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178 DEUXifcMR PABAPOZE, SCft LI GOUYERKEIIINT BES ÉTATS.
présente ici à Tappui de la théorie. L'un des plus grands empires du monde, absolu d'ailleurs et militaire dans ses bases, n'a presque été gouverné que par des femmes durant le siècle qui vient de finir, et s'en est fort bien trouvé. Le Russe, martial et généreux, a plié volontiers sous le sceptre des femmes ; quelquefois même il a semblé le préférer : et certes c'est un spectacle bien honorable pour les femmes, de voir tous les projets de Pierte le Grand, couvés par des jupons, éclore majestueusement aux yeux de PEurope étonnée. Vous savez. Madame, que je n'ahne pas les innovations; du moins je ne les admets qu'à la dernière extrémité. Ainsi je ne juge pas convenable de proposer un changement aussi essentiel que celui de la succession aux trônes dans un moment où tout va bien dans le monde ; mais si jamais il y avait des troubles, si l'on venait à redouter quelque grande influence, s'il fallait ftiire quelque grand effort, je ne balancerais pas un instant à proposer la loi antisalique; et soyez sûre que nous verrions beau jeu.
La chose la plus utile aux hommes, c^est le jeu.
Ils sont si sots, si dangereux, si vains, qu'ils ont besoin de l'habitude pour pouvoir se supporter. Imaginez, viadame, je vous en prie, qu'un homme aille chez un autre, et lui dise sérieusement: Voul€z-vo2is bien permettre , Monsieur y que jp, me place vis-à-vis de vousy et que je vous considère pendant quelques heures? Cette proposition semblerait tenir de la folie; el si la personne à qui ca l'adresserait n'avait pas droit de hausser les épaules ou
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d'envoyer promener le proposant^ eUe ne manquerait pas au nuMOS d'excuses décisives pour se dUpmiser d'obtempérer. Elle aurait des affaires indispensables t elle seraii obligée de sortir; mais si l'on vient à proposer un piquet ou un trictrac^ tout de suite on se dispense de ces raisons indispensables, et l'on s'assied fort bien pour cinq ou six heures^ sans songer seulement qu'il y a des affairei^ dans le monde.
On dira. C'est le désir du gatUy c'est le besoin d'être ému; ce sera tout ce qu'on voudra. Tous les hommes ont joué : je n'examine point la cause de ce goût imiversei, il ne 8*agit que de l'effet. Op, je dis que Feffet principal du jeu> et qui le met au rang des institutions les plus précieuses, e'esl qu il force les hommes à se regarder.
Qu'on y réfléchisse attentivement, on ne trouvera pas d'autre moyen de produire aussi fréquenament le même effet. On entend dire assez souvent : Quel est l'art de cet homme, pour être partout ? Rien n'est plus simple, l'art d'y être, c'est d'y aller. Pour être à Taise quelque parl^ il n'y a qu'un moyen : c'est d'y paraître souvent. Voilà pourquoi les hommes timides qui ne cessent de tâtonner, et qui craignent surtout d'être indiscrets, sont peu propres aux affaires. Un homme de cette trempe, s'il peut craindre de n'avoir pas réussi auprès d'un autre, trouve une raison pour ne pas le revoir. C'est tout le contraire qu'il faudrait faire; car le premier article des affaires, c'est que, dès que nous déplaisons à quelqu'un, il faut tâcher de l'accoutumer à nous. Mais le premier instrument de ce premier des arts, c'est le jeu. I^orsque je considère dans le monde un honune qui ne joue pas, il me semble qu'il lui manque une main pour saisir ses semblables. Comment trouver, sans le jeu, le moyen de faire une visite de quatre ou cinq heures, avec la certitude de ne pas ennuyer? Pique et carreau rendent la chose très-aisée : quels yeux,
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dans de si longues séances^ ne s'accoutumeraient pas à votre visage? Ils finiront par ne pouvoir s'en passer. Ce qu'on appelle le caractère d'un homme n'est qu'un assemblage de ticsy et le tic n'est qu'un fils de l'habitude. L'art de réussir auprès d'un homme n'est donc que l'art de devenir un de ses tics; et c'est à quoi le jeu peut senir plus que tout autre moyen connu. Souvent le mérite ne réussit pas, par une raison toute simple : c'est qu'il est sujet à tâtonner et à rester en arrière. Il dit sans cesse : f ai peur d'être à charge; qui sait si je réussirai là? Je crains de fatiguer, eic,,ei cent autres sottises de ce genre, G^est ainsi qu'il est toujours éconduit; mais c'est bien sa faute. Que n'apprend- il à jouer? alors on le verrait ^hieniài on le regarderait y ensuite on le considérerait, puis on le fixerait; et nul doute qu'en suivant cette échelle, il ne finîtpar être connu, c'est-à-dire aimé et célébré. Mais tandis qu'il se contentera d'être aperçu ou entrevu, il y a trop d'orgueil à exiger qu'on se passionne pour lui; et pour moi, j'absous ceux qui n'y prennent pas garde. .
