UB IX BEAU
de gens veulent se dire que le premier de tous les devoirs est de dire la vérité.
Ce qui embarrasse extrêmement la question du Beau^ c'est qui! semble que le Beau ne peut être ce qui ne plaît qu'à un petit nombre d'hommes. Qui a jamais imaginé de jouer un opéra pour une demi-douzaine de compositeurs? L'obligation du maître est, au contraire , d'employer les règles pour plaire au grand nombre. N'en serait-il pas de même de la peinture et des autres arts?
Que si le i^eati est exclusivement du ressort des adeptes, alors il n'y a plus de Beau dans un autre sens; c'est-à-dire que le nombre de ces véritables adeptes étant dans une proportion presque nulle avec le reste des hommes, c'est comme si le Beau n'était que du ressort des anges* Dans ce cas, qu'importe aux hommes?
Mais, parmi ces adeptes, combien de doutes, de con« tradictions et d'incertitudes ! Entendez-les , par exemple, parler de l'antique : c'est encore une véritable religion. A les entendre, l'antique a un caractère que les vrais connaisseurs sentent d'abord, etdontnous n'approcherons jamais. Heureusement pour eux, ils jugent ordinairement à coup sûr : ce n'est pas cependant qu'on ne leur ait fait de temps en temps de cruelles niches. Personne n'ignore l'histoire de ce peintre romain [Casanova) qui fit un tableau antique, et le présenta dûment barbouillé de terre au fameux Winckelmann. L'antiquaire y fut pris, et pensa étouffer de rage.
Mais si l'Apollon du Belvédère sortait tout à coup de l'atelier d'un artiste fameux (de Canova, par exemple), portant tous les signes de la fraîcheur et n'ayant jamais
quent, de quel enthousioême il \ou\&ïi parattre inspiréf etc- La plaisanterie est parfaite ; mais, dans ce cas, Je ne comprends pas bien l'expression, J*en demande bien pardon à M, Rcynoldt, etc.; car c'est uoe preuve de plus en lavear de ce quMl a dit*
iM QCATMin PARADOXE,
été vu de personne , ne doutez pas un moment, Madame, que tous les Winckelmann ne disent, comme ils le disent du Persée :Aprèê Cantique, il n'y a rien de ii beau.
Tandis que les premiers amateurs regardaient les belles statues de Rome, telles que le Laocoon, TApoUon, le Gladiateur, comme les chefs-d'œuvre et le nec^lus-ullra de l'art humain, le célèbre Mengs, comme je me rappelle ravoir vu quelque part dans ses œuvres, ne les regardait que comme des copies d'originaux supérieurs. U avait aussi son beau idéal et ses règles particulières.
Serez-vous curieuse. Madame, de savoir où nous en sommes sur les règles du beau en architecture? écoutez le célèbre d'Hancarville (4).
Les anciens regardaient les règles de Tarchitecture plutôt comme des moyens subordonnés aux grandes maximes qu'ils suivaient, que comme des règles positives: quoique Yitruve semble les avoir déterminées, ii parait cependant qu'elles n'ont jamais été suivies bien exactement, et peut-être ne trouverait-on pas deux fabriques antiques où les proportions du même ordre soient précisément les mêmes; ce qui doit être en effet, puisque, suivant les idées des anciens, les édifices n'étant pas faits pour les ordres, mais les ordres pour les édifices, il paraît naturel qu'ils soient assujettis au caractère que chaque fabrique particulière doit avoir. Ainsi, lorsque, d'après ces règles que nous croyons tenir d'eux, on juge quelques monuments antiques que le temps a respectés, souvent on ne trouve que singuliers des morceaux d'architecture dont la beauté est très-grande, parce que l'on ne s'aperçoit pas que ce ne sont pas ces grandes choses qu'il faudrait juger par nos petites règles, mais bien nos petites règles d'après celles qu'on a suivies pour faire ces grandes choses.
(I) Antiquités étrusques f grecques et romaines, prcian.
MR LB MAIL i^
Voilà eioore un protestant latiiudinaire. Suivant ses princi^s, il efit bien dair que tout le ounade seca 8au¥é.
