RÉFLEXIONS DE LEIBNIZ
Du désintéressement.
U on juge ky que tout le désintéressement est faux ; on remarque aussi que ceux qui se disent désintéressés, emploient des stratagèmes pour se procurer de Targent ou des charges par un tiers ; et s*ils prétendent ouvertement des gratifications, c*est en disant qu'il y iroit de leur honneur, s*ils n*obtenoient pas ce qu'on a accordé à leurs pareils. Cependant l'auteur reconnoit que la voye du désintéressèment est belle, singulière, - plausible, et que l'envie de rencontrer des gens qui y soyent, nous aide à croire qu'il y en a. Mais il veut qu'il n'y en ait gueres, parce qu'il est aussi impossible de renoncer à notre intérest que de renoncer à la nature humaine. Il confond icy le bien utile avec le bien en général. J'avoue qu'il est impossible de renoncer à la veue de notre bien ; mais je soutiens qu'il y a des gens que le bien agréable fait oublier ou négliger quelquefois le bien utile. Et, sans parler des jeunes gens voluptueux, un homme sage qui a de quoy subsister commodément et honnêtement, ne fait pas un grand sacrifice s'il renonce à l'ambition et à l'avarice, qui ne font pas les plus grands agréments de la vie. Ainsi il n'est pas si difficile de rencontrer des gens qui ayent quelque désintéressement.
SUR l'art de connaifrb les hommes. 15â
De ramour de la vérité.
Von objecte que ce n*est pas ordinairement pour en faire usage, qu'on aime la vérité^ mais pour contenter la curiosité. L'auteur prend encor icy le contrepied de ses raisonnemens ordinaires. Je m'étonne qu'il n'a point dit plustôt (comme il fait presque partout ailleurs) que l'amour de la vérité ne vaut pas grand'chose , puisqu'on n'aime la vérité que par la veue intéressée d'en profiter. Maintenant il ravale l'amour de la vérité par une raison toute contraire ; et il trouvera toujours de quoy blâmer ce qu'on fait quelque parti qu'on prenne. Je crois qu'aimer la vérité par curiosité , c'est l'aimer par elle-même, c'est-à-dire par le plaisir qu'on trouve dans les belles connoissances, quand même elles ne seroient pas profitables, et cette curiosité modérée par la raison me paroit belle et bonne. Cependant il est bon de joindre l'utile à l'agréable.
Omne tuiit,....
Il n'y a guère de belles vérités qui ne soient utiles, quand ce ne seroit que pour élever nostre esprit à Dieu source de la vérité.
Des vertus qu'on peut ranger sous la force.
L'auteur y range le pouvoir sur soy-méme, la
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modération, la modestie des hommes, la modestie des femmes, la patience dans les maladies, le mépris de la mort, la constance, la fermeté, la générosité, la magnanimité des 91X0909, la vaillance.
L* auteur dit avec esprit qu'il n'y a point de précepteur si propre à corriger Thomme que son orgueil. Mais pourquoy attribuer à Torgueil ce qu'on peut attribuer au soin louable de notre dignité. Ce soin peut contribuer à nous éloigner de l'emportement et à nous attacher à la raison. Je ne voy donc pas, pourquoy l'on dise, que l'empire que tes héros ont sur eux-mêmes, n'est qu'une fausse sagesse. S'ils ne laissent pas de se ressentir de la force des passions qu'ils domtent, c'est qu'ils ne sauroient changer la nature humaine. S'ils en pou^ voient venir à bout, Pauteur diroit peut être qu'ils ne seroient plus louables, puisqu'ils n'auroient plus rien à combattre.
^ De la modération.
On entend icy la vertu de peux qui sq rnodèrent dans la prospérité. On les accuse de se composer extérieurement quoyqu'ils sentent intérieurement j,oute leur jiaye. h trouve qu'ils pRt mm de 1» sen-
SUR l'art m CONNAITRA iSS VOUHES. ifil
tir et de ne la gueres faire paraître. L'un est de la nature, l'auti^e de la bienséance. Cependant l'auteur fait icy une bonne observation , comme il en fait an beaucoup d'autres endroits, 11 remarque que les grands ne sont jamais plu$ disposés à accorder des gr&cea que lorsqu'ils ont obtenu quelque grand succèp. lilais en sont-ils blâ^mables?
De la modestie des hommes.
On veut ençor que la modestie prenne sa qai&sanca de l'orgueil, On Tentend de couj^ qui ne parvient gu^^s d'eux mêmes. lor§ mém^ qu'ils ont fait quelque belle action, parce que cela n'est ny poti ny agréable. On prétend même icy qu^ ce silence est une vanterie fine et que les silences bien placés sont comme les pauses dans la musique qui luy donnent dû relieff Je ne vois pqint cemmant on puisse contenter des eritiquea aussi sévères que notre au^ teur. 11 feroit passer pour un fat, pour un impoli, pour uf) fanfaron celuy qui parleroit souvent dq ses prouesses ; et icy il fait passer pour un orgueilleux caché celuy qui n'en parle gueres. Pourquoy ne recon-
4)oit il pas plutôt que c'est un homme sage qui évite pe qui est chpqqant et mal séant, Cependant il y a des occasions où il est bon et même nécessaire de se faire rendre justia^.