‹ Lettres et opuscules inédits de Leibniz. Précédés d'une introductionChapitre 33 sur 42 · SUR LB DICTIONNAIRE DE BAYLE · texte numérisé non relu

SUR LB DICTIONNAIRE DE BAYLE

possibles celuy qui enveloppe le mal est le meilleur). M. Bayle dit qu'il destine ces remarques à humilier la raison (mais cela est suspect et paroist tendre à monstrer que la foy est absurde).

Plutarque objecte que Jupiter rend les hommes souvent malheureux. (Nous ne le sommes peut estre pas, quand nous le serions, nous sommes une portion très peu considérable de l'infini).

On poussoit tellement à bout les Stoïciens qu'on les contraignit de soutenir que le vice étoit utile , car autrement, disoient-ils, il n'y eût pas eu de vertu. (Us avoient raison, c'est la vérité). Chrysippe : rien de plus sot que de vouloir penser qu'il a pu y avoir du bien, s'il n'y avoit pas eu de mal. (Us manquent en voulant expliquer distinctement comment il est utile). Voyons avec quelle force Plutarque les a réfutés. Doncques faut-il inférer que il n'y a point de bien entre les dieux, puis qu'il n'y peut y avoir de mal. Et il y aura accord et mesure en une danse sans que personne y discorde ! (il y aura des circonstances où l'appayence du discord corrigé rendra le mouvement plus beau, c'est un trait plus hardi) et santé au corps humain sans maladie ! (peut estre n*y auroit-il en nous aucune santé, s'il n'y avoit en nous de petits animaux malades). Et il n'y aura pas de vertu sans vice ! (il faut croire qu'elle ne seroit pas

186 RBMiRQUBS CRITIQUES, RTC.

si grande). La goutte est-elle pour la bonne disposition des pieds? (La goutte peut estre bonne pour autre chose quoiqu'elle ne le soit pas pour danser). Achille auroit-il esté chevelu si Thersite n'eût été chauve? Jupiter n'a point composé ce monde comme une farce grande, variable et de grande science (tmô, ostez seulement le mot choquant de farce), ains comme une ville commune aux hommes et aux dieux, (ma^ cela s'accorde, mais outre les hommes il y a une infinité de créatures) pour y habiter avec justice et vertu (il faut croire qu'il n'y auroit pas tant de vertu s'il n'y avoit quelque vice)* La vie de l'homme depuis le commencement jusqu'à la fin, est désordonnée, dépravée et perturbée (je ne suis point de ce sentiment). Il n'y a rien de pur (je l'accorde, c'est autre chose). Cependant il faut avouer, dit M. Bayle, que les Stoïciens avoient raison à quelque égard, par exemple le luxe des grands fait subsister des familles.

FRAGMENT d'DNE LBTTRB DE LEIBNIZ. 187

FRAGMENT D^UNË LETTRE DE LEIRNIZ (1).

Il n'y auroit point de multitude s'il n'y aroit des véritable* unités. Or, les véritables unités ne doivent point avoir des parties, autrement elles ne seroient que des amas de ces parties, et par conséquent des multitudes et nullement des véritables unités. On peut même dire que les seules unités sont des estres entièrement réels; puisque les amas ou aggrégés sont formés par la pensée qui comprend à la fois telles et telles unités et toute la réalité des choses ne consiste que dans ces unités.

Cela estant, puisqu'il y a quelques modifications et quelques changemens de modification dans les choses, il faut que cela résulte des modifications et changemens qui sont dans les unités. Et il faut bien aussi que ces unités contiennent quelque réalité, autrement ce seroient des riens. Il faut aussi qu'elles ayent des prédicats qui les fassent différentes les unes des autres et susceptibles du changement.

Or, la variété dans l'unité ou dans l'indivisible est

(1) Cette lettre^ écrite sur une grande feuille double, porte au verso les noms de Bayie et Beau val : c'est le motif qui Ta fait nogef parmi le» papiers qnl concernent Bayte, où elle se trouve, L^éditeur croit qu'elle est ie complément de la tuivanlt et qu'elle (ait corps avec elle.

Page 1