‹ Lettres et opuscules inédits de Leibniz. Précédés d'une introductionChapitre 34 sur 42 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

justement ce que nous opposons aux modifications de rétendue, c'est-à-dire aux figures et mouvemens, et par conséquent c'est ce que nous appelions perception et quelques fois pensée, lorsqu'il est accompagné de réflexion. De sorte qu'on voit bien que ces unités ne sont autre chose que ce qu'on appelle ame dans les animaux ou principe de vie dans les vivans, et entéléchie primitive dans toutes pour les corps organiques ou machines naturelles qui ont quelque analogie avec les animaux.

Or n'y ayant point moyen d'expliquer comment une unité a def l'influence sur l'autre, et n'estant point raisonnable de recourir à une direction parti* culière de Dieu comme s'il donnoit tousjours aux âmes ou unités des impressions qui répondent aux passions du corps; il ne reste que de dire, que chaque unité exprime par sa propre nature, et suivant son point de veue tout ce qui se passe dehors, de sorte que l'union de l'aine avec son corps où elle est dominante, n'est autre chose que l'accord spontanée de leur phénomène.

Et puisqu'on peut tousjours expliquer dans le corps, par les loix mécaniques, le passage d'une impression à l'autre, il ne faut point s'étonner que l'ame passe aussi d'elle-même en vertu de la nature représentative d'une représentation à l'autre, et par

d'une lettre de leibmz. 189

conséquent de la joye à la douleur. Tout comme la situation du corps et de l'univers à l'égard de ce corps le demande. Aussi a-t-il esté bien remarqué par Socrate, chez Platon, que le passage ou trajet du plaisir à la douleur, est fort petit,

11 s'ensuit encor de tout cecy que les âmes ne sçauroient périr naturellement, non plus que Tunivers, et qu'ils leur doivent tousjours refléter des perceptions comme elles en ont tousjours eues lorsqu'elles ont esté" puisque rien ne leur vient de dehors , et que tout se fait en elle dans une parfaite spontanéité.

Cependant il faut avouer qu'elles sont bien souvent dans un estât de sommeil, où leurs perceptions ne sont pas assez distinguées pour attirer l'attention et fixer la mémoire. Mais comme chaque unité est le miroir de l'univers à sa mode, il est raisonnable de croire qu'il n'y aura point de sommeil éteçnel pour elle, et que ses perceptions se développent dans un certain ordre, le meilleur sans doute qui soit possible. C'est comme dans les crystallisations des sels qui se confondent, qui se séparent enfin et retournent à quelque ordre. Il faut dire encor, suivant l'exacte correspondance de l'ame et du corps, que le corps organique subsiste toujours et ne sçauroit jamais estre détruit; de sorte que non seulement l'âme, mais même l'animal doit demeurer. Cela vient

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de ce que la moindre partie du corps organique est encor organisée ; les machines de la nature estant re* pliées en elles-mêmes à l'infini. Ainsi, ny le feu, ny les autres forces extérieures n'en sçaiiroient jamais déranger que l'écorce.

On ne sçauroit toujours déterminer si certaines masses sont animées ou entéléchiées, parce qu'on ne sçauroit toujours dire si elles forment qn corps organique, ou si ce ne sont que des âmes, comme par exemple je ne sçaurois rien définir du soleil, du globe de la terre, d'un diamant.

Il y a de l'apparence que toutes les substances intelligentes créées ont un corps organique qui leur est propre. Ce seroit pourtant une question s'il n'est pas possible qu'il y en ait qui passent de corps en corps dans un certain ordre et d'autres qui sont tousjours attachées à un même corps.

