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fondé sur la réalité des choses indépendamment de toutes les apparences trompeuses à notre égard. «>
Malebranche s'est-il formé un tel ordre? a-t-il fondé un tel système? Telle est la question que se pose ensuite Tabbé Foùcher. Sa réponse, comme on devait s'y attendre, est négative.
Mais ici nous entrons dans le fond du débat engagé entre Malebranche et Tabbé Foucher, et Leibniz ne pouvait manquer de reconnaître au premier une supériorité métaphysique qui ne nous paraît pas contestable.
Sans doute, Tauteur de la Recherche de la vérité n'échappe pas à la critique ; il se laissait aller volontiers aux élans d'une théosophie sublime mais périlleuse. Quand onl'entend s'écrier dans un saint enthousiasme : c< Je me sens porté à croire que ma substance est éternelle et que je fais partie de rÊtre divin et que toutes mes pensées ne sont que des modifications de la raison universelle, » on ne sait qu'admirer ou que craindre le plusou de cette noble confiance qui trahit le plus mystique des philosophes ou de Spinoza, qui se charge de propager comme un écho terrible l'aveu du théosophe français. Mais quand on veut réfuter Malebranche et faire la critique de son livre, il est une chose qu'il n*est pas permis d'oublier, que Foucher et Ârnauld lui-même oublient trop souvent, c'est que quelque incertitude, quelque hésitation que tra-
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hisse d'ailleurs sa métaphysique, c'est à un disciple de récole de Descaries, etau plus grand peutêtre, qu'on a à faire. Arnanld aura beau qualifier son système « la plus mal inventée et la plus inintelligible hypothèse, » il aura beau lui écrire quatre lettres sur deux de ses plus insoutenables opinions y et Tabbé Foucher, qui partage sa manière de voir sans renoncer en termes aussi durs, pourra bien critiquer une à une toutes ses hypothèses et réfuter pièce à pièce sa théorie des idées ; jamais pour ma part, appuyé sur Leibniz, je n'admettrai que Malebranche ail soutenu la thèse qu'on lui prête dans les termes où l'on veutqu'il l'ait soutenue. On veut que Malebranche ait inventé l'hypothèse des idées images ou êtres représentatifs, intermédiaires obligés entre le monde et nous, sortes de recrues faites par l'âme pour reiqplacer les objets absents, distinctes et de l'âme qui connaît et de l'objet qui est connu. Eh bien, je dis qu'attribuer à Malebranche une telle hypothèse, qui rappelle les fantômes scolastiques et les qualités occultes de la matière, c'est assurément bien mal comprendre le cartésien fidèle, qui pousse plus loin que son maître peut-être la prétention de tout ramener à rétendue pure et l'élimination des formes substantielles, des entités fabuleuses, des forces occultes. J'en demande bien pardon à l'abbé Fouchet ; sur tout ce qui intéresse l'unité de ia substance divine
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OU la spiritualité de l'être qui pense, il demeure inattaquable, et Ton a peine à comprendre qu'on lui attribue des systèmes qui comprometteril Tune et l'autre. Malebranche avait donc bien quelque droit de se plaindre, dans celte préface qu'il a retirée^ de n'être pas compris par son adversaire, et l'on y sent partout la noble fierté du génie méconnu. « Celui qui m'attaque, dit-il, ne doit point trouver à redire à la manière dont je me defFens. Si je ne réponds point amplement à toute sa critique, ce n'est pas que je le méprise. On peut juger que je n'aurais pas repoussé les coups qu'il m'a voulu porter, si je n'avais cru qu'il fût assez fort pour me blesser; et je pense avoir plus de droit de me plaindre de la négligence avec laquelle il me critique, qu'il n'a droit de se fâcher de la manière dont je lui répons. »
Aussi il s'en faut de beaucoup que Leibniz donne raison à l'abbé Foucher dans cette discussion, qui mène aux plus hautes considérations de la métaphysique. ,
ce Les idées, dit-il, répondant pour Malebranche, leÈ idées, quoi qu'elles ne sont point estendues, peuvent servir à l'âme à connoistre l'estendue, et il peut 7 avoir un rapport entre ce qui est estendu et ce qui ne l'est pas, comme par exemple entre l'angle et l'arc qui le mesure. »
Le point de départ de l'abbé Foucher, que les
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idées ne représentent que si elles sont semblables^ est très contestable. Il fondrait d*abord définir ca que c'est qu'être présent à Tâme et ce que c'est qu'être semblable. 11 y a deux présences^ Tiine locale, dont la sensation nous avertit ; Tautre virtuelle, que la perception seule peut accomplir. U est bien évident qu'il ne peut êU*e ici question que de la seconde.
