékhe je crois que Votre Seigneurie en retirera plus de satisfaction. Je répondis que Votre Eïcellence serait singulièrement charmée et satisfiûte du choix et de Tarrivée d*un homme si distingué. Je n^ai rien de plus à vous mander, sinon que je me recommande toujours à Votre Excellence.

Lyon, 18 décembre 1495.

Votre humble serviteurj

François SfoUza*.

Le duc de Milan n'accueillit pas les propositions qui lui furent adressées, mais il écrivit i Commines pour qu'on

* CeB JïomM paraiseent ioexactement reproduits.

* Archiyes de Milan (trad.}.

COMMIMES. -—11. 16

laissât son cousin à Lyon et qu'on ne le traitât pas avec trop de rigueur :

En ce qui touche le comte François, qui a été remis entre les mains de monseigneur de Miolans et emmené par lui à Vienne, nous écrivons à notre chancelier Thomasino que vous lui direz ce que vous aurez appris dudit comte. Nous vous prions avec confiance de vous employer pour que ledit comte soit laissé à Lyon, où se trouve Sa Majesté, pour qu'il y soit bien traité, qu'on ne Ten éloigne pas et qu*on lui procure les moyens d'y rester sans trop d'ennui ou d'incommodité, en témoignant au moins ainsi que Sa Majesté n'a pas perdu tout souci dé notre honneur et de notre dignité, et qu'elle n'a pas complètement oublié notre amour et notre affection envers elle.

Au Seigneur d'Ârçentan *.

Ainsi s'étaient évanouies les dernières espérances de Cornmines dans les résultats de Tentrevue de Vigevano et dans les promesses du duc de Milan. Les courtisans qui avaient blâmé la paix de Verceil, ne manquèrent pas de railler la crédulité de Gommines c et de lui bien laver la teste, a comme on est accoustumé de faire aux cours des princes (c en semblables cas, » et Gommines laisse échapper de son esprit humilié cet aveu : c Bien estoie iré et marry '. »

Le seigneur d' Argenton, pour se venger du duc de Milan, voulut engager Gharles VIII à se rapprocher des Vénitiens

dont il avait dit tant de mal â Vigevano. Il essaya de repré-

senter ces mêmes propositions dans lesquelles il avait vu naguère un refus formel de négocier, comme dignes d'être discutées et acceptées. « G'estoit, dit-il, un bon appoincte-

* ArchÎTes de Milan (trad.).

* if/m., t. II, p. 536.

V ment^ » Mais le duc d^Orlëans et le cardinal de Saint-Maio combattirent sou avis. Charles VIII qui y était favorable^ ne montra aucune énergie pour le soutenir. Au demeurant, soit crainte de mécontenter ses conseillers, soit indolence Ujaturelle, a le roy n*en feist nulle estime. Il estriit petit de « corps et peu entendu. Il entendoit à faire bonne chiëre et « jouster, et de nulle anltre chose ne luy challoit *. »

Une autre question à laquelle s'intéressait vivement Commines, n*avait pas reçu une solution plus favorable* Deux jours après la signature du traité de Verceil, la sei-^ gneurie de Florence se plaignait de ce que les Français ne lui restituaient point, comme ils s*y étaient engagés, la citadelle de Pise et les forteresses voisines, et exprimait le vœu que le seigneur d*Argenton fût envoyé aux bords de 1* Arno pour faire droit à tous les griefs et rétablir dans toute sa force Falliance française confirmée en ce moment même à Trino. Voici en quels termes était conçue la lettre adressée le 12 octobre 1495 à Néri Capponi, ambassadeur florentin près de Charles VIII :

On nous assure que le roi et monseigneur de Ligny ont fait parvenir au capitaine de la citadelle de I^se et aux autres capitaines, des ordres qui ne seront pas plus respectés que les précédents ne Vont été jttsqu*ici. Il nous parait donc nécessaire d'agir près de SaMi\}e8té Très-Chrétienne et par lentremise de nos amis, pour que Sa Migesté envoie là bas quelque personnage de crédit, chargé de ses pouvoirs et muni de lettres et de mandements, écrits de bonne encre, du roi, du duc d'Orléans et de monseigneur de Ligny , enjoignant que sans remise ni exception aucune, Hse, Petra- Moeta, Matrone, Serzana et SerzaneUo nous soient exactement

' MM., t. II, p. 531.