Que dites- vous des chevauK grecs de Moote-Cavallo? — Ds soat très-beaux^ dit Winckelmann. — Us ne valent rien, dit Tabbé Dubas.
Mais sur le cheval de Marc-Aurèle il y a bien d'autres disputes. FalcoBuet le trouve rablu, pansu et fourbu: il doute même que les anciens aient su faire les chevaux.
Les ajuateurs de Tantique, comme on l'imagine bien^ se révoltent contre ces blasphèmes, et quelques-uns sont allés jusqu'à dire que la nature elle-même ne savait pas faire les chevaux il y a mille ans; de manière que l'art est icréjHXX^ble, et le tort tout à elk.
Si l'on objecte en particulier que la tête de ce cheval je rap{>rodie plus de celle du bœuf que de celle du moulon^ les juges répondent que cela est une beauté, parce que les chevaux arabes, les plus généreux de l'univers, ont la téie bovine»
£n un mot, c'est le plus beau cheval connu qui soit sorti 4le6 écuries de la sculpture ancienne et moderne (i). C'est un Italien qui a prononcé cet oracle.
£t quant à celui de Falconuet, qui est à Saint-Pétersbourg, j'ai entendu des connaisseurs le traiter (peut-être par esprit de représailles) de grande sauterelle. Apprenez, 6 moilelSy à respecter les dieux!
Puisque nous en sommes aux dieux, seriez-vous curieuse, Madai le, de savoir comment ce juge intègre, que je viens de citer^ apprécie le fameux IViichel-Ange BuouaxotU?
Commençons par le Moïse : c'est une tête de satyre avec des soies de porc ; c'est un effroyable dogue enveloppé
(I) Emo è il più espressivo ai quanti finora tieno usciti dalle scnderie degli scuUori antichi e moderni a twi notL [Dell* Arle di vedere ndle Lelle trti. Geoova, I7»6, iji-8% p. i». j
496 QUATRIÈME PARADOlBy
dans les habits d'un boulanger. C'est donc ainsi que vous représentez ce grand législateur^ qui en était au tu et au toi avec messire Bondieu (i) !
Sa Vierge de la Compassion est véritablement un prodige. Une Vierge qui n'a pas dix-huit ans, portant sur ses genoux un Christ mort qui en a trente-trois^ et sans avoir l'air de s'en apercevoir; petits pieds, petites mains, petit minois, avec des épaules et une taille de blanchisseuse; un bras débotté par-dessus le marché : c'est vraiment un groupe de prodiges.
Est-ce un Christ ou un coupe-jarret qui a l'air d'empoigner cette croix pour faire un mauvais coup?
Enfin J'en demande très-humblement pardon aux idolâr très; mais je trouve Michel -Ange âpre, dur, extravagant, exagéré, petit, grossier et maniéré; ce qui est très-remarquable, car toutes ses figures sont jetées dans le même moule, et celui qui en voit une les voit toutes (2).
Quant à l'architecture, c*est bien pire encore : Rome passe pour la capitale des beaux-arts, elle ne Test que par comparaison ou par préjugé : elle a voulu ressusciter chez elle Tarchitecture grecque, et cette architecture n'est pas plus grecque que le pape n'est archonte. Elle est inférieure à la gothique, qui au moins avait un caractère à elle... Le beau trait de génie d'avoir lancé le Panthéon dans les airs, pour en faire une coupole avec sa coupolette, ses eoupolinés et ses coupolinettes (3) ! Saint-Paul hors des murs (4) est réellement plus régulier, plus archltectonique que Saint-Pierre : en sorte qu'au siècle de Constantin, lorsque l'art était mort, on en savait plus qu'au temps des Jules e(
(1) Si caratterizza cosl un le^slatore che parla dàtu àiu ooo meuer Domenedio? Dell* Arte di vedere tulle belle arli, p. 3.
(2) Dell* Arle, elc, p. 4, 8, 9. 15.
