A M. LB COMTE DB MARCELLUS
J^ai lu avec une satisfaction toute particulière les discours que vous avez prononcés ou que vous vouliez prononcer |wo rostris. J'y ai retrouvé votre bon sens, votre force et votre talent ordinaire; mais ce qui m'a surpris pa^dessus tout, c'est la collection de vos idylles : elle m'a bit violer mon vœu, assez bien gardé depuis un grand nombre d'années, de ne plus lire des vers :
Ifunc itaque et venus et cœtera ludicra pono, etc.
Je ne reçois plus chez moi de bacchantes , encore moins de nymphes; mais quant à vos bergères , j'ai dit tout de suite : Faites entrer. Je les ai trouvées très-sages et très-aimables; je ne vous connaissais pas ce talent, Monsieur le comte : il est digne de vous, et Ton vous voit dans vos idylles. J'oserais bien assurer, sans autre témoignage, que vous n'avez jamais tué personne; j'ajoute très-sérieusement que ce livre suffit pour inspirer au lecteur le désir d'être votre ami. Voire talent poétique a d'^leurs je ne sais quelle grâce de Sicile qui nomme votre précepteur : àol os xa\ tù cupidoeç.
Je suis ravi. Monsieur le comte, que le Lépreux de la vallée d'Aoste soit tombé dans vos mains. Cherchez donc, je vous en prie, le Voyage autour de ma chambre^ afin que tous nos opuscules vous soient connus. Je ne vous dis lien de tout ce qui vient de se passer : animus meminisse korreti Ce n'est pas qu'il n^y eût beaucoup à dire, et dans un sens fort éloigné des lamentations ordinaires.
Conservez-moi votre bienveillance, je vous en prie, et croyez aux sentiments les plus sincères d'estime, d'altacheraent, de haute et respectueuse considération avec lesquels je suis, etc.