‹ Lettres et opuscules inédits de LeibnizChapitre 46 sur 49 · Z" DISSERTAI ION SUR LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ, OU SUB · texte numérisé non relu

Z" DISSERTAI ION SUR LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ, OU SUB

LA PHILOSOPHIE DES ACADÉMICIENS, OÙ l'on réfute les pré^ jugés des dogmatistes^ tant anciens que nouveaux ; avec un Examen particulier des sentimsns de M. Descartes. Paris, in-12, sans nom d'imprimeur et sans date. — Uparattàla preipière page que ce fut en 1673. Le premier volume contient les dissertations sur la logique des académiciens. L'auteur avait bit un système entier de leur philosophie, lequel en contenait toutes les parties.

4*" Critique de la recherche de la vérité, où Von examine en même temps une partie des principes de M. Descartes. Lettre par un académicien anonyme. Paris, Goustelier, 1675, in*i2, 12/i pages. — On fit, la même année, une critique de cette critique. Dom Robert des Gabetz, bénédictin, en est

auteur. £lle fut imprimée à Paris, in*12, chez Dupuys. Il est fait mention de ces critiques dans une lettre latine de Paul Yindigius, conseiller du roi de Danemark, qui, parlant de Foucber, dit : Mihi in paucis carus. Cette lettre se trouve dans le recueil de Jean Decker^ De scriptis à despotis. V. Prœfat, Fabricii ad Placcium de anomymiSf et p. 606, n<** 2437 et 2A87 du Traité de Placcius.

5** Réponse pour la critique à la préface du second volume de la Recherche de la vérité, Paris, Angot, 1676, in-i2, 128 pages, sans la préface de 12 feuillets. ^^ /i., f5î^., La Caille, 1679, in*12.

6" De Là sagesse des ancieiss, oie rm fait voir que les principales maximes de leur morale ne sont pas contraires au christianisme, VdiriSy Dezailliers, 1682, in-12.-^7d.,t6û/., 1683, 2A6 pages. J'ai vudes fragments imprimés de la troisième partie.

7* Réponse à la Critique de la Critique de la Rechef^che de la vérité sur la philosophie des académiciens, Paris, 1686, in-12.

8^ Trûité des hygromètres (ou machine pour mesurer la sécheresse ou Thumidilé de l'air). Paris, Michallet, 1685, in-12. — Yoy. Textrait de celivre dans la Bibliothèqueuniver" selle de Jean Le Clerc, Rome, I, p. *6Uk.

9** DISSERTATION SDR LA RECSERGHE DE LA VÉRITÉ, COn^

tenant l'apologie des académiciens^ où Von fait voir que leur manière de philosopher est plus utile pour la religion^ et plus conforme au bon setis (pour servir de réponse à la Critique de la Critique t etc.), avec plusieurs remarqtSss sur les erreursdes senSyCtsur r origine de la philosophie de M. Descartes. Paris, Michallet, 1687, in^l2, 156 pages, sans la préface de 9 pages^

Ces diMsrtations ont paru par lambeau, chez différents iiii|H'i< meurs. — M,, Paris, 1693. Tous ces morceaux aont contre DoiB Robert des Gabeti. Voyez-en l'exlrait dans fiauiBge, Bittoire des ouvragei dei lavantt, juin 16BS, p. 253.

10° Lettre tur la morale de Confuciut, philou^he de la ChÎM. Paria, Hortemels, 1688, in-S», 29 pages. — L'autetu* y dit à la page 26 : • Je me sub explique là-dessus dans mon

îet aeadémiciem, l'est Confticius. Ce que je

sonnes n'ont pas cru

DB L& VËBITÉ, ou SUT

1, contenant l'bistoire «0,jn-13.— Ce livre et le précédent, que j'ai cité au n° 9, sous le titre de Dissertation sur la Recherche de la vérité, ont été réimprimée ensemble à Paris, chei Michallei, en 1690, in-12. Voy. Basnage, Sistoxre des ouvrages des saaants, août 1692.

1 2° Lettre a M. Lahtin, conseiller au parlement de Bourgogne, sur la question .• t Si Carnéade a été contemporain d'Ëpicure. » — Voy. L'extrait de celte lettre à lapege 509 dn Journal des savants, \^9\,tA\x.\a-\1. La réponse de M. Lanlin se trouve ibid., p. 206. 11 est parlé de celte dispute entré nos deux savants dijonnais dans les Lettres de Bayle (lettre lJi9, â M. de la Mounoye). Prosper Marchand, dans la note sur cette lettre, dit que ce que Foucher a fait sur les académiciens, contre le P. Halehranche,' depuis 16B7 jusqu'en 1693. est renfermé en l\ vol. in-12.

. 13° fitrait (fort long) d'une lettre de Foucher è M. l^antin

8Uf Gaméade, ûM^le Journal des navmtsSilè 1692» Édit. io-iS, p. lOki

Ml'' DISSERTATION &UR LA PHILOSOPHIE DBS AGADÊHH

ciENS, livre IIL Paris, Alichallet, 1692, in-12.

1S° Extrait d'une lettre à M. de Leibnitz sur les académi* tiens. Imprimé dans le Journal des gavants, 1693, in-12« p^ 162. La réponse de M. Leibniz» est ibid.^ p. 527.

Page 305, ibid., on Ht l'extrait d'une lettre de M. de Leib"* niz à M. Foucher, au sujet de quelques axiomes de philoso?» pbie.

là*" Dissertation sur la regherc&ë de la vérité, con* tenant l'histoire et les principes de la philosophie des académie €iens; a?ec plusieurs réflexions sur les sentimens de Descaries, etc. Paris, J. Anisson, 1693, in-i2, 2fi0 pages, et une préface de 6 pages. -^ Cette édition contient les disserlalions ' dont j'ai parlé, auxquelles ont a joint une quatrième partie. Voy. le Journal des savants, 1693» in-12, p. 756.

17' Réponse de M. S. F. à M. de L. B. (i>L Simon Foucher à M. de Leibnitz) sur un autre système de la communication des mouvemens. Dans le Journal des savants, 1695, p. 639. .Voy, le 3* tome des Lettres de Bay le, p. A90.

