‹ Lettres et opuscules inédits de Leibniz. Précédés d'une introductionChapitre 36 sur 42 · FONTENELLE · texte numérisé non relu

FONTENELLE

De PariSt ce 9 septembre 1704.

BB LBIBNIZ. âSâ

N'avois-je pas raison, Monsieur, d'estre un peu en peine de la destinée de ce que j^avois pris la liberté de vous envoyer il y a longtemps, puisque vous me faites enfin Thonneur de m' apprendre, sur ma demande réitérée, qu'on ne trouve pas à propos de mettre dans le journal la réponse que j'ay faite au P. Lamy, parce qu'elle est polémique à ce qu'on dit au lieu que j'avois cru qu'elle estoit purement philosophique. Si cette résolution m'avoit esté connue plus tôt, j'aurois peut estre déjà un autre moyen de répondre à ce père, pour me justifier auprès du public, et je vous supplie cependant d'avoir la bonté de faire remettre ma réponse entre les mains de M. Pinson.

Pour ce qui est des dyadiques, la première pièce que j'avois envoyée estoit et doit être encor pour l'Académie seule, et la seconde, où les dyadiques sont comparés avec les caractères de Fohi, est destinée au public. Ainsi je vous supplie, monsieur, de ne faire mettre dans vos mémoires que la seconde pièce toute seule et non pas la première, et de marquer cela au-dessus des papiers, afin qu'après quelque

(1) Écrit au dos de la lettre de Fontenelle, et de la main de Leibniz.

Mh . LBTTBEI

temps on ne i^oublie. J'attends vos belles méditations sur riniini ou infiniment petit. Il est vray que chez mqi, les infinis ne sont pas des touts et les infiniment petits ne sont pas des grandeurs. Ma métaphysique les bannit de.36s terres. Elle ne leur donne retraite que dans les espaces imaginaires du calcul géométrique, où ces notions ne sont de mise que comme les racines qu'on appelle ime^ginaires. La part que j'ai eu à faire valoir, le calcul des infinitésimales ne m'en rend pas assez amoureux pour les pous^r a.u delà du bon sens. Et la vraie métaphysique ou phi* losophie si vous voulés, ne me paroit pas moins im- . portante que la géométrie, surtout s'il y a moyen d'y introduirq aussi les démonstrations qui n'en ont été qqe trgp bannies jusqu'ici avec le calcul qui sera nécessaire pour leur donner toute l'entrée dont elles ont besoin*

Cependant il y faut préparer les lecteurs par des écrite exotériques. Lesjournaux m'ont servijusqu'icy, mai» je vois bien que le vôtre, parvenu à un certain &ge où Ton ne se soucie plus des bagatelles, ne veut plus que des pièces de poids et qui^ ayent corps. Je . vûudrois estre toMJours en estât de vous en envoyer de cette force, mais mon esprit est devenu moiqs propre à porter le travail des calculs et des figures, et il croit qu'il luy est permis maintenant de s'égayer

un peu, sauf aux autres de mépriser ses productions tardives. Je suis le premier à me rendre justice là dessus^ et je trouve toujours des gens qui me font plus d'honneur que je ne mérite, puisqu'il est vray que même » un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire (1). »

Ayez la bonté de remarquer h M. l'abbé Bignon, que j'ay toujours la déférence qu'il faut pour ses sej)timens«

Je suis avec zèle, monsieur. ?

(1) On remarquera le ton piqué de ces deux dernières lettrés. Fontenelte avait un peu négligé les envois de Lei))nis, et Leibniz, de 9Pa côté, tes lui rappelait avec une insistance qui ^vait déplu«

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