Unn,t. II, p
rite quelque marque d'une sympathie, sur laquelle nous n'osions plus compter après le silence qu'elle gardait à notre égard. Maintenant que les lettres de Sa Majesté, dont la copie est jointe à celle-ci, nous ont été remises par monseigneur de la Volte, non-seulement nous en avons éprouvé une extrême joie parce qu'il eût été impossible de nous écrire avec plus d'amour , mais encore nous regardons comme un devoir d'en faire part à Votre Seigneurie, afin qu'elle sache qu'autant, nous avons ressenti de déplaisir ces jours derniers parce qu'on ne nous annonçait pas ce grand événement, autant nous éprouvons aujourd'hui d'allégresse et de bonheur, en voyant Sa Majesté nous témoigner par ses lettres si affables qu'elle répond à notre affection et quelle l'apprécie telle qu'elle est, en se montrant persuadée que personne au monde ne se réjouit plus que nous de sa prospérité f.
Au moment même où le duc de Milan se livrait à ces emphatiques et fallacieuses protestations , il envoyait à Venise l'évêque de Corne, Antoine Trivulce, et Francesco- Bernardino Visconti , et alors commencèrent secrètement et pendant la nuit ces conférences d'où devait sortir la ligue contre la France. Commines en fut instruit. Habile dans l'art de corrompre, « il avoit bons moyens d'estre adverty. » Il savait que l'ambassadeur espagnol avait passé déguisé à Milan et que Ludovic Sforza « conduisoit » les Allemands. Aussi se fait-il honneur de sa perspicacité : « Ceulx de Mil- « lan me vindrent veoir , dit-il , et m'apportèrent lettre de « leur maistre, et me dirent que leur venue estoit parce « que les Vénissiens avoient envoyé deux ambassadeurs à la « ville de Millau ; mais cecy estoit mensonge et tromperie « et toute déception, car tout cela estoit assemblé pour
1 Archives de Milan (1 mars 1495).
« faire ligue contre le roy. Après me demandèrent si je « ne sçavoye point que estoit venu faire cest ambassadeur « d'Espaigne et celluy du roi des Rommains, affin qu'ils en « peussent advertir leur maistre. Pour ces raisons et « voyant la ligue si approchée , ne voulus plus faire de « l'ignorant, et respondis audict ambassadeur de Millan « que, puisqu'ils me tenoient termes si estranges, je « vouloye monstrer que le roy ne vouloit point perdre « l'amy tié du duc de Millan , s'il povoit remédier ; et moy, « comme serviteur, m'en vouloye acquiter et excuser des « mauvais rapports que on en pourroit avoir faicts audict « duc leur maistre , que je croyoye estre mal informé ; et « qu'il debvoit bien penser , avant que perdre la recon- « gnoissance de tel service comme il avoit faict au roy, « que nos roys de France ne furent jamais ingrats, et que, « pour quelque parolle qui povoit avoir esté dicte , ne se « debvoit point despartir l'amour de deux, qui tant estoit « séante à chascune desdictes parties, et les prioye qu'ils « me voulsissent dire leurs doléances, pour en advertir le « roy avant qu'ils feissent aultre. Ils me jurèrent tous et « feirent grans sermens qu'ils n'en avoient nul vouloir : « toutesfois ils mentoient et estoient venus pour traicter « ladicte ligue l. »
C'est sous l'influence de ce sentiment et de cette émotion que Commines adressa au duc de Milan l'une des plus belles lettres qu'il nous ait laissées :
Monseigneur, si très-humblement comme je puis, me recommande à vostre bonne grâce. J'ay receu deux lettres de vous, dont humblement vous mercie et répute à grant honneur de
1 Mém., t. II, p. 114.
quoy il vous plaist m'escripre les choses qu'il vous semble où le roy fault recongnoistre envers vous l'amour que vous luy avez portée et que lui portez, et suis très-joyeulx, monseigneur, de quoy vous le prenez à cueur ; car ce me semble vray signe d'amour, et vous dy bien, monseigneur, que si mon povoir estoit grant envers le dit seigneur, que je mettroye peine de amender la faulte si elle y estoit, et m'en suis acquicté d'en escripre ; mais comme autreffois vous ay dit et vous l'avez congneu, ceste erreur ne procédoit point de luy , et la lettre que maintenant vous a escripte, est du jour ou du lendemain qu'il entra à Napples, et en ay de ceste date, mais les chevaucheurs ne sont point fort diligens, comme vous saura bien dire monseigneur de la Yaulte.
Le roy a eu deux de ses prédeéesseurs roy s de France qui n'ont point esté ingras vers leurs amys de qui ils avoient receu plaisir. Le roy Charles son grant père estant en trèsgrant nécessité des Anglois et en doubte du roy Alphons le Premier, allyé des dis Anglois, comme sa maison a esté de tout temps, luy requist ne luy vouloir faire aucun dommaige en Languedoc, ce qu'il povoit bien faire , car il estoit lors en Cathelongne, mais le dit roys Alphons luy fit gracieuse response, disant que, veu l'affaire en quoy il estoit, qu'il n'entreprendroit riens contre luy. Ceste responce garda le dit roy Charles, qui jamais depuis pour prospérité qu'il eust, ne voulut en son nom prester l'oreille à faire riens contre le dit roy Alphons.
Le feu roy Loys, à qui Dieu pardoint, voyant l'amour que luy monstra le feu duc de Millan Francisque,, vostre père, tant de luy envoyer gens d'armes à son affaire et d'un bon conseil qu'il luy donna, l'a aymé toute sa vie et tenu en aussi grant révérence comme s'il eust esté son père, et encores le recongneut envers le feu duc Gualéace vostre frère en quelque temps que est passé, pour quoy conclus, monseigneur, que tous les plaisirs dessus dis ensemble ne sont point à comparer à ceulx que vous avez fais au roy de présent, et ay espérance qu'il ne
vouldra point estre mains recongnoissant envers vous que ses prédécesseurs ont esté devers les dessus dis seigneurs , et si aura plus affaire de vous pour luy aider à garder le royaume de Napples, quant il en sera party, qu'il n'a eu à le conquérir.
Plaise vous, monseigneur, tousjours me commander vostre bon plaisir pour Tacomplir à mon povoir, en priant à Dieu, monseigneur, qu'il vous doint bonne vie et longue et tout ce que vous désirez.
Escript à Venise le ixe jour de mars 1495.
Vostre très-humble et très-obéissant serviteur, Philippe de Commynes.
Je ne vous escrips riens des nouvelles d'icy pour ce que messeigneurs les ambassadeurs que vous y avez, vous avertissent de tout f .
Commines jugea utile de répéter aux Vénitiens ce qu'il venait de dire aux ambassadeurs du duc de Milan : « Le
« lendemain, continue-t-il , allay à la seigneurie leur parler
« de ceste ligue et dire ce qu'il me sembloit servir au cas ;
« et entre aultres choses, je leur dis que en l'allyance qu'ils
« avoient avec le roy et qu'ils avoient eue avec le feu roy
« Loys son père, ils ne povoient soustenir les ennemys
« l'ung de l'aultre , et qu'ils ne povoient faire ceste ligue
« dont l'on parloit, que ce ne fust aller contre leur pro-
« messe. Ils me feirent retirer ; et puis quant je revins, me
a dit le duc que je ne dehvois point croire tout ce que l'on
« disoit par la dicte ville, car chacun y estoit en liberté et
« povoit chascun dire ce qu'il vouloit : toutefois , qu'ils
1 British Muséum, fonds Egerton, 1963, f° 1. Cette lettre a été publiée par M. Charavay dans V Amateur d'autographes du 16 avril 1865, et il en existe une traduction italienne aux archives de Milan.