Mais je doute qu'on puisse expliquer distinctement ce changement, et par conséquent je doute qu'il est conforme à l'ordre. Car il faudroit supposer la destruction d'un corps organique pour le priver de l'âme, car tout corps organique en a par la raison qu'il en peut avoir sans inconvénient. Et tout corps organique de la nature estant infiniment replié est indestructible. Et la preuve qu'il est infiniment replié est qq'il exprime tout; de plus, le corps doit

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exprimer l'état futur de l'âme ou de l'entéléchie qu'il a, et cela en exprimant son propre état futur. Supposé qu'il ne se forme point de nouveaux corps organiques, et que les vieux ne se détruisent point, quelle marque aurons nous pour dire que l'âme d'un corps organique est allée dans l'autre, outre que deux âmes ne sont point dans un même corps organique, et qu'il faudroit ainsi un échp^nge d'âmes? De plus, cet échange d'ames se remarque dans les corps ou non ; s'il ne s'y remarque pas, il est contre l'ordre, car le corps doit tout exprimer. S'il s'y doit remarquer, il faudroit voir comment cela se peut faire. Quel moyen d'exprimer le passage d'une ame par les loix d emécanique.

On pourroit pourtant excepter les esprits, ou ce ne seroient pas les loix mécaniques mais des loix morales qui marqueroient la translation et l'identité d'une âme avec l'autre, car j'appelle esprit les entéléchies ou âmes qui sont susceptibles des vérités éternelles, sciences et démonstrations, et qui peuvent estre considérés comme sujets d'un gouvernement tel qu'est celuy de la cité de Dieu dont le monarque est la souveraine intelligence. Or, il se pourroit faire qu'une même intelligence passât d'un corps dans Fautre, en ce que les loix mécaniques mesmes fissent renoistre ailleurs une vie qui continuât la mienne

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et une intelligence qui s'attribuât ce qui est arrivé à nioy. Les perceptions et les mouvements de son corps qui s'entre répondent, le menant à une imagination telle, qu'en effet elle feroit la mémoire du principal qui m'est arrivé, de sorte que moralement cette intelligence seroit moy et me continueroit Cela paroist possible, mais il me paroist plus conforme à l'ordre que l'identité morale soit tousjours accompagnée d'une identité physique , et que chaque unité estant l'univers en raccourci soit bien gouverné encor selon les loix de la morale.

Eœtrait d'une lettre datée de Berlin^ 19 novembre 1701 (1).

Pour ce qui est des unités, V. A. E. les entendra autant qu'elles sont intelligibles si elle en veut prendre la peine. Car elle juge bien que tout ce qui est corporel et composé, est multitude et non pas véritablement une unité ; et que toute multitude cependant doit estre formée et composée par l'assemblage des unités véritables; lesquelles par conséquent n'estant plus composées ny sujettes à la dissolution,

(i) Cette lettre» bien qu'elle ne porte pas de suscripiion, était destinée à Téiectrice Sophie. Elle est inédite.

d'une LUTTnE DE LE[BNTZ. 19â

sont des substances perpétuelles quoyque leurs façons d'estre changent tousjours. Or, ce qui n'a point de parties ny d'étendue n'a point de figure aussi ; mais il peut avoir de la pensée et de la force ou de l'effort, dont on sait aussi que la source ne peut venir de l'étendue ny des figures; et par conséquent il faut chercher cette source dans les unités ; puisqu'il n'y a qu'unités et multitude dans la nature , ou plus tost il n'y a rien de réel que les unités; car tout assemblage n'est que la façon et apparence d'un estre, mais dans la vérité il est autant d'estres qu'il contient de véritables unités. Et comme dans un trouppeau de brebis, les estres sont les brebis, mais le trouppeau même n'est qu'une façon d'estre ; on peut dire que dans la rigueur de la vérité le corps de chaque brebis et tout autre corps est luy-même un trouppeau, et qu'on ne trouve l'estre même que dans l'unité parfaite qui n'est plus trouppeau. D'où l'on peut conclure qu'il y a des unités par tout, ou plus tost que tout est unités. Et toute unité a une manière de vie et de perception, et ne peut avoir que cela. Mais dans les assemblages réguliers de la nature, c'est-à-dire dans les corps organisés comme sont ceux des animaux, il y a des unités dominantes dont les perceptions représentent le total ; et ces unités sont ce qu'on appelle des âmes et ce que chacun entend, quand il

loi FRAGMENT D^UNB LETTRE DE LSIfiNIZ.

dit moy. Et comme le corps d*un animai peut estre composé d^autres animaux et plantes, les corps ont leurs ftmes ou leurs unités propres, et il est mani* feste que ces animaux , ces unités ou ces forces primitives sont dominantes dans leur petit département quoyquelles soyent assujetties daqs le corps plus grand dont elles concourent à former les organes, et dont elles peuvent estre détachées, parce que les corps sont dans un mouvement et flux continuel. Cependant il y a lieu de juger que toute &me garde teusjours un département qui lui convient.

