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aidant* Je n*entre point icy en matière. J'espère que vous aurez bientôt ma réponse à Dom Robert sur le sentiment de saint Augustin touchant les académiciens. Après avoir répondu sur cette matière pour ce qui regarde la religion , je satisferay pour ce qui concerne les sciences humaines ; ce qui retarde davantage ce sont les libraires. Ces matières sont importantes, mais elles ne sont estimées que des scavants. Cependant cela ne règle point le jugement que les libraires en font, surtout en France où Ton édite mieux les livres de plaisanteries et [d'histoires] que les bons livres qui concernent les commence mens des sciences. On a même du degout pour les reflexions qui regardent les principes parce qu'on se flatte de scavôir beaucoup et Ton aprehende que les systhemes que Ton a fait ne soient ruinez, c'est pour cela qu'on ne veut pas ouvrir les yeux, mais il n'y a rien de plus glorieux à tout esprit bien fait que de se rendre à la vérité. C'est une marque que l'on ne se connoit pas encor lorsque l'on pense estre infaillible ; d'ailleurs il y a des gens qui profitent aux disputes et s'intéressent à les continuer de sorte que ce n'est pas les attirer que de leur dire que l'on travaille pour la paix et la réunion des esprits, mais, monsieur, cela ne doit pas nous empescher de chercher la vérité et de la préférer à tous les intérêts ha-
mains. Impossibileest mala pamitus extirpare, dit fort bien Platon. Néanmoins on ne doit pas laisser de les diminuer autant que Ton peut. Je suis, mon* sieur, vostre humilissime serviteur. Fodghbb.
Quand vous me ferez la faveur de m' écrire, distinguez, s'il vous plait, les matières des sciences des choses personnelles par différons papiers afin que les unes soient vues et les autres non. Car les personnes de vostre mérite et de vostre habileté n'écrivent rien que Ton ne soit curieux de voir. 11 y a des matières sur lesquelles on n'est pas fâché de parler en public et d'autres qui ne sont bonnes que pour quelques personnes ad hominem.
Ma sagesse des anciens n'est point achevée, il y manque encor deux parties et ce que vous en avez vu n'est presque que le préambule, le fort de la matière est réservé pour les deux autres parties. Si vous écrivez à Mons. Thirnaus je vous prie, Monsieur» de luy faire mes civilitez. M. Arnaut ne paroit plus et on ne scait ou il est. Le P. Mallebranche a esté malade, il l'est encor quoi qu'il commence à se mieux porter. M. Hos... esta Rome. M. Ferrand(l) vous baise les mains.
[Suit le détail d'une figure sur les hygromètres.]
(1) Louis Ferrand (16/i5-f-1699), avocat, Réflexions sur la religion chrétienne.
Il y a longtemps que j'ay receu vostre lettre et j'attends à vous faire réponse sur le lout, mais parce que je n'ay pu encor avoir la réponse de M. Lantin j'ay différé.
LEIBNIZ A FODCHER.
Sans date (i).
Monsieur,
Je suis en voyage quasi toute cette année pour mes recherches d*histoire que je fais par ordre de S. A. S. d'Hanover. J'ay esté longtemps en Hesse, en Franconie, en Suabe et en Bavière et enfin je suis descendu à Vienne pour profiter de la bibliothèque Impériale où il y a bien des manuscrits con* ô^idérables touchant l'histoire de l'Allemagne, comme il est aisé de juger. J*aurois souhaité de pouvoir aller premièrement par la Hollande et France et puis retourner par Strasbourg et par la Suabe, Bavière, Autriche, Bohême et Saxe, mais mon instruction ne me l'a pas permis.
Cependant je souhaite de tout mon cœur ce voyage
(1) Cette lettre inédite, dont l^original autogpaplie ou projet est conserfédans la bibliothèque de Hannover^ est évidemment de 1688, *car nous avons une lettre de Leibniz datée de Vienne le 20 mai 1(388, au landgrave de Hessen ; et dans celle à Tabbé Fouetter, Leibnis fait allusion à ce voyage entrepris par ordre de S» A. S. rélecteur Ernest-Auguste, et cite Vienne comme la derniàre station qu'il ait faite, celle Jà même d*où il écrit à Foucher.
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de France pour voû» revoir, monsieur et plusieurs autres illustres amis qui auront bien profilé en découvertes depuis le temps de nostre séparation tiomme j'ay fait aussi. Surtout je souhaitte de revoir nostre incomparable Mons. Thevenot à qui je suis si obligé. De sorte que si Dieu le permet, je feray as** seurement ce voyage pour ma satisfaction et pour apprendre bien des belles choses dans les sciences. Je pourray aussi leur communiquer des choses que je ne scavois pas quand j'etois autres fois en France. Entre autres J'ay quelques considérations de consér quence touchant le système de l'Univers; et j'ay trouvé qu'en supposant que tous les cercles concentriques que l*éther décrit à Tentour du soleil font leur cours avec des forces égales entre elles, et qu*entre elles il y a aussi une égalité dans les forces de leur circulation , nous aurons justemenj; le système des planètes, tel qu'il est, scavoir des ellipses dont le soleil est le foyer et d'autres particularités î j^en ai déjà communiqué quelleque chose à des amis qui se pourront publier à Leipsig.
