‹ Lettres et opuscules inédits de LeibnizChapitre 37 sur 49 · LEXTABS · texte numérisé non relu

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ce sont les rectangles de ces lignes qui sont toujours égaux. M. de la Hire ne paroit point s*être déterminé pour aucune courbe, et je vous avoue que je soupçonne un peu qu'il se trouvera à la fin, que les corps célestes n*en décrivent effectivement aucune qui soit régulière ni exacte. Cette irrégularité, renfermée cependant dans de certaines bornes, me p&rolt plus convenable à la physique, quoiqu'assés incommode pour Tastronomie.

A cette occasion, je vousdirai, monsieur, queM« Yarignon, Tun de nos plus grands géomètres, npus a donné depuis peu une méthode générale pour trouver les différentes forces centrales qui poussent une planète. Iln*apas manqué en commençantcetterecherche de nous rendre la justice qui vous étoit due, et de nous dire que vous, monsieur, et M. Neuton, vous étiés les premiers et mêmes les seuls, qui eussiés porté la géométrie jusqu'à découvrir ces pesanteurs des planètes vers le soleil, outre cela comme M. Yarignon ne se sert jamais que du calcul différentiel, et que par là il va fort bien, c'est une obligation continuelle qu'il a à l'auteur de ce calcul, et qu'il publie avec beaucoup de plaisir.

Il est vrai que M. deTournefort (1 ) est allé en Grèce et en Asie par ordre du roi, pour la recherche des

(!) Tournefon (1656-1702).

Dfi LEIBNIZ. * 201

simples et les comparer avec ceux des anciens. Il a mené avec lui un habile dessinateur, qui est aussi habile botaniste ; et il nous a déjà envoyé un grand nombre de desseins de plantes de ces pays-là ; il y a même quelques desseins et quelques descriptions anatomiques d^ animaux. Le roi lui même a la curiosité de les voir.

Sa Majesté a aussi ordonné que Ton continuast la méridienne qui doit traverser la France. M. Cassini partît ces vacances pour aller du costé du Midi : il est présentement à Toulouse, c'est à dire que la méridienne y est aussi. Il ne reviendra point qu*il ne Tait conduite jusqu'à l'extrémité la plus méridionale du royaume. Ensuite M. La Hire achèvera ce qui reste à faire du côté du septentrion ; vous savés, monsieur, quelle est la grandeur, la difficulté et l'importance de cet ouvrage.

Il y a deux ou même trois académiciens qui se sont particulièrement chargés de la description des arts. On est déjà bien avancé dans celui de l'imprimerie par où l'on a commencé, parce que c'est lui qui conserve la connoissance de tous les autres. On travaille en même temps à quelques autres arts ; . mais ce travail ne peut être qu'un peu lent à cause du grand nombre de recherches qu'il faut faire chés les ouvriers, et de la peine qu'on a à rien tirer d'eux.

On ne songe pas présentement à là géographie d*Abulfeda, cela viendra dans son temps, mais on ne peut pas toiit faire à la fois.

Apparemment, monsieur, on ne vous a pas bien expliqué ce qd*bn vouloit dire par ce feu actuel que' Von produit par réaction. Je ne sais Ce que ce peut' être. M. Amontons (l)un des élèves, a proposé ilh moyen de faire travailler le feii pour mouvoir des machines, comme on fait travailler l'air et Peau. D'un autre côsté, M. Beriioullî de Gronirigue noù^ à écrit sur un phosphore qu'il fait à coup sûr dans !ê baromètre, mais ni l'une ni l'autre de ces deiix choses ne nié paroist convenir à ce qu'on hoiis a dît. M. Lémery, un des chimistes de l'Académie, nous a* fait voir dans iiri niatras un tonnerre artificiel, avec un feu qui circulait dans le hiatrâs. Je ne sais si ce seroit cela, mais enfin voilà tout ce que je connois d'expériences nouvelles de l'Académie où le feu ôoit entré.

Vous ne serés plus désormais incertain sur ce qui se sera ^assé dans l'Académie, car à la fin de chaque année paroistra toujours l'histoite de cette aiinée^ selon que le règlement dé Î699 y oblige l'Adademie. Cela ne s'est pas encore exécuté, parce qu'il

(1) Amontons, 1621-1705. Voy. Fouleuelle, Hist. de VÀcad,^ ilÛifi i89. - -

DE Leibniz. ioi

a fallu quelque temps pour prendre une forme nouvelle, et pdur donner à toiit un premier branle. Mais enfin c'en est fait, l'histoire de 1699 va paroistre au commencement de 1701 ; celle de 1700, à Pasques ou à la Pentecoste de 1701, et celle de 1701 à la fm de l'année, après quoi le couraQt ira toujours sans interruption.

