‹ Lettres et opuscules inédits (volume 2)Chapitre 5 sur 100 · A M« le comte de Mareellvs · texte numérisé non relu

A M« le comte de Mareellvs

Tarin , 13 mars 1820.

Monsieur le comte .

Comment dites-vous? Il a fait un livre en 1817, donc %l f^ vivant en 1820. Belle logique vraiment, et qui ne nwDquera pas de vous faire beaucoup d'honneur à la tri- IwiDe ! Le fait est que vous n^avez rien prouvé, et que mon ^itaphe subsiste comme la remarque de Dacier. Je suis ravi, Monsieur le comte, que ce livre posthume ne vous lut pas déplu, et que vous consentiez à lui donner une place honorable dans votre bibliothèque. L'approbation des hommes tels que vous doit être toute la récompense de mes travaux, qui n'ont pas été légers. Je ne me plains pas du silence de vos journaux , ils sont distraits par un grand crime, et d^ailleurs ils manquent de courage; mais j'ai vu avec chagrin que des hommes de bon sens soient aveugles au point de me reprocher mes attaques contre l'Église gallicane : certes, il faut avoir sur les yeux ce quadruple bandeau dont je parle quelque part, pour déraisonner à ce point. J'ai dit que l'Église gallicane était l'un desfoypfs de la grande ellipse; qu'elle avait été pendant larévolution l'honneur du sacerdoce catholique; quon ne pouvait rien sans elle, et que Cœuvre de la restauration commencerait par elle quand elle voudrait. Que veut-elle de plus? Que j'adopte ses insupportables préjugés, et que

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je lui dise^ Vous avez raison, Madame^ quand ses erreurs arrêtent tout? — Oh ! pour cela non. Il faudra bien qu'elle avale le calice de la vérité. Si elle veut ensuite le vomir, au lieu de le laisser passer m succvm et sanguinem, tant pis pour elle. Cette obstination la priverait d'une gloire innmortelle. Je ne sais au reste^ Monsieur le comte, si j'ai raison ou tort ; personne n^a droit de se juger lui-même ; mais je sais bien que nul homme peut-être n'a été placé dans des circonstances plus favorables que moi pour juger la question sans préjugés. Né dans une maison de haute magistrature, élevé dans toute la sévérité antique, abîmé dès le berceau dans les études sérieuses, membre d'un sénat gallican pendant vingt ans, président d'un tribunal suprême en pays d'obédience (comme on dit) pendant trois ans; habitant pendant quatre ans d'une contrée protestante très-instruite, et livré sans relâche à Pexamen de ses doctrines; puis, transporté dans une région gréco-russe, où, pendant quatorze ans de suite, je n'ai cessé d'entendre agiter les prétentions de Photius et de sa postérité religieuse ; en possession des langues nécessaires pour consulter les originaux; profondément et systématiquement dévoué à la religion catholique; grand ami de votre nation, que je touche par tant de points et surtout par la langue ; très-humble et très-obéissant serviteur de l'auguste maison qui vous gouverne, je vous le demande. Monsieur le comte, qu'est-ce donc qui me manque pour juger en connaissance et en conscience ? On me diTapenU être, ou pour mieux dire sûrement: — Avec toutes ces don^ nées, vous pouvez vous tromper. Sans doute; mais si j'étais mis dans la balance avec le plus habile gallican, je remporterais au jugement d'un Juif, d'un Turc ou d'un Chinois.— Je ne sais comment celte petite apologie est tonjbée de ma plume ; je la confie à votre justice personnelle, car votre nation est trop occupée pour être juste.

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