Autant que j'ay jugé par les nouvelles de la République des lettres qui sont venues dans mes mains Mons^ l'abbé Catelan (1) n'a pas osé mordre au
(1) L*abfoë d^CAtelau, MHhoiU powr k$ ia^geniêi et hgiêtùf^m ttniverselle* Paris, 1692, jo-8.
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problème que j'avois proposé pour égayer un peu la dispute qui estoit entre nous et qui estoit inutile^ parce qu'il n*avoit pas seulement compris mes sen* timents, comme il avoit découvert luy-même sans y penser en mMmputant des opinions estranges et provenant des proportions que je n'avois garde de soutenir.
Cependant M. Hugens a pris luy même la peine de donner la solution de mon problème qui s'accorde avec la mienne. Le problème est (1) : trouver une ligne dans laquelle le corps pesant descend uniformément et approche également de Thorizon en temps égaux.
Le R. P. Malbranche avoit répondu dans les nouvelles de la Republique des lettres à une difficulté que je lui avois faite en passant dans cette contestation qui estoit entre M. Catelan et moy ; et il avoit reconnu en quelque façon le défaut des loix du mouvement qu'il avoit données dans son ouvrage, mais comme il faisoit des distinctions qui ne s'accordent pas avec les principes que je croy d'avoir establis j'ay fait voir dans ma réplique id'une manière très claire en quoy luy aussi bien que M. Des Cartes se
(1) n faut qae cette ligne soit courbe, car dans la llgae droite les descentes sont comme les carrés des temps ; an lieu qu^on demande une ligne oà elles soyent proportionnelles au temps. On demande donc quelle courbe c*est.
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sont trompés ; et j'ay expliqué un très beau principe général qui sert à examiner des propositions tant en physique qu*en mathématique , lequel sMl avoit esté connu à M. Des Cartes, il n'auroit eu garde de nous donner ses lois du mouvement qui sont tout h fait contraires à l^armonie des choses. Je ne scay si le B. P. Malbranche en aura profité dans la nouvelle édition de sa Recherche. On fait souvent profession de n'aimer que la vérité et de ne demander que d'estre éclairci, mais souvent un peu de fausse gloire s'oppose à beaucoup de bonne intention sans qu^on y prenne garde.
Si Mons. Findkeller qui vous envoyera cette lettre vous marque son adresse, je vous supplie, monsieur, de luy faire envoyer la réponse que vous me ferez si je puis espérer ce bonheur là : mais en cas qu'il ne vous la marque point, je vous supplie de la faire envoyer à Mons. Heiss le jeune qui Tenvoyera à S. A. S, monseigneur le prince Erneste de Hesse Reinfels avec cette inscription :
A Monsieur , Monsieur Leibniz,
Rheinfels, chez S. A. S. monseigneur le prince Erneste de Hesse.
parce que ce prince scait mon adresse et me fait la grâce de me faire tenir mes lettres.
May 1687.
Monsieur, . J'ai receu vostre lettre avec le discours que vous aves fait sur le sentiment de saint Augustin à Tégard des académiciens dont je vous remercie fort. Je Tay lu avec beaucoup de plaisir et je vous diray sans vous flatter que je le trouve entièrement à moa gré. Les loix des académiciens que vous exprimés par les paroles de saint Augustin sont celles de la véritable logique.
Tout ce que je trouve à adjouter c'est qu'il faut commencer à les pratiquer non seulement en regret- Ttant ce qui est mal establi, mais en taschant d'establir peu à peu des vérités solides. Je fis autre fois un
(1) Inédite. La copie, faite d'après Toriginal autographe conservé dàtis la bibliothèque de Hannover, nous a été communiquée par M» Groiefend. Nous y joignons un billet à M. de Brosseau, qdi eA la réponse à celui de ce dernier du 2 septembre 16S6, et qui aurait dû, ainsi que la lettre ci-desstid et la réponse de Fouchër, procéder la lettre sans date, p. 6'J. On y toit la trace d'Onè tiégocitftion diplomatique engagée très probablement pour fixer Leibniz en France, et où TabbéFoucher paraît jouer le principal rôle. Gen'est pas la seule démarche de ce genre dont Leibniz jBiitétjg Tàbjet. Voyez, à ce sujet, un passage d'une lettre à Tabbé Thorel, cité par nous dans tin ^tiïckdviCorrespondant.vXXX, dlxièbofë anbëe,)). 7û2.
