INTRODUCTION. XXV
reconnaître, s'arrêtait de préférence aux résultats négatifs du platonisme, encore exagérés par ses disciples immédiats, les académiciens. Et c'est en s'appuyant sur l'Académie que, dans une critique ad hoc, il refuse aux dogjmatîques, s'ils veulent rester fidèles à Tesprit de Platon et même aux règles de Descartes> le droit d'instituer des recherches de la yérité, en pattant de trop nombreuses hypothèses.
Appliquée au P. Malebranche, quel est le sens et la valeur de sa critique, sur quoi porte-t-elle ; quelles en sont les conséquences, qu'en pensait Leibniz?
Quant à la forme, on ne saurait nier que Malebranche.soit dans la discussion par écrit, soit même dans les conférences qu'il eut avec l'abbé Foucher, ne lui ait laissé prendre sur lui de très grands avantages. Malebranche, timide et défiant comme un solitaire, ne se laissait pas conduire volontiers aux entretiens ou aux correspondances de philoso-. phie (1). Il n'y voyait que le temps dérobé à l'étude et au silence. Et comme il li'y venait que malgré lui et comme contraint^ il en gardait de l'humeur contre ses interlocuteurs ou ses contradicteurs. Leibniz l'en raille un peu dans une de ses lettres
(1) Il en était d'ailleurs surchargé. M. Gousio, d'aprèsle P. André, fait monter à cinq cents le nombre de ses lettres.
XVii INTBODPGTIQM.
avec cet esprit qui Teût fait rechercher des plu 9 délicats. « Je conçois fort bien» écrit-il à Haiebranche^ qui Tavait rebuté, que ceux qui ont la faculté de comprendre et de s'énoncer, trouvent plus de plaisir dans les conversations que dans les disputes par écrit. (Il se trompe; Malebranche n'aimait pas plus les unes que les autres.) Mais ceux qui sont aussi pesants qqe moi ne peuvent pas les suivre; car ils se trouvent arrêtés partout, au lieu que les écrits leur laissent le loisir de méditer; Cela étant, il est conforme à Tcquité et môme à la charité que ceux qui sont plus parfaits aient quelque condescendance pour les plus faibles. »
L'abbé Foucher, sans avoir l'esprit poli d'un Leibniz ou la brillanle imagination d'un Male^branchef sut, dans ses rapports avec le second, mettre les formes de son côté. J'en citerai deux exemples.
Malebranche, mécontent de la critique de l'abbé Foucher, qui avait paru sous forme de lettre peu de temps après le premier livre de la Recherche^ avait ajouté en tête du second une préface assez vive dirigée contre l'auteur de la Critique; puis, mieux conseillé, sans doute, il Tavait retirée. « L'auteur de la Recherche ^ dit l'abbé Foucher, commençant une nouvelle réponse, ayant esté la préface de son deuxième volume dans la quatrième édition, il n^e sera permis de retrancher celle qui
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çstoit jointe à cette réponse. Ce n'est plus des circonstances particulières de notre dispute dont il s'agit icy, ny de sa manière de répondre, et je suis bien aise de n'avoir plus à me plaindre d'une pré* face qu'il a retranchée (1). »
Dans un autre endroit de sa critique^ ayant à se plaindre des formes ironiques, souvent inciviles qu'emploie Malebranche, Tabbé Foucher, avec une véritable élévation d'idées et de sentiments, généralise la question, et sans rien lui faire perdre en précision, il l'agrandit. Il trace à l'esprit sa marche à travers les difficultés et les contrariétés qui l'assiègent dans la carrière des hautes études. « Il faut, dit-il, qu'après avoir parcouru tous les sentiments qui sont capables de l'engager, après en avoir tenté tous les moyens qu'il pouvait prendre pour arriver où il souhaite, l'esprit se trouve comme forcé de retourner sans cesse dans le même chemin. Ainsi,
(1) Conduit par une curiosité naturelle à la recherche de cette préface qui parrut en tête du deuxième volume de Malebranche, en 1675, chez André Pralard, fut réimprimée en Hollande en i67S, puis disparut totalement des éditions suivantes par ordre de Tauteur, nous nous sommes procuré l'édition princeps et très rare de la Recherche de la vérité, et nous y avons lu avec regret et admiration les pages où il châtiait Tabbé Foucher dans un style qui sent Corneille. Désireux de faire partager au lecteur une émotion bien vive à la vue de Mallebranche irrité, puis retranchant par humilité son éloquente préface, nous donnons en note, à la fm du volume, quelques pages de sa défense. Voir l'appendice.
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sans s étonner de toutes les objections, les ayant prévues dans leur source^ il est nécessaire qu'il s'accoutume à vaincre tout ce qui pourrait l'arresler^ et que par cette sorte d'exercice estant aguerri pour ainsi dire en matière de sciences, tousjours égal et tousjours intrépide, il avance à la découverte des plus importantes veritez et qu'il acquière enfin cette heureuse imperturbabilitéqui doit calmer toutes ses inquiétudes. »
Jamais plus haute leçon, on l'avouera, ne fut donnée à cet esprit ombrageux et délicat de Malebranche; et jamais surtout elle ne fut soutenue d'une plus m&le sévérité de langage. Mais on se tromperait si Ton croyait que tout est de cette trempe dans l'œuvre de Tabbé Foucher ; Leibniz lui-même reconnaît qu'en général il y a plus de subtilité que de profondeur et des méditations plus sèches que solides (1).
Qu'est-ce qu'un chercheur de la vérité , dit-il , dans un autre passage de sa critique toujours à l'adresse de Malebranche qui avait institué une telle recherche? « C'est un homme qui veut se former un ordre dans ses idées qui ait tant de correspondance avec celui des choses, qu'en le suivant il soit exemt de toutes sortes d'erreurs ; un homme qui veut établir un système entièrement infaillible
(1) Voir Tappendice au nom de Foucher.