U en est de Vkème de cette condition sine quâ non de toute représentation dans le système de Tabbé Foucher, à savoir que l'objet et l'idée soieitf semblables. S'agit-il d'être semblables quant à la substance? Je ne le pense pas. L'abbé Foucher n'est pas panthéiste. Il s'agitdonc seulement d'être semblables quant à l'effet produit ; mais alors U faut répondre à cette question : Comment un objet et ridée de cet objet peuvent-ils produire les mêmes effets sans être semblables quant à la substance. Évidemment cette question est une des plus difficiles de la métaphysique, et l'abbé Foucher qui la soulève est loin de la résoudre. Je ne crains même pas de dire que si l'idée n'est, comme il le prétend, qu'une façon d'être de l'âme ou une qualité de la pensée qui doit être semblable aux objets, la question est entièrement insoluble, ou du moins les deux seules solutions possibles sont toutes deux insoutenables. En effet, quel est le nœud du problème? C'est d'expliquer comment
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râine> cRff4teQte dû corps^ a l'idi^e de ce dernier? comment Tesprit différent: de la matière a l'idée de da! matière? Si l'on supprime cetle idée de la di^érenoé^ rien n'est plus facile. Or, les deux seules soltitioDs possibles /dans lejs termes où s'est placé Tabbé FaucKer^ la, suppriment également. L'une est lasolulioE matérialiste qui tranché la difficulté «en^i^nt l'âme égalelaulcorpâet en transposant les quaUUés de lar nfâtière : solution grossière à force d'/être simple^ et: d'ailleurs aisément réfiutable et déjà réfutée. L'autre est la solution panthéiste, pi^s. savante, mais! aussi plu&. dangereuse^ qui n'a pas^depeine àiéxpliquer là similitude des effets, puisqu'elle pose éù principe la parfaite identité des causes.; mais solution quiv à vrai dire, n'en est pas une, puisqu'elle est contre la supposition* .Toutes deux ont cela de. commun, qu'elles sup*priment des différences essentielles et dont elles devaient tenir coippte. La première supprime la difféirenGè^énorme qu!il.y a entre, connaître et sentir; Ik seconde, la différence non. moins grande qu'il y à entre le monde et Dieu. La source de cette jijQuble erreur est dans cette double affirmation de Vabtbé Foucher : 1** que l'idée, comme la sensation, n'est qu'une modification de nous-mème; 2** que l'idée ne peut représenter l'objet qu'à la condition de lui être semblable.
^ Mais l'idée, pour être représentative^ n'a pas
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besoin d'être semblable aux choses» et, en second lieu, ridée n'est pas qu'une feçon d'être de Tàme^ qu un simple mode de la pensée, correspondant à un mode de l'étendue. Sur ces deux points, victorieusement rétablis par (Leibniz contre l'abbé Foucher, Malebranche, suivant lui, fait donc progresser le cartésianisme sans toucher au principe cartésien lui-môme, qui est le dualisme réel, inéluc* table des sens et de la raison, de l'esprit et de la matière : 1"^ L'idée peut représenter sans être sem-^ blable ; l'idée n'est donc pas forcément, fatalement l'analogue du fait. L'élément de la différence que nous signalions à Torigine est maintenu. 2*" L'idée n'est pas qu'une façon d'être de Tàme, elle est aussi l'objet immédiat de sa perception, elle a une réalité objective différente de l'àme elle-même, et le principe de la connaissance est au*dessus sans être en dehors des êtres contingents et relatifs que nous sommes.
En rétablissant ces deux thèses de Malebranche qu'il explique, Leibniz fait deux choses. Par la première, l'âme se reconnaît, se distingue du Corps, elle se débarrasse du matérialisme; par la seconde. Dieu nous apparaît au sommet de la connaissance, distinct de l'âme sans lui être étranger. Par elle le panthéisme est écarté et la véritable connaissance établie.
Le système, ou plutôt, pour noqs conformer aux
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habitudes sorupuleuses de l'abbé Foucher, Vhypth thèse de la vision en Dieu à laquelle le lien logique des idées nous amène est pour ce dernier le sujet d'une discussion fort bien conduite, et qui forme a meilleure partie de sa critique. « Effet du juge*» ment et de la piété de l'auteur, cette pensée, nous dit-il, est bien propre à nous inspirer en môme temps du respect et de T amour pour cet estre souverain duquel nous empruntons nos plus se^ crettes oofinoissances. » Mais ce n'est qu'une supposition, et elle aie tort de s'appliquer à des objets qui appartiennent à la foi ou du moins qui doivent être considérés comme les dernières conclusions de la science humaine, « je veux dire Tessence de Dieu, sa inaniôre de connetre ou de produire les créatures, la subordination de ses idées et toutes les différentes unions dontnoup sommes capables à son égard (1) : » vaste domaine de connaissances et de pensées, où le génie de Malebrancbe se complaît, où l'esprit plus timide de l'abbé Foucher refuse de s'élever, si ce n'est par degrés.
Il n'entre pas dans le plan de ce travail d'expo* ser la vision en Dieu de Malebranche, mais seule* ment, après avoir indiqué l'opinion de Foucher, d'ajouter ce que LfCibniz en pensait. Qui ne re» gretterait oependant de ne pouvoir s'engager dans
(I) Képon^e à la cdUqiie.