SUR LA «ÉN^ROSITÉ
artifldelle ou naturelle déjointe considérés à part et hors de leur tout, ne donnent pour oonnoistre la figure régulière ny le dessein du corps entier.
Nous ne sommes donc pas nés pour nous mesmes, mais pour le bien de la société, comme les parties sont pour le tout ; et nous ne nous devons considé* rer que comme des instrumens de Dieu ; mais des Instrumend vivans et libres, capables d*y concourir suivant nostre choix. Si nous y manquons, nous sommes comme des monstres, et nos vices sont comme des maladies dans la nature , et sans doute nous en recouvrons la punition afin que Tordre des choses soit redressé , comme nous voyons que les maladies affoiblissent et que les monstres sont plus Imparfaits. — Par là nous pourrons juger que les principes de la générosité et de Ja justice ou piété ne sont qu'une même chose , au lieu que IMntérest (quand il est mal réglé) et Tamour propre sont les • principes de la lâcheté. Car la générosité, comme j'ay dit au commencement, nous approche de l'auteur de nostre genre ou estre, c'est à dire de Dieu autant que nous sommes capables de Timiter. Nous devons donc agir conformément h la nature de Dieu qui est luy même le bien de toutes les créatures ; nous devons suivre son intention qui nous ordonne de procurer le bien commun autant quMl dépend de
i73 DISCOURS SUR Lk GÉNÉROSITÉ.
nous, puisque la charité et la justice ne consistent qu*cn cela. Nous devons avoir égard à la dignité de nostre nature dont l'excellence consiste dans la perfection de l'esprit ou dans la plus haute vertu. Nous devons prendre part au bonheur de ceux qui nous environnent comme au nostre, ne cherchant pas nos aises ny nos intérests dans ce qui est contraire à la félicité commune ; enfin , nous devons songer à ce que le public souhaitte de nous et que nous souhaittenons nous mesmessi nous nous mettions à la place des autres ; car c'est comme la voix de Dieu et la marque de la vocation.
Mais si nous méprisons ces grandes raisons du bien général pour lequel nous sommes faits, en cherchant nos avantages particuliers au hazard raesme de la misère publique, nous ne sçaurionsestre généreux, quelque profession que nous fassions de ne suivre dans nos actions que^ la gloire. Et même nous ne sçaurions estre heureux quelque succès que puissent avoir nos entreprises, parce que les lois de Tunivers sont inviolables, et il faut tenir pour asseuré qu'il n'y a point de crime qui ne recevra son chastiment à proportion des maux qu'il a faits ou qu'on doit juger qu'il pourroit faire.