« n'avoient jamais pensé faire ligue contre le roy, ne jamais «.< ouy parler ; mais, au contraire, qu'ils désiroient faire ligue « entre le roy et ces aultres deux roys et toute l'Italie, « et qu'elle fust contre ledict Turc, et disoient encores « qu'ils ne feroient riens de nouveau, que je n'eusse reste ponce du roy ou que le temps de l'avoir ne fust passé ; « et me monstroient plus honneur qu'à ceux de Millan l, » Quatre mois s'étaient écoulés au milieu de ces intrigues qui avaient toutes pour but de se concilier l'alliance des Vénitiens. Les ambassadeurs milanais, allemands, espagnols ne cessaient de réitérer leurs communications. Commines, de son coté, faisait le mieux qu'il pouvait 2, mais sa tâche devenait de jour en jour plus laborieuse et plus accablante. Ne pouvant plus compter sur l'envoyé milanais, il avait à lutter ouvertement contre deux autres ambassadeurs. L'un était celui du roi de Naples qui offrait aux Vénitiens tout ce qu'ils voudraient, et qui ne cessait de leur représenter le péril qui existerait pour eux si le roi réussissait dans son entreprise. L'autre était celui de Bajazet, allié au Pape contre la France. Commines rapporte qu'il le vit plusieurs fois 3, et nous parle avec grande estime des empereurs des Ottomans, surtout du plus illustre d'entre eux, de Mahomet II qui était à la fois sage et vaillant et peut-être plus sage que vaillant, car, de même que le roi Louis XI , « il usoit plus de sens et de cautelle que « de vaillance, ne hardyesse4. » Aussi ce Turc, qui ressemblait fort au roi Très-Chrétien , pouvait-il être placé à
1 Mém., t. II, p. 415.
- Mém., t. II, p. 417.
"• Mém., t. II, p. 412.
* Mém., t. II, p. 285.
côté de lui, « parmi les plus grans hommes qui ayent « régné depuis cent ans l. »
A cette partie du séjour de Commines à Venise et à sa lutte avec l'ambassadeur de Bajazet II, se rattachent dos souvenirs qui méritent d'être recueillis. Depuis Corfou jusqu'à Nègrepont, depuis Athènes jusqu'à Constantinople, des milliers de chrétiens n'attendaient qu'un signal pour prendre les armes. Ils adressaient à Venise des messages qui passaient sous les yeux de Commines, et Commines, à son tour, interrogeait les marchands qui connaissaient le mieux les mers de la Grèce 2. Noble page de la vie de Commines qui, au milieu de tant de ténébreuses intrigues, servit du moins cette généreuse pensée de l'affranchissement de l'Orient, que le xixe siècle est si lent à accomplir.
Le traité conclu à Rome le 15 janvier 1495 avait remis entre les mains de Charles VIII le frère de Bajazet, l'infortuné Zizim, dont on espérait un important appui dans l'expédition projetée contre les Infidèles. Malgré Venise qui venait de traiter avec les Turcs pour mieux surveiller les succès de Charles VIII, Commines préparait un soulèvement en Macédoine « qui fut, dit-il, patrimoine d'Alexandre3. » Un Comnène vint s'aboucher avec lui et fut caché pendant plusieurs jours dans son palais. L'archevêque de Durazzo, Albanais de naissance, se rendit aussi à Venise pour acheter des armes : Commines ne cessait de presser son départ, lorsque les Vénitiens le firent arrêter. La fortune des Comnène ne devait plus se relever, et les efforts de Commines
1 Mem., t. II, p. 287.
s Mém., t. II, p. 400.
'•> Mém., t. II, p. 291.
DE COU. M INES. 175
se bornèrent à faire rendre la liberté à l'archevêque de Durazzo. Nous trouvons à ce sujet quelques lignes dans la correspondance des ambassadeurs milanais :
Illustrissime et excellentissime seigneur >
L'archevêque de Durazzo, qui se préparait à partir ces jours derniers pour se rendre dans le Levant, comme Taddée en a informé Votre Excellence , a été relâché , grâce à l'appui , â l'influence et aux prières de monseigneur d'Argenton. Venise, le 10 mars 1495.
Vos humbles serviteurs, Ant. Trivulce, évêque, Franciscus-Bernardus Vicecomes et Taddeus Vicomercatus '.
Il était évident à tous les yeux que la conquête française à Naples ne serait pas durable. Tout ce qui avait été fait, avait mécontenté la population. « Le roy ne pensoit qu'à « passer temps, et d'aultres à prendre et à prouffiter 2. » Le moment approchait où une vaste confédération allait réunir toute l'Italie contre l'invasion étrangère.
Commines eut soin d'adresser au roi le sombre et sincère tableau de la situation politique dans le nord de la péninsule, situation aggravée par les prétentions du duc d'Orléans, qui s'arrogeait sans hésiter, dans son château d'Asti, le titre de duc de Milan. Il insista pour que les Français se montrassent plus prudents et songeassent à consolider leurs victoires ; mais, comme il nous l'apprend, « il eut maigre « responce 3. »
1 Archives de Milan (trad.).
2 Mém., t. II, p. 426.
■ Mém., t. II, p. 417.
Le 30 mars 1495, Commines voyant que les circonstances devenaient de plus en plus graves, se rendit à la seigneurie, et demanda qu'on ajournât de quinze jours la conclusion de la ligue, afin qu'il eût le temps d'écrire de nouveau au roi et de recevoir sa réponse ~
Il était trop tard. La ligue fut signée la nuit suivante. On appela Commines le lendemain matin de fort bonneheure, et le doge lui laissa à peine le temps de s'asseoir, avant de lui faire connaître la conclusion d'une étroite alliance entre le Pape, le roi des Romains, le roi d'Espagne, le duc de Milan et la République de Venise, pour la conservation de leurs États et la défense de l'Italie. Cette fois, les magistrats de Venise étaient joyeux et fiers, réunis en grand nombre et portant tous la tête haute. « J'avoye le cœur « serré, raconte Commines, et estoye en grant doubte de « la personne du roi et de toute sa compaignie1. » Puis quelques paroles furent échangées à part, en dehors de la communication officielle des Vénitiens. Commines se vante de s'être plu à leur dire (tant il les voyait soupçonneux et préoccupés du soin de conserver le secret de leurs résolutions), que, dès la veille, il avait tout appris et tout écrit au roi. Ce qui paraît hors de contestation, c'est que Commines fut plus ému qu'il ne l'eût été, si un avis fidèle lui était déjà parvenu, et d'autre part, que les Vénitiens cherchèrent à le tranquilliser en lui disant « qu'il n'y avoit « riens contre le roy, mais pour se garder de luy 2. » Ils ajoutaient qu'il ne voulait pas que le roi continuât à abuser tout le monde par ses paroles, car, au lieu de conquérir le
1 Mem., t. II, p. 417.
* Mem., t. II, p. 420.
royaume de Naples et de combattre les Infidèles, il songeait à détruire les États de Milan et de Florence et à occuper ceux de l'Eglise. Commines répondit que les rois de France, loin d'enlever quelque chose à l'Eglise, l'avaient toujours protégée, que d'ailleurs toutes les raisons qu'alléguaient les Vénitiens, n'étaient point celles « qui les mouvoient, mais « qu'ils avoient envie de troubler l'Italie et faire leur « proufïit. — Us prindrent cela ung peu à mal, ce me dict « l'on l. » Néanmoins, au moment où Commines voulait se retirer, ils le firent rasseoir , et le doge lui demanda s'il ne voulait pas faire quelque ouverture de paix. Venise , ville de marchands comme Florence, eût désiré atteindre le but qu'elle se proposait, plutôt en se montrant capable d'entreprendre la guerre qu'en la faisant imprudemment.
