‹ Lettres et opuscules inédits (volume 2)Chapitre 21 sur 100 · DE M. LE TICOMTB DE BONALD · texte numérisé non relu

DE M. LE TICOMTB DE BONALD

plus d'un) quelque Piémontais qui ait de bonnes raisons pour désirer de quitter son pays et de vivre en France sous la douce influence des idées libérales^ dansFaimable compagnie de nos libéraux, qui veuille me donner dans vos fertiles plaines à peu près le même bien qui reste à ma femme et à mes enfants (car, pour moi, je suis^complétement hors dlntérét dans les questions de propriété), en vérité je serais bien tenté de changer mon domicile, si je pouvais vivre auprès de vous, et trouver dans quelque coin de la terre ce repos qui me fuit !

Donnez-moi, Monsieur le comte,* de temps en temps de vos nouvelles; instruisez-moi surtout de ce qui vous sera personnel, à quoi je prends un vif intérêt. L'élévation d'un homnie de bien me rafraîchit le sang, et il me semble que je suis élevé avec lui. Instruisez, éclairez; vous êtes sur un plus petit théâtre, mais vous y avez la liberté de vos mouvements, et votre voix s'entend de loin.

Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de la plus tendre, de la plus sincère estime, et de l'attachement respectueux avec lequel je suis votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Le vicomte de Bonald.

P. S. Je ne connais pas l'ouvrage de M. de Montlosier dont vous me parlez. Je le chercherai. Il a bien voulu parler souvent de moi, et pas toujours dans des écrits imprimés.

82 LETTRI 1817

Ijettr« ém Ticemte de Bonald mm eemte de Maistre.

Paris, 16 décembre I8i7.

Monsieur le comte,

Je profite, pour répondre à la lettre que vous m^aTez fait rhonneur de m'écrire le 15 du mois dernier, du départ pour Naples, où il va comme attaché à l'ambassade, du fils de mon collègue M. Benoît, conseiller d'État desiituéy excellent jeune homme, dont notre abbé Lamennais a fait un disciple, ou plutôt un frère ou un fils. Il doit passer par Turin , et m'a promis de vous remettre ce paquet : j'y joins quelques détails sur une œuvre à laquelle j'appartiens moi-môme, dirigée, sous l'autorité des ecclésiastiques les plus recommandables, par un nombre considérable de jeunes gens ou autres de toute condition, depuis la pairie jusqu'à l'humble place de commis, qui se dévouent à cet acte sublime et touchant d'humanité avec une ferveur, un zèle, une tendresse véritablement admirables. Quand on est trop aigri par tout ce qu'on voit, ce qu'on entend; quand on est prêta désespérer delà France, il faut, pour rasséréner son âme, aller voir les différentes œuvres entreprises par ces jeunes gens, dont mon ami et parent ]\1. de Roussy, que je vous ai recommandé, était un des plus fervents instruments. Ce sont ici les petits Savoyards qu'on catéchise, dont on soigne et la conduite et l'existence; là, ce sont de petits malheureux condamnés à plusieurs années de prison presque avant Tàge de raison, en qui la malice a devancé l'age, et qui dans les prisons, confondus avec de grands scélérats, sans travail, sans instruction, livrés à la corruption la plus profonde, et à de détestables et trop ceiiaines leçons de crime, sous des lionmies qui, à la lettre, le professaient; des malheureux.

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