A Haanover, ce ii de juillet i68&.

Monsieur , Je scay que vostre charge de secrétaire de TAcademie royale aussi bien que tant d'autres travaux utiles au public vous laissent peu de temps de reste* Cela m'a empêché de vous écrire, d'autant que j'avois M. l'abbé Mariette dans vostre compagnie qui m'écrivoit de temps en temps. Mais sa mort que j'apprends avec beaucoup de douleur m'oblige i Monsieur, d'avoir recours à vous. Si la bonté que vous pourrez avoir encore pour une personne à laquelle vous avez voulu du bien autresfois, vous engage peut estre à vouloir perdre quelques heures davantage chaque année qu'avant que de m' avoir répondu» Je scay qu'il se passe tant de belles choses dans l'Académie, que je ne sçaurois quiter le désir d'en

(1) Inédit. L'original autographe est conservé dans la bibiio^ thèque de Hannover.

apprendre quelqu*une de temps en temps; non plus que la vénération que j'auray tousjours pour tant d'illustres qui la composent, parmy lesquels j'espère que MM. Carcavy, Blondel, Hugens, Galloys, les deux Perrault, Cassini, Picard, Duclos, Dodard, Borelli, Bianchini (1), du Vernay, de la Hire, se portent encor bien et s'y trouvent quelques fois. Et je seray ravi d'être confirmé dans cette espérance, aussi bien que d'apprendre les noms de ceux qui sont entrés depuis. Pour M. Hugens, je doute s'il est de retour. Mais surtout je voudrois scavoir ce qu'on va publier de la part de l'Académie et de ses membres, et même ce qu'on en a imprimé depuis quelque temps. Car comme une partie de ces choses n'est pas venue à ma connoissance, je souhaitte de savoir si on a continué les définitions des arts mécaniques qu'on avoit commencées par l'ordre de'' r Académie, si le méridien de l'Observatoir est établi, et si on a observé la variation de l'éguille le long de ce méridien; item, si la machine qui élève l'eau de la Seine à Saint Germain, pour la faire aller h, Versailles est en sa perfection, et ce que M. Moreland (2), Anglois, a fait ou fait de bon à Versailles.

(Ijr Blondel (1617-86), Cassini (1625-1712), Picard (1620-82), Duclos (1715 ?), Dodard (163ii-1707), Borelli (1608-79), Bianchini (1662-1729).

(2) S. Morland (1625 1697), de Berlishire, élëv. des eaux.

En voilà trop de demandes, dires vous, monsieur, mais comme il vous est aisé de m*y satisfaire, et qu*une lettre ne vous couste pas plus que la conversation, je me flatte de quelque explication. Je souhaitterojs de vous pouvoir mander quelque chose en échange, et il dépend de vous de m*honorer de vos ordres. On commence maintenant d'introduire dans ce pays la manufacture de Tacier fait de fer, et on a des preuves assés bonnes puisqu'on en a fait des rasoirs. J'ay étudié un peu les mines dont nostre pays abonde, et j'ay des sentimens tout à fait différons de ceux d'Agricola, de Des Cartes et de M. Sténonis , il y en a quelques uns dont j'ay démonstration qui confirment fort les autres opinions que j'en ay.

Ayant appris de M. Tschirnhaus qu'on n'avoit pas encor trouvé la ligne de M. Perrault qui se décrit en traçant obliquement un corps sur une table avec un filet, je la cherchay, car les méthodes que j'ay à présent laissent peu de chose de cette nature à désirer. Et j'ay trouvé sa nature, et qu'on la peut décrire encor par une autre voye plus ordinaire. Je croy qu'on aura essayé la description du feu artificiel ou du phosphore que je communiquay à l'Académie. On m'avoit promis la communication de quelques autres belles curiosités dont je ne. désespère

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pas. Il est vray que U. Tschirnhaus tn^apporte la composition de Tor rendu volatil et d'an sel végétaU mais par malheur le papier s'en est perdu, et je vous supplie, monsieur, de me l'obtenir de réchef avec quelques autres curiosités dont on trouvera à propds de me faire part. Lbibnik.