restituées. Connaissast Famoitr et la grande affeetion que matK seigneur d*Argenton porte à notre cité, pour j avoir été antre^ fois et pour s'j être beaucoup employé en fkveur de nos affairesf nous Toudrions bien qu'on trayaillat à lui faire donner cette mission, pourvu néanmoins qu*on fût bien assuré que ce choix ne serait pas vu de mauvais œil de Tautre coté et qu'on n^en prendrait point occasion pour nous contrarier et empêcher Tezécution desdites restitutions. Cela mérite d'être pris en sérieuse considération ; mais si rien ne 8*j oppose, nous désirons qu'on mette en œuvre tous les moyens et toute la diligence pos-* sible pour le faire charger de cette mission, qu'il acceptera^ croyons-nous, volontiers. Mais il faut que le roi lui donne des pouvoirs assez étendus pour que la restitution s'effectue sans remise. La chose presse, et il importe que monseigneur d'Argenton ou celui qu'on enverra, arrive avec la plus grande célérité possible, parce que nous désirons recouvrer nos possessions avant que Sa Mtgesté Trè^Oirétienne quitte l'Italie pour retoor^ ner en France *.

Les réclamations multipliées de Florence forent peu écoutées. « Chacun sait, dit Machiavel, combien de fois les FIo- € rentins ont donné de l'argent à Charles VIII, afin qu*3 € leur rendît la citadelle de Pise, ce qu'il n'exécuta jamais : t ee qni était une grande preuve de l'avarice et du pea € de bonne foi de ce prince *. » En ce qui touchait le choix du seigneur d'Argenton, leurs vœux ne furent pas davantage pris en considération, et d'autres missions le conduisîrent, nous l'avons déjà vu, en Lombardie et vers l'Adriatique.

Commines, en quittant Lyon, paraît avoir été eavoyé dans l'un des ports de la Méditerranée où Ton embarquait

* ArchÎTes de Florence (trad.).

• Discours polit,, 1. III, ch. xliu.

des hommes d'armes pour secourir les garnisons de Naples et de Gaëte ; il en vit revenir les Suisses qui rapportèrent tontes leurs enseignes, mais qui étaient si affaiblis par les privations et les fatigues qu'il fallut les porter hors des navires *.

Telle était la triste conclusion de la brillante et éphémère expédition de Charles VIII.

Certes, Commines s'était signalé en Italie par l'habileté de sa conduite et la sagesse de ses conseils. Pendant la première période de l'expédition, il avait retardé la formation de la ligue contre la France ; dans la seconde, il en avait conjuré les menaces et les périls. Cependant, il rentrait en France, amoindri dans sa réputation, abaissé dans son influence, et sans avoir pu faire triompher en Italie ni ses rancunes ni ses amitiés, car il avait été joué par ses rivaux les diplomates de Milan et de Venise, sans avoir rien pu faire pour ses anciens et fidèles clients, les Florentins.

* Mém., t. II, p. 564 et 556.

UCy LETTRES ET NEGOCIATIONS

DERNIERES ANNEES DU REGNE DE CHARLES VIIl.

Commines, bien que son rôle fût moins important et pins effacé, ne cessait pas de s'occuper activement des affaires d'Italie.

ViS'à-vis des Vénitiens, il avait une revanche à prendre et peu de reconnaissance à satisfaire. Lorsque Charles VIII se réconcilia avec le Saint-Siége, ce fut lui qui introduisit près du roi le messager secret du pape Alexandre VI qui était fort hostile à la république de Venise ^

Vis-à-vis du duc de Milan, il ressentait d'autres rancunes plus vives, plus profondes. Il appuyait tous les projets dirigés contre lui, même ceux des condottieri italiens qu'il espérait voir « faire grans choses ' » pour renverser Ludovic qui continuait à agir sous la triple influence de la tromperie, de la malveillance et de la peur '.

Lorsqu'on forma le projet de nouvelles expéditions en Italie, Commines, n'écoutant que ses haines, ne montra plus cet esprit de résistance qui l'avait honoré au milieu de tant d'imprudentes résolutions. Voyant s'incliner la fortune de Charles VIII et s'élever celle du duc d'Orléans, il ne songeait plus à contester l'opinion d'un prince qui était devenu

< Mém., t. II, p. 587.

^ Mém., t. II, p. 566.

' JUém., t. II, p. 558.

DE COMMIKES. 247

par la mort du dauphin (autre prophétie de Savonarola) rheritier présomptif du trône. Deux fois on décida dans le conseil du roi que le duc d'Orléans réunirait une armée à Asti y et Commines vota dans ce sens comme tous ses ^collègues; mais le duc d'Orléans ne voulait pas quitter la France, et si à Asti il se souvenait de Valentine Visconti» il se rappelait à plus forte raison à Paris que l'époux de Valentine était l'un des âls du roi Charles V et lui avait transmis de ce chef des droits qu'il allait bientôt revendi* quer.

