DE BONALD
MjcUre du Ticon&te de Bonald an comte de Haistre*
3 de Tan I82I.
Reçue le la
Monsieur le comte,
Je suis trop heureux d'avoir pu trouver une occasion ^vorable de dire au public tout le bien que je pense de
votre bel ouvrage. Ce n'est pas une illusion de l'amitié; c'est une conviction de la raison, une certitude du bien qu'il peut faire, et de celui qu'il a déjà fait; c'est surtout une satisfaction inexprimable de me retrouver toujours, Monsieur, sur la même ligne de pensées, de sentiments, d'affection. En vérité, lorsqu'on n'est pas dominé par l'orgueil satanique qui est le partage de nos ennemis, à la vue de l'épouvantable confusion qui règne en Europe, dans les esprits mômes de ceux de qui dépendent nos destinées, on a besoin que l'approbation de quelques hommes supérieurs vienne vous donner la confiance qu'on ne s'est pas tout à fait trompé, et qu'on n'a pas sacrifié à des illusions ou à des erreurs santé, fortune, loisirs, faveur, et tout ce qu'on aurait trouvé sous d'autres drapeaux. Vous voyez. Monsieur, ce qui se passe en France ; et vous n'en serez que plus attaché à cette pensée dominante de l'influence que nous pouvons prendre en Europe, et du bien que de meilleurs exemples peuvent lui faire; c'est ce que j'ai tâché d'exprimer dans l'Adresse au roi, dont j'ai été un des rédacteurs. Il a bien fallu y nommer la charte, quoique je la ro^'arde comme la boite de Pandore, au fond de laquelle il ne reste pas m^nie l'espérance ; je puis le dire hautement, dans le salon des ministres comme dans le cabinet de mes amis. Le roi y a répondu mieux et plus positivenienl qu'il n'avait jamais fait. Nous avons une Chambre excellente, meilleure peut-être qu'en 1815, décidée atout pour conserver l'union entre les bons, malgré quelques dissi(l(»nces d'opinion. No ; adversaires sont peu nombreux, mais décidés à suppléer au nombre par l'audace et l'opiniâtreté. Tout assure la victoire au bon parti, mais une victoire achetée par tous les dégoûts et tous les orages que les méchants sont capables d'exciter. Ce qui me confond, ce qui me plonge dans la stupeur, est que des gens d'esprit appellent cela un gouvernement! Depuis longtemps