18° Dialogue entre Empiriastre et Pkilàlèthe, in-12, sans date, sans nom de ville ni d'imprimeur. On n'a impriuté que 360 pages de ce livre, qui est resté incomplet.

Il est à propos, d'observer qu'une partie de ces ouvrages ne portent point le nom de l'auteur, qui s'y découvre erdinairement par ces lettres initiales : S. F. , et que souvent ils ont été imprimés par morceaux en brochunes.

Foucher a été loué par plusieurs gcils de lettres, entre autres par M. de Leibniz, singulièrement dans V Histoire critique

300 Al'FfiNDlCB.

de la république des lettres de Jean Massou, t. IX^ p. 105. M. de Leibniz y parle de Foucber comme d'an homme très habile dans les méditations philosophiques.

Voici un livre dans lequel on fait l'honneur à Foucher de l'associer avec les plus fameux philosophes de son siècle. Cet ouvrage est intitulé : Bulfinger» De karmoniâ animiet corparis humant t maxime prœstabilitâ ex mente Leibmtii^ commeu* tatio hypotetica, accedunt solutioues difficultatuÈn ah eroditis viris, Foucherio, Lamio, Tourneminio, Newtonio, Clarkio, atqoe Slhalio motarum. Leipsick, 1723, in-8^ Le même ou* vrage a été traduit en français, et on le trouve annoncé au t. XXII de la Bibliothèque Germanique, imprimé en 1731, dans les Nomelles littéraires de Berne, p. 185, sous ce titre : Controverse philosophique qu'il y a eu entre M. le baron de Leibnilz d'une part, et MM. Foucher, Bayle, Newton et Giarke de l'autre, sur l'harmonie préétablie qui se trouve entre l'âme et le corps, avec une préface où l'on prouve la vérité de cette harmonie, par J. J. K.

Foucher a laissé en manuscrit une tragédie de V Empereur Léon. Il avait eu dessein de composer quelques autres ouvragés, comme : Une saine philosophie, une véritable théologie. Je ne sais s'il a laissé quelques morceaux de ces deux derniers.

Voy. les auteurs cités dans cet article.

Introduction, p. xxxix.

Excerpta ex notis meis inauguralibus ad Fucherii respon^ sionem in Malebranchium critica (1).

Scavoir ce qu'il y a de réel dans les objets, c'est scavoir les (1) Si jamais Leibniz a donné une preuve d'estime et d'amitié à Tabbé

causes des apparences. Et ce qoi est la cause de leur diversité est hors de nous»

M. Foncber a tort de dire, p. 23, que les vérités des mathématiques ne sont pas des vérités à proprement parler, ou pour le moins, ne sont pas les vérités que les philosophes doivent chercher; car quoy qu'elles ne disent pas s*il y a qudqne chose hors de nous, ou si ce que nous sentons ne sont que des apparences, aies ne laissent pas de nous donner moyen de raisonner solidement sur ces apparences et même de les prédire et de les procurer. Outre que ce sont des vérités hypotliétiques qui ont lieu, quoy qu'on n'y pense point, et ne dé-^ pendent ny de nostre pensée, ny de l'existence des choses.

Âd. , p., 30. Idea est id quo perceptiq sive cogitatio una ab alla differt ratione objectl.

Ad. , p. 33. Les idées quoy qu'elles ne soyent point étendues peuvent servir à l'âme à connoistre l'étendue, et il peut y avoir un rapport entre ce qui est étendu et ce qui ne Test pas, comme par exemple, entre l'angte et l'arc qui le mesure.

Ad., p. 39. Et l'idée peut estre prise de deux façons, scavoir : pour la qualité ou forme de la pensée, comme la vélocité et la direction le sont du mouvement, ou bien pro objecto immediato sive proximo perceptionis. Et de cette manière, l'idée ne seroit pas une façon d'estre de notre âme. Et cela est apparemment le sentiment de Platon ou de l'auteur de la Recherche. Car quand l'âme pense à l'estre, à l'Identité, h la pensée, à la duration, elle a un certain objet immédiat ou cause prochaine de sa perception.

Foucher, c'est assurément en prenant le soin d'annoter sa Critiquet CeA remarques sont le complément de la correspondance. Elles nous ont servi ti tirer nos Conclusions. Elles paraissent pour la première ro{«.

S03 APPBNDIGB.

Et de cetle manière, il se peut cftie nous voyions tout en Dieu, et que les idées ou objets immédiés soyent les attributs de Dieii mesme. Ces formules on façons de parler ont quelque chose de vray, mais pour parler juste, il faut donner des significations constantes aui termes.

Ad., p« 52. Quant è k connoissance ieVâme^ il est asseuré que la perception de la pensée même, est différente de la per^ ception des choses auxquelles on pense et qtt*on appelle moÉé'^ vielles, quand on s*y apperçoit des plusieurs parties à la fois. Par conséquent, les objets immédiés de nos perceptions ou les causes prochaines de ces différentes pensées, diffèrent aussi entre elles.;. Or, cette cause immédiate de la perception que nous avons de la pensée même, est ce qui pense e^ nous ou bien c'est nous, c'est-à-dire nostre âme. Et la cause immédiate hors de nous des pensées, de retendue, des couleurs, etc. , (s'il y en a une hors de nous) est appelée matière : donc V9Ê^ fttt différente de la matière. AJais, peut estre que la nature de nostre Ame, est la cause immédiate de nos perceptions des •choses matérielles, et que Dieu auteur de tout, est c^use de l'accord qu'il y a entre nos pensées et ce qui est hors de noqs*

Ad^ p* &3. Les couleurs ne sont peut-estre pas des façoii? d'estre de nostre âmo, mais plustôt leurs causes prochaines hors de nous et hors de Dieu.

Ad., p. 5€. L'auteur dit que les traces sont nécessaires pour nous conserver la mémoire des choses. Mais cela ne me paroist pas si asseuré. Ceux qui accordent le souvenir à l'dme séparée, ne demeureront pas d'accord de cecy, et par quelle trace l'âme se souvient-elle d'avoir esté, d'avoir pensé?