Il y avait toutefois dans ce traité des clauses secrètes que le doge avait eu soin de passer sous silence. Venise s'engageait à favoriser de sa flotte le débarquement des Espagnols dans le royaume de Naples ; et le duc de Milan devait enlever Asti au duc d'Orléans, tandis que le roi des Romains envahirait la France par ses frontières de l'est et du nord.
Un historien vénitien, Pietro Bembo, rapporte ainsi la mémorable séance dont nous venons d'emprunter le récit aux Mémoires de Commines : « Quel que fût le nombre des « ambassadeurs et des citoyens qui prirent part aux négoce ciations, quelque fréquentes qu'eussent été les délibé- « rations, la discrétion des sénateurs et des autres magis- « trats avait été si bien maintenue par l'ordre des Dix, que « Philippe de Commines, envoyé du roi Charles, qui tous
1 Mém., t. II, p. 422.
« les jours se rendait à la seigneurie et voyait les autres « ambassadeurs, ne parvint toutefois à rien connaître. C'est « pourquoi, lorsqu'il fut appelé à la seigneurie le surlen- « demain du jour où le traité avait été écrit, et lorsqu'il « apprit du doge la conclusion de l'alliance et le nom des « alliés, il faillit perdre 'connaissance. Cependant, le doge « lui déclara que ce qu'ils avaient fait, c'était non pas pour « entreprendre la guerre contre qui que ce fût, mais pour « se défendre, s'ils étaient attaqués. Enfin, Commines « reprit peu à peu ses esprits : Quoi ! dit-il, mon souverain « ne pourra rentrer en France ? — Certes , il le pourra, « reprit le doge, s'il veut y retourner en ami, et nous lui « viendrons en aide de tout ce qui nous appartient. — Après « cette réponse, Commines s'éloigna, et quand, sortant de « la seigneurie, il descendit l'escalier, il se tourna vers le « secrétaire du sénat qui l'accompagnait : « Je te prie, mon « ami, lui dit-il, de me répéter le discours que m'a adressé le « doge; car j'ai tout oublié1. » On sent dans la relation de Bembo l'orgueil du Vénitien qui triomphe de l'humiliation de l'ambassadeur français et se plaît à l'exagérer.
Après l'audience, Commines s'étant retiré chez lui, tous les ambassadeurs de la ligue se réunirent, et le seigneur d'Argenton aperçut l'envoyé de Naples qui avait revêtu une robe neuve et qui se montrait fort joyeux « et avoit cause. » L'après-midi, les ambassadeurs se promenèrent dans des barques ornées des écussons de leurs maîtres , où des ménétriers jouaient en signe d'allégresse. Ces barques passèrent sous les fenêtres de Commines. Le soir, il y eut une grande illumination accompagnée de salves d'artillerie , et
1 P. Brmei, Hist. v«n., p. :>C.
Commines, caché dans une gondole couverte, alla, « environ « dix heures de nuict , voir la feste (ce sont ses expres- « sions), par espécial devant la maison des ambassadeurs, « où se faisoient bancquets et grans chières \ »
Cependant, une fête bien plus solennelle encore était fixée au dimanche de Pâques Fleuries, qu'on appelle en Italie le dimanche de l'Olive (12 avril 1495). Ce jour-là, tous les ambassadeurs, portant à la main un rameau d'olivier, se rendirent à la chapelle de Saint-Marc, en suivant une galerie tendue de tapisseries et érigée en leur honneur. Plusieurs, les Allemands surtout, portoient des robes de velours cramoisi données par la République. Peut-être les Allemands, victorieux dans leur intrigue, parurent-ils très-grands à Commines, mais il se borne à remarquer avec ironie que les robes neuves qu'ils reçurent, étaient bien courtes. On représenta ensuite des mystères et des personnages bien différents de ceux joués par les Français à Naples. Le premier rôle était rempli par l'Italie, fière de trouver des défenseurs de sa liberté sur les rives du Danube comme au pied des montagnes de la Castille.
Commines avait été invité par deux fois à cette fête ; on comprend qu'il s'en excusa. Ce qui ajoutait à son humiliation, c'est que les ambassadeurs de Milan et de Ferrare, qui lui avaient tenu compagnie pendant plusieurs mois, « faisoient contenance » de ne plus le connaître. Cependant Commines, dès le jour où il entendit que le Pape, mettant un terme à de trop longues accusations, avait fait écrire dans la ligue que son but était avant tout de réunir la chrétienté contre les Infidèles, résolut de cher-
* Mém.% t. II, p. 423,
cher parmi les Infidèles l'allié du roi très-Chrétien. L'ambassadeur turc à Venise avait reçu l'ordre de s'éloigner : il vint , pendant la nuit qui suivit la fête de l'Olive, trouver Commines dans sa chambre, et passa quatre heures avec lui. « Il avoit, dit Commines, grant envie que son « maistre fust nostre amy l. » Commines sans doute ne le désirait pas moins. Charles VIII était allé à Naples malgré le Pape, en reprochant au Pape de favoriser les Infidèles : il pouvait être utile qu'il en revînt, encore malgré le Pape, mais, cette fois, secouru lui-même par les Infidèles 2.
Commines rapporte dans ses Mémoires qu'avant la conclusion de la ligue, il avait eu soin d'engager le roi à commencer sa retraite, le duc d'Orléans à se fortifier à Asti contre les Milanais, le duc de Bourbon , lieutenant du roi en France, à envoyer des renforts au duc d'Orléans. Cela peut être vrai, mais il faut toutefois reconnaître que tous les documents où se retrouvent cette sollicitude et cette prudence, sont postérieurs à la ligue de Venise.
C'est à la seconde semaine du mois d'avril 1495 qu'appartient la lettre' suivante adressée par Commines à Charles VIII :
Sire, je vous ai escript puis deux jours, et deux fois par avant, depuis ceste ligue, par le chemin de Bologne. Ces gens icy ont eu peur que vous ne vinssiez droit à Rome, dès que vous sçauriez ces nouvelles , qui est la cause pour quoy ils ont pensé y pourvoir ; et pour vous empescher3 de n'entreprendre, ils font
1 Mém., t. II, p. 224.
* Le 13 mai, une ambassade turque se rendit à Naples près de Charles VIII. Bulletin de Vannée d'Italie, par M. de la Pilorgekie, p. 281.
