A !!• Pabbé de liamennais
Turin, 6 septembre i82o;
Monsieur Tabbé,
commence par \ ième volume) cor vous avez eu la bonté de nfapprtiudre que vous aviez
Je commence par vous remercier de votre li\Te (deuxième volume) comme si je l'avais re^u, puisque
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doDoé ordre qu'il me fût adressé ; cependant je ne F ai pas reçu : heureusement^ j'ai trouvé un ami qui me Ta prêté; presque en même temps j'ai reçu votre lettre du 28 août, qui m'a ùài toute la peine possible en m'apprenant tous les chagrins que vous donne ce second volume. J'y ai trouvé^ je pois vous l'assurer sans flatterie^ d'aussi bonnes intentions et le même talent que dans le précédent: pen* sées fortes et profondes^ grandes vues, style pur, élégant, grave en même temps, et très- fort adapté au sujet; souvent enfin la pointe de Sénèque et la rondeur de Cicéroa.
Je ne suis point étonné, au reste, de la guerre qu'on vous bit. L^omme d'esprit qui vous défia, à Tapparition de votre premier volume, de faire le second, n'avait pas tant tort; le sujet de l'indiflërence religieuse expose continuellement l'auteur à en sortir, parce qu'il est continuellement tenté de démontrer par de nouveaux arguments la vérité de cette religion, sur laquelle on se permet la plus témérabe indifférence. C'est autre chose encore dans votre second volume, où vous examinez les sources de la vérité : nouvelles tentations de sortir de votre sujet, qui, à prendre la chose rigoureusement, est renfermé dans les quatre derniers chapitres de votre premier volume. A Dieu ne plaise, cependant, que je veuille vous disputer les heureux préparatifs et les superbes vérités concomitantes dont vous avez flanqué ce bel édifice ! mais je dis que vous gagnerez à ne pas sortir de ce cadre. Dans le premier volume, vous étiez constamment poussé dans le royaume d'Abbadie; dans le second, vous entrez sans le vouloir sur les terres de Malebranche. — Qu'est-ce que la vérité. Monsieur l'abbé? Le seul qui pouvait répondre ne le voulut pas. Vous savez sans doute que le traité du docte Huet sur la faiblesse de V esprit humain alarma plusieurs lecteurs; et Voltaire ne manqua pas de dire qu'i/ réfutait la démonstration évangélique. 11 vous
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arrive quelque chose de semblable. La première partie de votre second volume alarmera de fort honnêtes gens, et d*autres hommes, beaucoup plus nombreux, feront semblant d'être alarmés, il faut vous y attendre î Humani a te nil alienum putes. Je le dis dans un sens nouveau, mais très-vrai. J'ai bien compris la raison par laquelle vous échappez aux attaques qu'on vous porte, celle de la raisM universelle. Le temps me manque, Monsieur l'abbé, pour me jeter dans cet océan. Je vois bien quelques véritables difficultés, mais je ne cesserai de vous dire : Courage ! Votre idée à l'égard de Rome est excellente ; j'y ai des amis importants, ou, pour mieux dire, amis d'amis; mais c'est égal : je vais écrire sur-le-champ, et je ne doute pas que votre soumission ne soit fort agréée. Quant à la France, autant que je puis en juger de loin, je vous conseille de laisser tomber l'affaire. Ne répondez rien; allez votre chemin sans faire attention aux cigales : l'hiver viendra bien après l'automne. Si j'avais un conseil à vous donner, ce serait celui-ci, avec votre permission : Ne laissez pas dissiper votre talent. Vous avez reçu de la nature un boulet, n'en faites pas de la dragée, qui ne pourrait tuer que des moineaux, tandis que nous avons des tigres en tête. On s'empresse d'attacher votre nom à une foule de sujets, ce qui est bien naturel; mais, croyez-moi, n'en faites rien. Recueillez vos forces et votre talent, et donnez-nous quelque chose de grand.