Ad., p. 63. L'auteur semble raisonner ainsi quand nous disons : estre, penser, etc. , les traces de ces paroles ne sont

appewïmce: . dos

pas naturellement jointes à ces idées, donc il faut qu*il y en ait qui y soient jointes immédiatement. Mais peut-estre qu'elles y peuvent estre jointes immédiatement saps être jointes naturellement. Il faut examiner par quel moyen je pourrois faire comprendre à un homme qui n*eutend pas nos langues, la signification de ces mots : estre, penser. Gela se feroit, ce me semble, en monstrant des exemples et eu donnant à entendre négativement, que le mot dont je me sers, signifie ce qu'ils sentent où ce dont ils s*apperçoivent eh eux -mémos ou dani les choses, outre ce qu'ils y voyent, écoutent, touchent. Ainsi ces mots se peuvent donner i entendre , non pas par des traces, mais par^ négation des traces : les unes estant une fois entendues, servent de traces quoyque arbitraires à l'avenir. Il faudroit prendre garde un peu plus exactement qu'on né fait, comment les enfants ou aurei' (adultes) apprennent les langues sans truchement : il y a aussi certaines rencontres où les traces sont jointes aux pensées..... sans estre arbitraires,

à cause d'une certaine connexion Par exemple, pour donner

è entendre à un Américain ce que c'est que penser, je Iny monstrerois la posture d'un bomm^ qui est pensif et celuy qui a donné ^ Nurenberg un petit nomenclateur avec des figures s'est souvent servi de cette adresse.

P. 120. L'auteur a raison de dire qqe la pensée n'est pas r«ssence de l'âme, car une pensée est une action, et puisque une pensée succède à une autre, il faut bien que ce qui rçsie pendant ce changement spit plus tost de l'essence de l'âore, puisqu'elle demeure toujours la même. L'«ssence des substantifs consiste dans la force primitive d'agir ou dans la loy de la sorie des ciiangemens comme la nature de la série dans les nofubre^.

Lettres et Opuscules, p. 131.

Cesêotian d^ la correspondance : mort de l'abbé Foucher.

LEIBNIZ A MGAISE.

M. l'abbé Foueber est-il mort ou vivant ? Il n'a rien dit sur ma réplique dans le journal. Lorsqu'il a écrit contre mes nou^ velks pensées philosophiques, il a cru que ce n'étoient des hypothèses; mais en y méditant, il trouvera qu'elles sont démontrées.

NIGAISB A fiUET.

Dijon. 90 juio i697.

Voici ce que M. Leibniz dit sur la mort de M. Foucher que je lui avois annoncée, ce qu'il dit est conforme à mes sentimens.

« Je suis fâché de la mort de M. Foucher ; sa tête était un peu brouillée. Il ne s'arrêtoit qu'à certaines matières un peu sèches, et il me semble qu'il ne traitoit pas ces matières mêmes avec toute l'exactitnde nécessaire. Peut-être que son but n'étoit que d'être le ressuscitateur des Académies, comme M. Gassendi avoit ressuscité la secte d'Epicure, mais il ne falloit donc pas demeurer dans lesgénéralités. Platon, Giceron, Sextus Empiricus et autres, lui pouvoient fournir de quoi entrer bien avant en matières et sous prétexte de douter, il auroit pu établir des vérités belles et utiles. Je pris la liberté de lui dire mon avis là^ dessus, mais il avoit peut-être d'autres vues dont je n'ai pu assez être informé. Cependant il avoit de l'esprit et de la subtilité et de plus il étoit fort honnête homme : c'est pourquoi je le regrette. Peut-être a^t-il laissé quelque ouvrage posthume digne de paraître. i> (Cousin, p. 151, t. XI.)

APPBHMCE. â05

On remarqnera deux dioses dans ce jagement de Leibniz : d'abord et toojours beaucoup de finesse d'appréciation, mais aussi, en rapprochant cette lettre des lettres; antérieures et en comparant les dates, un peu de rancune de ceque l'abbé Foudier n'avait pas voulu se rendre â ses éclaircissements touchant l'hypothèse de l'harmonie préétablie.

Hnet, iqui Nicaiseavait transmis le jugement de I>eibniE, le confirme en ces termes {Lettre de Paris, 25 jaîltel 1697) :

■ Ed. de Lamare m'a appris la mort de M. Foucher: j'envoyai aussito u lien de sa demenre, m: livre qu'il fit contre le P. pour Iny. Il g'attacbaensi itje a'yiroavay pas ce qi infermé dans l'esiude du P ae des académiciens; ma ) branches, il s'en fallut { et secouées.

A peine coi t d'Arcésîlas, moins encor le pyrrhonisme. D'ailleurs ces petits livrets qu'il r^pandoit ne laissoient point d'idée complète de son système. •

. Et il raconte une visite à M. de Montausier, où il s'étend sur les excentricités de l'abbé Foncher non sans quelque malignité. Dans une lettre aotérienre du 19 avril 1697, où il se donne moins carrière, Huet disoit ï Niçoise :

■ Un motqnevousavezgltssédans votre lettre sur la mort de - M. Foncher, m'a fait faire réfiexîon que je ne l'ai point vn depuis environ deux ans (l'amitié n'étoil pas bien vive) quoique auparavant je ne fusse pas si longtenq» sans le voir. J'ai envoyé dans son quartier en faïredes enquêtes, sans qu'on en ait pu rien apprendre, U éioit chapelain de certaines religienses de la rae

M6 APPBlfDTCB.