On entend dire assez souvent : // croit avoir des amis; il n'a que des connaissances. Est-ce un malheur dont on entend parler? dans ce cas, c'est une grande erreur. Qu'est-ce qu'un ami? La chose du monde la plus inutile pour la fortune. D'abord on n'en a jamais qu'un, et toujours le même; autant vaudrait un mariage. Il n'y a de véritablement utile que les connaissances; car on peut en avoir beaucoup, et plus on en a, plus on multiplie les chances d'utilité qu'il est possible d'en tirer. Un homme ne refuse point de rendre service à un autre, dès qu'il n'a pas intérêt à n'en rien faire ou à faire le contraire. Tout se réduit donc à ce grand problème, pour celui qui veut employer ses semblables à son profit : Trouver des hommes que Vorgueil engage à me servir, et que fintérét n*en éloigne pas. Et par conséquent tout se réduit à connaître
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oontinuenement ses sujets sur la route du bien^ distribuant avec un soin infatigable les peines et les récompenses^ ces deux grands moteurs du genre humain. La logique est un miroir qui montre l'homme à l'homme, tel qu'il est ; le jeu est une espèce de gymnastique qui le perfectionne. Le plus grand génie, dit-on, est celui qui est capable de comparer le plus d'idées : qu'y a-t-il donc de plus merveilleux, dans le monde mtellectuel sublunaire, que la tète d*un joueur qui en tient constaminent cinquante-deux à ses or^ dres, qui les wit ensemble, et les combine de toutes les manières possibles? Je ne comprends pas comment Locke, au lieu des inutilités qu'il nous a débitées sur les idées complexes, n'a pas songé à ce prodige. Pour peu que vous y réfléchissiez. Madame, vous comprendrez aisément combien Tesprit doit se perfectionner par ces combinaisons habituelles. On se tromperait fort en restreignant ce talent dans le champ étroit du tapis vert; c'est là que l'esprit se forme pour agir dans le monde. Je ne veux pas considérer la chose par le côté moral et sublime; je ne veux pas examiner quel avantage doit avoir dans les affaires celui qui a passé sa vie à méditer sur la puissance des rois, des dames et des valets. Sous ce point de vue, f aurais trop beau jeu; allons terre-à-terre, et dites-moi, je vous prie, si vous trouvez quelque moyen comparable au jeu pour perfectionner deux qualités éminentes : la mémoire et la présence d'esprit ? Obligerez-vous votre fils à beaucoup apprendre par cœur? vous lui donnerez la mémoire des mots, au lieu de celle des choses. Quand je vois un joueur me raconter que, dans une partie jcmée il y a six mois, il perdit cinquante louis par la faute de monsieur un tel, qui joua le valet de cœur, d'où il arriva que le partenaire de lui qui raconte, se trouvant en droit de croire que la dame se trouvait de tel côté, puisque le dix, le sept et le quatre avaient passé, se détermina malheureusement à jouer To*/
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que s'H aywt pu prévoir ce coup^ il y aurait mis bon ordre en jouant le seui pique qui lui restait^ vu que tous les carrmuxm irouv^at du même côté... Obi je m'incline Je me piosteme, je m'aUme. J'ai bien aussi une mémoire, mais c'est un enfant.
£t que dirons-flous^ Madame, de la présence d'esprit? — Dans ces occasions décisives où la rapide bécassine passe devant vous, conune je disais tout à l'heure, écrirez TOUS à vos parents pour savoir ce qu'il faut faire ? Il s'agit de savoir : 1<» si vous êtes sûr de ne pas tirer sur le terrain d'un propriétaire de mauvaise humeur, qui vous fera une affaire ; ^ s'il y a plus de gloire à tuer que de honte à manquer; 3'' si vous êtes sûr qu'après avoir abattu l'oiseau, un autre homme ne vous l'enlèvera pas ; 4® si vous ne risquez point, en tirant, de blesser quelque personne €fÈe vous ne voyez pas; etc., etc. — Comment donc! vous voulez que je pense à tout cela pendant que C oiseau passe ? — Mais sans doute, Monsieur; ou bien il fallait rester chez vous. C'est l'emblème naturel d'une infinité d'occasions dans la vie, où le parti doit ôtre aussi promptement pris. Heureusement c'est un talent qui s'enseigne, et le grand professeur c'est le jeu.
Enfin, Madame, pour finir à peu près comme j'ai commencé, je veux vous faire part d'une idée qui me vient dans ce moment. Supposez qu'un homme, ayant quelque envie de se pousser dans le monde, écrive la lettre suivante à un honune influent :
a Monseigneur,
a J'aurais la pkis grande envie de connaître Votre Exa cellence; mais je vous avoue que je ne sais pas troj) c comment m'y prendre. Les moments rapides que vous c accordez aux audiences ne me suffisent point : d'ajl-