‹ Lettres et opuscules inédits (volume 2)Chapitre 27 sur 100 · DB H. LE TICOHTB DE BONALD · texte numérisé non relu

DB H. LE TICOHTB DE BONALD

ici, en parenthèse^ que l'ouvrage n'a pas encore paru^ mais qu'il est incessamment attendu.)

Depuis le 10 juillet 1818^ notre politique a fait bien du chemin. Triste reste de la majorité de 1815^ nous défendons sur la décisive brèche la place si vivement attaquée^ et dont les dehors ont été emportés. Vous avez vu nos dernières élections de remplacement. Benjamin Constant est un des plus sages : jugez du reste ! Nous avons^ suivant Texpression du général la Fayette, perdu la bataille des élections, et ce nouveau convoi est entré pour ravitailler la place. Les destitutions continuent leur train, et tombent toutes sur une seule couleur. La Chambre des pairs, si considérablement renforcée, peut à peine contenir ses membres; nous, nous serons ou dissous après la session, on doublés. La majorité dans les deux Chambres est fixe et systématique : que pourrions-nous faire? Nous ne parlerons plus. Il n'est plus question du Concordat, mais beaucoup de changements dans les cadres de l'armée faits par le duc de Feltre, beaucoup d'alarmes, beaucoup d'inquiétudes... d'étranges espérances, de grandes craintes. Nous n'y pouvons plus rien, la question est hors des Chambres... Le gouvernement n'est plus... J'ai bien fait de ne pas l'approuver; on finira par être de nos avis. Je ne vous parle pas de la licence des écilts, elle passe tout. Un jeune homme, nommé ..., publie un pamphlet où il menace de la mor^ à domicile, au cas que les étrangers rentrent; car il est évident que nous les aurons rappelés... 11 est fait maître des requêtes : voilà où nous en sommes. Où y a-til sûreté? je l'ignore; sécurité, aucune; luxe, plaisirs, dépenses, tant qu'on en veut; esprit, très-peu, et il baisse sensiblement... Des collèges, de bons principes, des œuvres de charité excellentes, de l'attachement à la religion, des jeunes gens parfaits... il y a de tout cela, surtout à Paris. Que faut- il craindre, que faut-il espérer?... Nous ne

ressemblons pas mal à un homme en profonde léthargie qui, les yeux et les oreilles ouverts, verrait faire les apprêts de son enterrement sans pouvoir bouger. Notre position est unique dans l'histoire, et vous en voyez la cause première. Il y a des choses surnaturelles contre lesquelles nous nous débattons en vain. Les moments sont marqués, et sans doute il faut les attendre. Notre session sera fort longue. On. fera passer avec cette majorité tout ce qu'on voudra, et sans doute on voudra en profiter. Si on ne dissout pas cette année, j'en ai encore pour deux ans : c'est trop, et la place n'est pas tenable. Je ne me décourage cependant pas. Si je croyais à la ruine totale de la France, je croirais à la fin de la civilisation et de l'Europe. Plus je vois, plus je crois que son salut viendra de nous, ou ne viendra pas.

Je vais voir la comtesse de S..., et lui parler de vous. Elle loge rue de Grenelle Saint-Germain; toujours bonne, toujours aimable, toujours spirituelle : si nous n'avions que de ces étrangers-là! A propos d'étrangers, je ne connais plus rien à leur politique, et quelquefois je crois trop ia connaître. Aura-t-elle toujours des yeux pour ne point voir?

Quel plaisir m'ont fait les détails que vous me donnez sur votre position ! La vertu et le mérite servent donc à quelque chose, et du moins on les apprécie dans un coin de terre ! Ils sont ailleurs titre de réprobation, et caution de haine et d'outrages. Après les Réflexions philosophiques, on m'a ôté une pension qui m'était nécessaire: celle qui me reste n'est pas payée depuis huit mois, et je crois fort qu'elle ne le sera plus : il me reste heureusement la moitié, sur le trésor royal, de ce qus Bonaparte m'avait forcé d'accepter; sans cela, je demanderais mon pain. Je ne vis, sous les Bourbons, que des bienfaits de Bonaparte, que je n'ai jamais voulu servir 1 Je n'ai écrit

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