Z PRÉFACE
la correspondance avec Arnauld^ M. de Rommel publiait celle avec le landgrave Ernst von Hessen Rheinfels, qui en est le complément obligé, et formant deux volumes (I). Une savante introduction précède le texte de Leibniz.
Les travaux historiques de Leibniz ont trouvé dans l'illustre M« Pertz, aujourd'hui bibliothécaire à Berlin, leur naturel éditeur (2), tandis qu'à sa voix et sans doute sous ses ordres, M. Gerhardt de Salzefed faisait pour les sciences malhématiques (3) ce que M. Pertz a fait pour l'histoire.
Outre les éditeurs et les biographes, l'Ailemagne savante, réveillée par le second anniversaire de la fête séculaire de Leibniz, a donné des productions plus légères. M. Grotefend, déjà nommé, a eu Tidée d'un album leibnitien, pour fêter le grand philosophe de Hannover. Cette idée^ empruntée aux habitudes de rAllemagne musicale^ est moins heureuse. Ce second jubilé a d'ailleurs été marqué par un fait qui ne peut manquer d'intéresser vivement les admirateurs de Leibniz. Leipzig, sa patrie, Leipzig, d'où une cabale l'avait chassé, s'est émue de voir Hannover, sa seconde
(1) geîènij «nb ganbgraf drnft, »on (SÇr. ». dlommel. granîfurt, i8/i6-/i7, II, 8.
(S) Sei6ni| gef. WèttU, l^eraud^. o. $<t(. ^anno))., iS43, sq. in-foL
(3) Seib. gef. ffînfe. SDritte fol^t. Stal^m. 64rif. t>. (Der^bt, JBerlin, 1849-50, II, in-S,
psÈfkCB. xi
patrie, en possession d'un monument élevé au génie de Leibniz {genio Leibnitii)^ et de n'avoir encore rien feit pour sa mémoire. Et le professeur Drabisby secondé par le recteur de Tuniversité, le docteur dé Pfordten et le bourgmestre de la ville de Leipzig, le sieur Otto, a fait la motion qu'un monument fût élevé au grand citoyen de Leipzig. Espérons que leurs vœux seront enfin exaucés. Leipzig ne peut pas oublier qu'elle doit à la pensée de Leibniz son. Académie ou Société des sciences , fondée par le prince Jablonowski, en 1774. Leibniz fut le grand promoteur des Académies en Allemagne et même en Russie ; ce sont les filles immortelles du grand philosophe.
11 me reste à parler des travaux spéciaux sur la philosophie leibnitienne et à dire un mot de la présente publication.
MM. Feuerbach (1) Ritter (2), Erdmann (3), Zimmermann (4), Schilling (5), Ehrenberg (6),
(1) Subioig geuetbac^, DariMung, Cîntn)i(f(ung unb ^xitit Ut fieibnià'fcjen gJ6it»f*><>^«- ««î>ài«» i848, in-S.
(2) ®efd).id9te bet 4ti)l. ^^ilofo^^U,»..^. (Ritter. 3»dlftir ST^eU. ^$amb.« in-Ç, 5, /i7*2iO.
(3) 3. 2. (Srbmann; i^eibni) u. Ut dntm. b. 2îbeaU«mu«. Mp^\%, 18/^6, iQ-8. .
(4) 3immetm«iiii, «eibnij u. «etbart'é Monabolodle. ©w«; 1849, !n 8. S»e(î>t«|)rinji^ Sien, 1852, in-8.
(5) e<f>\U\n%, e. aKlDenfcr. eet^id» 1841, iB-8.
(6) vS^r. (§). Q^renberg, Seibnig SRet^pbe. SdtxMn, 1845, iS'8.
Xij PRÉFACE.
Siegwart (1), Keller (2), Basse (3), Kahle (4), Borner (5) et Barlenstein (6) (je ne parle pas de plus anciens travaux , ceux de Ludovici (7) , par exemple) , ont écrit sur la philosophie de Leibniz.
L'hégélien Feuerbach» aujourd'hui déchu, a fait un livre dont le but est de juger la philosophie leibnitienne, et que je ne citerais pas, s'il n'était enrichi de cent pages de notes et de textes additionnels qui le rendent non pas nouveau, mais utile et commode à consulter,
M. Ritter, l'historien de la. philosophie, vient, dans le tome XII, de donner un chapitre très complet sur Leibniz , où les tendances théosophiques de sa philosophie sont surtout mises en lumière.