3 Var. : vous garder. Texte de Saint-Pétersbourg.
tirer toutes leurs galères en une petite isle plus près de Pouille que n'est Courfou, et me semble qu'il n'y doit avoir que soixante milles ; et y pourront estre assemblés d'icy à trois semaines, et font leur compte que, si vous entreprenez rien, qu'ils mettront gens en Pouille. Voilà sur quoy ils fondoient ce reconfort qu'ils donroient à ces chasteaux ' de Pouille, dont j'ay fait mention par mes autres lettres. Des quatre galères qu'ils armoient en ceste ville, les trois sont parties ceste nuit, et leur provéditeur, qui est le frère de messire Hiérôme George * ; ils ont eu lettres certaines, et j'en ay veu , de la perdition de deux gualéaces de Flandres et une nave, sans s'en estre échappé un seul homme de huit cens.
A ce soir arriva ung courrier de marcheans, parti, le XXV de l'autre mois, de Bruges. Ung marchand de Flandres et un Florentin m'ont monstre lettres faisant mention de l'allée de celui qui se dit duc d'York 3 en Angleterre , s'il peut, et que pour ce, il en faisoit les apprêts * ; il s est passé par Wormes, il n'y a que six jours, et dit que le roy des Romains y estoit et qu'il amassoit force gens pour venir en Italie , et que par tout son chemin en venant, il n'a entendu 6 parler d'autre chose ; et à Disebourg on a fait monstre de environ VIe hommes à cheval, es environs dudit lieu. Le nombre de ces gens se fait bien grand par les lettres arrivées icy 7, je le crois beaucoup moindre s;
1 Var. : à ces marchans. Pap. Fontette.
9 Hieronimo Zorzi, ambassadeur en' France.
5 Peterkin Werbecque.
* Avant de quitter les Pays-Bas, Peterkin Werbecque s'était engagé, par un traité secret signé à Malines le 24 janvier 1494, à transmettre à Philippe le Beau, s'il réussissait, tous ses droits aux couronnes de France et d'Angleterre. La veuve de Charles le Téméraire, Marguerite d'York, présida à ce traité : Werbecque n'était que sou instrument.
5 Le mot il s'applique au courrier.
6 Var. : n'a ouy. Pap. Fontette.
7 Var. : par les Allemans d'icy. Pap. Fontette.
s Var. : je le crois advancé maintenant. Pap. Fontette.
mais sa venue, je ne la mets en nul doubte, s'il ne lui survient autre chose.
Ceste seigneurie 4 a fait dépescher pluseurs grans ambassadeurs , messire Zaeharini Contonna 2, qui fut en France, et celuy que vous vistes vers Ast avecques le duc de Milan, au roy des Romains ; messire Francesco Capello, qui aussi fut en France, et ung autre, en Espagne : ils passeront par Languedoc. On leur peut dire qu'ils retournent qui voudra, sans autre rudesse, et vont pour se tenir ferme une pièce. Us en ajoustent encore 5 ung à celuy qu'ils ont à Milan, et ung à Rome, qui fait par tous les lieux de la ligue, deux. L'ambassadeur d'Espagne m'a envoie veoir, qui est encore malade, aussi bien que moy, disant qu'il avoit lettres d'Espagne et que leur apprest estoit fort grant, mais qu'il n'estoit nouvelles qu'ils bougeassent, et conseille, comme déjà vous ay dit, sire, par deux fois 4.
Ung serviteur 5 que le duc d'Urbin a en ceste ville, me vint hier veoir , et estoit venu pour accorder son maistre à ceste seigneurie, et m'a adverty qu'ils ne vouloient faire nulles6 dépenses nouvelles , si vous ne vouliez faire autre chose ; et s'offre, si vous le voulez, pour le party qu'il estoit avec le roy Ferrand. Vous sçavez quels gens il a et sa situation ; mais si vous aviez le seigneur de Pistoie 7 et luy, et les Florentins vos amis, vous tiendriez une barrière au travers de l'Italie et d'une mer à l'autre, Et me desplaist , sire , de si longuement avoir escouté cette liberté de Pise, car vient au contraire en
4 Vai\ : ceste sérénissime. Pap. Fontette.
* Zaccaria Contarini et Francisco Capello furent envoyés en France par les Vénitiens en 1492.
3 Var. : Il y a d'autres envoies. Texte de Saint-Pétersbourg.
* Le texte de Saint-Pétersbourg porte : « Qu'il n'estoit nouvelles « qu'ils bougeassent de ceste ville, comme icy à vous ay dit, sire, par « deux fois. »
s Var. : ung secrétaire. Pap. Fontette.
6 Var. : Aultres.
' Var. Pestre; Pescaire?
ceste Italie, a esté matière de doubte ', et semblera ad vis aux Florentins, à ceste heure, que la ligue leur portera ayde ; et leur fut hier icy offert d'y entrer, s'ils vouloient ; ils disent que ce fut avec offres de leur rendre leurs places, mais je n'en suis pas certain.
Les menaces aperessent chascune heure, et ne se dit rien de ceste ville 8, sinon qu'ils ne vous vouldroient point nuiz'e au fait du royaume, mais vous ayder à retourner seurement chez ces gens de Milan. Je parle ung petit gros , mais ce sont eux 3 qui ont la plus grande peur. Pour cent hommes qui viendront en Piémont, on dira icy cinq cens.
On fait grant apprest, sire, en ceste ville, pour dimanche,' et sera nouée ceste ligue en présence du duc et de tous les ambassadeurs qui en sont, retournans de la procession, lesquels tiendront chascun une palme à la main , et aussy à Milan et aux autres lieux de ceste ligue, selon le commandement * du Pape s.
Presque aussitôt après, Commines adressa cette autre lettre au roi de France :
Sire, je vous ay escript deux fois de renc par Boulongne, pour ce que j'ay perdu la praticque de m'ayder des courriers de ceste
1 Commines avait écrit d'abord : « Et déplaist fort, si n'est la peur de Pise,àtous ceux qui seraient au contraire en ceste Italie. »
* Var. : Et ue dit nul de ceste ville pis. Pap. Fontette.
3 Le mot : eux, rapproché du mot : icy de la phrase suivante : paraît se rapporter aux Vénitiens et, d'autre part, on semble dire que les Vénitiens auraient vu avec plaisir l'armée de Charles VIII rentrer dans les Etats de leur allié, le duc de Milan. Il y a peut-être ici quelque lacune. Je lis dans la minute conservée à Saint-Pétersbourg, u Ces gens de Milan sont ceulx qui ont le plus peur; >• et, en effet, c'étaient les Milanais qui avaient le plus à s'inquiéter de la réunion des hommes d'armes français dans le Piémont.
* Var. : de ce bon pape. Pap. Fontette.
5 Minute à Saint-Pétersbourg, Bibl. imp. Doc. fr. LXXI, 116; Papiers Fontette, Bibl. imp. de Paris; Mém. de Commines, éd. Dupont, f. III, pr. p. 413.
seigneurie. Par la derrenière, faisois mention des gens que ceulx-cy et le duc de Millan dévoient envoyer à Rome, lesquels commencèrent hyer à payer et à faire partir les chiefs des gens de pié et d'aucuns chevaulx-légiers ; et pour ce qu'ils n'ont point leur nombre entier à beaucop près, ils s'en vont à dilligence à Rome les faire là. Et ont envoyé ceulx-cy cinquante mille ducats comptans ; je ne sçay si Millan en paye sa part, et les ont voulu faire payer par changes , mais ils n'ont trouvé nul qui en ait voulu prendre la charge. Au XXe de ce moys , doivent estre à Rome ceulx qui ont esté ordonnés par eulx pour la seurté du Pape, et envoyent des gens d'armes en bon nombre à Ravenne.
