LEIBNIZ A FONTENELLE
N'avois-je pas raison. Monsieur, d'estre un peu en peine de la destinée de ce que j'avois pris la liberté de vous envoyer il y a longtemps, puisque vous me faites enSn l'honneur de m'apprendre, sur ma demande réitérée, qu'on ne trouve pas k propos de mettre dans le journal la réponse que j'ay faite au P. Lamy, parce qu'elle est polémique à ce qu'on dit au lieu que j'avois cru qu'elle estoit purement philosophique. Si cette résolution m'avoit esté connue plus tôt, j'aurois peut estre déjà un autre moyen de répondre à. ce père, pour me justifier auprès du public, et je vous supplie cependant d'avoir la bonté de faii Te les mains de
M. Pin
Pou la première pièce
que j'î être encor pour
l'Acadi où les dyadiques
sont c< de Fohi, est des-
tinée I lie, monsieur, de
ne faire mettre dans vos mémoires que la seconde pièce toute seule et non pas la première, et de marquer cela au-dessus des papiers, afin qu'aprèsquelque
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temps on ne Toublie. J'attends vos belles méditations sur nilfini otl inniiimënt petii. 11 est vray que ohez moi| les infmis ne sont pas des touts et les infiniment petits ne sont pas des grandeurs. Ma métaphyuque Jes bannit de ses terres. Elle ne leur donne
retraite que dans les espaces imaginaires du calcul géométrique^ où ces notions nesont de mise que comme les racines qu'on appelle imaginaires. La jpart qtie j'ai eu à faire valoir, le calcul des infinitésimales ne m* en rend pas assez amoureux pour les pousser au delà du bon sens. Et la vraie métaphysique ou philosophie si vous voulésy ne me paroît paâ moins itnportante que la géométrie^ surtout s'il y a moyen d'y introduira aussi les démonstrations qui n'en ont été que trop bannies jusqu'ici avec le oaleul qui s^a nécessaire pour leur donner toute l'entrée dont elles ont besoin»
Cependant il y faut préparer les lecteurs pbr des écrits exotériques. Lesjournaux m'ont servijusqu'icy,
mais je vois bien que le vôtre^ parvenu à un certain ^e où l'on m &e soucie plus des bagatelles^ ne veut plus que des pièces de poids et qui ayent corps. Je voudrois estre toujours en estât de vous en envoyer de cette force^ mais mon esprit est devenu moins propre à porter le travail des calculs et des figures» et il croit qu'il luy est permis maintenant de s'égayer
D£ LEIBNIZ. Sâ5
un peu» sauf aux autres de mépriser ses productions tardives. Je suis le premier à me rendre justice là ae^us, et je trbdvè ioujbiirs dès géris qiii ihê Font plus d'honneur que je ne mérite, puisqu'il est vray que même » un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire (1). »
Ayez la bonté de remarquer à M, l'abbé Bignon, que j'ay toujours la déférence qu'il faut pour ses sentimens»
Je suis avec zèle, monsieur.
(1) On remarquera le ton piqué de ces deux dernières lettres. Fdntehelle Vivait tin i)ett négligé les envdis dé Leibniz, et Leibniz, de aott côté, les lui rappelait a? ec une Insistance qui avait dépliu