Un instant, il fut question d'une alliance intime entre le roi de France et le roi de Naples, Ferdinand d'Aragon, pour se partager l'Italie, c Toute ceste ouverture » à l'avis de Commines et d'après ce qu'il apprit depuis c n'estoit que t dissimulation. » Telle était, ajoute-t-il « la pratique d'Es- < pagne. » Il assista au conseil où l'on délibéra sur ce point et il était sans doute l'un de ceux qui pensaient qu'il fallait c joindre ceste practique de plus près ^. » Peut-être fut-ce grâce à son influence qu'on chargea de cette mission,^ le seigneur du Bouchage < homme bien saige » et comme lui ancien ministre de Louis XI.

Commines ne restait dévoué qu'aux Florentins, et il faut bien le dire, en défendant leurs intérêts, il servait aussi les siens engloutis dans le naufrage des Médicis et vainement disputés jusqu'alors aux orages des révolutions qui se succédaient aux bords de l'Amo. Il n'avait jamais cessé de réclamer près de la République pour qu'elle fit servir au paiement de ses créances le produit de la confiscation des biens de Pierre de Médicis. Il avait insisté sur ce point lors de son passage à Florence avant la bataille de Fornoue, et on l'avait

téà LETTRES ET NEGOCIATIONS

VU alors flatteF dans ce but les Nerli qui étaient les auteurs de la riline des Médicis ^ Rentré en France, il réitéra ses féclamations, et le 10 juin 1407, les dix de la Balie écrivaient à leurs ambassadeurs :

Les syndics des Médicis, Lorenzo Tomabuoni et Galéas Sas^ setti ont comparu devant nous ; nous leur avons nettement décisive quMI faut ie toute manière qu'ils s'occupent de la créance de monseigneur d'Argenton et qu'on ne manque pas d'y aviser le plus tôt possible. Us ont concerté entre eux un arrangement dont ils donneront avis à Cosme Sassetti pour qu'il le soumette à monseigneur d'Ai^enton : quant à nous, nous prendrons soin quUl soit satisfait le plus promptement possible *.

Ils ajoutent quelques jours après :

Pour Taflàire de monseigneur d'Argenton, nous tâcherons de TOUS rendre une autre fois et d'y donner la meilleure solutioa que nous pourrons K

Ils reviennent sur ce point dans une lettre du 31 août :

Si monseigneur d'Argenton se plaint, il n'écoute pas la raison à notre égard ; car, comme vous l'avez vu par notre lettre précédente, la difficulté des temps et la gène de ceux qui doivent fournir Targent, engendrent plus d'un obstacle, mais en réalité ou ne veut pas lui manquer, et vous pouvez le rassurer ^.

Le 14 septembre, ils écrivent euvtnémes au seigneur d'Ai^enton :

Monseigneur, nous nous recommandons à votre bonne grâce et aous vous faisons savoir que nous n'avons jamais ouUié coixk-

* Mém., t. II, p. 358.

* Arofaives de Florence.

' ArohiTSs de Florence (!«' juillet U9>7).

^ Architea de Florence.

bien vous vous «tes toujours employé en faveur de cette république et de cette nation : ausei en avonfl-nous une grande obli* gation à Votre Seigneurie. Si votre payement n*a pu être réglé aussitôt que nous Taurions voulu, cela ne vient pas de ce qu'on faisait peu de cas de Votre Seigneurie, mais c'est à cause de la grande difficulté de trouver dans les biens de Pierre de Médicis r«if!ent nécessaire pour vous rembourser. Cette affaire a été remise aux soins de quelques agents que nous avons pressés de liquider votre créance : ce qu'ils ont fait de la manière qu'ils ont indiquée à notre ambassadeur, qui doit vous en rendre compte. Votre Seigneurie écrira ou enverra ici quelqu'un ou même une simple procuration, pour poursuivre l'affaire. De notre côté, nous aiderons et nous favoriserons de tout notre pouvoir les intérêts â*un seigneur qui est notre ami le plus cher et qui a si bien mérité de notre république ^

Quelques jours après, ils lui écrivent de nouveau :

Votre Seigneurie aura appris par notre ambassadeur, la résolution que les agents préposés aux biens des rebelles * ont prise conoernant votre créance. Nous venons donc engager Votre Seigneurie à envoyer quelqu*un ou à charger qui bon vous semblera de retirer en votre nom les meubles ou les immeubles qui vous sont acoordés en payement : on les délivrera à celui que vous aurez muni de vos pouvoirs à cet effet. Que Votre Seigneurie veuille bien croire que s'il y avait eu un moyen quelconque de la satisfaire et de la rembourser en argent comptant, nous l'aurions (ait bien plus volontiers, en souvenir de la bienveillance que Votre Seigneurie nous a toujours témoignée. Néanmoins nous espérons que vous resteres finalement content et satisfait de nous, car nous connaissons la prudence et la sagesse de Votre

' Gome di signore amico carissimo nostro et benmerito assai délia citta noetra. Archives de Florefice.