13) Cvpola con cupolino, con cupolette et cupolucce, ibld., p. 100. (4) Galetas au rez-dc-cbauMée, dans le genre grandioie.
498 QUATRIÈBIB PARÀDOXB, SU! LE BBÀU.
«fonter^ Ile beau s'évanouit. Il semble que VimtfcUion de ta nature offre un principe certain; malheureusement^ fl n%n est rien^ car c'est précisément cette imilatiou qui fait naître les plus grandes questions. II n*est pas vraî^ en général, que dans les arts d'imitation il s'agisse d'imiter là nature; il faut l'imiter jusqu'à un certain point et d'une certaine manière. Si l'on passe ces bornes, on s'éloigne du beau en s'approchant de la nature. Si quelqu'un parvenait à imiter sur le plat un tapis de verdure avec des matériaux convenables au point de tromper un animal qui viendrait brouter, il n'aurait fait qu'une chose curieuse; mais que Claude Lorrain ou Ruysdâël imite cette même verdure sur une toile verticale avec quelques poudres, vertes, jaunes, brunes, délayées dans de Phuile, cette imitation, qui sera à mille lieues de la première pour la vérité, sera une belle chose, et on la couvrira d'or. Il s'agit donc toujours de savoir : i" ce qu'il faut imiter ? 2» jusqu'à quel point il faut imiter ? 3*» comment il faut imitfer ? Or, sur ctea trois points, les nations, les écoles, ni même les individus, ne sont pas d'accord. Je finirai par deux textes remarquables. Le premier sera, ne vous déplaise, de Cicéron : Le comble de l'art (dit-il), c'est la grâce; et la seule chose que Ton puisse enseigner, c'est la grâce (i). La seconde sera de WinckelmanTiy qui s*est élevé à perte de vue pour nous dire ce que vous allez lire (2) : Lidée positive de la beauté exige la connaissance de V essence même du beau; et rien de plus difficile à pénétrer que ce mystère; car, nos connaissances n'étant que des idées de comparaison, la beauté De saurait t^tre comparée à rien de plus élevé qu'elle. Ceci devient très-scrieux. Madame; au point même que, dans la juste crainte de glisser hors des paradoxes, je finis brusquement.
{\) De r Orateur, Uv. XXIX»
(2) Histoire de l'art, liv. Ht
CDfQmtaB PAKAK., Stl LÀ ÈSftnkT. DU UTBIS. 409
ONQtJIÈME PARADOXE.
ta réputation des livres ne dépend point de leur mérite.
Les livres ressemblent aux hommes : la protection tient auvent lieu de mérite; jamais le mérite ne peut se passer de protection*
Mille circonstances totalement étrangères au mérite d*un livre en font la réputation. Si l'ouvrage naît au mîfieu de ces circonstances favorables; s'il flatte, par exemple, l'orgueil d'une grande nation; s'il attaque des hommes puissants; si de grandes passions se trouvent intéressées à le louer, un concert unanime le portera aux nues : au milieu du fracas des applaudissements, on n'entend point les réclamations; et lorsqu'on commence à les entendre, il n'est plus temps, car il y a une prescriptionsur ce point comme sur d'autres plus importants.
Le plus grand défaut du Voyage autour de ma chambre, c'est de n'avoir pas été écrit à Paris ou à Londres. J'honore infiniment le nom de mademoiselle Rapous ( voir chap. XXXI du Voyage autour de ma chambre); mais quelle différence avec cette fameuse Bertin, qui disait un jour si gravement : « Hier, j'ai fait un travail avec la reine. » Je ne sais quelle magie environne les grands théâtres et les grands peuples qui représentent sur ces théâtres ; cette magie élève tout, agrandit tout, et, sans qu'on sache l'expliquer, les réputations semblent avoir une certaine proportion avec la puissance publique.