Le roy des Romains reçoit argent aussy icy, mais je ne sçay la somme ; mais je sçay bien qu'il en recevra largement , tant à cause de ceste ligue que de son mariaige, mais je suis bien certain qu'il en reçoit icy et en quelles mains il tombe , et luy envoyé ung marchant aleman beaucop drap d'or et drap de soye pour estre à Pasques à Dise bourg; mais ils persévèrent icy à dire qu'il sera à Trente audict jour, et croy, sire, pour certain, qu'il sera brief après en Italie , et en grant compagnie, et que l'intention des aucuns est qu'il yra le plus près de vous qu'il pourrast ; et sçay bien que ung ambassadeur a aujourd'uy dict que l'argent leur fauldra, ou qu'on verra qui aura du meilleur de vous deux. Vous avez tous deux des gens de bien : l'assemblée en seroit bien périlleuse ; et vous parle voulentiers elèrement de cecy, affln que vous deslibérez bien tout ce que vous avez à faire avant le besoing, et que vous ne mettiez point sa venue en doubte ; et si l'acord se povoit trouver, vous feriez bonne euvre.
Le médecin qui me pense, qui est de Flandres (monsieur de Citain le cognoist bien : il est aussi saige homme de son estât qu'il y en a point en Italie), il a pensé ung de ces Alemans icy, et m'a dit, à cest après-disner, qu'ils luy ont dit que si vous ne touchiez à riens de l'Empire, ni ne reteniez de celuy de l'Eglise, que vous n'aurez point de débat ensemble. Je luy ay dit que vous ne pensastes onques usurper ne sur l'un, ne sur l'autre;
mais que par force ne vous feroit-1'on riens faire. Je le dy pour ce que croy qu'il vous sera parlé de toutes ces restitutions. Il m'a dit aussy qu'il avoit entendu que le duc de Millan envoyoit gens à Pise. Ung autre m'a dit que messire Gualéace ' ou Fracasse * vont au devant du roy des Romains, car ne doubtez point que de ce costé il sera faicte la dilligence telle comme à vous, sire, pour l'avancer.
A ceste propre heure est venu devers moy le secrétaire principal de ceste seigneurie ; car ce sont leurs messaiges , et est présent à toutes choses, et est celuy qui a hanté en France, dont j'ay parlé par autres lettres, et est bien saige homme ; et depuis qu'ils me signifièrent ceste ligue, ne suis bougé de mon logeis pour la fièvre qui m'estoit prinse ung jour devant, laquelle j'ay encores, par quoy ils n'a voient riens sceu de mes nonvelles, ny moy des leurs ; et m'a dit qu'il me venoit viseter de par le duc, et m'a offert médecins et autres choses nécessaires , et après avoir parlé de ce propos une pièce, s'est voulu départir. Quant il a veu que je ne luy disoye riens, il est entré à me dire qu'il se esbaïssoit comme, l'autre jour, je m'estoye tant mescontenté, et que onques ceste seigneurie n'entendist riens faire contre vous, ny empescher à la possession du royaume qu'ils vous ont laissé prendre à vostre aise ; mais que par sa foy, ils ont eu paour et d'autres aussy. Je luy ay dit que le duc de Millan feignoit d'avoir ceste paour pour la leur faire plus grande, affin de les fourrer en ce brouillis, qui sera plus grant qu'ils ne l'ont entendu et plus long. Il a dit que , sans nulle doubte , que en nulle chose du monde ils ne vous feront empeschement, sauf que de leur pouvoir ils vouldroient sauver ce qui est d'Italie de vos mains, excepté le royaume, et que vous pouvez bien considérer, aux poursuites qu'ils ont eues, qu'ils vous pourroient bien faire pis s'ils vouloient ; mais qu'ils n'entendent avoir rien mué de ce qu'ils vous ont promis dès le commencement.
1 Le comte de Cajazzo? Cf. Bull, de l'armée d'Italie, par M. de la Pilorgerie, pp. 322 et 350.
- ftalëas de San-Severinr», surnommé Fracazza.
Ils ont envoyé un grip • à leur cappitaine-général a, qui est en Courfou, mander qu'il assemble là leurs galées soutilles3, qu'ils ont dehors, qui sont environ trente. Ce lieu est près de Pouille, et le dy pour s'en prendre garde pour ce que je vous diray après. Ils en ont encores quinze qu'ils veuillent faire partir, qui ne sont encores achevées, comman céans toutes, et y besoignent en une mervelleuse dilligence, et, comme il y en a une preste, ils mettent ung cappitaine dessus et autres officiers vénitiens, et les envoyent icy près, en Esclavonye et en Dalmatye, pour prendre le reste des gens , et fais mon compte que dedens huit jours elles seront toutes parties. Il y a trois naves qu'ils font neuves, dont il y en a une fort grosse ; le bailly de Berry l'a veue. Ceulx-là iront aussy; mais je fais mon compte qu'elles ne sauroient partir de troys sepmaines, et auront quarante-cinq gualées et quelques sept naves en tout; mais ils en peuvent bien finer là plus largement s'ils veulent, et de tout temps ils font là leurs assemblées , pour ce que c'est la saillie de leur gouffre.
Aucuns marchans de Pouille qui sont de Trane, qui sont en ceste ville, à qui il a esté prins de leurs biens, pour ce que l'on disoit qu'ils estoient absens, sont allés au duc, ennuyt, pour luy demander lettres de recommandation , car ils vouloient aller vers vostre vice-roy en Pouille 4. Ils n'ont peu parler à luy ; mais il est sailly ung secrétaire à qui ils ont dit leurs cas, lequel sur le champ a respondu qu'ils eussent patience trois ou quatre jours , et qu'ils pourroient bien veoir quelque autre chose qui leur plairoit. Et en ceste propre substance a ennuyt parlé l'ambassadeur du roy Alphons à ung petit vieillot qui est ici, dont autresfois ay escript à monseigneur le séneschal, et cela, sire, est la cause pour quoy j'envoye ceste lettre par homme ■exprès, vous suppliant, sire, me mander qu'il vous plaira que
1 Le grip est un navire léger. Commines en parle dans ses Mémoires.
2 Antonio Grimani.
3 Ce mot a été probablement mal lu. Il faut, je crois : sous teilles, sous voiles.
1 Gabriel d'Albret.
je deviègne avant que le temps empire, et aussi à grant peine me souffriroient icy ; car depuis l'onziesme du mois passé ne receu lettres de vous , et n'oubliez pas mon huille * que j'ay demandée, ou autre chose pour me tirer d'icy, si c'est vostre plaisir.
Je ne sçay, sire, s'il y a plus rien en Pouille qui tienne, car on parle d'Otrante et du chasteau de Brandis. Les gualéaces qui doivent apporter leurs stradiots, seront brief avecques leur cappitaine-général de leur retour, et m'a-l'en dist qu'ils les feront descharger en la terre de l'Eglise. La perte de leurs deux gualéaces de Flandres et de la nave garde beaucop de gens d'estre en ceste ville 2 : il y avoit quarante gentilshommes dessus 3.
