‹ Lettres et opuscules inédits de LeibnizChapitre 19 sur 49 · SUR L^ARX DE CONNAITRE LES HOMMES · texte numérisé non relu

SUR L^ARX DE CONNAITRE LES HOMMES

J'avoue que la considération de la nature humaine nous doit éloigner d'un esprit vindicatif, mais elle ne doit pas nous faire avoir de la complaisance pour le vice. L'auteur juge qu'ordinairement l'indulgence est une fausse vertu : on ne veut pas chasser ceux qui contribuent à notre divertissement et qui nous rendent service ; on ne veut point passer pour querelleur ; c'est quelques fois une poltronnerie habile ; quelques fois aussi on demande une indulgence réci-» proque qui nous accommode, Ily adubon dans une partie de ces motifs ; il ne faut pas faire grand bruit pour un sujet médiocre, ny rompre aisément avec ses amis; et l'humeur charitable y peut entrer aussi.

De la pitié.

Notre auteur veut que ceux qui se montrent ise^ courables aux malheureux n'ont pitié que d'eux^ mêmes. Ils espèrent qu'on leur rendra la pareille, si le même malheur leur arrivoit. Je m'étonne de cette interprétation un peu forcée. Ordinairement on n'a pas sujet de se promettre grand' chose de ceux qu'on a tirés de la misère, et s'il nous arrivoit du malheur, les autres ne se regleroient guères sur notre exemple* Mais pourquoy ne veut-on pas que les sentimens de l'humanité entrent dans les actions

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de pitié? Il est très louable de secourir les malheureux, en se figurant ce qu'on souhaiteroil si l'on se trouvoit à leur place : Cuivii potest accidere, quod ]ue ce principe, quoiqu'il I, soit mauvais, il vient du conformément h la règle commande d9 faire aux u'on nous Ht dans l'occa- I dont le bonheur est si r plus rien, ne sont guères I pasde cette observation, et je coDQois des grands d'une au^e humeur. Il y a plus de raison de dire, qu'on trouve rarement la pitié en ceux qui sont si accablés de misère, qu'ils ne craignent plus rien ; mais il y a une autre raison en cela : outre qu'ils manquent de moyens, c'est une espèce de aoulagenient d'avoir des compagnons de naalheuF.

De ramiiié.

L'on nous dU; que l'amité da deux hommes qui ont des qualités extraordinaires est un traita de s'entrestimer réciproquement, et que tes amitiés ordinairsâ sont des trafics honnêtes de quelques avantages mutuels : que le plaisir lie les jeunesgens; qu'on cherche quelques fois ta réputation d'être bon

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ami ; que souvent Tainitié est Teffect du tempérament ; qu^on est bien aise de faire connoitre qu'on ^ beaucoup d'amis et de distingués. Je ne trouve rien de mauvais en tout cela ; généralement Tarpitié consiste dans le plaisir qu'on trouve de se practir quer* Car encor les commerces d*utilité font plaisir. L'estime va aisément à famitié ; car lorsqu'on est estimé par des qualités agréables on est aimé. Mais Tamitié vertueuse est fondée sur le plaisir qu^on trouve d^ns cette espèce de bonnes qualités qui Tend l'homme vertueux. Cette amitié est la plus belle, la plus durable et même la plus utile. S'il y a de la vertu, rien n'empêche que cette amitié ne se trouve. Les autres amitiés ne laissent pas d'être bonnes, l'homme est ce qu'il y a de plus utile à l'homme.

De l'honnêteté des femmes.

Le penchant au plaisir étant naturel, on ne peut en être détourné que pour un plus grand bien pu mal. Ainsi, je ne voy point qu'on doive blâmer les femmes qui sont pudiques, parce qu'elles considè rent les suites du dérèglement. Cependant il y peut entrer encor }e sentiment de la dignité qui éloigne de ce qui est bas et indécent. Et c'est proprement en cela que consiste la motif de la vertu de la chasr teté.

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