‹ Lettres et opuscules inédits de Leibniz. Précédés d'une introductionChapitre 29 sur 42 · SUR LE DICTIONNAIRE DE BAYLE · texte numérisé non relu

SUR LE DICTIONNAIRE DE BAYLE

l"" Origène.

Monsieur Bayle, article Origène, rapporte des raisonnemens excellens des Parrhasiana (2). Les maux physiques et moraux du genre humain sont d*une durée si courte en comparaison de Téternité, quMls ne peuvent pas empêcher que Dieu ne passe pour bienfaisant et pour ami de la vertu. II y a infiniment moins de proportion entre le temps que cette terre doit durer qu'il n'y en a entre une minute et cent millions d'années. Parmy les hommes, ceux qui traitent un enfant de quelque incommodité, et qui le guérissent par un remède amer, ne font que rire des plaintes qu'il fait de cette amertume, parce qu'ils savent qu'en très peu de temps il ne la sentira plus, et que le remède luy fera du bien ; il y a infiniment plus de proportions entre Dieu elles hommes les plus éclairés, qu'il y en a entre eux et les enfants les plus

(i) Ces remarques ne Yont que de la lettre O, art. Origène, à la lettre R, art. Rutsbroeck.

(2) Parrhasiana, publié à Amsterdam en 1699, sous un pseo^ donyme, Th. Parrhase.

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simples. Ainsi nous ne pouvons pas nous étonner raisonnaUement que Dieu regarde les màux qae nous soufifrons comme presque rien, luy seul qui a une idée complète de Téternité et qui regarde le commencement et la fin de nos souffrances comme infiniment plus proches que le commencement et la fin d*une minute. Il f^^ut raisonner de même des vices et des actions vertueuses, qui à Tégard de Dieu ne durent pas longtemps, et qui dans le fond ne changent rien dans T univers. Si un horloger faisoit une pendule, qui estant montée une fois, alloit bien pendant une année entière , excepté dans une ou deux secondes qui ne seroient point égales lorsqu'elle commenceroit à marcher , pourroit on dire que cet ouvrier ne se piqueroit pas d'habileté ny d'exactitude dans ses ouvrages?

M. Bayle répond à l'origéniste au nom du Manichéen que la bonté de Dieu doit estre parfaite, et le vice et la misère pour un temps qui peut estre assez long, luy est contraire.

Pour moy, je crois que Parrhasiana a eu raison de représenter que le mal n'est pas si grand qu^on pense. Mais M. Bayle a raison aussi de s'étonner quil y en ait quelque petit m grand qu'il pdurroit BStre. Ce qui doit finir la diâiculté est que ce petit mal augmente même le bien.

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Cette maxime, non facienda sunt mala^ W eoeniant bonUf a besoin de limitation. C'est qu'ordinairement les hommes manquent dans Tapplication* Par exemple quelqu'un croiroit de bien faire s'il se aervoit d'un empoisonnement pour établir la vraye religion. Mais cela ne luy est point permis. Les conséquences de la permission de l'empoisonnement sont plus grimdeB que le bien qu'il se promet qui n'est pas asseuré, et quand il le seroit, il n'est pas asseuré qu'on ne le puisse obtenir par une meilleure voye»

Le P. Doucin croit qu'on attribue à Origène d'avoir cru que les créatures se perdroient enfin dans l'océan de la Divinité.

(Mais M. Petersen est d'un autre sentiment à l'égard d'Origène.)

2* Otton IIL Ovide.

Dans l'histoire moyenne M. Ëayle ne va pas assez auil «ourles. Je le voy pM èoû articte OnoM IIL II y cite Heii». Meinbourg, Calvisius, l'Histoire de Ba^ tière de M. Leblftntô»

M. Bayle rapporte que Meinbourg (1) ne parle point douteusement de )a femme d'Otton IIL 11 n'a jAm&ii eftté marié» M« Bayle croit qu'il est imposât) V«l^ anide lUâlx d'Aeagobi, u U, pb 835.