Satnt-Deuys dont je ne sais pas le nom. On en poarroit apprendre Il de certelnea nouvelles. Si voas «i apprenez qnelqoe (diose, TOQB mo feres plaisir de m'en faire part. G'ëtoit no tumime plein de candeur, droit, docile san§ faste. »

U. GoubId, dont la curiositéapartout glané dans lea archives du XTll* siècle, a donné dans ses Fragments one lettre de René Ouvrard i NiciiM, relative li l'abbé Fouschère, comme il l'appelle, et une autre de Foucher lui-même i l'éréque d'Avrancfaes :

. 1 D,.:. I. o'i A^ -'■"■imbre 1675.

avant qn'o deux de la l'impatieoc matière et gnad lut

(«iV) deux jours Rt tomes an et [uris il avolt de foncé dans cette > sereit lui faire irer un moment

de cette occupation. Je m'imagina qn'il ne voit voler devant ses yeni que des fantômes, des atomes et des idées, et qu'il n'y a point de machine dans M. Descartes, dont il ne remue tous les ressorts. A vons dire le vrai, quoiqu'il soit plein d'esprit et de vivacité, je le plains de l'employer à ces sortes de critiques où l'on ne dispute que des naniferes de concevoir et de s'énoncer sans néanmoins apporter aucune |Nreave que l'on

dtrive plutôt faire d'nne maniËre que de l'antre

" R. OdvhARR »

• J'ai In votre livre Concordia rationi» et fidei, et j'ai bien de la joie de voir que voua avei démontré d'une manière ei claire, que les senUments de Platon t'accordent avec le Chris-

Ai?PENDICË. â07

tianisme, principalement pour ce qui est du mystère de la Trinité et de la nature du Verbe divin. Tout le monde a fort approuvé votre style, et il o'y a periôiine qui n'ait admiré votre condition. Pour moi, je vous assure que je suis édifié de cette lecture ; car je suis d'autant plus porté à recevoir les vérités du Christianisme, que je suis persuadé que les philosophes les plus éclairés les ont reconnues.

» Â l'égard des fables que vous avez rapportées, je suis fort persuadé que vous ne demandez |)as qu'on les regarde comme si elles étoient vraies, ni qu'on y ajoute foi comme faisoient les ^ayens. Cependant, quelques docteurs ont eu peine à dlgérer les transfigurations de Jupiter par rapport à celles de notre Sauveur; mais ces gens-là n'ont pas lu votre livre ; car Vous avertissez au commencement que nous ne prétendez pas que l'on ajoute foi aux fables des payens, mais seulement en montrant que leur religion les obJigeoit de croire des choses si peu croyables, et que le nôtre nous traite plus favorablement en ne nods proposant que des choses raisonnables et qui ne sont pas difficiles à croire. Voilà, ce me semble, comme l'on doit interpréter ce que l'on trouve dans votre deuxième et troisième livre ; mais il y a des esprits indociles qui ont de l'aversion pour la philosophie et qui ne veulent pas qu'on leur apprenne ce qu'ils ne savent pas.

• Je prends la liberté, Monseigneur, de vous soumettre avec autant de respect que de sincérité leurs réflexions, car, pour moi, je crois que s'il y en a quelques-uns qui n'approuvent pas votre ouvrage, cela vient de ce qu'ils ne l'ont pas assez lu ni bien compris.. J'espère avoir l'honneur de vous présenter la première partie de mon Histoire des Académiciens aussitôt qu'elle sera imprimée. » Fougheb.»

308 APPENDIGB.

Introduction, p. xxvij, et note.

Mdebranche.

Voici les deaz extraits, l'un da commencement, Tautre de la Gn, de la fameuse préface contre l'abbé Foucber que Malebranche a retranchée :

« Il paroît depuis quelque temps un livre qui a pour titre: Critique de la recherche de la vérité^ ou Von examine en même tems une partie des principes de Monsieur Descartes. Lettre parunacadémicienàParis,etc.Oïïdïique ce Livre m'attaque, et l'on a raison de le dire ; car le titre le marque et l'auteur en paroît avoir le dessein. Gela me donne droit et m'impose même quelque sorte d'obligation de dire ce que j'en pense. Car outre que je dois désabuser certaines gens qui se plaisent à ces petites querelles, et qui décident d'abord en £iveur des critiques qui flattent leur passion; je croi devoir quelque réponse à celuy qui m'attaque, afin qu'on ne pense pas que je me taise ou par fierté, ou par impuissance.

» L'Auteur de la Critique me pardonnera, s'il loi plaît, s'il semble quelquefois que je l'offencé, je serois bien fâché d'en avoir seulement le dessein. Mais je ne" puis me deffendre sans le blesser : je ne puis repousser les coups qu'il me veut porter, sans lui faire sentir et sans faire connoître aux autres sa foiblesse et son impuissance. L'obligation de se défendre est naturelle, mais celle de défendre la vérité est absolument indispansable.

» Voici en deux mots son dessein. Il suppose que le Livre qu'il critique est* une Méthode pour jetter les fondemens des sciences* Il rédoit cette Méthode à quatorze chefs. Il montre

que ces quatorze chefs sont oit des suppositions sans preuve, ou des assertions sans fondement, et par conséquent que le corps du Livre est entièrement inutile à la recherche de la vérité ; quoy qu'il y ait par ci par là quelques réflexions, qui le mettent au rang dés ouvrages qui ont attiré Festime de nôtre siècle.

» Je réponds en général que l'Auteur de la Critique n'a pas compris, ou qu'il a fait semblant de ne pas comprendre le dessein du Livre qu'il combat : car il est< visible que le dessein principal de ce Livre est de découvrir les erreurs auxquelles nous sommes sujets. Il est vrai que l'on y traite de la nature des sens, de l'imagination et de l'esprit ; mais il est clair et j'avertis même en plusieurs endroits, que ce n'est que pour découvrir ces erreurs dans leurs causes : car c'est une méthode que je tâche toujours d'observer, parce que je la croi la plus utile pour éclairer l'esprit. »

Malebranche, entrant ensuite dans le détail de la Critique, met en regard ses réponses de manière que le tout forme une sorte de tableau synoptique; l'étendue de cette réfutation nous force à la supprimer. Malebranche conclut ainsi :

« Voilà tout ce que je croi devoir répondre à l'Auteur de la Critique, parce que je suis persuadé que ceux qui pénétreront bien dans ma pensée] h^auront pas besoin d'éclaircissement sur les prétendues difiBcultez qu'il m'oppose : et que ceux qui n'ont point lu ou qui n'ont point compris les choses dont je traite dans le livre qu'il combat, n'entendroient point aussi les réponses plus amples que je pourrois y faire.

» On voit snflSsamment par les trois premiers chapitres ae la Critique que j'ai réfutez assez au long, ce qu'on doit penser des autres auxquels je n'ai répondu qu'en deux mots. Les exa* minera plus exactement qui en aura le loisir et l'inclination :

â^O APPENDICE»

mais pour moi, je croirois perdre mon tetnps et le faire perdre aux autres, si je m*arrétois à ramasser tous les paralogismes qui sont répandus dans ce Livre, pour en informer des per» sonnes qui sans doute ne s'en mettent point en peine.

