t A M. Pabbé Vaarin, curé de «enèTe
TunD,2C août 1830.
Monsieur l'abbé,
Je saisissais la plume pour vous apprendre que j'étais encore en vie, lorsque votre dernière lettre m'est arrivée ;
Î22 LETTliE 1S20
je ne iSàvaîs rien de votre excursion à Troyes. Quel esprit vous pousse comme une paumé passant d'une raquette à Tautref Je pense quec*est un esprit blanc^ meilleur encore que celui ae Socrate. Je vous envie le plaisir que vous avez eu de faire connaissance avec cet excellent évoque de Troyes, qu^on ne saurait assez louer. 11 est du petit nombre de ces hotnmes précieust destinés à souffler sur le feu sacré en attendant que d'autres vieiinent le recueillir; alors il s'allumera et jettera des flammes immenses, mais nous n'y setons plus; — et qu'est-ce que cela tait?
Revenons à l'excellent évêque; j'attends avec un extrême empressement son oraison funèbre de TinfortUné duc de Berry. Il a eu grandement raison de ne pas la faire à teau tiède. J'ai beaucoup admiré le roi très-chrétien, qui n'a pas voulu que les voûtes de Saint-Denis entendissent cette pièce ; voilà ce qu'on appelle un jugement sain et des précautions ultra-sages! ! ! C'est cette prudence admirable qui engendre les Louvel et les hommes du 16 août. — Qui peut comprendre de pareilles têtes? Nous verrons eiieore des choses étranges; mais un grand miracle final est infaillible.
Toutes vos histoires de Genève sont très-intéressantes; la procession eii chemises surtout est impayable. Cependant, Monsieur l'abbé, ayei la bonté de vous rappeler ce que j'ai eu l'honneur de vous dire plus d'une fois à travers les persécutions et les brocards : L'œuvre avance. Qu'on appelle vos surplis chemises, et vos bonnets carrés cornes, les surplis et les bonnets ne sont pas moins là. — Et qui Peut dit, il y a trente ou quarante ans?
Le plan de l'église catholique bâtie à Londres est ici; elle coûte deux millions. Les marbres, les peintures et les artistes même sont venus d'Italie. C'est là, Monsieur l'abbé, oii se prépare le grand œuvre.
Ah! si jamais la inêine foi parlait deux langues,.., etc.
(?est un homme de TOtre cotinrtwince qid a écrit ccb.
Je suis bien aise que tous ûjet tu M. de Sftint-Priest Cest un digne homme, dont l'histoire est corieiae; je ne Sjiis 8*il vous l'aura dite. Où sont ses enfants?
Je connais parfaitement Fabbé Nicole : c'est bien Fnn des plus fltis meries que j'aie TUS de ma rie. n fera un bien inuDenae à sa place, sll Pa résolu. Quant à tous. Monsieur fabbé y Tons avez parfaitement bien fiiit de ne pas quitter la TÔtrc : elle est trop importante pour qtffl tous soH pernûsde renâcler. Genève seule occuperait un homme d'État, mais l'on n'y pense seulement pas. Si la chose dépendait de moi, tous auriez de mes nouTcUes.
J'ai lu avec un plmsir extrême l'ourrage de M. de HaDer que TOUS m'aviez adressé; mais lorsqu'O m'anÎTa j'étais en France, uniquement occupé du mariage de mon fils. Mes trois enfants savent rallemand ; une de mes filles m'a lu en français l'ouTrage en question. La lecture de l'aUe-» ttmA me prend beaucoup de temps ; je n'en ai plus asMt pour déchiffi*er. Je vous le répèle, j'ai été raTi de cette pto ductton. Il est impossible de troUTcr un homme plus Téritablement philosophe, plus sage, plus instruit, animé de vues plus sûres et plus générales. D serait impossible de disputer avec lui sur aucun point; enfin, Monsieur Tabbé, je ne connais pas de plus digne complice de notre grande conjuration. En disant la vérité à l'Espagne, il Ta dite à U)usles hommes; mais, si je ne me trompe infiniment, il aura bientôt un texte plus terrible et plus important: TAnglelerre me paraît assez disposée à nous donner quelque tragédie du grand genre. — Ce ne sera pas sans lavoir bien mérité! C'est par ces épreuves épouvantables que nous devons passer [>our arriver... Ici je m'arrête. Je salue cet avenir que je ne dois pas voir.
Ma lectrice m'avait proposé de traduire Vou\Tage de M.deHaller, et nous étions prêts à mettre la main à lœu-
vre, lorsque les papiers publics m'ont appris qu'il avait été traduit à Paris. C'est fort bien fait.
Dites-moi, je vous prie, si M. de Haller est fils du célèbre Albert? Dans ce cas nous dirons : Nec degenerem progénérant aquilx columbam. — Voilà que j'oublie mon Horace! il fallait dire imbellem; mais vous me pardonnerez en songeant à quelle distance je suis de mon collège.
J'ai été on ne peut plus content de votre compliment à révéque du congrès: les comédiens qu'on nous lance nous obligent de l'être.
U me parait impossible que mon dernier ouvrage n'ait pas pénétré dans la curieuse Genève. S'il vous arrive quelque jugement un peu remarquable (surtout en mal), faites-le-moi connaître.
Voilà bien quatre pages, si je ne me trompe ; c'est un phénomène dans les formes. Mais voyez ce qui m*arrive : à force d'écrire, je ne sais plus écrire , je ne forme plus mes lettres. Je fais des pddààâlés; enfin vous ne saurez bientôt plus me lire, — et alors je ne vous écrirai plus. En attendant cette triste extrémité, recevez l'assurance la plus sincère de mon estime sans bornes et de ma haute considération.