Vous avez donné des larmes bien honorables à Taîmable Evgène; mais, quoiqu'il ait appartenu à tout ce qu'il y a de distingué dans sa patrie, croyez-vous, Madame, que s'il avait mis en deuil une famille puissante dans un puissant empire, le pinceau qui vous a transmis ses traits n'eût
200 CINQUIÈIIS PARlDOXXy
pas obtenu plus de succès, sans avoir plus de méritet
Il n'y a pas de ville catholique qui n'ait son patron ou qui ne l'eut (car j'en doute dans ce moment) ; mais quelle procession était connue dans le monde comme celle de sainte Geneviève ? Hélas ! les saints de village doivent prendre leur parti, et se promener incognito.
Il est impossible que vous n'ayez pas entendu beaucoup parler des Lettres provincialesy de ces fameuses lettres dont Bourdaloue a fait une si bonne critique en vingt monosyllabes (4). Eh bien! Madame, tenez pour sûr que^ si elles avaient été écrites contre les révérends pères capucins, personne au monde n'en aurait parlé.
Il n'y a pas, du moins en France, de plus grande réputation que celle de Montesquieu ; mais c'est que, dans ce genre, il n'y eut jamais d'homme plus heureux. Tout se réunit en sa faveur. Une secte puissante voulut absolument Tadopter, et lui offrit la gloire comme un prix d'enrôlement. Les Anglais même consentirent à lui payer en éloges comptants son chapitre sur la constitution de TAngleteiTe. Pour comble de bonheur, il fut mal attaqué et bien défendu; enfin, ce fut une apothéose. Mais allez dans d'autres pays ; cherchez des savants froids et calculateurs, sur qui surtout le style n'exerce aucune espèce de séduction, et vous serez tout à fait surprise d'entendre dire que l'Esprit des lois est un livre pernicieux, mais qui a fait cependant beaucoup de bruit par la grande érudition qu^on y remarque, et par je ne sais quelle réunion de choses.
L'éloge est maigre, comme vous voyez; cependant celui qui jugeait ainsi fut, sans contredit, l'un des hommes les
( r. Ce qu'un seul a mal dit, tous Tont dit; et ce que tous ont bien dit, nul 11? i'a dit.
BOUftDALOCl»
SUR LA RÉPCTÀTIOlf DBS UYRSS. 201
plus illustres qui aient honoré le siècle qui vient de finir. Je n'en vois pas même qu'on puisse lui opposer pour Tétendue et la variété des connaissances^ si Ton excepte les deux géants qui ont vu ce siècle^ mais qui appartiennent à l'autre. Il était tout à la fois grand géomètre, grand astronome, grand métaphysicien, grand littérateur et grand poète; parfaitement désintéressé d'ailleurs, et très-attaché aux bons principes. Il ne manquait rien, ce semble, à cet homme pour juger sainement; aurait-il, par hasard, rendu justice au livre ? Je n'en sais rien ; mais ce que je sais certainement, c'est que vingt ou trente juges de cette force et de cette opinion, s'ils s'étaient trouvés à Paris au moment où l'ouvrage parut, l'auraient tué sans ressource (i).
Savez-vous, Madame, quel est le livre du dix-huitième siècle qui mérite le moins sa réputation? c'est précisément celui qui est le plus universellement vanté : c'esf VEssai sur l'entendement humain, de Locke. Tous le^ genres de défauts sont réunis dans cet ouvrage. Superficior lité continue sous l'apparence de la profondeur, pétitions de principes, contradictions palpables, abus de mots (tout en reprochant cet abus aux autres), constructions immenses appuyées sur des toiles d'araignées, principes funestes, répétitions et verbiages insupportables, mauvais ton même, afin que rien n'y manque, n n'y a, par exemple, rien de si fade que ce début de Loke : « Voici, cher lecteur, ce qui a « fait le divertissement de quelques heures de loisir que je « n'étais pas d'humeur à employer à autre chose... Si vous « prenez seulement la moitié autant de plaisir à lire mon
(I) Un écrivain véritablement an/i^u^.qaoique vivant, a dit depuis, qae VEiprit des lois était le plus profond des livres superficiels. Précédemment il avait dit dans une parenthèse, après avoir cilé une poli)i>onnerie qti*on lit dans ce fameux livre ; Comme Va dit plaisamment, dans V Esprit des loiê^ Vauleurdes Lettres persanes.