Après tout, Monsieur Tabbé, nous avons tous un grand défaut, dont il n'y a pas moyen de nous défaire : c'est d'être fils d'un homme et d'une femme ; y a-t-il rien d'aussi mauvais sur la terre? Nous avons beau faire, vous et moi, et tous nos confrères les humains, je dis les mieux intentionnés, dans tout ce que nous faisons il y aura toujours des taches humaines : Lt documenta damus qua simm origine nati. C'est cependant une assez belle consolation
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potif VOUS de savoir 9 sur Ift parole dlioilfteiir dé totlfi les gens de goût^ qu'après vous àVoir soumis à là criti-' qne là plus sévère, vous ne serè« pins que Tuft des plus gi^ds écrivains du siècle. ^ Pauvre homme ! prenèl^ pa^ tience.
n ne tne reste qu*à ra'acqultter à votre égard d'un devoir bleh précieux pour moi t celui de Vous remercier des beaût et intéressants articles que tous avez bleu voulu me consacrer dans të Défenseur. J*en àî lu trois, et je ttô sais si Vûi lu le dernier. Je souhaiterais, mais bien eu vain, qu^ils fùssetit aussi dignes de moi qu'ils sont digues dt Vous.
Je suis, avec la plus haute considération, etc.
17S. — A If • le Ticomie de Bônald, à Wrli.
TariD» 4 décembre 1820,
Monsieur le vicomte,
Comment pourral-je reconnaître assez la manière excessivement honorable pour moi avec laquelle vous avez WeU voulu vous exprimer sUr mon dernier ouvrage dans te numéro du Défenseur, où vous défendez avec tant de logique et d'éloquence le second Volume de M. l'abbé de Lamennais, Pun des premiers complices de notre bande? Esl-il possible. Monsieur le vicomte, que j'aie si bien réussi auprès de vous, et que, dans cette page si précieuse pour tnoi, Tamitié n'ait point fourré de ses exagérations ordinaires? Enfin, je mels tout au pire : il me restera toujours votre illusion, qui sera infiniment précieuse pour moi.
puisqu'elle ne peut être que l'ouvrage de ce sentiment que je mets au rang de mes propriétés les plus chères. Je trouve aussi M. Tabbé de Lamennais bien heureux d'avoir eu un patron tel que vous. Je viens de lui écrire longuement, et je lui donne quelques explications sur un article de mon livre qui Tavait fort intrigué : c'est celui de la vie commune des souverains et des familles royales naturelles. Je vous en conjure, Monsieur le vicomte, examinez cet article de bien près avec vos excellents yeux. Si, en général, les rois ont plus de vie que nous ; si les règnes s'allongent à mesure que la religion se purifie; si les règnes catholiques sont les plus longs, n'est-ce pas une mine bien digne d'être creusée ? — Mais si les règnes catholiques sont de vingt-cinq ans, comme en France, en Piémont et ailleurs, et si la vie commune des hommes n'est que de vingt-sept ans, comment n'y aurait-il pas plus de vie dans la maison royale ? Il faudrait alors que tous les souverains fussent montés sur le trône en tombant dans le berceau. Examinez bien, je vous prie.
Quant au célibat, j'ai l'intime conviction d'avoir poussé la question à bout; j'espère que le fameux argument tiré de la population est détruit par la racine; et nous pouvons dire, Salulem ex inimicis nostris, puisque c'est le protestant Malthus qui en a fait les plus grands frais.
Je ne doute pas. Monsieur, qu'à la fm nous ne l'emportions, et que la victoire ne demeure à la langue francise. Mais il arrivera des choses extraordinaires qu'il est impossible d'apercevoir distinctement. Dans une de mes Soirées de Saint-Pétersbourg, j'ai rassemblé tous les signes (j'entends ceux qui sont à ma connaissantt^) qui annoncent quelque grand événement dans le cercle religieux. Si l'ouvrage s'imprime, vous m'en direz votre avis, et j'espère, en vertu de l'étonnante (correspondance qui s(î trouve entre nos deux tètes, ([uc mes raisons ne vous paraîtront