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les voies de Malebranche, quand on passe si près de ses doctrlDes? Qui n'admirerait cette admirable philosophie cartésienne qui profite à l'esprit hu* main, même par ses excès? Qu'est-ce, en effet, que ce système de la vision en Dieu, si ce n'est le fruit naturel du dualisme cartésien poussé jusqu'à ses dernières conséquences? Quand vous avez mis d'un côté la pensée et de l'autre l'étendue,, ici l'âme, plus loin le corps, dans un isolement et une indépendance absolue l'un de l'autre, quand vous avez déclaré complètement impossible tout rapport de l'âme au corps ou du corps à Tâme et aboli toute influence naturelle de Tesprit de l'homme sur la matière^ afin de sauver l'âme de toute contagion de la matière sur l'esprit, ainsi dépouillé de tout ce qui fait l'éclat de grandeur, de force et de richesse, l'esprit, qui n'a plus rien à attendre de la terre et qui voit bouchées toutes les ouvertures des sens, se retourne forcément vers Dieu ; il lui demande et il en reçoit sa forme, son achèvement^ sa perfection dernière; il reconnaît en lui son principe et sa fin, l'objet immédiat de sa connaissance et de son amour ; il attend de lui tout ce qui lui manque, et il sait que du repos de sa substance Dieu fera sortir, quand il lui plaira et d'une manière immédiate, des créations merveilleuses et y produira des mouvements sublimes.
Telle est la doctrine cartésienne un peu étendue
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par son premier disciple immédtaU Leibniz, qui ne saurait l'accepter de Descartes, plus sec et plus dur^ et qui fait trop violence aux esprits, ne peut s'empêcher de l'aimer dans Malebranche, qui 1^ fait entrer par les douces ouvertures de la piété dans les cœurs. C'est que Leibniz^ plus juste envers Malebranche que Tabbé Foucher et qu'Arnauld, très attiré d'ailleurs par la doctrijie de la vision en Dieu, penchait évidemment par 1^ ten-» dances de son génie et les instincts de sa philosophie en faveur de Malebranche ; si d'ailleurs, par Tengagementd'un commerce épistolaire avec Tabbé Foucher, il éprouvait peut-être à son insu plus de sympathie pour ce dernier, plus affable, plus pré-* venant, plus poli, ce que n était pas toujours Malebranche, plus rigide ou plus fier. 11 eut dans ce débat le double mérite d'éclairer et de compléter la doctrine malebranchienne des idées sur le point en litige, sans jamais en suivre lauteur sur cette pente du mysticisme et d'une sorte de quiétisme intellectuel essentiellement contraire aux habitudes vigilantes et actives du génie de Leibniz.
Ses conclusions sont en général favorables à MalebrauQhe :
l*" Malebranche a raison, suivant lui, de ne pas accepter la définition de Vidée^ prise exclusivement pour la qualité ou la forme de la pensée. Elle est aussi l'objet immédiat de la perception de l'âme;
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et Leibniit pense que c^esl là le sekitimenl de Platon comme celui de Malebi'&nche.
a* Outre ridée image^ il y a Tidée, qui est le Rudement de la conaaissancet De ce genre, sont les idées de Tétre, de la pensée, dé la durée, de ridentité.
S"" Le tort de Matebranche est de ne pas prendre le mot idée dans un sens fixe et de donner lieu à do dangereuses équivoques.
¥ Son tort le plus grave est de nous refuser là connaissance de notre âme, ce qui serait ouvrir, oomme le remarque fort bien Tabbé Foucber, une porte de derrière au scepticisme impitoyablement exclu d^ailleurs.
b^ Le mysticisme de Malebranche consiste à t&roire qu'il y a des unions naturelles de Tâme avec Dieu qui la dispensent d'avoir des idées, tandis que de telles unions constituent des faits essen** tellement de Tordre surnaturel et étrangers à la philosophie.
Sur ce point, Tabbé Foucher qui a tort sur les autres, a raison contre Malebrûnchë. Quelle que soit en effet) l'union de Thomme avec Dieu ici--bas, et même plus cette union est intime, plus les idées nous sont nécessaires pour connaître. Elles Sont les effets mêmes de cette union dans notre âme ; et c'est par leur impression vive et permanente en
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noos*aidaie que nous sentons vivre et se mouvoir notre intelligence (i).