LEIBl^IZ A BROSSEAU.
n y a déjà bien du temps, monsieur, qiie je àuïs containcù dés bontés que vous avés poar moy, mais vofHtre dernière àurtont CD
essai de demongtratiôft de continente et contenta ou je demonttray par caractères (à peii près de !a fàçori de Talgebre et des îioîiîbres) des ptoposiUoris dbrit les règles des syllogismes et quelques propositiotlS de mathetnâlique ne sont qUë des corollaires. Tett pdurrols donner Hdti seliletifient sur la grandeilt-, mais encor sur la qualité, forttie et relation bieri d'autres, qui se déraoîistrënt toutes hypothétiqiiettient sur quelque peu de suppositions, par la simple substitution des chàractères équlvâlehles. Les plus importantes seroiënt sur là. cause, Peffét et le chan* gement, Pactfon^ le tenis^ oîi je trouve qUe la vérité est bien différente de ce qu'on sMmaginfe ; car quoiqu'une substance se puisse appeler avefc i-aisou
est une preuve bien sensible. Or puisque vous avés la bonté de Vôuà irtidlesser daitji Taffaîre dont M, l'abbé Foucher me Ta écrit, je vous dirai que je Crains pour bien de raison que les choses avan^ tageuses dont on a parlé à M. l'abbé ne soyent que des compli- Hietis. C'est de quoy il fâudloit estré ëclaiicl. Car il sebible qu'oii ne veut guèl*espUis d'estrang;ers. Néantmoins je lui ay fait une pro* position dont vous pourrés juger avec luy, si elle a quelque apparence de succès, et c'fest par là qu'on poiirra éprouver si ceux à qui Mé Tabbé a parlé, veuillent y contribuer sérieusement otl croyent de pouvoir réussir. Je suis maintenant sur le point de faire un voyage dahs l'Allemagne sapërieufe qlil th'dccupfera tout cet esté pour chercher des monumens servant à l'histoire de la séré^ nissime maison, c'est pourquoy je vous donneray avis où vous me pourrez envoyer le« lettres^ etc., t)ar là drdltdré, vers les environs de Francfort^ et quelqu'un vous envoyera bientôt une lettre de ma part et laquelle vous me pourrez l'aire tenir peut eslre. Ce que vous * jugeréft» LeifiÀiz.
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cause physique et souvent morale de ce qui se passe dans une autre substance, néantmoins, parlant dans la rigueur métaphysique , chaque substance (conjointement avec le concours de Dieu) est la cause réelle immédiate de ce qui se passe dans elle, de sorte qu'absolument parlant, il n'y a rien de violent. Et même on peut dire qu'un corps n'est poussé que par la force qui est en luy-même.
Ce qui est encor confirmé par les expériences (car c'est par la force de son ressort qu'il s'éloigne d'un autre corps en se restituant après la compression). Et quoyque la force du ressort vienne du mouvement d'un fluide, néantmoins ce fluide, quand il agit, est dans le corps pendant qu'il exerce son ressort, idais il s'ensuit encor que dans chaque substance, qui l'est véritablement et qui n'est pas simplement une machine ou un aggrégé de plusieurs substances, il y a quelque moy qui répond à ce que nous appelons l'âme en nous, et qui est ingénérable et incorruptible, et ne peut commencer que par la .création. Et si les animaux ne sont pas de simples machines, il y a lieu de croire que leur génération, aussi bien que leur corruption apparente, ne sont que des simples transformations d'un même animal, qui est tantost plus tantost moins visible. Ce qui estoit déjà le sentiment de l'auteur du livre De
diœta^ qu'on attribue à Hippocrate. Cependant je tiens que les esprits, tels que les nostres, sont créés dans le temps et exemtés de ces révolutions après la mort» car ils ont un rapport tout particulier au Souverain Estre, un rapport, dis-je, qu'ils doivent conserver, et ce Dieu à leur égard n'est pas seulement •cause, mais encor seigneur ; c'est ce que la religion et mesme la raison nous enseigne.
Si les corps n'estoient que de simples machines, et s'il n'y avoit que de l'étendue ou de la matière dans les corps, il est démonstrable que tous les corps ne seroient que des phénomènes : c'est ce que Platon a bien reconnu à mon avis. Et il me semble que j'entrevoy quelque chose d'y conforme dans vos pensées, page 59 de vostre discours sur lei sentiment de saint Augustin touchant les académiciens. Je prouve mesme que l'estendue, la figure et le mouvement enferment quelque chose d'imaginaire et d'apparent, et quoyqu'on les conçoive plus distinctement que la couleur et la chaleur , néantraoins, quand on pousse l'analyse aussi loin que j'ay fait, on trouve que ces notions ont encor quelque chose de confus, et que, sans supposer quelque substance qui consiste en quelque autre chose, elles seroient aussi imaginaires que les qualités sensibles, ou que les songes bien réglés. Car par le mouvement en