‹ Lettres et opuscules inédits de Leibniz. Précédés d'une introductionChapitre 14 sur 42 · INTRODUCTION. CV · texte numérisé non relu

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fixe, permanent, de la synthèse panthéiste? Poussées à l'extrême, je dirai quel en est le caractère. Mais, d'abord , et avant de les rendre solidaires du mouvement dialectique à priori^ qui emporte l'Allemagne, a-t-on vu quel en est le point de départ ? C'est précisément le particulier (to xaO' !xa<rrov ) c'est-à-dire le divisible et le matériel, jrépandu, dispersé , même dans la nature. Qu'est-ce , en effet , que laperception, qui est la base de toute la théorie leibnilienne ? Le voici, d'après Leibniz lui-même : Multa inuno, c'est-à-dire le point de vue opposé à l'universel , qui est unum in multis. Leibniz est tellement persuadé que son point de départ est tel que je viens dédire, qu'il en feit ressortir les beaux côtés dans une lettre à des Bosses en des termes assurément fort clairs. « La perception ne saurait avoir d'objet que celui où il y a une certaine variété , une multitude, et, comme vous devez fort bien le savoir , je m'étonne que vous y trouviez de la difficulté. Je m'étonne aussi que vous nous parliez à ce sujet d'universaux. L'universel est Fun dans le multiple , ou la similitude de plusieurs ; lorsque nous percevons au contraire, il y a expression de la multiplicité dans l'unité, c'est-à-dire en celuilà même qui perçoit. Vous voyez que nous sommes à cent lieues de vos universaux (1). » Cette lettre

est de 1706, c'est-à-dire de la.période oîi lesprin-

(1) Opéra omnia Datens, t. IL

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cipes de Leibniz étaient définitivement arrêtés. Ce n'est pas le seul témoignage que noua ayons à citer de cette même période. Ces témoignages abondent. Lettre à Bourguet : « L'analyse des nécessaires , allant à natura posterioribus ad natura priora , se termine dans les notions primitives, et c'est ainsi que les nombres se résolvent en unités. Mais dans les contingents ou existences , cette analyse ^ à natufa posterioribus ad natura priora , va à l*infini (1). » Qu'est-ce que cette analyse qui procède du dernier terme au premier, et remonte la chaîne dés existences ou des notions pour chercher s'il y a un premier, sinon une sorte de méthode induetive , qui va du particulier au général ? « C'est une admirable économie de la nature , dit encore Leibniz , que nous ne saurions avoir des pensées abs- ' traites qui n'aient point besoin de quelque chose de sensible (2).» Et plus loin , dans le môme traité, il appelle les premières vérités il posterioriy ou de fait, que nous fournit la perception immédiate de notre existence, les premières expériences.

Que feut-il conclure de tous ces textes, que je pourrais multiplier? C'est que Leibniz, à mesure qu'il approchait de la dernière période, reconnaissait de plus en plus, par l'universalité même qu'il avait toujours essayé d*embrasser, Timperfectlbn et le manque de la connaissance humaine, et

(1) Opéra omnia Dulens, t. II.

(2) Nouveaux essais^ t. I, p. i, 5, 3/i.

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s*éIoignait peiit-étre aussi de plus en plus de ces tendances vagues où Ton aime à tout considérer sùb ratione gêner alitatis. C'est ainsi que M. Bartholtness (1) , poussant ses savantes investigations dans un autre domaine , trouve également sur les preuves de Dieu , le Leibniz des derniers temps ^ le Leibniz de rharmonie préétablie, plus favorable que jamais à cette preuve qu'on appelle dans Vécole à contingentiâ mtindij et dont le caractère est d'être à posteriori. C'est ainsi que M. Garnier (2) le loue d'avoir, dans les Essais, Ivès nettement marqué la différence du général et du nécessaire, et maintenu aux vérités générales le caractère de vérités de /htl, que n'ont pas les nécessaires.

^i jamais Leibniz eût été tenté de sacrifier îe particulier au général , il semble que c'eût été dans sa polémique avec Locke, et à titre de justes représailles contre ce dernier, qui sacrifiait le général Au parllculler. Or, il s'en faut dé beaucoup que Leibniz oppbse un excès à uA autre. Sans doute , il est contre Locke pour les méthodes générales et pour remploi des axiomes. Et si celui-ci prétend qu'il n'y a que les vérités particulières qui aient donné occasion de trouver les générales, Leibniz, à qui Ton ne peut refuser l'autorité que donnent les

(1) Barlholmess, Comptes rendus de V Académie, p. 1^1 et 3/i3.

(2) Nouveaux essais, t. lil, p. 3, 11. « La généralité consiste dans la ressemblance des choses singulières entre elles, et cette ressemblance est une réalité. » {Facultés de Vâme, par Garnier.}

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découvertes y lui demande la justiftcation de cette procédure prétendue qui exclurait Tanalyse parfaite et la science démonstrative. Mais s'il est partisan , comme Aristote , de la voie démonstrative , et de la forme de la dédution , pas plus qu'Aristote, il ne scinde la logique et lui foit perdre terre en l'isolant totalement des réalités. L'analyse a son point de départ dans le vivant et le réel, et c'est précisément le fond de sa polémique contre Locke d'avoir considéré substantiam in concretOy au lieu que son adversaire a toujours considéré substantiam in abstracto.

Gomment a-t-oil pu trouver dans ces analyses les caractères de la synthèse panthéiste et la logique du spinozisme? Une fois seulement Leibniz fut infidèle à l'analyse , et recourut à la méthode synthétique. Ce fut dans la dissertation de Fart combinatoire ; il avait vingt ans. Spinoza ne fut pour rien dans cet essai. Leibniz ne connaissait alors ni soik nom ni ses écrits. Ce fut Texemple de Raymond Lulle et d'Athanase Kircher , qui le poussa dans cette voie embarrassée de complications y de cornplexions, de transpositions, de roues concentriques, de tableaux et de figures, de tout cet appareil , enfin , d'où il espérait faire sortir les plus belles découvertes (1).

(i) Leibniz reconnaît lui-même que cette voie compliquée c*est la synthèse : De synthesi seu arte combinatoria^ écrit-il en tête d'un des chapitres de la Science générale qull méditait alors. Elle

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