» La raison et le goût des lionnêtes gens ne peuvent souffrir tous les grands discours qui ne tendent ^ rien de bon et qui .marquent seulement le chagrin et la mauvaise disposition de ceux qui les composent : et c'est se rendre ridicule que de s'imaginer que les autres s'intéressent dans nos querelles et de les appeler tous pour être témoins de la taiblesse et des vains efforts de son adversaire.

» Celui qui m'aitaque ne doit point aussi trouver à redire l| la manière dont je me deffens. Si je ne réponds poioi ample* ment à toute sa Critique ce n'est pas que je la méprise. On peut juger que je n'aurois pas repoussé les coups qu'il m'a voulu porter, si je n'avois crû qu'il fût assez fort pour me blesser, et je pense avoir plus de droit de me plaindre de la négligence avec laquelle il me Critique, qu'il n'a dn>it de se fâcher de la manière dont je lui répons.

» SinOtre auteur s'étoit fortement appliqué à me çQmbatlrey je suis persuadé qu'il m'eût donné de l'exercice , car je ne juge pas de la force de son esprit par un âcrit à la cavalière, qu'il semble n'avoir fait qu'en se jouant. Ainsi la négligence qui y paroit m'est favorable : et pour moi, je ne me plains pfis qu'il me néglige: car je ne suis pas digne de son application ni 4o sa colère. Je me plains seulement qu'il ne parle pas sérieuse*» ment des choses sérieuses; qu'il se divertit de la vérité e( qu'il n'a pas tout le respect qu'on doit avoir pour le public, lors qu'il tâche de le surprendre en plusieurs manières différentes, ainsi que Tou a vu en partie par cette réponse.

APPfiNmCB. 811

» Si j'fti été obligé de parler de luy Gomme'j'ai âiiten quelques endroits, il ne doit s*en prendre qu'à Iny-^môme; tar j'ai sup-* primé, de peur de luy déplaire, beaucoup d'expressions et de pensées que sa manière d'agir fait naître naturellement dansi l'esprit. J'ai une si grande aversion pour toutes les contestations inutiles et qui peuvent blesser la charité, que je ne répondrai point à tous ceux qui m'attaqueroi^t sans m'entendre , ou dont les discours me donneront quelque sujet de croire qu'il y a quelqu'autre chose que l'amour de la vérité ^ui les fait parler. Pour les autres, je tâcherai de les satisfaire. On voit assez que si j'étois obligé de répondre à tous ceux qui ont bonae volonté de m'attaquer , je ne jouîrois guères du repos que je souhaite. Mais s'il n'y a point en France de loi pour les empêcher de parler (1), il n'y en a point aussi qui m'oblige à ne me pas taire.

» Peu t*être que dans le temps de mon silence ceux qui m'insuUeront se trouveront maltraitez par quelque main invisible : car je ne puis empêcher que l'amour de la vérité ne sollicite quelques esprits qui auront meilleure grâce que moi à deffendre on ouvrage à qui ils n*ont point de part (2). Mais je souhaite qu'on se souvienne de la parole que je donne et que je donne librement et sans contrainte : et qu'on ne m'impute pas des écrits que je pourrois faire et que je déclare ici que je ne ferai point. Cependant je croi qu'il est plus avantageux à tous ceux qui n'auront rien de solide à m'opposer, de se taire, que de

(i) II est remarquable que ce vœu de IVf alebranche, peu favorable assurément àJa liberté de la presse, se retrouvé dans Pascal, qui, dans un passage de ses. Previndales, en appelle à TautorUé séculière, contre ceux qu'il combat.

(2) Allusion à Dom Robert des Gabets, qui préparait sa défense. Voyez noie ci-après.

312 APPENDTCE.

fatigoer le monde par des écrits qui blessent la charité et qui soal inutiles à la recherche de la vérité. •

Tel est cefactum, d'une admirable vigueur, que nous avons retrouvé à grand'peine et qu'on aura sans doute quelque plaisir k lire.

Pages 28, 50, 51, 53, 54, 55, 57, 78.

Dom Robert Desgabets. {Voyez Cousin, Fragments de philosophie cartésienne.)

Robert Desgabets, né dans le diocèse de Verdun, entré en 1636 dans la congrégation de Saint-Vannes et de Saint- Hidolphe, y remplit successivement les emplois de professeur» de définiteur, de prieur et de procureur général. •.. Il adopta de bonne heure le Cartésianisme, mais beaucoup plus en physique qu'en métaphysique. Il a revendiqué la première expérience de la transfusion du sang, qui paroit en effet lui appar-* tenir. Envoyé à Paris en qualité de procureur général de sa congrégation, il proGta do séjour qu'il y fit pour se lier avec les prmcipaux^ Cartésiens, Clerselier, «Régis» Rohault, le P. Poisson et Maiebranche. Lorsque celui-ci fut attaqué par Malebranche, Dom Desgabets prit sa défense dans un écrit imprimé en 1676 et qui a pour titre : Critique de la critique de la Recherche de la vérité, où l'on découvre le chemin qui conduit aux connaissances solides, pour servir de réponse à la lettre d'un académicien.

M. Cousin fait connaître Dom Robert Desgabets dans ses Fragments de philosophie cartésienne, et a publié ses Discus^ sions avec le cardinal de Retz, auteur de Descartes à ralambic.

dittiUé par Dom HiAerl, Nous reoToytms ï ses Fragments^ page 123 et saivaDtes.