On mettra dans cette histoire les pièces les plus importantes, telles qu'elles auront été données par les académiciens, et comme cette compagnie vous conte pour un de ses principaux membres, quand vous voudrés, monsieur, luicommuniquerquelqu'unedevosdécouvertes, on sera ravi d'en pouvoir orner l'histoire*

On a fort applaudi au choix de monsieur l'électeur de Brandebourg, qui vous a donné la direction de la nouvelle Société qu'il a fondée pour les sciences (1). L'Académie espère beaucoup de cet établissement et de celui qui en aura le. soim*

Voici, monsieur, une lettre d'une longueur que je vous supplie de me pardonner. Je me suis laissé emporter au plaisir de vous écrire. Je suis avec beaucoup de zèle , monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Fontenelle;

De Paris, ce 8 décembre 1700.

(1) Voy, Bariholmess, Histoire de V Académie de BerUn.

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Monsieur ,

Il est vrai que je suis assés occupé, et je le suis même plus qu'un autre ne le seroit en ma place, tant parce que je ne suis pas naturellement fort laborieux, que parce que plusieurs matières différentes qui me passent par les mains et qu'il faut que j'entende, sont quelquefois un peu élevées pour moi, et me demandent du temps. Mais avec tout cela, je trouverai toujours bien le loisir d'entretenir un commerce qui m'instruit autant, et me fait autant d'honneur que celui que j'ai avec vous.

J'ai lu à l'Académie votre nouvel essai de science numérique. La Compagnie avoit quelque droit sur cet ouvrage puisqe vous avés bien voulu être un de ses membres. Elle y a reconnu cet esprit de découvertes qui vous est particulier ; et elle attend avec impatience les applications que vous nous promettes de ce nouveau calcul. Elle ne doute point que les utilités que vous en tirerésne récompensent suffisamment l'incommodité dont il paroist par la quantité des chiffres, et peut être avés vous trouvé quelque

(1) Inédit L'original autographe est conservé dans la bibliothèque de Hannover»

moyen de diminuer celte quantité. Quoi qu'il en soit, un plus grand éclaircissement sur cette matière nous fera un extrême plaisir.

Le feu par réaction dont on vous a parlé n'étoit certainement que Texpérience de M. Lémery ; elle est imprimée dans son cours de chimie que vous connaisses. Ainsi je ne vous en dirai rien de plus. Mais à nostre dernière assemblée publique, M. Homberg fit précisément Texpérience dont vous me parlés des deux liqueurs qui s'enflamment en un instant et avec violence. Ce qu'il y a même de plus singulier, et de plus beau, c'est qu'il en à fait une proposition générale de physique. Toute huile essentielle de quelque plante aromatique des Indes, comme huile essentielle de canelle, de sassafras, etc., s'enflamme avec un esprit acide bien deflegmé. Si vous avés, monsieur, quelques expériences qui étendent encore ou qui modifient cette proposition, vous obligerés extrêmement l'Académie de le lui communi-^ quer. Les idées que vous nous donnés, monsieur, sur la dilatabilité des corps et sur la recondensation^ ont paru fort ingénieuses, mais d'une exécution difficile. Les grandes dilatations cassent tout. On fera pourtant quelque tentative quand on en aura Toccasion, et cela iroitplus viste si vous vouliés bien nous aider de quelque projet d'expérience plus circon-

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stancié, h la fin de chaque année de ce qui' se sera passé dans T Académie ; personne ne mériteroit autant que vous, monsieur, d'en être instruit avant le public ; mais outre que cela ne vous avanceroit pas l)eaucoup le temps, je ne pourrois vous dire les choses avec la même étendue et dans le même détail où l'histoire nous les donnera.

Pour les MS. de la bibliothèque du roi, dont le traducteur d'Albufeda (1) pourroit avoir besoin, c'est une chose qui ne regarde ni l'Académie ni aucun de ses membres. Il faudroit pour cela s'adresser à ceux qui ont soin de la bibliothèque, et si vous me jugiés propre à cette négociation , j'exécuterois vos ordres avec beaucoup de ponctualité.

Votre essai des sciences numériques sera dan$ l'histoire de cette année 1701. Si vous y voulés ajouter quelque chose, vous aurés assés de loisir. L'Académie vous prie d'enrichir son histoire annuelle le plus que vous pourrés; de quelques unes de voç découvertes, et je vous supplie en particulier de croire que je suis avec une parfaite estime et hh zèle ex*

(i) Omadeddin-Ismaêl-Ben-Ali-Âbul-Feda, célèbre géographe arabe, auteur du Takwin el boldan^seuDirectio terrarum, ouvrage divisé en 28 parties qui comprennent toute la terre connue. Leibniz négocia par intermédiaire, et pour un savant d* Allemagne, avec la bibliothèque du roi, pour avoir le manuscrit d'Abul-Feda.

DB tmi^m. à07

trôrae, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FONTBNÇ^Lp..

DeParis, d0aTTiH701.

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