M. Zimmermann, de Prague, est l'auteur d'un excellent travail sur la monadologie de Leibniz, comparée à celle de Berbart, et d*un écrit sur le . principe du droit, d'après le même philosophe.
Quant à nous, qui arrivons le dernier, nous
(1) &t^xoaxi, Se(;rc ber pràfiabil. harmonie. Slûb., 1822, in-8.
(2) Sttlitx, <S)>inoia u. geibnig. Cfrlang., 18/17, io-8.
(3) (^f}x. $affe, Grinnerung an ^eibnlj. Sei))}., 1846, in-8. (li) Staxl SRorti Stai^U, Seibni}. iSerltn, 1839.
(5) Corner, $ri>gt. @4. Xvixic. Sur., 18A4, in^A.
(6) ®. ^CLxttn^tin, De materiœ apud LeibniU notione, SfiV).» 1846, in-4.
(7) Subooici, 9tu4f. (Sntu). u. $ijl^ bet Seibn. $^i(. Sei)))., 1737, II, in-8.
PRÉFACE. Xiij
publions dans ce volume les lettrés et opuscules suivants :
1<> Sentiment de M. deWorcesteretdeM. Locke»
des idées et principalement de l'idée de la substance ;
2* Correspondance de Leibniz avec Tabbé Foucher ;
S*" Réflexions sur Tart de connaître les hommes» adressées à madame l'électrice de Brunswick- Lunebourg, suivies d'un fragment sur la générosité;
4* Remarques criliques sur le Dictionnaire de Bayle (lettre à la lettre R, d'OniGÈNE à Ruysbroegk) ;
5^ Correspondance de Leibniz avec Fontenelle;
6^ De Tusage de la méditation ;
7^ Deux fragments de la vie heureuse, De vita beata;
S"" Trois morceaux : Qu'il n y a point de figure précise et arrêtée dans les corps ; Sur l'existence de Dieu à un Français ; Sur l'immortalité de l'âme^ à madame l'électrice de *** ;
9* Épître à la reine, sur VArt de bien penser ^ du P. Bôuhours; autre lettre à madame Télectrice de***; De la nature de l'amour;
10"* Extrait des deux premiers livres de Boëce ;
11'' Mémoire pour les personnes éclairées et de bonne intention.
Xiv PB^FAGE*
La correspondance avecTabbé Foucher se cotn-' pose de vingt-six lettres^ tant de Leibniz que de son correspondant, plus deux projets de réponse de la main de Leibniz. Sur ces vingt-huit pièces, vingt sont entièrement inédites, quatre autres le sont pour la plus grand epartie : on n'en avait que des extraits publiés en Allemagne dans des recueiU divers et où elles ne sont pas à leur place ; trois enfin ont été éditées par Dutens et Erdmann, ce sont des lettres destinées au Journal des savants; une autre l'a été par M. Grotefend, à la suite de lettres à'Ârnauld, où elle se trouve déclassée. Sontce là toutes les lettres échangées entre LeibniiÉ et Fabbé Foucher, qui fut un de ses correspondants privilégiés? Je ne le crois pas. Mais je crois auçsi pouvoir affirmer que^ sauf trois ou quatre lettres perdues (1), ou du moins qui ne se retrouvent pas, j'ai rendu l'ensemble de cette importante correspondance; comme aussi^ malgré les quatre lettres déjà éditées sur vingt-huit, dont vingt-quatre par conséquent sont inédites, j'ai le premier publié la correspondance de Leibniz avec l'abbé Foucher.