FONTENELLP A LEIBNIZ (1).

Monsieur,

Il faut que je commence par me justifier d'une apparence de paresse dont vous pourries me croire coupable, si cependant on en peut être soupçonné quand il s'p.git d'entretenir commerce avec un homme tel que vous. La lettre que vous m'avés fait l'honneur de m'écrire de Bronsvic, du 8 septembre dernier arriva pendant que TAcadémie étoît en vacances et toute dispersée. Ainsi je fus obligé d'attendre qu'elle fust rassemblée principalement pour la pouvoir consulter sur cette correction des tables Rodolphines que vous m'envoyiés. La compagnie ne se rassembla selon ses statuts, que le samedi d'après la Saint Martin, et ce fut une assemblée publique où je ne pus lire notre lettre. Mais à l'assemblée

(1) Inédit. L'original autographe est coqservé dans la bji^liQthèqud d« Hannover*

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suivante, je la lus, et il fut résolu que Ton examineroit cette nouvelle proposition sur les élémens du soleil et de îa lané. Ge n'est que depuis deux jourë, que j*ai sur cela le sentiment de F Académie. Le voici :

L'époque que Toii propose de 1701 commençant pour le moyen mouvement du soleil, étant réduite au méridien de Paris, se trouve à quelques secoildes près de celles que M. de la Hire a établie dans ses tables astronomiques, et peut être que cette petite différence vient de la disposition de l'équation du temps de Tun et de Tautre. Pour ce qui est de réquation du centre du soleil, cet auteur propose \A plus grande de 1*^86' 90" aussi à quelques secondes près de celle de M. la Hire. Mais comme cet auteur, suivant ce qu'il dit, doit former la table entière dfe l'équation du centre du soleiU selon là méthode de Kepler, on juge qu'elle ne pourra tout au plus convenir avec le ciel, que dans le point de l'équinoxé dû printemps dont il a parlé.

Pour le système de la lune on le croit nouveau, mais il faudroit l'examiner sur les observations célestes.

Vous savés sans doute, monsieur, qu'il y a longtemps que M. Gassini a abandonné l'ellipse de Kepler, qui est l'ellipse ordinaire, pour lui en substituer une autre, ou, au lieu de la somme des lignes tirées d'un point de la circonférence aux deux foyers.

ce sont les rectangles de ces lignes qui sont toujours égaux. M. de la Hire ne paroit point s'être déterminé pour aucune courbe, et je vous avoue que je soupçonne un peu qu'il se trouvera à la iin, que les corps célestes n'en décrivent efifectivement aucune qui soit régulière ni exacte. Cette irrégularité, renfermée cependant dans de certaines bornes, me parott plus convenable à la physique, quoiqu'assés incommode pour l'astronomie.

A cette occasion, je vousdirai, monsieur, queM. Varignon, l'un de nos plus grands géomètres, nous a donné depuis peu une méthode générale pour trouver les différentes forces centrales qui poussent une planète. Il n'apas manqué en commençant cette recherche de nous rendre la justice qui vous étoit due, et de nous dire que vous, monsieur, et M. Neuton, vous étiés les premiers et mêmes les seuls, qui eussiés porté la géométrie jusqu'à découvrir ces pesanteurs des planètes vers le soleil, outre cela comme M. Yarignon ne se sert jamais que du calcul différentiel, et que par là il va fort bien, c'est une obligation continuelle qu'il a à l'auteur de ce calcul, et qu'il publie avec beaucoup de plaisir.

