DE BONALD
JLettre de M* Pabbé Rey, Tlcaire général de Parch'evêqae de Chantbéry, depuis é^éque d'Annecy.
Chanibéry, 5 février 1820.
Monsieur le comte ,
V^otre Excellence aura lu sans doute ce qui advint un i)eau dimanche, Tan 9i de notre ère, au plus jeune des apôtres; le voici : « Et accepi librum de manu angeli, et devoravi illum : et erat in ore meo tanquam meldulce: et cum devorasscm eum , amaricaius est venter meus, » Eh bien ! Monsieur le comte, les Français, voire même les Savoyards, ont reçu bien incontestablement de la main d'un ange, dont on fait la fête le 19 mars, certain livre doux comme du miel à la lecture : tous l'ont dévoré, mais dans plusieurs amaricaius est venter; et rien ne prouve mieux l'excellence du livre, et la bonté du remède
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qu'il donne à certains estomacs qui ont la maladie des parlements. Je connais des estomacs pour qui la douceur du livre n'a pas fini dans l'œsophage, et qui Torit trouvé infiniment plus doux encore en le savourant, en le ruminant; mais les estomacs où ce remède angélique a trouvé des humeurs peccantes, en latin peccatrices, ont éprouvé et éprouvent encore de rudes tranchées. Ah ! comme c'est drôle de voir certains gros ventres tout amariqués par Teffet de cette lecture ! Rien ne m'étonne, rien ne m'afflige en tout cela; c'est l'effet naturel d'un remède divin contre une maladie humaine. Mais ils auront beau faire, la potion est avalée; et la pharmacie angélique où elle a été préparée a si bien proportionné, arrangé, conditionné la dose, qu'elle aura infailliblement son effet, mais tempore suo.
En attendant, les Français n'ont pas voulu relever le gant et se venger en écrivant mieux que vous, contre v(ms. Ils ont trouvé plus expédient de saisir l'ouvrage que d'y répondre. Il est certain que l'un est plus facile que l'autre ; mais malheureusement la main friponne ne s est appesantie sur le nid que lorsque les oiseaux en étaient presque tous sortis, et je sautais de joie hier en apprenant que deux ballots étaient arrivés à la douane.
Je sais que, parmi les motifs de Thumeur gallicane, Bomiet et le temporel des rois jouent un grand rcMe : attaquer notre dogme national/
Que dites-vous, Monsieur le comte^ d'un dor/me national? Pour moi, je n'en connais que de catholiques; et dès qu'il est national, il n'est plus dogme.
A^Téez, etc.
Rey, vicaire général.
Mi LETTRE 1820
Ijettre de M. Alphonse de Ijantartine à II. le comte ■ ' -^ de llalstre.
Paris, 17 mars IS20.
Monsieur le comte ,
J'étais à toute extrémité quand j'ai reçu la charmante lettre que vous avez bien voulu m'écrire en m' adressant votre bel ouvrage. Je profite des premières forces de ma convalescence pour y répondre, et vous remerciera la fois et du livre et de la lettre, et surtout du titre flatteur de neveu, dont je m'honore ici auprès de tout ce qui vous (îonnaît : ce titre seul vaut une réputation, tant la vôtre est établie à un haut degré parmi tout ce qui apprécie encore un génie vrai et profond dans un siècle d'erreurs et de petitesses. Le nombre en est encore assez grand ; il semble môme s'accroître tous les jours. M. de Bonald et vous. Monsieur le comte, et quelques hommes qui suivent de loin vos traces, vous avez fondé une école impérissable de haute philosophie et de politique chrétiennes qui jette des racines, surtout parmi la génération qui s'élève : elle portera ses fruits, et ils sont jugés d'avance. Je puis vous dire, avec la sincérité d'un neveu d'adoption, que votre dernier ouvrage a produit ici une sensation fort supérieure à tout ce que vous pouviez paternellement en espérer. Vous aurez été surpris que les journaux, surtout ceux qui devaient principalement adopter vos idées , soient restés presque dans le silence à votre égard; mais cela tient à quelques préjugés du pays, dont vous sapez si admirablement les ridicules prétentions gallicanes, et à un mot d* ordre qu'on a cru devoir religieusement observer, et dont j'ai donné l'explication i)our vous à Louis. Cela n'a, du reste, arrêté en rien la rapide circulation de l'ouvrage; au