LEIBNIZ A FONTENELLE
À HaDDover, ce ii de juillet i68&.
Monsieur , Je scay que vostre charge de secrétaire de FAcadémie royale aussi bien que tant d'autres travaux utiles au public vous laissent peu de temps de reste. Cela m'a empêché de vous écrire, d'autant que j'avois M. l'abbé Mariette dans vostre compagnie qui m'écrivoit de temps en temps. Mais sa mort que j'apprends avec beaucoup de douleur m'oblige, Monsieur, d'avoir recours à vous. Si la bonté que vous pourrez avoir encore pour une personne à laquelle vous avez voulu du bien autresfois, vous engage peut estre à vouloir perdre quelques heures davantage chaque année qu'avant que de m' avoir répondu. Je scay qu'iU se passe tant de belles choses dans l'Académie, que je ne sçaurois qui ter le désir d'en-
(1) Inédit. LViginal autographe est conservé dans la biblio^ thèque de Hannover.
apprendre quelqu'une de temps en temps ; non plus que la vénération que j'auray tousjours pour tant d'illustres qui la composent, parmy lesquels j'espère (jue MM. Carcavy, Blondel, Hugens, Galloys, les deux Perrault, Cassini, Picard, Duclos, Dodard, Borelli, Bianchini (1), du Vernay, de la Hire, se portent encor bien et s'y trouvent quelques fois. Et je seray ravi d'être confirmé dans cette espérance, aussi bien que d'apprendre les noms de ceux qui sont entrés depuis. Pour M. Hugens, je doute a'il est de retour. Mais surtout je voudrois scavoîr ce qu'on va publier de la part de l'Académie et de ses membres, et même ce qu'on en a imprimé depuis quelque temps. Car comme une partie de ces choses n'est pas venue à ma connoissance, je souhaitte de savoir si on a continué les définitions des arts mécaniques qu'on avoit commencées par l'ordre de l'Académie, si le méridien de l'Observatoir est établi, et si on a observé la variation de l'éguille le long de ce méridien ; item, si la machine qui élève l'eau de la Seine à Saint Germain, pour la faire aller à Versailles est en sa perfection, et ce que M. Moreland (2), Anglois, a fait ou fait de bon à Versailles.
(i) Blondel (1617-86), Cassini (1625-1712), Picard (1620-82), Duclos (1715 ?), Dodard (163A-1707), Borelli (1608-79), Bianchini (1662-1729).
(2) a Morland (1625 1697), de Berkshire, élév. des eaax.
En voilà trop de demandes, dires vous, monsieur, mais comme il vous est aisé de m'y satisfaire, et qu'une lettre ne vous couste pas plus que la conversation, je me flatte de quelque explication. Je sou*
haitterois de vous pouvoir mander quelque chose en échange, et il dépend de vous de m'faonorer de vos ordres. On commence maintenaTit d'introduire dans ce pays la manufacture de l'acier fait de fer, et on a des preuves assés bonnes puisqu'on en a fait des rasoirs. J'ay étudié un peu les mines dont nostre pays abonde, et j'ay des sentimene tout à fait différens de ceux d'Agricola, de Des Cartes et de M. Sténonis, il y en a quelques uns dont j'ay démonstration qui confirment fort les autres opinions que j'en ay.
Ayant appris de M. Tschirnhaus qu'on n'avoit pas encor trouvé la ligne de M. Perrault qui se décrit en traçant obliquement un corps sur une table avec un filet, je. la cherchay, car les méthodes que j'ay à présent laissent peu de chose de cette nature à désirer. Et j'ay trouvé sa nature, et qu'on la peut décrire encor par une autre voye plus ordinaire. Je croy qu'on aura essayé la description du feu artificiel ou du phosphore que je communiquay à l'Académie. On m'avoit promis la communication de quelques autres belles curiosités dont je ne désespère
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pas. Il est vray que M. Tschirnhaus m'apporte la composition de l'or rendu volatil et d'un sel végétal, mais par maiheur le papier s'en est perdu, et je vous supplie, monsieur, de me l'obtenir es réchef avec quelques autres curiositéâ dont on trou, vera à propos de me faire part. Leibniz.
MONSIBUB,
II faut que je fcommence par me justifier d'une apparence de paresse dont vous pourries me croire coupable, si en peut être soupçonné
quand il s'a. ir commerce avec un
homme tel q' ttre que vous m'avés fait
l'honneur de ronsvic, du 3 septembre
dernier arriva pendant que l'Académie étoit en vacances et toute dispersée. Ainsi je fus obligé d'attendre qu'elle fust rassembtée principalement pour la pouvoir consulter sur cette correction des tables Rodolphines que vous m'envoyiés. La compagnie ne se rassembla selon ses statuts, que le samedi d'après la Saint Martin, et ce fut une assemblée publique où je ne pus lire notre lettre. Mais & l'assemblée
(1) Inéiiii. L'oNgJDal autographe est conservé dans ia lilbllolhèqu« de UsoiioTer.
suivante, je la lus, et il fut résolu que Ton examineroit cette nouvelle proposition sur les élémens du soleil et de la lune. Ce n'est que dépuis deux jours, que j'ai sur cela le sentiment de l'Académie. Le voîd i
L'époque que l'on propose de 1701 commençafil pour le moyen mouvement du soleil, étant réduite au méridien de Paris, se trouve à quelques secohdeij près de celles c((ie M. de la Hire a établie dans seë tables astronomiques, et peut être que cette petite différence vient de la disposition dé l'équation du temps- de l'un et de l'autre. Pour ce qui est de l'écJuatioH du centre du soleil, cet auteur propose là plus grande dé 1** S6' 20" aussi à quelques secondés près de celle de M< la Hiré. Mais comme cet aùtedhi suivant ce qu'il dit, doî! former la table entière dfe l'équation du centre du soleil; selon là tnéthodé de Kepler, on juge qu'elle ne pourra tout au plus convenir avec le ciel, que dans le point de l'èquinoxe du prîntenips dont il a parlé.
Pour le système de la lune ori le croit nouveau, mais il faudroit l'examiner sUr les observations célestes.
Vous savés sans doute, monsieur, qu'il y a longtemps que M. Cassini a abandonné l'ellipse dé Kepler^ qui est l'ellipse ordinaire, pour lui en substituer une autre, ou, au lieu de la somme des lignes tirées d'un point de la circonférence aux deux foyers,