M. Cousin montre fort bien que Dom Robert De^abets n'était pas ud vrai Cartésien. On peut se demander alors h quel titre il défend Malebranche contre l'abbé Foucher dans sa CVitique de la Critique: mais il faut savoir que Malebranche le désavona par un avertissement qui, sans être au^i rude que la préface dirigée contre t'abb< plus du goût de Dom Roberl du soin qu'il but mettre à ne d'antniL Au sarplus, voici 1 lUalebranche : • Depuis la seconde partie, il parolt ici d premier a pour titre : Critiqu de la Vérité, ok l'on découi

Rober(}. Je suis fort obligé h l'Auteur de cette Critique, de l'honneur qu'il paroit me faire par le titre de son Livre. Mais ce môme titre pouvant faire croire qae j'aurois eu quelque part i son Ouvrage, je croi devoir dire que, quoique je sois très satisfait de sa personne, je ne suis pas extrêmement content de son Livre. Il me semble que ceui qui se mêlent de deftendre ou de combattre les antres, doivent lire leurs Ouvrages avec quelque soin, aûn d'en bien sçavoir les sentimens. Mais la Recherche de la Vérité ne m^ite pas que des personnes d'e'iprit s'y appliquent. Je le veax. Ce Livre ne méritoit donc pas que la personne dont on parle, qui certainement a beaucoup d'esprit et de mérite, le deffendist ou le critiquast '

On n'a point assez relevé ce cAté du caractère de lUalebranche, par lequel une rude franchise et une m31e sévénlé de langage 'allient aux habitudes les plus douces et i la docili^ d'un enfant.

$!& APPSNOIQB.

Préface, p. xvj, et note*

Leibniz à il. Bayle.

Hanovre, f 7 décembre iOdd.

HONttBCR»

Je chéris fort rbonoeur de ?olre obligeante lettre ^e ^, Banage de Beauval m'a envoyée. Il ne m'en pouvoit arriver ^e plus agréable, ni d'une personoe dont j'honore davan*» tage rexcellente érudition. Je suis surtout bien aise que ma réponse à vos objections ne vous a point déplu. Aimant la vérité, et vous mettaut au rang de ceux qui la peuvent approfondir, d'une manière capable d'avancer considérablement nos connoissances, je serai toujours ravi de pouvoir profiter de vos lumières. £t n'osant point espérer qu'un petit discours, tel qqe celui qui doit paroitre dans le joornal de M* Beauval avec votre permission, puisse satisiaire entièrement à vosdffîcultés y j*aimerois mieux d'apprendre celles qui vous restent ou qui vous peuvent être venues de nouveau, que de recevoir des apl^andissemens 4e la multitude.

J*ai fait mettre dans les Actes de Leipzig du mois de septembre une réponse i. M, Stormius, professeur d'Altorf, connu par ses écrits de philosophie et de mathématique, où je tâche de lui montrer qu'il appartient aux substances créées d'être actives et d'avoir quelque force en elles.

J'ai reçq une lettre d'un auteur célèbre, et qui passe avec raison pour un des premiers philosophes de ce tems, où il me donne avis, avec cette louable sincérité qu'il a toi\jours fait paroitre, d'avoir quitté enfin l'opimon reçue chez les Cartésiens, et emidoyée souvent par lui-même, qu'il se conserve tou-

jûurs la même quantité de mouTement absola} c|i»mt d'avoir reconnu qu'il $e conserve seulement la même somme 4e mouvement du même côté et non p^s absolument. Je lui répondraji que ce qu'il dit est vrai, mais que ce n'est pas assez à mon avis. S'il n'y avoit que cela, il ne se conserveroit rien en vertu des règles, lorsque les corps concourent avec des vitesses réci* proques ^ leurs masses; et il se conserveroit tr^ peu brsqi^ ('un a tant soit peu plus de quantité que l'autre. Mais il ii'eii est pas ainsi» (.a vérité est, que la nature conserve toujours encore la m^me force absolue, en sorte que les corps pourront produire autapt d'effet après le choc qu'ils e^ avnieut pu pror duire auparavant, si rien d'accidentaire n'a|)SQrbo une partie 4e la force. Par exemple, si les deux cprps coqçourans étoient pesans, et si on s'imaginoit qu'avant le cboc ils tournoiei|( leqr poiivement ji monter chacun à part dans quelque plan inplinét et que par là' leur commun centre de gravité pui^e arriver à une certain^ hauteur; il faut que si on leur dQpnoit occasion de monter après le choc, ce centre commuii puii^ encore arriver à la même hauteur, afin qu'il ne se perde rien 4e la force. Enfin Texpérjence confirme mon sentimenti et feu M. Hugens, à qui je Tavoîs fait remarquer, le trouva v^« ritable ; il exprima ainsi depuis, qu'il se conservoit la même force centrale. Al^is j'aime mieux de dire, qu'il se conserve absolument la même force, puisqu'elle parait non seplemenl dans les ascensions, mais aussi dans quelque autre effet qu'on puisse prendre. Car ai les corps concpurans pouvoiopt bander justement un certain nombre des ressorts égaux avant le cboc, ou donner un certain degré de vitesse à un certain nombre des globules, je tiens qu'ils en pourront faire autant par après, et ni plus ni moin&

M. Bernoulli, professeur à Groningae, avoit été pour l'opinion commune, mais après avoir examiné la mienne avec soin, il s*est rendu entièrement II est vrai que cette conservation de la force ne se peut obtenir qu'en mettant partout du ressort dans la matière; et qu'il s'ensuit une conclusion, qui paroltra étrange à ceux qui ne conçoivent pas assez les merveilles des choses : c'est qu'il y a pour ainsi dire des mondes dans les moindres corps, puisque tout corps, quelque petit qu'il soit, a ressort, et par conséquent est environné ou pénétré par un fluide aussi subtil à son égard, que celui qui fait le ressort des corps sensibles le peut être à notre égard, et qu'ainsi il n'y a point de premiers éléments, puisqu'il en faut dire au« tant de la moindre portion du plus subtil fluide qu'on peut supposer. Mais ce n'étoit pas mon dessein de m'enfoncer id dans ces matières. Il me reste de dire que j'avois attendu l'histoire des ouvrages de M. de Beauval pour vous répo>ndre, croyant que vous y ajouteriez peut-être quelque chose à mes réflexions. Mais comme on me dit qu'elle n'a pas encore paru, je n'ai pas voulu laisser passer l'année sans m'acquiter de mon devoir, et sans vous assurer du zèle avec lequel je suis entièrement, etc.