Il est vrai que M. deTournefort (1 ) est allé en Grèce et en Asie par ordre du roi, pour la recherche des

(d) Tournefort (1656-1702).

simples et les comparer avec ceux des anciens. Il a mené avec lui un habile dessinateur» qui est aussi habile botaniste ; et il nous a déjà envoyé un grand nombre de desseins de plantes de ces pays-là ; il y a même quelques desseins et quelques descriptions anatomiques d* animaux. Le roi lui même a la curiosité de les voir.

Sa Majesté a aussi ordonné que Ton continuast la méridienne qui doit traverser la France. M. Gassini partit ces vacances pour aller du costédu Midi : il est présentement à Toulouse, c'est à dire que la méridienne y est aussi. Il ne reviendra point quMl ne Tait conduite jusqu'à Textrémité la plus méridionale du royaume. Ensuite M. La Hire achèvera ce qui reste à faire du côté du septentrion ; vous savés, monsieur, quelle est la grandeur, la difficulté et Timportance de cet ouvrage.

Il y a deux ou même trois académiciens qui se sont particulièrement chargés de la description des arts. On est déjà bien avancé dans celui de Timprimerie par où Ton a commencé, parce que c'est lui qui conserve la connoissance de tous les autres. On travaille en même temps à quelques autres arts; mais ce travail ne peut être qu'un peu lent à cause, du grand nombre de recherches qu'il faut faire chés les ouvriers, et de la peine qu'on a à rien tirer d'eux.

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On ne songe pas présentement à la géographie d^Abolfeda, cela viendra dans son ten)ps, mais on ne peut pas tout faire à la fois.

Apparemment, monsieur, on ne vous a pas bien expliqué ce qu'on vouloît dire par ce fisu actuel que Voti produit par iréaction. Je ne sais ce que ce peut être. M. Amontons (1) un des élèves , a proposé un moyen de faire travailler le feu pout* mouvoir des machines, comme on fait travailler Tair et Peau. D'un autre costé, M. Bernoulli de Groningue nous a écrit sur un phosphore qu'il fait à coup sûr dans le baromètre, mais ni l'une ni l'autre de ces deux choses ne me paroist convenir à ce qu'on nous a dit. M. Lémery, un des chimistes de l'Académie, nous a fait voir dans un matras un tonnerre artificiel, avec un feu qui circulait dans le tîiatras. Je ne sais si ce seroit cela, mais enfin voilà tout ce que je connois d'expériences nouvelles de TAcadémie où le feu soit entré.

Vous ne serés plus désormais incertain sur ce qui se sera passé dans l'Académie, car à la fin de chaque année paroistra toujours l'histoire de cette année, selon que le règlement de 1699 y oblige l'Académie. Gela ne s'est pas encore exécuté, parce qu'il

(1) Amonlons, 1621-1705. Voy. Fonteqelle, Hist. <U VAcad,^ i706ip. 189.

DE LBIBNIZ. 203

a fallu quelque temps pour prendre une forme nouvelle, et peur donner à tout un premier branle. Mais enfin c'en est fait, l'histoire de 1699 va parqj^tre au commencement de 1701 ; celle de 1700, à P^çsqyes ou k la Pentecoste de 1701, et celle de X'JOi k h fin de l'année, après quoi le çoura|it ira toujours s^ng interruption.

On mettra dans cette histoire les pièces l^s pli|^ importantes, telles qu'elles auront été données par leg académiciens, et comme cette compagnie YQiî^cpnte pour un de ses principaux membres, quanti yqu^ VQu-? drés, monsieur, lui communiquer quelqu' unp de vos dé^ couvertes, on sera ravi d'en pouvoir orqer Tbi^toirp,

On a fort applaudi au choix de monsi^m- l'électeur de Brandebourg, qui vous a donné Is^ ^feç\\QX\ de la nouvelle Société cju'il a foncjée ppqr les sciences (1). L'Académie espère beaucoup 4e cp^ établissement et de celui qui en aura le soin.

Voici, monsieur, une lettre d'une longuem* que je vous supplie de me pardonner. Je me suis la.issé emporter au plaisir de vous écrire, Je suis ftveç beaucoup de zèle , monsieur, vqtrp très humble et très obéissant serviteur. FontpnelIiE.

De Paris, ce 8 décembre 1700.