Ces oonclusions n'empochaient .pas d'ailleurs Leibniz de professer une estime singulière pour l'abbé Foucher. L'abbé Foucher^ sans avoir la lar* geur des vues^ l'universalité , les qualités d'un grand philosophe^ avait toutes celles de l'esprit critique. Il ne fondrait pas le juger d'après le titre d'académicien qu'il s est donnée ou plutôt ce titre lui-^méme ne fait que mettre davantage en relief cette tendance critique qui l'attirait vers une ques» tion d'histoire de la philosophie dans un temps où l'histoire de la philosophie était encore à naître^ qui lui faisait ouvrir des vues assez neuves sur Platon, sur le Sophiste^sur le Parménideet sur les sentiments de l'ancienne Académie, qui lui dictait enfin un jugement sévère^ mais presque confirmé sur les deux plus fameuses hypothèses de son temps, la vision en Dieu de Malebranche et Tharmonie préétablie de Leibniz » D'ailleurs, et malgré ce titre, comme malgré l'opposition qu'il fait au réalisme de Malebranche et aux principes métaphysiques de Leibniz, il ne représente tout à fait ni le nominalisme, ni le scepticisme. On pourrait^ avec quelque raison, l'appeler le père du criticisme, que Kant a exposé plus tard avec une vigueur
(1) Ces coaâlUBiotiB sont tn partie extraires de notes iiiédiies de Leibniz à la critique de l'abbé Foucher, qu'on trouve à l'Appendice.
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étrangère à Tabbé Foucher. Cette nuance du scepticisme, qui n'esl que de la méfiance au lieu d'être une négation bardie de tous les principes, qui refuse de se mêler de théologie par excès de prudence et de réserve, qui prend les allures et les formes de l'Académie (1) afin de se mettre à couvert sous l'autorité d'une ancienne école de phi* losophie, tous ces traits distincti£s et curieux méri* taient bien d'attirer quelque peu l'attention sur Fauteur estimable de la meilleure critique de la Recherche de la vérité qui ait paru au xvii' siè* cle (2). Sa correspondance avec Leibniz montrera mieux encore le prix qu'en foisait ce dernier. Il y a parmi ses lettres quelques pièces de la plus haute
(1) Leibniz, trop habile pour ne pas voir ce qu'il y avait de chimériqae à vouloir nous rendre réellement Tancienne Académie, écrivait à &uval : « M. Foucher, qui travaille h faire revivre la secte des académiciens, m*a envoyé son quatrième livre sur leur philosophie. Il tâche de donner un bon sens à leurs pensées et de faire voirquMls ne doutaient pohit pour douter, mais pour apprendre. Mais il ne paroit pas qu'ils aient appris grand'chose, et M. Tabbé Foucher est obligé de leur prêter beaucoup du sien pour nous faire croire qu'ils ont eu de bonnes connoissances. » Feder, p. 6tu — Voy. note à la fin du volume, un Jugement plus sévère et moins vrai sur Tabbé Foucher.
(2) Il en faut excepter l'entretien d'Ariste et de Philarète, que M. Erdmann a cru devoir intituler Eosamen des principes du P. Malebranche, et qui est en effet la critique du malebranchisme, mais non la critique spéciale de la Recherche de la vérité. Voy« £d. Ërdmann, p. 690.
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imporlance (1). Leibniz, qui le savait assez opiniâtre pour ne pas aisément modifier ses opinions particulières, avait aussi trop de perspicacité pour ne pas voir qu'après tout la réforme de l'Académie ne conduisait à rien et ne faisait pas avancer l'esprit ; croyant toutefois l'abbé Foucher encore assez retenu sur la pente du nominalisme et du scepticisme pour rester supérieur à ces deux formes du doute, il voulut lui en montrer, une fois pour toutes, lenéantetlastérilité.C'est ainsi que, sans le blesser par une réfutation trop vive, il cherche à l'éclairer par cette admirable revue qu'il consent à foire avec lui dans sa lettre n"" 1 . Il y discute les fondements de nos connaissances et les bases du savoir humain (2) ; c'est un monument inconnu de la philosophie leibnitienne,et pourtant décisif et concluant sur la question vitale de toute science, celle de la certitude.