SUR LB DICTIONNAIRE DE BAYLB
d'une manière qu'il sait qu'elles pécheroient. Ou Dieu a trouvé bon de faire l'honïme sensible, c'està-dire de permettre le mal pour un plus grand bien. Mais en quoy consiste ce bien, je ne suis pas en pouvoir ny en obligation de le vous expliquer , il consiste dans l'harmonie universelle, car les petits détails ne suffisent pas, et il est inutile d'y entrer.
Félix culpa quœ talem meruit habere redemptorem (1). Quand on dit que les voyes de Dieu ne sont pas nos voyes ^ch. 55, v. 8), il ne faut pas . entendre comme s'il avoit d'autres idées que nous de la bonté et de la justice, il a les mêmes que nous, et nous le savons de luy comme celles des grandeurs et des nombres, mais nous n'entendons pas corn-, ment il les applique, parce que nous ne sommes pas informés du fait dont la trop grande étendue passe nostre compréhension,
M. Bayle dit, p. 2326, qu'il ne faut point discuter avec un Manichéen sans establir premièrenjent l'élévation de la foy et l'abbaissement de la raison (2). (Mais j'aurois peur de passer pour prévaricateur et
(i) Bayle cile en note cette parole d'un père de TEglise sans renvoyer au texte. {Ibid,^ p. i!i83.)
(2) « Tout cela nous avertit qu'il ne se faut point commettre avec les Manichéens, sans établir , avant toutes choses, le dogme de Vélévation de la foi et de l'iibaissement de la raison^ et en note M. Àmyrant a fait un livre qui porte ce titre. » (/6id., p. Mi^.)
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de trahir la foi en la faisant passer tacitement pour absurde). Un bien facteur ne doit point donner des grâces dont il sait qu'on abuseroit. VoyesSénèque De beneficiis. Dieu ne de voit point donner la liberté (1).
M. Bayle dit aussi selon Cotta, de Cicéron, que la raison est cause de tous les maux, il ne falloit donc point la donner. — Mais pour dire la vérité, la raison est une si grande et si belle chose, qu'il semble que le monde n'ait pas valu la peine d'estre créé sans la raison, et si on ne la pou voit accorder aux créatures sans le péché, il falloit mieux, à mon avis que le péché arrivât (2).
On ne conçoit point, dit M. Bayle, p. 2326, que le premier homme ait pu recevoir, du bon principe, la faculté de faire du mal. — Pourquoy? Les créatures sont essentiellement imparfaites.
M. Bayle adjoute selon les idées que nous avons d'un estre créé, nous ne pouvons point comprendre qu'il soit un principe d'action, et que recevant à tous ■moments de sa durée son existence et celle de ses facultés, il crée en luy-même des modalités par une vertu qui luy soit propre. (Mais si Dieu luy donne des facultés, elles luy sont donc propres, et ce» f^cultéd ne sont autre chose que la vertu de produire
(1) Snivant Bayle, fd., iô.
(2) C*t$î Leibniz qui parle.