P. 5. M. Mastricht, syndic de la République de Bremen, très habile homme et ami particulier de M. Piaccius de Hambourg, m'a chargé de vous écrire que le grand ouvrage des Anonymea et Pseudonynjes de M. Piaccius étant achevé, on seroit prêt de l'abandonner à un libraire, et M. de Mastricht croit qu'on vous en feroit volontiers le maître, pour faire paroître comme il faut un ouvrage qui servira merveilleusement à l'histoire littéraire. Si votre loisir vous permettoit de faire

savoir bientôt votre sentiment là-dessus, vous obligeriez ces Messieurs et moi aussi

Lettre de Bayle à Leibniz,

Rotterdam, le 18 d'octobre 170S.

Monsieur,

Je suis bien aise que M. Toland se soit souvenu de la prière, que je lui avois faite de vous assurer de mes respects. La lettre que vous me fîtes Thonneur de m'écrire le 19 d'août dernier me fut envoyée par M. de Yoider il y a deux ou trois jours avec le manuscrit, où vous avez bien voulu examiner mes petites objections. Je l'ai lu avec un plaisir extrême et avec une nouvelle admiration de la beauté et de la profondeur de votre génie, qui sait si bien développer les matières les plus diflSciles. Quan t aft^ louanges qiie vous m'y donnez, Monsieur, vous me permet* trez de les attribuer à vos manières honnêtes et polies, car je suis bien convaincu que tout ce que je puis penser et dire est petit, et principalement par rapport à un philosophe aussi grand et aussi sublime que vous l'êtes. Ainsi quelque gloire qu'il y ait à être loué par un si grand homme, laconnoissance que j'ai de mon indignité m'oblige à vous prier d'ôter ces éloges quand vous publierez (ce que je souhaite passionnément que vous fassiez) votre réponse. Je la renvoyé à M. de Yoider, afin de vous épargner la ppine d'en faire faire une autre copie; il aura la bonté de vous la faire tenir avec cette lettre.

Je vois plus clair dans votre hypothèse. Monsieur, depuis que ''ai lu votre manuscrit, et je me félicite de vous avoir donné lieu à l'orner de nouvelles considérations, qui^léveloppent de plus en plus un point de doctrine très relevée. Je ne vous envoyé

APraNDiCE.

point de noayeaujc doutes, car tont ce que je t)onrrois répliquer, autant que je le prévois, ne seroient que des appendix des premières objections, qui à proprement parler ne conliendroient rien de plus qu'elles, et reviendroient )i li n)ême chose par des circuits. On ne peut, ce me semble, bien combattre la possibilité de votre hypothèse, pendant qu'on ne reconnoit pas distinctement le fond substantiel de Tâme, et la manière dont elle se peut transformer d'une j)ensée à l'autre. Et peut-être que si i*on reconnoissoit très distinctement cela, on verroit que rien d'est plus possible que ce que vous supposez. I^ersonne n'est plus Capable que vous. Monsieur, de nous éclairer sur ce grand point, et je suis sûr, que cette analyse des idées dont vous parlez à la fin de votre écrit, seroit le plus grand secours qu'on puisse donner à l'esprit humain, et l'une des plus importantes choses de la philosophie. Je souhaite que celui qui l'a conçue la produise au public, b'est de vous, Monsieur, qtié |^ parle. Il me faudroit plusieurs pages, si je voulois vous indiquée tous les endroits de votre réponse qui m'ont charmé, et si j^entroisdans un détail, j'oublierois moins que tout autre chi)se, ce que vous dites sur le livre du Chevalier de Méré. €eia est tbut à fait curieux.

Mais je ne m'aperçois pas que quand on a l'honneur d'écrire à une personne si occupée que vous, on doit fitrè court. Je finis donc en vous souhaitant une parfaite santé, à fiu que vous continuiez à travailler à la prorogation des vérités les plus sublimes de la philosophie, et en vous assurant que je suis avec tin profond respect et en toute la gratitude imaginable, été.

AJPPBNDICE. 319

Edctrait de h réporue de Leibniz à la lettre précédente i à laquelle il a mis ces mots al/eniands : itll^t aBgangciv c'est^à-^ire qufi cette lettre n est pas partie. Elle fut datée de Berlin^ le 5 décembre 1702 (1).

MOMSIEUA,

J- ai reçu l'honneur de votre lettre, mais mon écrit est resté cliez M. Bernoulli, à Groningde, pour être plus à portée, si quelqu'un le vouloit voir encore. Je suis bien aise, qu*il ne vous à point déplu, mais j*aurois [tort d*en retrancher les endroits qui vous rendent Justice, et qui marquent Tobligation qu'on vous a d'avoif contribué à développer cette matière par vos belles et profondes réflexions. S'il ne vous reste de la di£Sculte que sur le progrès spontané des pensées principalement, je ne désespère point qu'elle pourra cesser un jour, et j'avois même déjàécl^t une lettre pour y contribuer : mais je me ravise et j'en retranche ici tous ces raisonnemens, car peut-être n'eri avez-vous point beisoin, Monsieur; peut-être aussi que quelque àâtre chose que ce que vous avez marqué vous empêche d'entrer entièrement dans mon sentiment. Il semble aussi que vous avez craint de tomber dans les redites, mais quand oh procède nettement ))ar ordre, par preuves, exceptions, répliques et dupliques, etc. , on le peut éviter.

J'ai reçu enfin V Extrait de la connaissance de soi-même du père Laml Bénédictin, touchant ce qui regarde mon système. Mais j'ai eu de la peine à comprendre en quoi consiste ce qui

(1) Feder paraît avoir ignoré qu'il y a deux projets de cette lettre, TttD dalé) l'autre low date, et qu'entre le» deux il y a des v^riantei* Tout un alinéa çommeaçant par ççs mol» ; « Von9 dites auwii monsieur» t manque.

peut lai avoir causé de la difficulté. Et au lieu que tous avez eu soin» Monsieur, de ne me point objecter ce qui peut être opposé à tous les systèmes, presque tout ce qu'il dit contre moi, ne milite pas moins contre tous les autres. C'est comme s*il s'imaginoit que mon système doit rendre les choses meilleures qu'elles ne doivent et ne peuvent être. Car il m'impute d'ôter à l'âme la liberté et de charger Dieu des désordres. Mais les actions, sentimens ou passions involontaires, si elles ne lui viennent pas du corps, lui viennent de ce que sa nature est expressive du corps. Et puisque Dieu est auteur non seulement de la nature de l'âme, mais aussi de celle du corps : il n'importe que les désordres et les extravagjH^ces volontaires ou involontaires naissent de la nature de l'âme seule, ou de la na^: ture de l'âme jointe avec les impressions de Dieu ; et même on peut dire que le dernier parti, qui. est celui des causes occasionnelles, est le plus embarrassant. Et puisque Dieu peut produire des douleurs ou autres sentimens peu avantageux dans l'âme selon l'auteur ; pourquoi ne seroit-il point permis à Dieu» selon moi, de donner à l'âme une nature qui produise ces choses par ordre dans la suite des temps 7