En même temps, Commines écrivait au cardinal de Saint- Malo :
Monseigneur, j'ay escrit au roy deux lettres et ceste-cy depuis la conclusion de cette ligue, et à vous une. Depuis que cette lettre au roy a esté faite, m'est venu voir ung qui sçait quelque chose, m'assurer sans doute de la venue du roy des Romains et que de grandes choses se vante l'ambassadeur du roy d'Espagne dès qu'il sera en Flandres, lequel a eu lettres et dit que de Flandres sont arrivés gens en Sicile, comme luy a dit ledit ambassadeur. Je luy ay demandé s'il savoit combien receut le roy des Romains à ceste heure; il ne me l'a sceu dire , mais ce qui luy a esté promis là, c'est six-vingts mille ducats. Ung Vénitien mal content de cette ligue (mais veut montrer le contraire et l'on trouve qu'il y a aidé) a dit ce matin à l'ambassadeur du roy Alphonse et devant tesmoin : « A « ce point estoit grand chose à nous d'avoir fait ceste ligue. »
4 Ce mot semble avoir été mal transcrit, et j'ignore comment on peut le remplacer.
2 Cette phrase parait incomplète.
3 Mem., t. III, pr. p. 408 (d'après les papiers Fontette).
L'autre a dit que ouy, mais elle leur estoit séante. Il luy a respondu : « Traistre, tout se perd en Italie si ce roy de France « eschappe, car s'il mouroit un de ces roys ou le duc de Milan ou « que quelque brouille vînt en Alemagne, nous en serions mal. » Je ne dis rien, ne quoy, ny par espouvantement pour donner doute à nul, mais pour dire ce que c'est et afin qu'il avise à son faict et dilligence, et de ouïr chacun ne vous couste rien, et je dis moins de ce que me disent ceux qui savent bien le vouloir de leurs maîtres ou ce que feront. Il n'y a nul de ceux qui se sont déclarés, qui ne vous voulsist bien de tant obliger à luy que nous aider à retourner, nos bagues sauves, laissant le royaume; et ce que chacun vous en pourra dire, m'est dit icy, et ces offreslà se pourront hausser ou baisser selon que nous trouveront fors. Dieu vous veuille garder de cet inconvénient, mais si cela venoit, la manière de pratiquer seurement ce retour seroit plus seure avec ceux icy que aultres , pour la quantité grande de leurs navires et pour vous tous aider à repasser.
Je ne scay si vous n'avez nul ambassadeur devers les Suisses, mais si vous avez à venir là où je crois, y devriez despendre quelque argent pour essayer à en fourrer une bande en le pays du duc de Milan, et encore qu'ils ne pussent pas faire grand chose, qu'ils meissent les feux, et semblablement vos gens qui seront du costé du Piedmont, s'ils n'y peuvent avoir intelligence, car je fais mon compte que tost il en viendra ; il n'y a que cela au monde qui les espouvantast, car la crainte de la perte leur va devant toute chose. J'ay esté mal traité de nouvelles particulières, veu le lieu où j'estois. Le roy a grande chose en question et a bien besoin de choisir bon party. Pour cent hommes qu'il fera venir en Piedmont, il sera bruit de cinq cens. Vous savez bien, monsigneur, que si je m'en vais, que l'on le redira, et si ne sçay par où je puisse passer en seureté, car icy j'ay beaucoup parlé contre le duc de Milan, avant la conclusion de la ligue et le jour qu'elle me fut dicte, et y a eu maint débat parmi ces Vénitiens avant la conclusion ; mais puisqu'ils y sont, r>n tout et partout s'en voudroient montrer
les chefs, mais moins périlleus contre la personne du roy, ni à le vouloir de tous points fouller, que les autres ; mais je ne seray plus bon de rien à traiter avec eux, veu la façon comme nous sommes départis. Si est service que je vous puisse faire, en le me faisant sçavoir , monseigneur, je le feray de bon cœur '.
D'autres lettres de Commines que nous ne possédons plus, furent envoyées au duc d'Orléans et au duc de Bourbon. André Thévet y fait peut-être allusion quand il dit dans son livre de la Vie des hommes illustres : « J'ai quel- « ques lettres missives du seigneur d'Argenton, qui sont « fort nécessaires pour le discours d'une si célébrée entrece prise2. »I1 est à regretter qu'elles ne se retrouvent plus, et nous sommes réduits à citer les documents où elles sont mentionnées.
Le 14 avril le duc d'Orléans écrit au duc de Bourbon :
Monseigneur mon cousin, présentement et depuis ce matin que je vous ay escrit et dépesché la poste, ay eu un paquet de lettres de monseigneur d'Argenton estant à Venise, lesquelles il m'a fait sçavoir que les ouvre et voye et incontinent les vous envoyé en diligence, ce que je fais par ceste poste, et par icelles pourrez amplement voir et sçavoir du fait du roy en Italie, où, pour Dieu, monseigneur mon cousin, pourvoyer en tout extrême diligence, et principalement à m' envoyer gens à ce que je puisse garder les passages des montagnes pour avoir secours de France, afin d'éviter aux inconvéniens et sauver la personne
1 Bibl. imp. de Saint-Péterbourg, Doc. fr., vol. 71, n° 118. Une partie de cette lettre a été publiée par M1Ie Dupont {Me m., t. III, p. 416), comme adressée au seigneur de Beaujau.
1 Ce ne sont pas les seuls documents que nous ayons à regretter. Commines correspondait avec Sébastien Badoer, ambassadeur vénitien à Milan (Romanin, Stor. docum. di Venezia , p. 57). Aucune de ces lettres n'est parvenue jusqu'à nous.
du roy, car je suis délibéré y employer ma personne et mes biens
sans rien y espargner.
Escrit d'Ast, très à la haste, ce quatorziesme jour d'avril, à
cinq heures du soir.
Yostre bon cousin,
Loys *.
Quelques jours après , le duc d'Orléans écrit de nouveau au duc de Bourbon :
Monsieur mon cousin, je suis très-fort esbahy, veu que par tant de fois vous ay escrit et qu'en cecy gist tout le fait et salvation du roy, que autrement n'ay de vos nouvelles, attendu mesmement que la chose requiert grande et extresme diligence, comme pourrez voir par les lettres de monsieur d'Argenton à vous adressantes, lesquelles par ceste poste vous envoyé, et aussi le siège que d'heure en autre j'attends, où me sera impossible de résister, et seray contraint de départir et abandonner les passages, si autrement ne suis secouru. J'ai envoyé par plusieurs et diverses fois haster les nobles du Dauphiné, et vous avois escrit que de vostre part y voulussiez envoyer, dont n'ay eu aucune response. Toutesfois par lettres qu ils m'ont cejourd'huy escrites, ils font la meilleure diligence que possible leur est, et se montrent en cecy bons et loyaux sujets et serviteurs du roy. Mes gens qui, ceste nuit, estoient allés dehors, ont trouvé près d'icy vingt-cinq hommes d'armes du seigneur Ludovic, lesquels ils ont rué jus et amenés tous prisonniers en ceste ville, et n'en est eschappé qu'un tout seul, dont vous ay bien voulu avertir, parce que je scais qu'en serez très-joyeux, priant Dieu, monsieur mon cousin, qu'il vous doint ce que vous désirez.
Escrit en Ast, le XXIIe jour d'avril.
Vostre bon cousin, Loys.
A monsieur mon cousin, monsieur de Bourbon 2.