La même réflexion s*applique à la correspondance avecFontenelle; celle-ci malheureusement ne se compose que de onze lettres au lieu de vingt-,
(i) Voy. p. 79 et iOS des Lettres et opusculest la traee dé lettres perdues ; il y ea a que Tabbé Foucher n*a jamais reçues.
priSpâge. xy
huit; Féditeur regrette de n'avoir pu en découvrir un plus grand nombre. M. Feder, dans le volume qu'il a publié en 1805, n'a pu ré* sister au plaisir de mutiler oette correspondance et d'en enchâsser deux morceaux parmi les lettres de Tabbé Bignon (1). La raison qu'il en donne est celle-ci (page 280) : « Gomme ces deux lettres de Leibniz et de Fontenelle (l'une est du 12 juillet 1702, Tau ire du 18 novembre même année) sont parvenues à leur adresse par l'entremise de Bignon, on les a rangées dans le recueil de la correspondance de celui-ci avec Leibniz; elles me parurent trop intéressantes pour ne leur accorder pas une place d'abord ici. » Si la curiosité que ces 4eux lettres étaient de nature à exciter leur a feit donner un tour hors de faveur par Feder, personne ne s'étonnera de les voir ici rendues à leur véritable rang, dans l'ensemble dont elles font parlie, et qui constitue la correspondance inédite de Leibniz avec Fontenelle, que nous publions.
Feder croyait sans doute avoir fait pour Bayle ce qu'il n'a pas fait pour Fontenelle. En effet, son recueil contient quatre lettres de Bayle à Leibniz et de Leibniz à Bayle; mais il s'en faut bien que
(1) Le recueil de Feder est on ne peut plus mal digéré : j'y ai relevé, à propos d'une lettre de Foucher qu'il a cousue à une lettre de Leibniz, une erreur qui donne la mesure du soin et des recherches de l'éditeur. Voy. Feder, p. i02*
XVi PRÉFACF.
la liasse qui s'y rapporte soit entièrement dépouillée. Feder a négligé ce qui lui a paru illisible, et de la sorte il est resté très incomplet sur Bayle, bien qu'il eût à sa disposition la liasse entière des papiers qui le concernent. On verra par ce que nous publions, qu'indépendamment des quatre lettres ci-dessus (1), il y a dans la bibliothèque de Hannover des pages entières surchargées de notes delà main de Leibniz, qui a dû lire pour les annoter le tome N-P et le tome P-R du Dictionnaire de Bayle, et écrire au courant de la plume les réflexions que lui suggérait cette lecture, réflexions évidemment destinées à reparaître plus tard en partie dans la Théodicée. Enfin, un fragment d'une lettre considérable, écrite sur une grande feuille double, portant au dos les noms de Bayle et Beauval^ et très probablement destinée à Tun de ces deux correspondants, a également échappé à Feder, ainsi que le fragment d'une lettre à S. A. l'électrice de ***, relative au même sujet.
Un mot sur les deux morceaux qui suivent.
L'un est intitulé : De l'usage de la méditation; l'autre, De la vie heureuse. Ce dernier est la tra-
(1) On les trouvera à TAppendice , sauf une, qui a paru dans Erdmann, p. 191. Nous n'avons pas cru devoir les imprimer dans le corps du volume ; mais comme le recueil de Feder n'est pas répandu en France, nous n'avons pas non plus cru devoir en priver le lecteur, d'autant mieux qu'elles sont le complément obligé des notœ inédites que nous publions sur Bayle.
PRÉFACE. XVij
duction française du préambule du petit traité que M. Ërdmann a donné en latin, et qui se trouve aussi en allemand dans les papiers de Leibniz. Quelques nouvelles réflexions ont été ajoutées par Leibniz aux trois définitions qu'il nous donne, et prouvent que c'était là le début d'une dissertation en règle et sans doute étendue. Je n'ai pas besoin de dire quelle importance Leibniz attachait au De vita beata, puisqu'il paraît avoir eu l'intention de le faire connaître dans les trois langues qui lui étaient familières. J'ajouterai seulement qu'en Al^ lemagne une discussion très vive s'était engagée entre M. Erdmann, premier éditeur dtf De vita beata et M. Gubrauer^ au sujet de la valeur et de l'esprit de ce petit traité, dans lequel M. Erdmann avait cru reconnaître des traces de spinozisme (1). Nous devons à la libéralité de feu M. Guhrauer un fragment en latin sur ce même sujet, intitulé : De vita beata^ que nous donnons à la suite du fragment français et que ses patientes investigations lui ont fait découvrir dans la bibliothèque devienne. On y trouvera quelques variantes dans les définitions. Ni te fragment français de la bibliothèque de Hannover^ ni le fragment latin de la bibliothèque de Vienne ne paraissent pas avoir été connus de M. Erdmann.
(1) Voir la deuxième partie de llntroduction, où il est question de la découverte de M. Erdmann.
Xviij PRiPAGË.