SUR LA BÉPUTATION BBS LITIES. 203
puissance^ dé soutenir qu'il ne peut pas faire penser la matière ;
(c Que la pensée^ enfin^ n'est qu^un accident de cette Sme, qui peut étire matérielle, d
L'Europe, à demî-gangrenée, but cette doctrine avec b plus fatale avidité. Les matérialistes en ont fait leurs dé- Hces. Ils ont traduit, abrégé, expliqué, commenté V Essai sur r entendement humain ; ils l'ont surtout enseigné à la jeunesse ; ils auraient voulu, comme madame de Sévigné Ta dit d'un livre un peu différent, aie faire prendre en bouillon. »
Locke est fameux parce que nous sonmies abrutis, et nous le sommes surtout parce que nous l'avons cru.
Malheureusement une réputation ainsi établie est difBcilement ébranlée. Elle dure d'abord pour une raison à laquelle on réfléchit peu : parce qu'on ne lit plus le livre. Vous connaissez Paris, Madame, et vous savez comment y vivent les gens de lettres : dans ce moment, croyez-vous qu'il y en ait beaucoup capables de se placer devant leur pupitre pour lire bravement d'un bout à l'autre, et la plume à la main, un tyi-^war^o mortellement ennuyeux? Qu'en pensez-vous? Dirons-nous : // en est jusqu'à trois que l'on pourrait nommer? Si vous voulez ! Mais ce que je puis vous assurer, c'est que des auteurs français qui citent Locke, qui le louent, qui l'expliquent et qui s'appuient de son autorité, peuvent être convaincus, par leurs propres ouvrages, de ne l'avoir pas lu.
Et la prescription. Madame la marquise, la prescription dont je vous parlais tout à l'heure, ne suffit-elle pas pour éterniser l'opinion la moins fondée dans son origine? Une réputation faite, dure parce qu'elle est faite.
Le vilain qui vient d'acheter votre château est ridicule dans ce moment; mais attendez qu'il ait placé son petit chiflî*e sur le portail, à la place de vos besans et de vos
S04 ciNQUiàn PAmÂDOXB,
merlettes; cpi'on Fait vu souvent entrer et sortir; que sa femme^ ses filles^ sa tante et ses cousines aient appris à marcher courageusement sur vos parquets^ et que les ombres de vos aïeux^ troublées par le tapage ignoble de quelque manufacture^ aient à la fin totalement déserté ces donjons ; alors. Madame, c'est vous qui seriez ridicule si vous veniez soutenir que le nouveau propriétaire est un voleur; chacun dirait : Quel paradoxe !
La puissance qui donne une réputation est la même que celle qui a donné votre terre : c'est LA NATION.
Si Locke est un jour mis à sa place, ce miracle salutaire ne pourra s'opérer que par les Anglais. Déjà le bon sens exquis de cette nation illustre commence à juger ce philosophe comme politique : on s'aperçoit à Londres que toutes les horreurs que nous avons vues étaient contenues dans le système de Locke sur la souveraineté, conune le poulet est contenu dans l'œuf, et que ce germe exécrable n'attendait pour s'anhner que la chaleur putride de vos faubourgs.
Si les Anglais ont le courage de faire un pas de plus, et d'abdiquer totalement ce prétendu métaphysicien, ils donneront une belle leçon à l'Europe, et ils en seront certainement récompensés en augmentation de véritable gloire.
Nous n'admirons jamais dans un livre que la conformité avec nos opinions et nos penchants. De là cette diversité infinie de jugements qui se choquent et s'annulent mutuellement. L'effet d'un livre ressemble à celui d'un discours, qui dépend bien autrement des dispositions intérieures de celui qui écoute, que du talent de l'orateur.
L'histoire nous apprend que saint Ambroise, dans un sermon qu'il prêcha à Milan sur l'excellence de la virginité, fit tant d'impression sur les esprits, que les magistrats le prièrent de ne plus le prêcher, de peur d'éloigner les jeunes personnes du mariage. Il faut convenir que c'était