1 Godefroy, Hist. de Charles VIII, pr. p. 700. - Godefroy, Ilist. de Charles VIII, pr. p. 702.
Dès le 9 avril, Commines. songeait à quitter Venise, mais il craignait, s'il traversait le Milanais, d'être arrêté par les marchands vis-à-vis desquels il s'était engagé, et il écrivait à ce sujet au duc Ludovic :
Monseigneur, si très -humblement comme je puis, me recommande à vostre bonne grâce. J'attens d'icy à peu de jours nouvelles du roy et savoir là où il luy plaira que j'aille devers luy ou en France, et non obstant ceste ligne ne feray nulle difficulté de passer parmy vos seigneuries ; mais comme il vous a pieu m'escripre deux fois, aucuns marchans de Millan me demandent quatre mille ducats dont je suis respondant pour le roy et y suis obligéen la chambre appostolicque, pourquoy me semble que par raison ne me pevent contraindre par autre voye. Par quoy vous supplye, monseigneur, qu'il vous plaise m'escripre si non obstant la demande des dis marchans, je puis seurement passer parmy vostre pays, si le cas estoit que le roy me permist de m'en aller; et qu'il vous plaise, monseigneur, tousjoursme commander vostre bon plaisir pour l'acomplir à mon povoir. En priant à Dieu, monseigneur, qu'il vous doint bonne vie et longue et tout ce que vous désirez.
Escript à Venise, le IXe jour d'avril.
Vostre très-humble et très-obéissant serviteur, Philippe de Commynes.
A mon très-redoubté seigneur, monseigneur le duc de Millan ' .
Commines attendait à Venise un autre envoyé de Charles VIII : c'est ce que nous apprend une lettre de Jean- Baptiste Ridolfl, ambassadeur florentin à Milan, adressée aux Dix de la Balie :
L'illustrissime duc de Milan m'a communiqué une lettre qui lui est écrite de Venise par ses ambassadeurs, où on lui annonce
1 Document communiqué par M. Charavay.
que monseigneur d'Argenton a déclaré à cette seigneurie, de la part du roi, que Sa Majesté avait résolu de lui envoyer un autre ambassadeur, pour lui faire connaître ce qui sera exposé en son nom. Sur quoi la seigneurie lui a répondu quelle l'écouterait toujours volontiers et qu'elle répondrait à toutes ses communications, en tenant compte de ce que réclament l'intérêt, l'honneur et la dignité de la Ligue '.
En effet, Jean Bourdin, secrétaire de Charles VIII, arriva à Venise ; mais Commines y resta avec lui , et nous les voyons le 24 mai se rendre ensemble au Sénat. Commines prit la parole et prononça un discours fort habile dont on nous a conservé le résumé :
Premièrement, le roi fit déclarer : que la Ligue a été formée sans qu'il en fût prévenu ; qu'on l'avait aussi pressé de négocier une ligue avec d'autres souverains, et qu'un grand personnage, qu'il peut regarder comme son égal 2, l'y avait même engagé, mais que son amour envers la seigneurie l'avait empêché d'en rien faire ; que, même avant d'apprendre la conclusion de la ligue, il avait solennellement envoyé deux ambassadeurs à ladite seigneurie, non-seulement pour renouveler son alliance avec elle, mais aussi pour resserrer encore davantage les liens qui les unissaient déjà. Cependant, la ligue conclue, le roi s'est vu forcé de modifier ses desseins, non qu'il en soit mécontent, mais il se plaint de n'en avoir point été informé.
En second lieu, bien qu'il ne convienne pas à la grandeur du roi de justifier ses actes, néanmoins quand il s'adresse à une seigneurie aussi sage, il lui a paru qu'il était sans inconvénient de le faire et de lui exposer à la fois tout ce qui s'était passé ici et ce qu'il se proposait de faire.
Le roi a franchi les Alpes et a traversé le marquisat de Montferrat, où il y a beaucoup de domaines et de lieux importants, qui n'ont eu à déplorer ni dommages, ni vexations, ni violences
* Archives de Florence.
8 Cette insinuation paraît dirigée contre le duc de Milan.
d'aucune sorte : il en a été de même dans l'Etat de Milan, notamment lors de son passage à Pavie et dans d'autres villes de la même importance. Les Lucquois ont mis à sa disposition un de leurs châteaux qu'il leur a gracieusement restitué, moins de deux mois après. Les Florentins lui ont spontanément offert plusieurs de leurs forteresses, et on leur proposa depuis de les leur remettre ; il en a été de même des forteresses pontificales, qui ont déjà été rendues , selon la convention faite avec le Saint - Père.
Quant à ce que le roi se propose de faire, il s'est décidé à retourner en France, sans réclamer ni garanties, ni subsides quelconques. Il s'avancera avec son armée, ne croyant pas que personne doive mettre le moindre obstacle à sa marche et étant même persuadé que le duc de Milan, loin de s'y opposer, le laissera passer et se gardera bien de se montrer hostile, à cause du voisinage de ses Etats et de la France.
Enfin le roi désire s'aboucher, en Italie ou hors de l'Italie, avec le sérénissime roi des Romains ; il y a même déjà des démarches faites pour une entrevue, dans l'unique but de conclure et de mettre à exécution une expédition générale contre les Infidèles : le roi apprendrait donc volontiers quel genre de secours il peut espérer de la susdite seigneurie dans cette entreprise * .
Le même jour, Commines écrivit à Charles VIII pour lui rendre compte de cette audience :
Sire,
Je vous ai écrit hier matin que je n'avais aucune nouvelle de maître Jean Bourdin. Toutefois il est arrivé dans la soirée et non sans péril. Avant lui est venu un courrier que vous m'avez envoyé avec des lettres, par lesquelles j'apprends l'état de la santé de Votre Majesté, et aussi de monseigneur le cardinal et du sénéchal. Vous trouverez en vérité, sire, par le rapport que
* Archives de Venise (trart.).
commines. — ii. 13
l'.U LETTRES ET NEGOCIATIONS
vous fera ledit maître Jean, que j'ai dit et fait tout ce qui me paraissait nécessaire selon les circonstances, et je crois que vous avez pu le reconnaître par certaines lettres que je vous ai écrites. Il n'y a rien eu de trop, et je ne laisserai point, par considération pour quelques personnes, de dire tout ce que vous me commanderez. Dans la matinée d'aujourd'hui dimanche , nous nous sommes rendus tous deux à la seigneurie qui nous attendait, parce qu'elle avait été informée de l'arrivée de maître Jean, et comme nous nous trouvions devant la porte de la salle de son audience dans un endroit où l'on attend quand il y a lieu, nous avons remarqué que tous les ambassadeurs de la Ligue étaient réunis dans cette salle. On les fit retirer dans une pièce voisine, et l'on nous fit appeler. Nous exposâmes le contenu de nos instructions sans omettre aucune chose et le moins mal que nous pûmes. Il s'y trouvait beaucoup de monde, c'est pourquoi nous demandâmes U adjuncti ' (ce sont certaines personnes que nous crûmes devoir réclamer cette fois). Ils nous écoutèrent et nous firent très-bon accueil.
