DISCOURS
est le monarque, et la grande loy establie dans cette république est de procurer au monde le plus de bien que nous pourrons. Cela est infaillible (supposé quMl y ait une providence qui gouverne toutes choses) quoyque les ressorts qu'elle fait jouer soyent encore cachés à nos yeux. II faut donc tenir pour asseuréque plus un homme a fait du bien ou au moins tâché de faire de tout son pouvoir (car Dieu qui connoist les intentions, prend une véritable volonté pour Teffect mesme), plus il sera heureux ; et sMI a fait ou même voulu faire des grands maux, il en recevra de très grands chastimens.
Et pour connoistre cette grande maxime, il n*est point besoin de foy, il sufTitd'avoir du bon sens. Dans un corps entier ou parfait comme est par exemple une plante ou un animal, il y a une structure mer- . veilleuse qui marque que Tauteur de la nature en a pris soin et réglé jusqu'aux moindres parties; par plus forte raison le plus grand et le plus parfait de tous les corps qui est Tunivers, et les plus nobles parties de Tunivers, qui sont les âmes, ne manqueront pas d'estre bien ordonnées, quoyque cet ordre ne nous paroisse point encor ; tandis que nous n*en pouvons envisager qu'une partie; comme nous voyons que les pièces ou fragmens de quelques cristaux de roche rompus ou de quelque machine