Ce docte Anglois, qui m'avoit apporté vos complimens obli^ geans, sera de retour en Hollande. Il m*a montré ce qu'il vous avoit écrit sur un passage de votre Dictionnaire à l'endroit de Dicéarque, qui ôte toutes les âmes à la nature ; il a voulu répondre à l'objection que vous faites à Dicéarque. Mais je ne lui ai point dissimulé que je suisdevotre sentiment, que la matière ne peut point devenir pensante, comme elle peut devenir ronde. Et j'ai montré, comme vous savez, Monsieur, que la matière peut devenir propre à donner des pensées bien distinctes, quand elle est bien organisée , mais non pas à en faire naître où il n'y en a

AFPENDICB. 321

point du tout. C'est comme un essayeur ne fait point aaitre de l'or, mais il le développe. Il est vrai que si le dérangement de la matière Élott capable de faire cesser les pensées, son arrangement seroit aussi capable d'en faire naître. Uais tout cela ne se doit eniendre que des pensées distinguées, qui attirent assez noke attention pour qa'ou s'en puisse sonveiiir.

J'appréhende que celte guerre, qui s'échautle plus que jamais, ne fasse quelque tort aux sciences; je remarque qu'en France, et partout ailleurs, le nombre des savans véritablement solides diminue extrêmement ; et je ne m'en étonne point, quand je vois que depuis l'an 1672, il n'y a eu que guerres et taxes pour y subv^itr, de sorte que ceux qui sont ^ venus depuis ce t le le nécessaire

en tête. Et vous si i dans le monde,

non pas ce que J icessarium, mais

ce qui sert à fairt peu de gens ^e

votre humeur. H' ir prendre plaisir

aux recherches.

Avant qne de finir, je dirai quelque chose â l'endroit de votre lettre, où vous remarquez. Monsieur, qu'on ne sanroit bien examiner la possibilité de mon hypothËse, sans conaolire assez distinctement le fond sobstanilel de l'âme et la manière dont elle se peut transformer. Je ne sais s'il est possible d'expliquer mieux la coustiiution del'âme qu'en disant : 1 .) Qu'elle est une subsUnce simple, ou bien ce que j'appelle une vraie unité. 2.) Que cette unité pourtant est expressive de la multitude, c'est-i-dire des corps, et qu'elle l'est le mieui; qu'il est possible selon son point de vae ou rapporr. 3.) El qu'ainsi elle est expressive des phénomènes selon les lois itfétaphysicomathématiques de sa nature, c'est-^'(lire selon l'ordre le plus

^soilferme I l'intelligence et à la raison. D*oà il s^ensuit, enfin, t.) Que Tâme est nné imitation de Dieu, lê plus qu'il est possible aux créatures, t]u'elle est comme lui simple et pourtant Infinie aussi, et envdoppe tout par des perceptions Confuses, mais qu'à l'égard des distinctes elle est bornée ; au lieu que tont est distinct à la souveraine substance , de qui tout émane; et qui est cause de l'existence et de l'ordre, et en un mot la dernière raison des choses. Dieu contient l'uniTers éminemment; el l'ânàe ou l'unité le contient virtuellement, étant un tniroir central, mais actif et vital pour ainsi dire. Ott peut même dire que chaque flme est un monde ft part, tuais que tous ces mondes s'accordent et sont Représentatifs des mêmes phénomènes différemment rapportés, et que c'est la plus parfaite quanière de multiplier les étred autant qu'il est possible, et lé aiitiix qu'il est possible (1).

Lettres et Opuscules, p. 270, et note.

Èoêcet De consolatibne.

Gum polo Phoebus rosisis quidrîgis

Lueem spargere cœperiti Pallet albenteis hebetata vultus

Flammia Stella prementibus.

. Cum nemus flatu Zepbyri tepentis

Vernis irrubuit rosis»

Spiret insanam nebulosua Auster.

Jam spiois abeat decus,

(4) Daas le second projet, la lettre finit autrenent.

APPBNDIGJâw lâ^

' Soipe trabquilla redeal èereno

IdiflCkotis mare fluctibu^ Saepe fer?eiiteis aquito prUeèllas

Verso coDcital aiquorê Rara si constat sua forma mundo,

Si tantas variât vices»

Crede fortunis bominum caducis,

Bonis crede fogacibus; Constat œlernaque positam iege est

Ut constet genitum hïhil.

Lettres et Opuscules, p, 272 et note.

Boece^ de Consplatione, r^sMwe /wr Z/etén/z.

Le texte de Leibniz parait défectueux : on peut le restituer au moven de celui de Boêce.

Le texte original du De consolatione porte deux raisonnements qui sont à peu près ceux-ci :

» !<' Si la béatitude est le souverain bien de la nature raisonnable, et si ce qui peut estre ravy de quelque manière que ce soit n'est pas un souverain bien parce que ce qu'on ne nous scauroit oster, doit estre nécessairement plus excellent, il est évident que la fortune estant si changeante, ne peut prétendre à la possession de cette béatitude.

n S"" De plus celuy qui jouit de cette félicité périssable, ou scait quelle est inconstante ou ne le scait pas. S'il ne le scait pas, quelle béatitude peut-il y avoir dans l'ignorance et dans l'aveuglement? S'il le scait, il faut nécessairement qu'il appréhende la perte de ce qu'il est assuré de perdre, et par consé-

32i| APPENDICE,

queiit celte crainte continuelle l'empescbcra d'eslre jamais Jieurenx : que s'il croit defoir mépriser cette perte, il faut conclure que la félicité dont il considère la perte avec autant d'indifférence, n'est qu'une béatitude imaginaire. »

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