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et une intelligence qui s'attribuât ce qui est arrivé à moy. Les perceptions et les mouvements de son corps qui s'entre répondent, le menant à une imagination telle, qu'en effet elle feroit la mémoire du principal qui m'est arrivé, de sorte que moralement cette intelligence seroit moy et me continueroit. Cela paroist possible, mais il me paroist plus conforme à l'ordre que l'identité morale soit tousjours accompagnée d'une identité physique , et que chaque unité estant l'univers en raccourci soit bien gouverné encor selon les loix de la morale.
Extrait d'une lettre datée de Berlin^ 19 navem^
bre 1701 (1).
Pour ce qui est des unités, Y. A. E. les entendra autant qu'elles sont intelligibles si elle en veut pren* dre la peine. Car elle juge bien que tout ce qui est corporel et composé, est multitude et non pas véritablement une unité ; et que toute multitude cependant doit estre formée et composée par l'assemblage des unités véritables; lesquelles par conséquent n'estant plus composées ny sujettes à la dissolution,
(1) Cette lettre, bien qu'elle ne porte pas de siiscription, était destinée à rélectrice Sophie. Elle est inédite.
d'une LEWRE ÙE LEIBNIZ. 193
sont des substances perpétuelles quoyque leurs façons d'estre changent tousjours. Or, ce qui n'a point de parties ny d'étendue n'a point de figure aussi ; mais il peut avoir de la pensée et de la force ou de l'efforty dont on sait aussi que la source ne peut venir de l'étendue ny des figures ; et par conséquent il faut chercher cette source dans les unités ; puisqu'il n'y a qu'unités et multitude dans la nature , ou plus tost il n'y a rien de réel que les unités i car tout assemblage n'est que la façon et apparence d'un estre, mais dans la vérité il est autant d'estres qu'il contient de véritables unités. £t comme dans un trouppeau de brebis, les estres sont les brebis» mais le trouppeau même n'est qu'une façon d'estre ; on peut dire que dans la rigueur de la vérité le corps de chaque brebis et tout autre corps est luy-méme un trouppeau, et qu'on ne trouve l'estre même que dans l'unité parfaite qui n'est plus trouppeau. D'où l'on peut conclure qu'il y a des unités par tout, ou plus tost que tout est unités. Et toute unité a une manière de vie et de perception, et ne peut avoir que cela. Mais dans les assemblages réguliers de la nature, c'est-à-dire dans les corps organisés comme sont ceux des animaux, il y a des unités dominantes dont les perceptions représentent le total; et ces unités sont ce qu'on appelle des &mes et ce que chacun entend, quand il
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dit moy. Et comme le corps d*un animal peut estre composé d'autres animaux et plantes, les corps ont leurs &mes ou leurs unités propres, et il est manileste que ces animaux , ces unités ou ces fprces primitives sont dominantes dans leur petit département quoyquelles soyent assujetties dans le corps plus grand dont elles concourent à former les organes, et dont elles peuvent estre détachées, parce que les corps sont dans un mouvement et flux continuel. Cependant il y a lieu de juger que toute ànie garde touQJours un département qui lui convient.