Trois autres morceaux, tous les trois de la main de Leibniz sont intitulés, le premier : Qu'il ny a point de figure précise et arrêtée dans les corps. C'est un essai de démonstration basée sur la division actuelle des parties à Finfini, thèse propre à Leibniz, et qui le menait par des considérations mathématiques à refuser au corps non seulement la substance^ mais les déterminations de la substance. Le deuxième fragment est le projet d'une réponse au sujet d'un Traité sur l'existence de Dieu , qu'on lui avait envoyé de France. Le troisième y une lettre à madame Télectrice de Brunswic-Lunebourg, à propos d'une discussion avec Van Helmont, sur V Immortalité de l*âme. Nous l'avons extraite du paquet Van Helmont, où s'en trouve une autre en allemand datée de Port-Royal,
Une épître à la Reine sur \Art de bien penser, du P. Bouhours, et le commencement d'une lettre à madame l'Électrice de **' : De la nature de Vamour, sont des fragments incomplets, mais curieux.
Nous avons réservé pour la fin un résumé d^s deux premiers livres de Boêce, De la consolation^ en français, et un mémoire de Leibniz, pour les personnes éclairées et de bonne intention. Ces deux morceaux, d'une certaine étendue, sont de nature à instruire et à charmer ; on n'y retrouve pas la métaphysique subtile, quelquefois un peu abstruse
priIfagb. xix
des morceaux philosophiques purs. Le mémoire pour les personnes éclairées et de bonne intention rappelle, avec plus de charme encore peut-être et plus d'élévation, cette douce morale qui lui a suggéré les Réflexions à madame l^électrice de BrunswiC'Lunebourg.
Telle est la liste des manuscrits que contiendra ce premier volume.
Quant aux circonstances avantageuses qui m'ont mis en état de publier ce recueil, j'en ai dit un mot dans la brochure que j'ai fait paraître à mon retour de Hannover. J'obtins du secrétaire archiviste de la bibliothèque, M. Shaumann, la permission de consulter librement les manuscrits qu'elle renferme, « permission, disait Raspe, qui en avait obtenu une semblable, utile aux sciences, hono< rable aux mânes de Leibniz, flatteuse pour moi. » Je dois, en outre, à M. Grotefend, professeur au lycée, la copie de trois lettres; j'en ai fait mention en les publiant. Je pourrais citer d'autres noms qui me sont chers, mais dont la modestie s'offenserait d'un éloge. Tous se sont associés aux vues généreuses du gouvernement de Hannover, qui élève des bibliothèques comme des fontaines pour les répandre.
Cette introduction a trois parties, qui répondent aux trois premiers manuscrits de Leibniz , que nous publions. Déjà, dans un livre qui a récem^ ment paru et qui est le complément de celui-ci (i), l'éditeur a fait connaître l'une des pièces qu'il avait rapportées de Hannover. Et l'accueil que le public a feit à la réfutation de Spinoza par Leibniz l'encourage à donner ce nouveau recueil. Le fait si curieux de& entretiens de la Haye entre Leibniz et Spinoza , dont le souvenir même paraissait perdu et qui sont d'une importance capitale pour l'histoire de deux des plus vastes systèmes de philosophie au xvii* siècle, a paru considérable et était de nature à intéresser dans un temps où l'on est singulièrement curieux d'histoire de la philosophie. Ces nouvelles pièces sont au nombre de onze. La première , intitulée : Sentiment de M. Vévèque de Worcester et de M. Locke des idées, et principalement de l'idée de la substance, est un
(1) Réfutation inédite de Spinoza, par Leibniz , précédée d^un mémoire par A. Foucher de Careil. Ladrange, éditeur. Paris, 1S54*
XXij INTRODDCTION.
document philosophique degrand prix (1). Les questions de métaphysique et de critique se succèdent dans la correspondance de Leibniz avecTabbé Foucher, que nous avons fait suivre (2) : et de nobles et belles vues de morale pratique se révèlent dans récrit à madame Téleclrice de Brunswic-Lunebourg, qui forme le troisième des manuscrits publiés (3). Les considérations qui vont suivre ont paru nécessaires pour relier ces pièces détachées et montrer Tunité philosophique de Tœuvre si fragmentée de Leibniz et dont il semble avoir négligé de réunir les matériaux épars.