‹ Lettres et opuscules inédits (volume 2)Chapitre 31 sur 100 · DE M. LE YICOMTE DE BONALD · texte numérisé non relu

DE M. LE YICOMTE DE BONALD

Ijettre du Tteomte de Bonald mn comte de Malstre.

14 réyrier 1820.

Reçae le 29 février.

Je ne peux, Monsieur le comte, commencer ma lettre sans vous parler du terrible événement qui a plongé tous les gens de bien, les vrais Français, dans la plus profonde douleur; vous Faurez appris par les courriers, et aucun délai! encore n'est venu jusqu'à vous. Quel coup et quel avenir! L'esprit se confond, le cœur se serre en pensant à tout ce que cet événement peut receler d^événements. On dit la duchesse enceinte; mais quel espoir, et surtout après la terrible secousse qu'elle a éprouvée ! Les Chambres ont été assemblées sur-le-champ, pour voter de stériles compliments au roi. Que lui dire avec espoir d'être écouté? Que lui inspirer avec certitude d'en être entendu? Nos détestables écrits, nos pardons scandaleux, nos jugements plus scandaleux encore... les régicides rappelés, oomméSy excusés, devaient en enfanter d'autres, et la cause produit son effet.

Je voulais d'abord vous parler de votre ouvrage ; et ma lettre, remise à aujourd'hui, a rencontré un déplorable sujet qu'il a fallu répandre dans votre sein avant toute autre chose. Je l'ai lu ce bel ouvrage; et ceux mêmes qui y trouvent ce que vous avez voulu y mettre, et qui s'en alarment pour des opinions sucées, pour amsi dire, avec le lait dans leur éducation cléricale ou magistrale, ceux-là sont les premiers à admirer (le mot n'est pas assez fort), à se confondre d'admiration devant le beau génie qui leur a fait ce beau présent. Je vous nommerais MM. de Fonlanes, Marcellus, le cardinal de Bausset,le duc de Richelieu, e tutti quanti. J'en parlai à un évêque un peu récalcitrant.

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«Après ravoir lu, me dit-il, je serai peut-être moins galli- «can que je n'étais : mais si j'étais mécréant, j'en serais c( plus chrétien ; et si j'étais dissident, j'en serais plus caa tholique. » Pour moi, Monsieur, qui vous remercie bien sincèrement de la place que vous avez quelquefois donnée à mon nom et à mes écrits , je ne peux assez vous dire combien j'y ai trouvé de raison, d'esprit, d'élévation, d'érudition, de choses neuves et originales; mais, conmie je l'ai dit, les rois, pour le goûter, ne sont peut-être pas assez chrétiens, et les évêques ne sont pas assez politiques. Il faut avoir considéré la religion dans ses grands rapports avec la société, pour en sentir toute l'importance et en goûter toute la vérité. Un effet général qu'il a produit, est qu'une fois commencé, on ne peut plus le quitter : il faut, bon gré mal gré, aller jusqu'au bout; et M. de Fontaoes, entre autres, Ta tout lu dans un jour. Je puis en dire autant, quoique j'aie été forcé d'y mettre un peu plus de temps. Je voudrais bien en parler dans le Conservateur. J'ignore si messieurs du comité directeur de cet écrit me le permettront, à cause de Fultramontanisme, dont quelques gens ©nt peur, quoique, depuis la restauration, ce sentiment de répulsion se soit bien atitiibli en France.

Je vous ai écrit il y a deux mois; je vous envoyais quelques pièces relatives à une bonne œuvre qui intéresse votre gouvernement. Le fils de mon bon collègue M. Benoît, jeune homme excellent, ami et disciple de M. l'abbé de Lamennais, était nommé à la suite de l'ambassade de Naples, et devait partir de jour en jour. 11 voulait passer par Tuiin ; et le moyen à un Français instruit d'y passer sans vous voir ! Je lui avais donc remis c^ paquet. Son départ est retardé, je le retire, et vous l'envoie avec cette lettre par Tentremise d'un bon Savoyard qui la fera passer par votre amliassade; vous en ferez, Monsieur, tel usage que vous voudrez. Vous m'avez fait dire les plus jolies

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