Le prince répondit sur le premier point de votre instruction, que la Ligue n'a pas été faite contre vous, puisqu'elle n'a d'autre but que la conservation de cet État et la paix de l'Italie ; et lorsque vous en faites vous-même de semblables sans leur en donner connaissance, vous ne pouvez vous plaindre de celle qu'ils ont conclue, et si vous ne pouvez éviter d'avoir des amis et des ennemis, il en est de même pour eux. A ce que j'avais dit que l'on vous avait fait certaines propositions d'alliance dans une affaire dirigée contre eux et relative à certaines terres qu'ils possèdent et que d'autres prétendent devoir leur appartenir, ils m'ont répondu avec colère, disant que depuis que cette cité existe, ils ont sans cesse fait leur devoir pour rester en paix avec leurs voisins, et que lorsqu'ils n'ont pu faire autrement, ils ont su
1 Que faut-il entendre par ces adjuncti? Etaient-ce des gardes attachés à la personne des ambassadeurs et dont Commines réclama la protection, en voyant la foule qui l'entourait ?
DE COMMINKS. ]<>.-,
combattre; que tout ce qu'ils ont acquis, ils le possèdent justement et qu'ils sont prêts à défendre, comme ils l'ont acquis, c'est-à-dire de leur sang et de leurs biens, tout ce qu'ils possèdent, contre quiconque voudrait les attaquer. Ils ajoutèrent qu'ils croyaient que vous défendriez de la même manière le royaume de Naples et vos Etats de France que vos prédécesseurs ont acquis au prix des mêmes peines, mais qu'ils vous remerciaient humblement de ne pas avoir voulu prêter l'oreille aux susdites négociations.
Quant à ce que j'avais dit, sire, que vous vouliez observer tous vos traités avec le Pape et avec les Florentins et leur restituer avant votre départ tout ce que vous avez promis de leur rendre, ils répondirent qu'en agissant ainsi, vous auriez la paix en Italie , et que vous seriez certain qu'ils ne vous inquiéteraient en aucune chose, ce qu'ils ne sont tenus de faire en vertu de quelque ligue que ce soit.
Quant à la paix que vous désirez avec le roi des Romains , ils seraient heureux de vous la voir conclure ainsi qu'avec tous les autres princes chrétiens. En effet, ce qui a eu lieu dans le temps passé contre le Turc , démontre par expérience qu'après avoir seuls soutenu la guerre contre le Turc pendant dix-huit ans sans accepter aucune trêve, ils ont été malgré eux réduits à faire la paix avec lui et à l'entretenir. Toutefois, s'ils voyaient le Pape qui est le chef des chrétiens et deux ou trois princes mettre la main à l'œuvre, ils y prendraient aussi une part assez grande pour que l'on reconnût que cet État est véritablement chrétien et qu'il ne veut rien épargner.
En ce qui touche votre retour et la manière dont vous comptez l'effectuer, ils ont répondu qu'ils trouvaient bon qu'on vous laissât passer en sûreté et que vous rendissiez à chacun ce que vous lui avez enlevé, comme vous le dites dans vos instructions; cependant, puisque vous réunissez des troupes nombreuses là où vous êtes , et puis que d'autres bandes se rassemblent à Asti , il y a des motifs suffisants pour qu'ils prennent de ce côté des mesures pour assurer leur sécurité. Je leur ai parlé nettement en présence de maître Jean comme je lavais
fait avant son arrivée ; je répétai devant lui ce que les ambassadeurs de Milan m'avaient dit pendant la Semaine Sainte: qu'il y en avait qui menaçaient de piller tout le pays jusqu'aux Alpes et de ne pas vous laisser passer, eussiez- vous mille ou quinze cents cavaliers, que cela avait été écrit à vous et en France et que je croyais que vous-même aviez ordonné de le mander à monseigneur d'Orléans. Nous dîmes aussi que les lettres que vous a adressées monseigneur Ludovic, vous avaient engagé à appeler de France plus de gens d'armes qu'il n'en faudrait pour rétablir la paix dont on ne paraît pas vouloir. En ce qui touche Asti et ce qu'ils affirment qu'il vaudrait mieux repasser en petite compagnie, nous avons répondu que les menaces du seigneur Ludovic procédaient de son arrogance plutôt que d'aucune raison, puisqu'il avait été la première cause de votre venue en Italie.
Le prince nous a répondu que si vous faisiez les restitutions, il ne croyait pas que la Ligue voulût empêcher votre départ, que toutefois il ferait appeler les ambassadeurs de la Ligue qui étaient dans la chambre voisine et qu'ils nous répondraient.
Nous répliquâmes que nous ne voulions avoir aucune forme de négociation avec quelque ambassadeur que ce fût, parce que vous étiez résolu à passer sans attaquer personne et 'que vous sauriez bien protéger les vôtres. J'exhortai le prince, puisque je venais par votre commandement de déclarer votre volonté , de vouloir bien aussi me parler clairement afin que je pusse vous écrire si vous avez, oui ou non, quelque chose à redouter d'eux à votre passage, parce que, dans tous les cas, vous êtes résolu à passer. Ils me dirent qu'ils nous répondraient sur ce point, mais qu'ils ne pouvaient pas porter cette question devant le conseil ou devant les Prégadi avant l'après-dînée de demain, que mardi, mercredi et jeudi, ils seraient empêchés à cause de la fête de l'Ascension qui est la plus grande fête qu'ils célèbrent pendant toute l'année. Nous croyons donc que ce ne sera que vendredi que nous obtiendrons une réponse, et aussitôt que nous l'aurons reçue, si autre chose ne survient point, nous nous mettrons en
route aussi rapidement que nous le pourrons, pour retourner près de vous. Le fils de l'ambassadeur d'Espagne m'a dit ce matin que malgré la coalition qui a eu lieu, toute la Ligue n'osera pas s'opposer à votre passage, mais que, si l'on découvrait celui qui le lui a dit, il serait battu.
La plupart des soldats n'ont pas encore reçu leur argent pour chevaucher, parce que les selles ne sont pas prêtes, et on remet les soldats et les capitaines du jour au lendemain et ainsi de suite, mais toute la cité murmure, et vous devez persévérer dans votre entreprise sans vous préoccuper ni des uns ni des autres , quelque parole qu'on vous puisse dire.
On ne sait rien en ce moment ni du roi des Romains, ni d'aucun personnage qui soit en Allemagne, mais j'ai fait bonne diligence pour être instruit de ce qui se passe.
Commines acheva cette lettre deux jours après :
Dans la matinée d'aujourd'hui mardi, nous sommes retournés à la seigneurie et nous lui avons fait connaître ce dont vous nous avez chargés relativement à don Ferrand : ils nous ont répondu qu'ils vous remerciaient grandement de cette communication, mais que c'était une affaire qui leur était étrangère.
En ce qui touche le fait de votre retour dont nous leur avons parlé, ils en ont conféré avec les ambassadeurs de la Ligue, et il leur paraît à tous que vous n'avez point la volonté de faire des restitutions, parce qu'ils ont reçu récemment des lettres de Rome et d'ailleurs où on leur annonce que vous avez menacé le Pape d'entrer à Rome, ce qui les oblige à faire tout ce qu'ils peuvent non point pour attaquer, mais pour se défendre; et puis ils sont revenus à dire que vous devriez passer en petite compagnie et que le duc de Milan et eux aussi vous donneraient des otages. Je répondis aussitôt que si le duc de Milan vous remettait sa femme, ses enfants et tous ses parents jusqu'à la quatrième génération, vous ne lui confieriez point votre personne. Quelques uns d'entre eux dirent alors : « Mais si nous vous donnions des « nôtres?» Nous répliquâmes que si, pendant le voyage, il arrivait