(1) Yoy, Çarihoimess, Pntoixe 4^ VÀc^émip4e Berlin.

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Monsieur ,

Il est vrai que je suis assés occupé, et je le suis même plus qu'un autre ne le seroit en ma place, tant parce que je ne suis pas naturellement fort laborieux, que parce que plusieurs matières différentes qui me passent par les mains et qu'il faut que j'entende, sont quelquefois un peu élevées pour moi, et me demandent du temps. Mais avec tout cela, je trouverai toujours bien le loisir d'entretenir un commerce qui m'instruit autant, et me fait autant d'honneur que celui que j'ai avec vous.

J'ai lu à l'Académie votre nouvel essai de science numérique. La Compagnie avoit quelque droit sur cet ouvrage puisqe vous avés bien voulu être un de ses membres. Elle y a reconnu cet esprit de découvertes qui vous est particulier ; et elle attend avec impatience les applications que vous nous promettes de ce nouveau calcul. Elle ne doute point que les utilités que vous en tirerésne récompensent suffisamment l'incommodité dont il paroist par la quantité des chiffres, et peut être avés vous trouvé quelque

(1) Inédit. L'original autographe est conservé dans la bibliothèque de Hannover.

moyen de diminuer celte quantité. Quoi qu'il en soit, un plus grand éclaircissement sur cette matière jious fera un extrême plaisir.

Le feu par réaction dont on vous a parlé n'étoit certainement que Texpérience de M. Lémery ; elle est imprimée dans son cours de chimie que vous connaisses. Ainsi je ne vous en dirai rien de plus. Mais à nostre dernière assemblée publique, M. Homberg fit précisément Texpérience dont vous me parlés des deux liqueurs qui s'enflamment en un instant et avec violence. Ce qu'il y a même de plus singulier, et de plus beau, c'est qu'il en a fait une proposition générale de physique. Toute huile essentielle de quelque plante aromatique des Indes, comme huile essentielle de canelle, de sassafras, etc., s'enflamme avec un esprit acide bien deflegmé. Si vous avés, monsieur, quelques expériences qui étendent encore ou qui modifient cette proposition, vous obli- ^ gérés extrêmement l'Académie de le lui communi-quer. I^es idées que vous nous donnés, monsieur, sur la dilatabilité des corps et sur la recondensation^ ont paru fort ingénieuses, mais d'une exécution difficile. Les grandes dilatations cassent tout. On fera pourtant quelque tentative quand on en aura l'occasion, et cela iroitplus viste si vous vouliés bien nous aider de quelque projet d'expérience plus circon-

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stancié, à la fin fja chaque année de ce qui se sera passé dans rAcadémie ; personne ne mériteroit autant que vous, monsieur, d'en être instruit avant le public ; mais outre que cela pe vous avanperoit ps^ beaucoup le temps, je ne pourrois vous dire les choses avec la même étendue et dans )e même détail où Thistoire nous les donnera.

Pour les MS. de la bibliothèque du rtn^ dont le traducteur d'Albufeda (1) pourroit avoir besoin^ c'est une chose qui ne regarde ni TAcadémie ni aucun de ses membres. Il faudroit pour cela s'adresser à ceux qui ont soin de 1^. bibliothèque, et si vous ma jugiés propre à cette négociation , j'eiécuterois vos ordres avec beaucoup de ponctualité.

Votre essai des sciences numériques sera dans l'histoire de cette année 1701. Si vous y vouléd ajouter quelque chose, vous aurés assés de loisin L'Académie vous prie d'eqrichir son histoire annuelle le plus que vous pourrés, de quelques unes de vos découvertes, et je vous supplie en particulier de croire que je suis avec une parfaite estime et nu sèle ex-^

(1) Omadeddin-Ismaël-Ben-Ali-Abtil-Fedd, célèbre géogWpht arabe, auteur du Takwin el boldan, seuDirectio terrarum^ ouvrage divisé en 28 parties qui comprennent toute la terré connue. Leibniz négocia par intermédiaire, et pour un savant d'Allemagne, avec iâ bibliothèque du roi, pour avoir le maauscrit d'Abul-Feda. - r '

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tréme, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

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