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sible de mentir sur ces siècles là, etqu^on y peut dé* fendre le pour et le contre. C'est qu'il n'a pas assez consulté les sources.

M. Bayle, article d'OviDE, croit qu'il a plaidé devant les Centurions. Mais il me semble d'avoir remarqué qu'il estoit Centurion luy même. Il se peut pourtant qu'il eut plaidé auparavant. Sed dubito.

M- Bayle, article d'OviDB, p. 2276, 2277, réfutant M. François Lami, médecin de la Faculté de Paris, partisan d'Épicure qui a fait un livre De prmcipiis rertim, ne croie pas que le hasard puisse for* mer des belles machines. Mais Épicure dira que parmy une foule de monde quelques uns seront beaux. Le véritable moyen de réfuter cela est qu'il faut que tout soit beau partout et jusque dans les moindres parties que chaque petite partie exprime le tout.

3" Paaeds (David).

M. Bayle parlant de David Parey et de la contestation avec Jean Magirus, jésuite de Mayence, n'a pas esté informé de son colloque de [ ].

4" Pascal.

Ml Hugens m'a dit que les trop fortes applications de M. Pascal avoient fait tort à son esprit. Pour ce qui est des coniques, M. Descartes

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croyoit que M. Pascal avoit profité de M. Desargues. Cela étoit aisé à juger. M. Desargues l'a bien fait voir par ses perspectives. Je in*étonne qu'on n'a pas publié les mémoires de M. Pascal sur les coniques. 11 est très seur que les coniques de M. Pascal estoient selon les ouvertures de M. Desargues. M. Bayle n'a pas sue l'histoire du défi de M. Pascal, et qu'il eut tort de faire l'histoire de la Cycloïde outrageuse à Torricelli, réfutée par Carlodati (1).

S'* RiCIDS. — RUFFI.

M. Bayle, article Ricius (2), rapporte que luy et le cardinal Gontarini avoient défendu Cœhs esse animatos. Il croit que tost ou tard les sectateurs de Copernic recourront aux intelligences pour le mouvement des corps célestes; que MM. Daniel et Leclerc y ont proposé des grandes difficultés, et que

(1) An sujet de cette histoire de la cycloïde, conférez Lettres à BemotUlif ep. 39 : Decrevit, ut dixit, historiam edere cydoidis ad imitationem alterius Paschalii. Ep. 89 : Dixi, mihi historiam cydoidis pro Torricellio contra Paschaliom scribere, tanti non videri. Ep. 125 : Ad me pervenit Groningii bibliotheca unlversaiis, continens inter alla historiam cydoidis... Meoquidem judicio fecisset meKus abslinuisse a rébus quas non satis perspectas habere ipse monstrat.. Ex. gratia, p. 50. Epislolam in Paschalium aliosque Callos acerbe scriptam tribuit Hugenio cum tamen ejus auctor sit Wallisius.

(2) Voyez cet article sur Paul Ricius, Juif converti^ et sa dispute avec Jean Eckius , De cœlorum animatione.

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M. Newton a combattu les tourbillons, et qu* ainsi on ne peut point trouver son compte dans les seules loix , générales.

M. Bayle, article Ruffi, parle d'un ipédecip qui donneroit de l'arsenic comme un homme a estre en-^ voyé aux petites maisons. Mais j'ay remarqué dans un livre de médecine, que c'çstoit qn gra,nd fébri» fuge d'un certain médecin, maïs qu'on l'en a fort blâmé (1).

6" ROYSBROECK (2).

l/opinion d'Alexandre, d'Amaui^, de David de Dinapt et de Spinosa, et peut estre aussi de Parme* njde Qt Mélisse, qu'il n'y a qu'une seule substance qui est Dieu, approche de celle de quelques mystiques, Weigelius et un certain Angélus Silesius (â) m'y paroissent aller.