* Les Médicis proscrit* étaient considérés comme rebelles. -

Seigneurie, et elle saura bien apprécier combien il est difficile de faire de Targent là où il n^j en a pas de comptant ; et si elle a attendu quelque temps, elle reconnaîtra bien du moins que la faute en est, non pas à nous, mais à la nature même de Taffaire et à la triste situation du temps présent '.

Il n'est pas sans intérêt de faire connaître la solntiou proposée par la république de Florence. Les Dominicains de Saint-Marc ataient acheté trois mille écus d'or la bibliothèque des Médicis, et un banquier nommé Nasi, s'engagea en leur nom à en remettre le tiers en dix-huit mois au seigneur d'Argenton. Les beaux manuscrits qui sont encore aujourd'hui l'orgueil de Florence, avaient été acquis par les moines de Saint-Marc, selon le conseil de Savonarola, et ils devenaient ainsi un gage remis en quelque sorte entre les mains de l'illustre historien qui devait bientôt après raconter la mort de l'éloquent prieur de Saint-Marc *.

Nous ne pouvons complètement passer sous silence d'autres contestations pécuniaires soulevées par Gommines. Depuis plusieurs années, il réclamait du seigneur du Mesnil- Simon une indemnité considérable pour la vaisselle, les chaînes et les bagues que celui-ci avait saisies en 1487, lors de l'arrestation du seigneur d*Argenton à Amboise. Gommines les évaluait à plus de trois mille écus en demandant à être cru sur serment; mais il n'avait obtenu en justice que deux mille livres. L'affaire ne devait se terminer que sous le règne de Louis XII par une transaction '.

' ArchiTês de Florence (28 septembre 1497).

* Voyez Tintéressante notice de M. Benoist sur les lettres de Gommines coDsenrées à Florence, 2« partie, p. 8. ' Mém.y t. III, pr. p. 158.

De 1496 à 1498, Commines ne quitta pas Charles VIII (jui allait de Lyon à Moulins, de Moulins à Tours pour présider à des joutes < et ne pensoit à aultres choses ^ » Autour de lui tout était divisions et rivalités.

Cependant Charles VIII, avant que sa vie s'achevât, sentit s'éveiller en lui un sentiment plus profond des devoirs de la royauté. Il s'efforça d'imiter l'exemple des rois les plus vénérés. Il donnait, comme saint Louis, audience aux pauvres *, et Commines l'y vit pendant deux heures écoutant tout le monde et veillant avec soin au maintien de la justice '. Hait jours après, Charles VIII, empoisonné, à ce que répétaient les rumeitrs populaires, par une orange que lui avait envoyée Ludovic Sforza, expirait presque subitement sur un grabat dans une galerie ouverte. Commines se trouvait eu ce moment au château d'Argenton. Il accourut aussitôt à Amboise, alla dire son oraison aux pieds des restes inanimés du roi, et passa ainsi cinq ou six heures en prières ou en méditations sur les vanités du monde. Cette fois encore, à ce triste spectacle, il put reconnaître < que c'est bien peu

< de chose que ceste misérable vie qui tant nous donne de

< peine pour les choses du monde, et que la puissance de « Dieu est bien grande, puisque les rois n'y peuvent résisc ter non plus que les laboureurs ^. »

Charles VIII était un prince faible mais bon, et sa

< Mém., t. II, p. 567.

* Charles VIII écrivit à la cour des compteB c pour saToir la forme

• qu'ont tenue les roys à donner audience au pauvre peuple, et mesme

• conune monsieur saint Loys y procédoit. » (22 décembre 1497.) GoDBFROY , HisMre de Charles VIII, pr. p. 745.

» Mém., t. Il, p. 588.

* Mém., t. II, p. 590.

mëmoire fut entourée de larmes et de regrets : « Je croy» « dit Commines, que j'ay este rhomme du monde à qui il a c plus faict de rudesse ; mais je ne lui en sceus jamais c mauvais grë ^ »

• Mén., t. II, p. 595.

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