DE H. LE VICOMTE DE BONALD
nation m'a rafraîchi le sang. Il y a donc encore un pays en Europe où la vertu et le talent sont bons à quelque chose ! Vos journaux n'en ont pas parlé, pas plus que de votre ordonnance en faveur des spoliés : ils n^en parleront pas, crainte de scandale. L'annonce d'actes de justice envers les choses ou envei's les personnes pourrait tirer à conséquence; elle ne poun'ait pas en faire naître Tidée, mais elle risquerait d'exciter quelques regrets : c'est là que nous en sommes.
Vous aurez été instruit, et peut-être mieux que moi, du désordre et de Vimbroglio politique où nous nous sommes trouvés pendant dix à douze jours, avec un gouvernement sans ministre aucun. De ce chaos est sorti une création toute nouvelle et tout à fait différente de celle qui devait naturellement en résulter, s'il n'y avait pas eu une inconcevable absence de sang-froid et de jugement. Vous savez, Monsieur, avec quels éléments commence notre Chambre ; et les élections qui restent à faire dans quelques départements non représentés, à cause de doubles nominations ou de démissions, ne nous en promettent pas d'une autre espèce. Si vous me demandez où l'on va et ce qu'on veut, je croirai vous en donner une idée assez juste en vous disant, comme je le pense, qu'on veut creuser une naine sous la monarchie, la charger, et puis se tenir prêt à y mettre le feu, sans avoir dans le moment, je crois, l'intention de la faire sauter. Vous concevrez notre position en vous disant qu'on peut faire tout en France , bien et mal, avec le roi, et qu'on ne peut rien faire sans lui. Ainsi, nous parlerons encore à des sourds. Notre minorité sera renforcée par des ministériels effrayés un peu trop tard sur les suites d'un système qu'ils ont trop fidèlement servi; mais je doute, malgré leurs promesses, qu'ils puissent nous donner la majorité, et l'autorité a de trop puissants moyens de séduction. La Chambre des
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pairs est mieux organisée^ et tout annooee que sa BQaj(^ rite sera bonne; mais eMe ne peut rien faire^ et ne peut qu'empêcher; et puis^ si nous étions trop forts ou que nous allassions trop vite y on aurait recours à la dissolu* tion^ qui^ forçant de rouvrir les élections dans toute la France sous Tempire de la détestable loi que nous avons portée^ serait sans doute la consommation: au reste^nous ne sonunes pas seuls menacés , et les petites puissances^ en attendant les grandes^ seraient ébranlées et entraînées dans notre chute.
Aujourd'hui que le favori a culbuté ses rivaux, qui ont fait d'énormes fautes, qu'il les a culbutés àTaide des«>Miependanis, sentira-t-il que ces instruments, bons pour détruire, sont impuissants à rien fonder? Aura-Uil assez de force de caractère et de génie pour leur faire front, et les combattre avec une majorité qu'il aurait si facilenient? Sentira-t-il que, s'il les ménage ou s'il s'en sert, il sera leur première victime, et qu'il ne peut les abattre qu'en s'en séparant avec éclat, et même avec scandale*? C'est la seule ressource qui nous reste aujourd'hui; mais les choix faits ou annoncés pour des places subalternes éloignent ce dernier espoir, et la France sans doute ne sera pas sauvée, si elle doit l'être par des hommes.
Qu'est devenue madame de S.? Où qu'elle soit, faiteslui, je vous prie, parvenir mes respects.
Adieu, Monsieur le comte ; croyez que je voudrais être dans le pays que vous habitez; on nous dégoûte de notre propre patrie ; nous y sommes, comme les premiers chrétiens, hvrés aux brtes et déchirés par des monstres. Une haine invincible de la noblesse, du cltirgé , de toutes institutions bomies et utiles, perce de toutes parts : tout est couvert d'un nom révéré et des formes les plus légales. Nous périssons aux cris de Vive le roi et la charte! — Lisez-vous le Conservateur? Nous nous y défendons de no»