(1) Je passe trois notes qai n^out pu être dëchiffrëes qu'en partie, et qui ne sont d'ailleurs que de très peu (rimpoiliince. Quant aux réponses à l'ariicie l\OR arius, où Bayle discute le système de Leibniz, on les trouvera dans Erdmann, p. 150. C'est le moiif qui nous empèciie de les donner ici.

(2) Ruysbroeck (Jean de), a célèbre contemplatif, qui s'enfonça de telle sorte dans les abîmes de la itiéologie mystique, qu'il passe pour un des plus grands maîtres de cette science. » (Bayle, p. 678, 2, XI.)

(3) Nous donnerons les remarques de Leibniz sur Weigelius, Voy. sur Angélus Silesius, Lettr. à Hauschius.

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PAIÎLICIENS (1).

M. Bayle reconnoist qu'il n'y a qu'un principe scavoir le bon suivant la Sainte Ecriture, Mais il tient qu'il est impossible de* répondre aux difficultés sur la cause du mal (2). Lactance répond qu'en estant le mal on osteroit le bien. Siiollantw mala tolHpariter sapientiam^ nec ulla veritatisrenianerevestigia. M. Bayle réplique que cette réponse est pitoyable et pleine d'erreurs, que les théologiens disent que si Adam n'avoit point péché il auroit été heureux, que l'homme n'a été sujet au mal physique que parce qu'il a renoncé à la sagesse. Selon Lactance, les bons anges seroient sans sagesse. On peut sentir le bien sans avoir senti le mal. Mais je crois qu'on peut

(1) Note manuscrite grand in-folio, d'une écriture fine et difficile à lire, détachée des précédentes.

(2) Conférez ce passage de la Théodicée , p. 550. » Ce que M. Bayle fait dire aux Pauliciens, p. 9323» n'est point concluant, savoir que le franc arbitre doit venir de deux principes afin qu'il puisse se tourner vers le bien et vers le mal : car étant sinîple en lui-même, il devroit plutôt venir d'un principe neutre si ce raisonnement avoit lieu. Mais le franc arbitre va au bien, s'il rencontre le mal c'est par accident, c'est que ce mal est caclié sous le bien et comme masqué. Ces paroles qu'Ovide donne à Médée s

Video meliora proboque, Détériora sequor...

signifient que le bien honnête est surmonté par le bien agréable, qui fait plus d'impression sur les âmes quand elles sont agitées par les passions. >»

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tousjours soutenir que sans la permission du mal, le bien n^auroit pas esté si grand. Peut estre qu'il n'y auroit point eu d'incarnation, il est seur que Dieu a fait le meilleur. Les petites raisons à rencontre n'entrent point en ligne de compte quand il s'agit de l'harmonie universelle. Sans le péché nous-mêmes ne serions point 11 y auroit des autres créatures. g^M. Bayle objecte que l'auteur des choses estant infiniment bienfaisant deuvoit produire du mal ; may je dis que si avec le bien pur, c'est-à-dire sans douleur et sans péché, la perfection des choses ne seroit que comme 6, et si avec le péché et la douleur cette perfection est comme 8, Dieu ne peut se dispenser de permettre le péché. La perfection consiste dans Tharmonie , et souvent il faut reculer pour mieux sauter ; il faut aussi considérer que le mal n'est pas mal absolument, c'est-à-dire à Dieu et à l'univers, mais à celuy qui le fait.

^^ Mi. Bayle, p. 2325, appelle M. Pfannerus théologien allemand (1); c'est un jurisconsulte, conseiller de Weimar, auteur de l'histoire latine de la paix de Munster et d'autres ouvrages.

On attribue le mal à la liberté des créatures, mais c'est un auteur infiniment bon et sage qui les fait

(1) Le théologien allemand qui rapporte ce passage. V. Bayle, p. /Ï82, t. IT de redit, de 1820.

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